Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
Enfin, �tant parvenu � d�nouer la cha�ne que les deux beaux bras de la jeune femme avaient jet�e � son cou:
� Ma Lorenza ch�rie, lui dit-il en lui mettant le papier dans la main, peux tu me dire � qui sont ces cheveux?
Lorenza les prit et les appuya sur sa poitrine, puis contre son front; quoique ses deux yeux fussent ouverts, c��tait par la poitrine et le front qu�elle voyait pendant son sommeil.
� Oh! dit-elle, c�est une illustre t�te que celle � qui on les a d�rob�s.
� N�est-ce pas?� Une t�te heureuse? Dis!
� Elle peut l��tre.
� Cherche bien, Lorenza.
� Oui, elle peut l��tre; il n�y a pas d�ombre encore sur sa vie.
� Cependant elle est mari�e�
� Oh! fit Lorenza avec un doux sourire.
� Eh bien quoi? et que veut dire ma Lorenza?
� Elle est mari�e, cher Balsamo, ajouta la jeune femme, et cependant�
� Et cependant?
� Et cependant�
Lorenza sourit encore.
� Moi aussi, je suis mari�e, dit-elle.
� Sans doute.
� Et cependant�
Balsamo regarda Lorenza avec un profond �tonnement; malgr� le sommeil de la jeune femme, une pudibonde rougeur s��tendait sur son visage.
� Et cependant? r�p�ta Balsamo. Ach�ve.
Elle jeta de nouveau ses bras autour du cou de son amant, et, cachant sa t�te dans sa poitrine:
� Et cependant je suis vierge, dit-elle.
� Et cette femme, cette princesse, cette reine, s��cria Balsamo, toute mari�e qu�elle est?�
� Cette femme, cette princesse, cette reine, r�p�ta Lorenza, elle est aussi pure et aussi vierge que moi; plus pure, plus vierge m�me, car elle n�aime pas comme moi.
� Oh! fatalit�! murmura Balsamo. Merci, Lorenza, je sais tout ce que je voulais savoir.
Il l�embrassa, serra pr�cieusement les cheveux dans sa poche, et, coupant � Lorenza une petite m�che de ses cheveux noirs, il la br�la aux bougies et en recueillit la cendre dans le papier qui avait envelopp� les cheveux de la dauphine.
Alors il redescendit, et, tout en marchant, r�veilla la jeune femme.
Le pr�lat, tout �mu d�impatience, attendait, doutait.
� Eh bien, monsieur le comte? dit-il.
� Eh bien, monseigneur�
� L�oracle?�
� L�oracle a dit que vous pouviez esp�rer.
� Il a dit cela? s��cria le prince transport�.
� Concluez, du moins, comme il vous plaira, monseigneur, l�oracle ayant dit que cette femme n�aimait pas son mari.
� Oh! fit M. de Rohan avec un transport de joie.
� Quant aux cheveux, dit Balsamo, il m�a fallu les br�ler pour obtenir la r�v�lation par l�essence; en voici les cendres que je vous rends scrupuleusement apr�s les avoir recueillies, comme si chaque parcelle valait un million.
� Merci, monsieur, merci, je ne pourrai jamais m�acquitter envers vous.
� Ne parlons pas de cela, monseigneur. Une seule recommandation, dit-iclass="underline" n�allez pas avaler les cendres dans du vin, comme font quelquefois les amoureux; c�est d�une sympathie si dangereuse que votre amour deviendrait incurable, tandis que le c�ur de l�amante se refroidirait!
� Ah! je n�aurai garde, dit le pr�lat presque �pouvant�. Adieu, monsieur le comte, adieu.
Vingt minutes apr�s, le carrosse de Son �minence croisait au coin de la rue des Petits-Champs la voiture de M. de Richelieu, qu�elle faillit renverser dans un de ces trous �normes creus�s par la construction d�une maison.
Les deux seigneurs se reconnurent.
� Eh! prince! dit Richelieu avec un sourire.
� Eh! duc! r�pliqua M. Louis de Rohan avec un doigt sur la bouche.
Et ils furent transport�s en sens inverse.
Chapitre 93. M. de Richelieu appr�cie Nicole
M. de Richelieu s�en allait droit au petit h�tel de M. de Taverney, rue Coq-H�ron.
Gr�ce au privil�ge que nous poss�dons de compter � demi avec le Diable boiteux, et qui nous donne la facilit� de p�n�trer dans chaque maison ferm�e, nous savons avant M. de Richelieu que le baron, devant sa chemin�e, les pieds sur d�immenses chenets sous lesquels se mourait un d�bris de tison, sermonnait Nicole en lui prenant parfois le menton, malgr� les petites moues rebelles et d�daigneuses de la jeune fille.
