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Joseph Balsamo. Tome III - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome III

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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� ce moment, Andr�e pensa qu�il �tait bien temps d�abr�ger cet entretien avec un ouvrier en plein parc royal.

� Bonjour, monsieur Gilbert, dit-elle.

� Mademoiselle ne veut pas accepter une rose? dit Gilbert fr�missant et couvert de sueur.

� Mais, monsieur, repartit Andr�e, vous m�offrez l� ce qui ne vous appartient pas.

Gilbert, surpris, atterr�, ne r�pliqua rien. Il baissa la t�te, et, comme Andr�e le regardait avec une certaine joie d�avoir manifest� sa sup�riorit�, Gilbert, se relevant, arracha toute une branche fleurie du plus beau rosier, et se mit � en effeuiller les roses avec un sang-froid et une noblesse qui impos�rent � la jeune fille.

Elle �tait trop �quitable et trop bonne pour ne pas voir qu�elle venait de blesser gratuitement un inf�rieur pris en flagrant d�lit de politesse. Aussi, comme tous les gens fiers qui se sentent coupables d�un tort, reprit-elle sa promenade sans ajouter un mot, quand peut-�tre l�excuse ou la r�paration effleurait ses l�vres.

Gilbert non plus n�ajouta pas un mot; il jeta la branche de roses et reprit sa b�che, mais son naturel alliait la fiert� � la ruse; il se baissa pour travailler, sans doute, mais aussi pour voir s��loigner Andr�e, qui, au d�tour d�une all�e, ne put s�emp�cher de se retourner. Elle �tait femme.

Gilbert se contenta de cette faiblesse pour se dire qu�il venait, dans cette nouvelle lutte, de remporter la victoire.

� Elle est moins forte que moi, se dit-il, et je la dominerai. Orgueilleuse de sa beaut�, de son nom, de sa fortune qui grandit, insolente de mon amour qu�elle devine peut-�tre, elle n�en est que plus d�sirable pour le pauvre ouvrier qui tremble en la regardant. Oh! ce tremblement, ce frisson indigne d�un homme; oh! les l�chet�s qu�elle me force � commettre, elle les payera un jour! Mais, pour aujourd�hui, j�ai fait assez de besogne, ajouta-t-il, j�ai vaincu l�ennemi� Moi qui eusse d� �tre plus faible, puisque j�aime, j�ai �t� dix fois plus fort.

Il r�p�ta encore ces mots avec une joie sauvage, et, une main convulsive sur son front intelligent, d�o� il releva ses beaux cheveux noirs, il enfon�a vigoureusement sa b�che dans la plate-bande, s��lan�a comme un chevreuil tout au travers de la haie de cypr�s et d�ifs, traversa, l�ger comme la brise, un massif de plantes sous cloches, dont il n�effleura pas une, malgr� la rapidit� furieuse de sa course, et s�alla poster � l�extr�mit� de la diagonale qu�il venait de d�crire, pour tourner la route qu�Andr�e suivait circulairement.

L�, en effet, il la vit encore s�avancer pensive et presque humili�e, ses beaux yeux baiss�s, sa main moite et inerte doucement balanc�e sur sa robe frissonnante, il l�entendit, cach� derri�re l��paisse charmille, soupirer deux fois, comme si elle se parlait � elle-m�me. Enfin, elle passa si pr�s des arbres, que Gilbert e�t pu, en allongeant le bras, effleurer celui d�Andr�e, comme une fi�vre insens�e, vertigineuse, lui conseillait de le faire.

Mais il fron�a le sourcil avec un mouvement de volont� pareil � de la haine, et, posant une main crisp�e sur son c�ur:

� Encore l�che! se dit-il.

Puis il ajouta tout bas:

� C�est qu�elle est si belle!

Gilbert f�t peut-�tre rest� longtemps dans sa contemplation, car l�all�e �tait longue et le pas d�Andr�e fort lent et fort mesur�; mais cette all�e avait des contre-all�es d�o� pouvait d�boucher un f�cheux, et le hasard traita si mal Gilbert, qu�un f�cheux d�boucha effectivement de la premi�re all�e lat�rale � gauche, c�est-�-dire presqu�en face du massif d�arbres verts o� Gilbert se tenait cach�.

Cet importun marchait d�un pas m�thodique et mesur�; il portait haut la t�te, tenait son chapeau sous le bras droit et la main gauche sur l��p�e. Il portait un habit de velours sous une pelisse doubl�e de martre zibeline, et tendait en marchant la jambe qu�il avait belle, et le cou-de-pied, qu�il avait haut comme un homme de race.

Ce seigneur, tout en s�avan�ant, aper�ut Andr�e, et la tournure de la jeune fille lui parut sans doute agr�able, car il doubla le pas en coupant obliquement, de fa�on � se trouver sur la ligne que suivait Andr�e et � la croiser le plus t�t possible.

