Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
Et, comme il �conduisait son antagoniste avec cette fine repartie, la porte s�ouvrit, et un homme entra bruyamment en disant:
� O� est-il, ce cher duc?
Cet homme enlumin�, aux yeux dilat�s de satisfaction, aux bras arrondis par la bienveillance, �tait Jean du Barry, ni plus ni moins.
� l�aspect du nouveau venu, Taverney recula de surprise et de d�pit.
Jean vit ce geste, reconnut cette t�te, et tourna le dos.
� Je crois comprendre, dit le baron tranquillement, et je me retire. Je laisse M. le ministre en parfaite compagnie.
Et il se retira fort noblement.
Chapitre 90. D�senchantement
Jean, furieux de cette sortie pleine de provocation, fit deux pas derri�re le baron, puis haussa les �paules en revenant au mar�chal.
� Vous recevez cela chez vous?
� Eh! mon cher, vous vous trompez; je chasse cela, au contraire.
� Vous savez ce que c�est que ce monsieur?
� H�las! oui�
� Non, mais savez-vous bien?
� C�est un Taverney.
� C�est un monsieur qui veut mettre sa fille dans le lit du roi�
� Allons donc!
� Un monsieur qui veut nous supplanter, et qui prend tous les chemins pour cela� Oui, mais Jean est l�, et Jean voit clair.
� Vous croyez qu�il veut�?
� C�est bien difficile � voir, n�est-ce pas? Parti dauphin, mon cher� et puis l�on a son petit tueur�
� Bah!
� On a un jeune homme tout dress� � mordre les mollets des gens, un bretteur qui donne des coups d��p�e dans l��paule de Jean� de ce pauvre Jean.
� � vous? c�est un ennemi personnel � vous, mon cher vicomte? dit Richelieu jouant la surprise.
� Eh! oui, c�est mon adversaire dans l�affaire du relais, vous savez?
� Ah! mais voyez la sympathie, j�ignorais cela, et je l�ai d�bout� de toutes demandes; seulement, je l�eusse, non pas �vinc�, mais chass�, si j�avais su� Soyez tranquille, vicomte, � pr�sent, voil� ce digne bretteur sous ma coupe, et il s�en apercevra.
� Oui, vous pouvez lui faire perdre le go�t des attaques sur le grand chemin� Car enfin, voyons, je ne vous ai pas encore fait mon compliment.
� Mais, oui, vicomte, il para�t que c�est d�finitivement fini.
� Oh! tout est fait� Voulez-vous que je vous embrasse?
� De grand c�ur.
� Ma foi, on a eu du mal; mais le mal n�est rien quand on r�ussit. Vous �tes content, n�est-ce pas?
� Voulez-vous que je vous parle franc?� oui, car je crois que je pourrai �tre utile.
� N�en doutez pas� mais c�est un fier coup� on va hurler.
� Est-ce que je ne suis pas aim� dans le public?
� Vous?� Mais il n�y a ni pour ni contre� c�est lui qui est ex�cr�.
� Lui?� dit Richelieu avec surprise; qui, lui?�
� Sans doute, interrompit Jean. Oh! les parlements vont s�insurger, c�est une r�p�tition du fouet de Louis XIV; ils sont flagell�s, duc, ils le sont!
� Expliquez-moi�
� Mais cela s�explique de soi par la haine des parlements pour l�auteur de ses pers�cutions.
� Ah! vous croyez que�
� J�en suis certain, comme toute la France� C�est �gal, duc, vous avez merveilleusement bien fait de le faire venir comme cela tout au chaud.
� Qui?� mais qui donc, vicomte? Je suis sur les �pines, je ne comprends pas un mot de ce que vous me dites.
� Mais je vous parle de M. d�Aiguillon, de votre neveu.
� Eh bien, apr�s?
� Eh bien, je vous dis que vous avez bien fait de le faire venir.
� Ah! tr�s bien! tr�s bien!� Il m�aidera, voulez-vous dire?
� Il nous aidera tous� Vous savez qu�il est au mieux avec Jeannette?
� Bon! vraiment?
� Au mieux. Ils ont caus� d�j� et s�entendent � merveille, je parie.
� Vous savez cela?
� C�est bien facile. Jeannette est la plus paresseuse dormeuse qui soit.
� Ah! oui�
� Et elle ne quitte pas le lit avant neuf, dix ou onze heures.
� Oui; eh bien?�
� Eh bien, ce matin, � Luciennes, il �tait six heures au plus, j�ai vu partir la chaise de d�Aiguillon.
� � six heures? s��cria Richelieu souriant.
� Oui.
