Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
� Avec?
� Avec� Cherche, voyons!� Venez ici, Nicole.
Nicole s�avan�a; elle avait, en vraie Marton, �cout� aux portes.
Le duc la prit par les deux mains, et enferma dans les siens les genoux de la jeune fille, que cet impertinent regard de grand seigneur et de d�bauch� n�intimida point et ne g�na pas une seconde.
� Oui, dit-il, oui, elle a une ressemblance, c�est vrai.
� Tu sais avec qui, et tu vois, par cons�quent, qu�il est impossible d�exposer la faveur de notre maison � une pareille maladresse du hasard. Est-il bien agr�able que ce petit bas mal ravaud� de mademoiselle Nicole ressemble � la plus illustre dame de France?
� Oh! oh! repartit aigrement Nicole en se d�gageant pour mieux riposter � M. de Taverney, est-il bien certain que ce petit bas mal ravaud� ressemble bien exactement � cette illustre dame?� L�illustre dame a-t-elle bien l��paule basse, l��il vif, la jambe ronde et le bras potel� de ce petit bas mal ravaud�? Dans tous les cas, monsieur le baron, acheva-t-elle en col�re, si vous me d�pr�ciez ainsi, ce n�est que sur �chantillon, ce me semble!
Nicole �tait rouge de fureur, et, par cons�quent, d�une beaut� splendide.
Le duc serra de nouveau ses jolies mains, emprisonna une seconde fois ses genoux, et, avec un regard plein de caresses et de promesses:
� Baron, dit-il, Nicole n�a certes pas sa pareille � la cour; quant � moi, je le pense. Pour ce qui est de l�illustre dame avec laquelle, je l�avoue, elle a un faux air de ressemblance, nous allons mettre tout amour-propre � couvert� Vous avez des cheveux blonds d�une nuance admirable, mademoiselle Nicole; vous avez des sourcils et un nez d�un dessin tout � fait imp�rial; eh bien, soyez un quart d�heure assise devant une toilette, et ces imperfections, M. le baron les juge telles, dispara�tront. � Nicole, mon enfant, voudriez vous �tre � Trianon?
� Oh! s��cria Nicole, dont toute l��me pleine de convoitise passa dans ce monosyllabe.
� Vous irez donc � Trianon, ma ch�re; vous irez, et vous y ferez fortune, et sans nuire en quoi que ce soit � la fortune des autres. Baron, un dernier mot.
� Dites, mon cher duc.
� Va, ma belle enfant, fit Richelieu, et laisse-nous causer un moment.
Nicole sortit, le duc s�approcha du baron.
� Si je vous presse d�envoyer une femme de chambre � votre fille, dit-il, c�est que cela fera plaisir au roi. Sa Majest� n�aime pas la mis�re, et les jolis minois ne lui font pas peur. Enfin, je m�entends.
� Que Nicole aille donc � Trianon, puisque tu penses que cela fera plaisir au roi, r�pliqua le baron avec son sourire d��gypan.
� Alors, puisque tu m�en donnes la permission, je l�emm�nerai: elle profitera du carrosse.
� Cependant, sa ressemblance avec madame la dauphine� Il faudrait songer � cela, duc.
� J�y ai song�. Cette ressemblance dispara�tra sous les mains de Raft� en un quart d�heure. Je t�en r�ponds� �cris donc un mot � ta fille, baron, pour lui dire l�importance que tu attaches � ce qu�elle ait une femme de chambre aupr�s d�elle, et � ce que cette femme de chambre s�appelle Nicole.
� Tu crois qu�il est urgent qu�elle s�appelle Nicole?
� Je le crois.
� Et qu�une autre que Nicole?�
� Ne remplirait pas si bien la place; d�honneur, je le crois.
� Alors, j��cris � l�instant m�me.
Et le baron �crivit aussit�t une lettre qu�il remit � Richelieu.
� Et les instructions, duc?
� Je me charge de les donner � Nicole. Elle est intelligente?
Le baron sourit.
� Tu me la confies, alors� n�est-ce pas? dit Richelieu.
� Ma foi! c�est ton affaire, duc; tu me l�as demand�e, je te la donne; fais en ce que tu pourras.
� Mademoiselle, venez avec moi, dit le duc en se levant, et vite.
Nicole ne se le fit pas r�p�ter. Sans m�me demander le consentement du baron, elle rassembla en cinq minutes un petit paquet de hardes, et, d�un pas si l�ger qu�on e�t dit qu�elle volait, elle s��lan�a pr�s du cocher de monseigneur.
Richelieu prit alors cong� de son ami, qui lui r�it�ra ses remerciements pour le service qu�il avait rendu � Philippe de Taverney.
