Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
� ce moment, Andr�e pensa qu�il �tait bien temps d�abr�ger cet entretien avec un ouvrier en plein parc royal.
� Bonjour, monsieur Gilbert, dit-elle.
� Mademoiselle ne veut pas accepter une rose? dit Gilbert fr�missant et couvert de sueur.
� Mais, monsieur, repartit Andr�e, vous m�offrez l� ce qui ne vous appartient pas.
Gilbert, surpris, atterr�, ne r�pliqua rien. Il baissa la t�te, et, comme Andr�e le regardait avec une certaine joie d�avoir manifest� sa sup�riorit�, Gilbert, se relevant, arracha toute une branche fleurie du plus beau rosier, et se mit � en effeuiller les roses avec un sang-froid et une noblesse qui impos�rent � la jeune fille.
Elle �tait trop �quitable et trop bonne pour ne pas voir qu�elle venait de blesser gratuitement un inf�rieur pris en flagrant d�lit de politesse. Aussi, comme tous les gens fiers qui se sentent coupables d�un tort, reprit-elle sa promenade sans ajouter un mot, quand peut-�tre l�excuse ou la r�paration effleurait ses l�vres.
Gilbert non plus n�ajouta pas un mot; il jeta la branche de roses et reprit sa b�che, mais son naturel alliait la fiert� � la ruse; il se baissa pour travailler, sans doute, mais aussi pour voir s��loigner Andr�e, qui, au d�tour d�une all�e, ne put s�emp�cher de se retourner. Elle �tait femme.
Gilbert se contenta de cette faiblesse pour se dire qu�il venait, dans cette nouvelle lutte, de remporter la victoire.
� Elle est moins forte que moi, se dit-il, et je la dominerai. Orgueilleuse de sa beaut�, de son nom, de sa fortune qui grandit, insolente de mon amour qu�elle devine peut-�tre, elle n�en est que plus d�sirable pour le pauvre ouvrier qui tremble en la regardant. Oh! ce tremblement, ce frisson indigne d�un homme; oh! les l�chet�s qu�elle me force � commettre, elle les payera un jour! Mais, pour aujourd�hui, j�ai fait assez de besogne, ajouta-t-il, j�ai vaincu l�ennemi� Moi qui eusse d� �tre plus faible, puisque j�aime, j�ai �t� dix fois plus fort.
Il r�p�ta encore ces mots avec une joie sauvage, et, une main convulsive sur son front intelligent, d�o� il releva ses beaux cheveux noirs, il enfon�a vigoureusement sa b�che dans la plate-bande, s��lan�a comme un chevreuil tout au travers de la haie de cypr�s et d�ifs, traversa, l�ger comme la brise, un massif de plantes sous cloches, dont il n�effleura pas une, malgr� la rapidit� furieuse de sa course, et s�alla poster � l�extr�mit� de la diagonale qu�il venait de d�crire, pour tourner la route qu�Andr�e suivait circulairement.
L�, en effet, il la vit encore s�avancer pensive et presque humili�e, ses beaux yeux baiss�s, sa main moite et inerte doucement balanc�e sur sa robe frissonnante, il l�entendit, cach� derri�re l��paisse charmille, soupirer deux fois, comme si elle se parlait � elle-m�me. Enfin, elle passa si pr�s des arbres, que Gilbert e�t pu, en allongeant le bras, effleurer celui d�Andr�e, comme une fi�vre insens�e, vertigineuse, lui conseillait de le faire.
Mais il fron�a le sourcil avec un mouvement de volont� pareil � de la haine, et, posant une main crisp�e sur son c�ur:
� Encore l�che! se dit-il.
Puis il ajouta tout bas:
� C�est qu�elle est si belle!
Gilbert f�t peut-�tre rest� longtemps dans sa contemplation, car l�all�e �tait longue et le pas d�Andr�e fort lent et fort mesur�; mais cette all�e avait des contre-all�es d�o� pouvait d�boucher un f�cheux, et le hasard traita si mal Gilbert, qu�un f�cheux d�boucha effectivement de la premi�re all�e lat�rale � gauche, c�est-�-dire presqu�en face du massif d�arbres verts o� Gilbert se tenait cach�.
Cet importun marchait d�un pas m�thodique et mesur�; il portait haut la t�te, tenait son chapeau sous le bras droit et la main gauche sur l��p�e. Il portait un habit de velours sous une pelisse doubl�e de martre zibeline, et tendait en marchant la jambe qu�il avait belle, et le cou-de-pied, qu�il avait haut comme un homme de race.
Ce seigneur, tout en s�avan�ant, aper�ut Andr�e, et la tournure de la jeune fille lui parut sans doute agr�able, car il doubla le pas en coupant obliquement, de fa�on � se trouver sur la ligne que suivait Andr�e et � la croiser le plus t�t possible.