� Du matin, ce matin?
� Du matin, ce matin. Vous jugez que, pour �tre si matineuse que d�avoir donn� audience � pareille heure, Jeannette doit �tre folle de votre cher neveu.
� Oui, oui, continua Richelieu en se frottant les mains, � six heures. Bravo, d�Aiguillon!
� Il faut que l�audience ait commenc� � cinq heures� La nuit! c�est miraculeux!�
� C�est miraculeux!� r�p�ta le mar�chal. Miraculeux en effet, mon cher Jean!
� Et vous voil� tous trois comme seraient Oreste, Pylade, et encore un autre Pylade.
� ce moment, et lorsque le mar�chal se frottait le plus joyeusement les mains, d�Aiguillon entra dans le salon.
Le neveu salua l�oncle d�un air de condol�ance qui suffit � Richelieu, sinon pour comprendre toute la v�rit�, du moins pour en deviner la meilleure partie.
Il p�lit comme s�il e�t re�u une blessure mortelle: l�id�e lui vint tout de suite qu�� la cour il n�y a ni amis, ni parents, et que chacun prend son avantage.
� J��tais un grand sot, se dit-il.
� Eh bien, d�Aiguillon? fit-il en �touffant un gros soupir.
� Eh bien, monsieur le mar�chal?
� C�est un fier coup pour les parlements, dit Richelieu en reprenant toutes les paroles de Jean.
D�Aiguillon rougit.
� Vous savez? dit-il.
� M. le vicomte m�a tout appris, r�pliqua Richelieu, m�me votre visite � Luciennes, ce matin avant le jour; votre nomination est un triomphe pour ma famille.
� Croyez bien, monsieur le mar�chal, � tout mon regret.
� Que diable dit-il l�? fit Jean, qui se croisait les bras.
� Nous nous entendons, interrompit Richelieu, nous nous entendons.
� C�est diff�rent; mais, moi, je ne vous comprends pas� Des regrets� Ah! mais oui� parce qu�il ne sera pas reconnu ministre tout de suite; oui, oui� tr�s bien.
� Ah! il y aura un int�rim, fit le mar�chal, qui sentit au fond de son c�ur rentrer l�espoir, cet h�te �ternel de l�ambitieux et de l�amant.
� Un int�rim, oui, monsieur le mar�chal.
� Mais, en attendant, s��cria Jean, il est assez pay� comme cela� Le plus beau commandement de Versailles.
� Ah! fit Richelieu perc� d�une nouvelle blessure, il y a un commandement?
� M. du Barry exag�re peut-�tre un peu, dit le duc d�Aiguillon.
� Mais enfin, qu�est-ce que ce commandement?
� Les chevau-l�gers du roi.
Richelieu sentit encore la p�leur envahir ses joues rid�es.
� Oh! oui, dit-il avec un sourire dont rien ne saurait rendre l�expression, oui, c�est bien peu de chose pour un homme aussi charmant; mais que voulez-vous, duc! la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu�elle a, f�t-elle la ma�tresse du roi.
Ce fut au tour de d�Aiguillon � p�lir.
Jean regardait les beaux Murillo du mar�chal.
Richelieu frappa sur l��paule de son neveu en lui disant:
� Heureusement que vous avez promesse d�un avancement prochain. Mes compliments, duc� mes bien sinc�res compliments. Votre adresse, votre habilet� dans les n�gociations �galent votre bonheur� Adieu, j�ai affaire; ne m�oubliez pas dans vos faveurs, mon cher ministre.
D�Aiguillon r�pondit seulement:
� Vous, c�est moi, monsieur le mar�chal; moi, c�est vous.
Et, saluant son oncle, il sortit, gardant la dignit� qui lui �tait naturelle, et se sauvant d�une des plus difficiles positions qu�il e�t abord�es en sa vie, sem�e de tant de difficult�s.
� Ce qu�il y a de bon, se h�ta de dire Richelieu, lorsqu�il fut parti, � Jean qui ne savait trop � quoi s�en tenir sur l��change de politesses du neveu et de l�oncle; ce qu�il y a d�admirable dans d�Aiguillon, c�est sa na�vet�. Il est homme d�esprit et candide; il sait la cour, et il est honn�te comme une jeune fille.
� Et puis il vous aime, dit Jean.
� Comme un mouton.
� Eh! mon Dieu, dit Jean, c�est plut�t votre fils que M. de Fronsac�
� Ma foi, oui� ma foi, oui, vicomte.
Et Richelieu r�pondait tout cela en se promenant avec agitation autour de son fauteuil; il cherchait et ne trouvait pas.