Gilbert, ayant vu ce personnage, poussa involontairement un petit cri et s�enfuit comme un merle effarouch� sous les sumacs.

La man�uvre du f�cheux lui r�ussit; il en avait sans doute l�habitude, et, avant trois minutes, il se trouva pr�c�der Andr�e que, trois minutes auparavant, il suivait � une assez grande distance.

Andr�e, entendant ce pas, se jeta d�abord un peu de c�t� pour laisser passer l�homme; lorsqu�il fut pass�, elle regarda de son c�t�.

Le seigneur regardait aussi et de tous ses yeux: il s�arr�ta m�me pour mieux voir, et, se retournant apr�s avoir vu:

� Ah! mademoiselle, dit-il d�une voix tout aimable, o� courez-vous si vite, je vous prie?

Au son de cette voix, Andr�e leva la t�te et vit, � trente pas derri�re elle, deux officiers des gardes qui marchaient lentement; elle vit, sous la pelisse de martre de celui qui lui adressait la parole, le cordon bleu, et, toute p�le, tout effray�e de cette rencontre inattendue et de cette interruption gracieuse:

� Le roi! dit-elle en s�inclinant fort bas.

� Mademoiselle�, r�pliqua Louis XV en s�approchant, j�ai de si mauvais yeux que je suis forc� de vous demander votre nom.

� Mademoiselle de Taverney, murmura la jeune fille, si confuse, si tremblante, qu�� peine se fit-elle entendre.

� Ah! oui-da! c�est un heureux voyage que vous faites dans Trianon, mademoiselle, dit le roi.

� J�allais rejoindre Son Altesse royale madame la dauphine qui m�attend, r�pondit Andr�e de plus en plus tremblante.

� Mademoiselle, je vous conduirai pr�s d�elle, reprit Louis XV; car je vais, en voisin de campagne, rendre une visite � ma fille; veuillez accepter mon bras, puisque nous suivons le m�me chemin.

Andr�e sentit comme un nuage passer sur sa vue et descendre en flots tourbillonnants avec son sang jusqu�� son c�ur. En effet, un pareil honneur pour la pauvre fille, le bras du roi, de ce souverain seigneur de tous, une gloire si inesp�r�e, si incroyable, une faveur dont toute une cour e�t �t� jalouse, lui paraissait quelque chose comme un r�ve.

Aussi fit-elle une r�v�rence si profonde et si religieusement craintive, que le roi se crut oblig� de la saluer encore. Quand Louis XV voulait se souvenir de Louis XIV, c��tait toujours en des questions de c�r�monial et de politesse. Au reste, ses traditions de courtoisie venaient de plus loin, elles venaient de Henri IV.

Il offrit donc sa main � Andr�e; celle-ci pla�a l�extr�mit� br�lante de ses doigts sur le gant du roi, et tous deux continu�rent de marcher vers le pavillon, o� l�on avait dit au roi qu�il trouverait la dauphine avec son architecte et son jardinier en chef.

Nous pouvons assurer que Louis XV, qui cependant n�aimait pas beaucoup � marcher, prit le plus long chemin pour conduire Andr�e au Petit Trianon. Le fait est que les deux officiers qui marchaient derri�re s�aper�urent de l�erreur de Sa Majest� et s�en plaignirent, car ils �taient l�g�rement v�tus, et le temps se refroidissait.

Ils arriv�rent tard, puisqu�ils ne trouv�rent pas la dauphine au point o� l�on esp�rait la trouver; Marie-Antoinette venait de partir, pour ne pas faire attendre le dauphin, qui aimait � souper entre six et sept heures.

Son Altesse royale arriva donc � l�heure exacte, et, comme le dauphin, tr�s ponctuel, se tenait d�j� sur le seuil du salon pour �tre plus vite � la salle � manger, lorsque le ma�tre d�h�tel para�trait, la dauphine jeta sa mante aux mains d�une femme de chambre, alla prendre gaiement le bras du dauphin, et l�entra�na dans la salle � manger.

Le couvert �tait dress� pour les deux illustres amphitryons. Ils occupaient chacun le milieu de la table, laissant ainsi libre le haut bout, que, depuis certaines surprises du roi, on n�occupait jamais, m�me pour une table garnie de convives.

� ce haut bout, le couvert du roi avec son cadenas occupait une place consid�rable; mais le ma�tre d�h�tel, qui ne comptait pas sur cet h�te, faisait le service de ce c�t�.

Derri�re la chaise de la dauphine � avec l�espace n�cessaire pour que les valets circulassent � sur un petit gradin, se tenait, assise sur un tabouret, madame de Noailles raide et ayant pris pourtant tout ce qu�on doit avoir d�amabilit� sur la figure � l�occasion d�un souper.

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