Nicole se f�t-elle accommod�e de la caresse sans le sermon, ou bien e�t-elle pr�f�r� le sermon sans la caresse, voil� ce que nous n�oserions affirmer.
La conversation roulait entre le ma�tre et la servante sur un point important, c�est-�-dire que jamais, � de certaines heures du soir, Nicole n�arrivait exactement au coup de sonnette, qu�elle avait toujours quelque chose � faire dans le jardin ou dans la serre, et que partout ailleurs qu�en ces deux endroits elle faisait mal son service.
� quoi Nicole, se tournant et retournant avec une gr�ce toute charmante et toute voluptueuse, r�pondait:
� Tant pis!� moi, je m�ennuie ici, on m�avait promis que j�irais � Trianon avec mademoiselle!
C��tait l�-dessus que M. de Taverney avait cru devoir charitablement lui caresser les joues et le menton, sans doute pour la distraire.
Nicole, poursuivant son th�me et repoussant toute consolation, d�plorait son malheureux sort.
� C�est vrai! g�missait-elle, je suis entre quatre vilains murs; je n�ai pas de soci�t�, je n�ai presque pas d�air; il y avait pour moi la perspective d�un divertissement et d�un avenir.
� Quoi donc? dit le baron.
� Trianon, donc! r�pliqua Nicole; Trianon, o� j�aurais vu du monde, o� j�aurais vu du luxe, o� j�aurais regard� et o� l�on m�aurait regard�e.
� Oh! oh! petite Nicole, fit le baron.
� Eh! monsieur, je suis femme et j�en vaux une autre.
� Cordieu! voil� parler, dit sourdement le baron. Cela vit, cela remue. Oh! si j��tais jeune et si j��tais riche!
Et il ne put s�emp�cher de jeter un regard d�admiration et de convoitise sur tant de jeunesse, de s�ve et de beaut�.
Nicole r�vait et parfois s�impatientait.
� Allons, couchez-vous, monsieur, dit-elle, que je puisse aussi m�aller coucher, moi.
� Encore un mot, Nicole.
Tout � coup la sonnette de la rue fit tressaillir Taverney et bondir Nicole.
� Qui peut venir, dit le baron, � onze heures et demie du soir? Va voir, ma petite.
Nicole alla ouvrir, demanda le nom du visiteur, et laissa la porte de la rue entreb�ill�e.
Par cette ouverture bienheureuse, une ombre qui venait de la cour s��chappa, non sans faire assez de bruit pour que le mar�chal, car c��tait lui, ne se retourn�t et ne v�t la fuite.
Nicole revint � lui, la bougie � la main, l�air tout �panoui.
� Tiens, tiens, tiens! dit le mar�chal en souriant et en la suivant au salon, ce vieux coquin de Taverney, il ne m�avait parl� que de sa fille.
Le duc �tait un de ces gens qui n�ont pas besoin de regarder � deux fois pour avoir vu, et vu compl�tement.
L�ombre qui fuyait le fit penser � Nicole; Nicole, � l�ombre. Il devina sur la jolie figure de celle-ci ce que l�ombre �tait venue faire, et aussit�t, apr�s avoir vu l��il si malicieux, les dents si blanches et la taille si fine de la soubrette, il n�eut plus rien � apprendre sur son caract�re et ses go�ts.
Nicole annon�a, non sans un battement de c�ur, � l�entr�e du salon:
� M. le duc de Richelieu!
Ce nom �tait destin� � faire sensation ce soir-l�. Il produisit un tel effet sur le baron, que celui-ci se leva de son fauteuil et marcha droit � la porte, sans pouvoir en croire son oreille.
Mais, avant m�me d��tre arriv� � la porte, il aper�ut M. de Richelieu dans la p�nombre du corridor.
� Le duc!� balbutia-t-il.
� Mais oui, cher ami, le duc lui-m�me�, r�pliqua Richelieu de sa voix la plus aimable. Oh! cela vous �tonne, apr�s la visite de l�autre jour. Eh bien baron rien de plus vrai, pourtant� Maintenant, la main, s�il te pla�t.
� Monsieur le duc, vous me comblez.
� Tu n�as plus d�esprit, mon cher, dit le vieux mar�chal en donnant sa canne et son chapeau � Nicole pour s�asseoir plus commod�ment dans un fauteuil; tu t�encro�tes, tu radotes� tu ne sais plus ton monde, � ce qu�il para�t.
� Cependant, duc, il me semble, r�pondit Taverney fort �mu, que ta r�ception de l�autre jour �tait tellement significative qu�il n�y avait point a s�y tromper.