D�Andr�e, pas un mot. C��tait plus que d�en parler.
Chapitre 94. M�tamorphoses
Nicole ne se sentait plus d�aise; quitter Taverney pour se rendre � Paris n�avait pas �t� pour elle un triomphe aussi grand que de quitter Paris pour Trianon.
Elle fut tellement gracieuse avec le cocher de M. de Richelieu, que la r�putation de la nouvelle femme de chambre �tait faite le lendemain dans toutes les remises et dans toutes les antichambres un peu aristocratiques de Versailles et de Paris.
Lorsqu�on arriva au pavillon de Hanovre, M. de Richelieu prit la petite par la main et la conduisit lui-m�me au premier �tage, o� l�attendait M. Raft�, �crivant force lettres pour le compte de monseigneur.
Parmi toutes les attributions de M. le mar�chal, la guerre jouant le plus grand r�le, le Raft�, en th�orie du moins, �tait devenu un si habile homme de guerre, que Polybe et le chevalier de Folard, s�ils eussent v�cu, se fussent tenus tr�s heureux de recevoir un de ces petits m�moires sur les fortifications et les man�uvres comme Raft� en �crivait chaque semaine.
M. Raft� �tait donc occup� � r�diger un projet de guerre contre les Anglais dans la M�diterran�e, lorsque le mar�chal entra et lui dit:
� Tiens, Raft�, regarde-moi cette enfant.
Raft� regarda.
� Tr�s aimable, monseigneur, dit-il avec un mouvement de l�vres des plus significatifs.
� Oui, mais sa ressemblance?� Raft�, c�est de sa ressemblance que je parle.
� Eh! c�est vrai; ah! diable!
� Tu trouves, n�est-ce pas?
� C�est extraordinaire; voil� qui fera sa ruine ou sa fortune.
� Sa ruine, d�abord, mais nous allons y mettre bon ordre. Elle a les cheveux blonds, comme vous voyez, Raft�; mais ce n�est pas une grande affaire, n�est-ce pas?
� Il ne s�agit que de les lui faire noirs, monseigneur, r�pliqua Raft�, qui avait pris l�habitude de compl�ter la pens�e de son ma�tre, et souvent m�me de penser enti�rement pour lui.
� Viens � ma toilette, petite, dit le mar�chal; monsieur, qui est un habile homme, va faire de toi la plus belle et la plus m�connaissable soubrette de France.
En effet, dix minutes apr�s, Raft�, � l�aide d�une composition dont le mar�chal usait chaque semaine pour teindre en noir ses cheveux blancs sous sa perruque, coquetterie qu�il pr�tendait r�v�ler encore souvent dans les ruelles de sa connaissance, Raft� teignit d�un noir de jais les beaux cheveux blond cendr� de Nicole; puis il passa sur ses sourcils �pais et blonds une �pingle noircie au feu d�une bougie; il donna ainsi � sa physionomie enjou�e un rehaut si fantasque, � ses yeux vifs et clairs un feu si ardent, et quelquefois si sombre, que l�on e�t dit une f�e sortant, par la force de l��vocation, d�un �tui magique o� la retenait son enchanteur.
� Maintenant, ma toute belle, dit Richelieu apr�s avoir donn� un miroir � Nicole stup�faite, regardez comme vous �tes charmante et surtout comme vous �tes peu la Nicole de tout � l�heure. Vous n�avez plus de ruine � craindre, mais une fortune � faire.
� Oh! monseigneur, s��cria la jeune fille.
� Oui, et pour cela il ne s�agit que de s�entendre.
Nicole rougissait et baissait les yeux; la rus�e s�attendait sans doute � des paroles comme M. de Richelieu savait si bien les dire.
Le duc comprit et, pour couper court � tout malentendu:
� Asseyez-vous dans ce fauteuil, ma ch�re enfant, dit-il, � c�t� de M. Raft�. Ouvrez vos oreilles bien grandes, et �coutez-moi� Oh! M. Raft� ne nous g�ne pas, n�ayez pas peur; il nous donnera son avis au contraire. Vous m��coutez, n�est-ce pas?
� Oui, monseigneur, balbutia Nicole, honteuse de s��tre ainsi m�prise par vanit�.
La conversation de M. de Richelieu avec Raft� et Nicole dura une grande heure; apr�s quoi, le duc envoya la petite personne se coucher avec les filles de chambre de l�h�tel.
Raft� se remit � son m�moire militaire, M. de Richelieu se mit au lit apr�s avoir feuillet� des lettres qui l�avertissaient de toutes les men�es des parlements de province contre M. d�Aiguillon et la cabale du Barry.