Gilbert, ayant vu ce personnage, poussa involontairement un petit cri et s�enfuit comme un merle effarouch� sous les sumacs.
La man�uvre du f�cheux lui r�ussit; il en avait sans doute l�habitude, et, avant trois minutes, il se trouva pr�c�der Andr�e que, trois minutes auparavant, il suivait � une assez grande distance.
Andr�e, entendant ce pas, se jeta d�abord un peu de c�t� pour laisser passer l�homme; lorsqu�il fut pass�, elle regarda de son c�t�.
Le seigneur regardait aussi et de tous ses yeux: il s�arr�ta m�me pour mieux voir, et, se retournant apr�s avoir vu:
� Ah! mademoiselle, dit-il d�une voix tout aimable, o� courez-vous si vite, je vous prie?
Au son de cette voix, Andr�e leva la t�te et vit, � trente pas derri�re elle, deux officiers des gardes qui marchaient lentement; elle vit, sous la pelisse de martre de celui qui lui adressait la parole, le cordon bleu, et, toute p�le, tout effray�e de cette rencontre inattendue et de cette interruption gracieuse:
� Le roi! dit-elle en s�inclinant fort bas.
� Mademoiselle�, r�pliqua Louis XV en s�approchant, j�ai de si mauvais yeux que je suis forc� de vous demander votre nom.
� Mademoiselle de Taverney, murmura la jeune fille, si confuse, si tremblante, qu�� peine se fit-elle entendre.
� Ah! oui-da! c�est un heureux voyage que vous faites dans Trianon, mademoiselle, dit le roi.
� J�allais rejoindre Son Altesse royale madame la dauphine qui m�attend, r�pondit Andr�e de plus en plus tremblante.
� Mademoiselle, je vous conduirai pr�s d�elle, reprit Louis XV; car je vais, en voisin de campagne, rendre une visite � ma fille; veuillez accepter mon bras, puisque nous suivons le m�me chemin.
Andr�e sentit comme un nuage passer sur sa vue et descendre en flots tourbillonnants avec son sang jusqu�� son c�ur. En effet, un pareil honneur pour la pauvre fille, le bras du roi, de ce souverain seigneur de tous, une gloire si inesp�r�e, si incroyable, une faveur dont toute une cour e�t �t� jalouse, lui paraissait quelque chose comme un r�ve.
Aussi fit-elle une r�v�rence si profonde et si religieusement craintive, que le roi se crut oblig� de la saluer encore. Quand Louis XV voulait se souvenir de Louis XIV, c��tait toujours en des questions de c�r�monial et de politesse. Au reste, ses traditions de courtoisie venaient de plus loin, elles venaient de Henri IV.
Il offrit donc sa main � Andr�e; celle-ci pla�a l�extr�mit� br�lante de ses doigts sur le gant du roi, et tous deux continu�rent de marcher vers le pavillon, o� l�on avait dit au roi qu�il trouverait la dauphine avec son architecte et son jardinier en chef.
Nous pouvons assurer que Louis XV, qui cependant n�aimait pas beaucoup � marcher, prit le plus long chemin pour conduire Andr�e au Petit Trianon. Le fait est que les deux officiers qui marchaient derri�re s�aper�urent de l�erreur de Sa Majest� et s�en plaignirent, car ils �taient l�g�rement v�tus, et le temps se refroidissait.
Ils arriv�rent tard, puisqu�ils ne trouv�rent pas la dauphine au point o� l�on esp�rait la trouver; Marie-Antoinette venait de partir, pour ne pas faire attendre le dauphin, qui aimait � souper entre six et sept heures.
Son Altesse royale arriva donc � l�heure exacte, et, comme le dauphin, tr�s ponctuel, se tenait d�j� sur le seuil du salon pour �tre plus vite � la salle � manger, lorsque le ma�tre d�h�tel para�trait, la dauphine jeta sa mante aux mains d�une femme de chambre, alla prendre gaiement le bras du dauphin, et l�entra�na dans la salle � manger.
Le couvert �tait dress� pour les deux illustres amphitryons. Ils occupaient chacun le milieu de la table, laissant ainsi libre le haut bout, que, depuis certaines surprises du roi, on n�occupait jamais, m�me pour une table garnie de convives.
� ce haut bout, le couvert du roi avec son cadenas occupait une place consid�rable; mais le ma�tre d�h�tel, qui ne comptait pas sur cet h�te, faisait le service de ce c�t�.
Derri�re la chaise de la dauphine � avec l�espace n�cessaire pour que les valets circulassent � sur un petit gradin, se tenait, assise sur un tabouret, madame de Noailles raide et ayant pris pourtant tout ce qu�on doit avoir d�amabilit� sur la figure � l�occasion d�un souper.