Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
� �coute, mon vieil ami, r�pondit Richelieu, l�autre jour tu t�es conduit comme un �colier et moi comme un p�dant; de toi � moi, il n�y avait que la f�rule. Tu veux parler, je veux t�en �pargner la peine; tu serais dans le cas de dire une sottise et moi de t�en r�pondre une autre. Sautons donc de l�autre jour � aujourd�hui. Sais-tu ce que je viens faire ici ce soir?
� Non, certes.
� Je viens t�apporter la compagnie que tu venais me demander avant-hier et que le roi a donn�e � ton fils� Que diable aussi, comprends donc les nuances; avant-hier, j��tais quasi-ministre: demander �tait une injustice; aujourd�hui que j�ai refus� le portefeuille et que je me retrouve le simple Richelieu d�autrefois, je serais absurde en ne demandant pas. J�ai demand�. J�ai obtenu, j�apporte.
� Duc, est-ce bien vrai, et� cette bont� de ta part?�
� Est un effet naturel de mon devoir d�ami� Le ministre refusait. Richelieu sollicite et donne.
� Ah! duc, tu m�enchantes; tu es donc un v�ritable ami?
� Pardieu!
� Mais le roi, le roi qui me fait une telle faveur�
� Le roi ne sait pas seulement ce qu�il fait, ou peut-�tre me tromp�-je et le sait-il � merveille.
� Que veux-tu dire?
� Je veux dire que Sa Majest� a sans doute quelque motif en ce moment de d�plaire � madame du Barry, et que c�est � ce motif bien plus qu�� mon influence que tu dois la faveur qu�il t�accorde.
� Tu crois?
� J�en suis s�r, j�y aide. Tu sais que c�est � cause de cette dr�lesse que j�ai refus� le portefeuille?
� On me l�a dit; mais, je l�avoue�
� Que tu n�y croyais pas. Allons, dis bravement.
� Eh bien, bravement, je l�avouerai�
� Cela veut dire que tu m�as connu sans scrupules, n�est-ce pas?
� Cela veut dire du moins que je t�ai connu sans pr�jug�s.
� Mon cher, je vieillis, et je n�aime plus les jolies femmes que pour moi� Et puis j�ai encore d�autres id�es� Revenons � ton fils, c�est un charmant gar�on.
� Fort mal avec le du Barry, qui �tait chez toi quand j�ai eu la maladresse de m�y pr�senter.
� Je le sais, et voil� pourquoi je ne suis pas ministre.
� Bon!
� Sans doute, mon ami.
� Tu as refus� le portefeuille pour ne pas d�plaire � mon fils?
� Si je te le disais, tu ne le croirais pas: il n�en est rien. J�ai refus� parce que les exigences des du Barry, qui commen�aient par l�exclusion de ton fils, eussent abouti � des �normit�s en tout genre.
� Alors, tu es brouill� avec ces esp�ces?
� Oui et non: ils me craignent, je les m�prise, c�est un pr�t� pour un rendu.
� C�est h�ro�que, mais c�est imprudent.
� Pourquoi donc?
� La comtesse a du cr�dit.
� Peuh! fit Richelieu.
� Comme tu dis cela!
� Je le dis comme un homme qui sent le faible de la position, et qui, s�il le fallait, attacherait le mineur au bon endroit pour faire sauter la place.
� Je vois la v�rit�: tu rends service � mon fils un peu pour piquer les du Barry.
� Beaucoup pour cela, et ta perspicacit� n�est pas en d�faut; ton fils me sert de grenade, j�incendie par son moyen� Mais, � propos, baron, est-ce que tu n�as pas aussi une fille?
� Oui.
� Jeune?
� Seize ans.
� Belle?
� Comme V�nus.
� Qui habite Trianon.
� Tu la connais donc?
� J�ai pass� la soir�e avec elle, et j�ai caus� d�elle une heure avec le roi.
� Avec le roi? s��cria Taverney dont les joues s�empourpr�rent.
� En personne.
� Le roi a parl� de ma fille, de mademoiselle Andr�e de Taverney?
� Qu�il d�vore des yeux, oui, mon cher.
� Ah! vraiment?
� Je te contrarie en te disant cela?
� Moi?� Non, certes� le roi m�honore en regardant ma fille� mais�
� Mais quoi?
� C�est que le roi�
� � de mauvaises m�urs; est-ce cela que tu veux dire?
� Dieu me pr�serve de parler mal de Sa Majest�; elle a bien le droit d�avoir les m�urs qu�il lui pla�t d�avoir.
� Eh bien, alors, que signifie cet �tonnement? As-tu la pr�tention de faire que mademoiselle Andr�e ne soit pas une beaut� accomplie, et que, par cons�quent, le roi ne la regarde pas d�un �il amoureux?
Taverney ne r�pondit rien, il haussa seulement les �paules et tomba dans une r�verie o� le poursuivit le regard impitoyablement inquisiteur de Richelieu.
� Bon! je devine ce que tu dirais si, au lieu de penser tout bas, tu parlais tout haut, poursuivit le vieux mar�chal en rapprochant son fauteuil de celui du baron; tu dirais que le roi est habitu� � la mauvaise soci�t� qu�il s�encanaille, comme on dit aux Porcherons, et, par cons�quent, qu�il se gardera bien de tourner les yeux vers cette noble fille, au maintien pudique, aux chastes amours, et ne remarquera pas ce tr�sor de gr�ces et de charmes de tout genre� lui qui ne se prend qu�aux propos licencieux, qu�aux �illades libertines et aux propos de grisette.
� D�cid�ment tu es un grand homme, duc.
� Et pourquoi cela?
� Parce que tu as devin� juste, dit Taverney.
� Pourtant, avouez-le, baron, poursuivit Richelieu, il serait bien temps que notre ma�tre ne nous for��t pas, nous autres gentilshommes, nous pairs et compagnons du roi de France, � baiser la main plate et avilie d�une courtisane de cette esp�ce. Il serait temps qu�il nous rem�t dans notre air, � nous, et qu�apr�s �tre tomb� de la Ch�teauroux, qui �tait marquise et d�un bois � faire des duchesses, � la Pompadour, fille et femme de traitant, puis de la Pompadour � la du Barry, qui s�appelle tout bonnement Jeanneton, il ne tombe pas de la du Barry � quelque Maritorne de cuisine ou � quelque Goton des champs. C�est humiliant pour nous, baron, qui avons une couronne au casque, de baisser la t�te devant ces p�ronnelles.
� Oh! que voil� des v�rit�s bien dites, murmura Taverney, et comme il est clair que le vide est fait � la cour par ces nouvelles fa�ons!
� Plus de reine, plus de femmes; plus de femmes, plus de courtisans; le roi entretient une grisette, et le peuple est sur le tr�ne, repr�sent� par mademoiselle Jeanne Vaubernier, ling�re � Paris.
� Et cela est ainsi cependant, et�
� Vois-tu, baron, interrompit le mar�chal, il y aurait un bien beau r�le pour une femme d�esprit qui voudrait r�gner en France � l�heure qu�il est�
� Sans doute, dit Taverney, dont le c�ur battait; mais malheureusement la place est prise.
� Pour une femme, continua le mar�chal, qui sans avoir les vices de ces prostitu�es, en aurait l� hardiesse, le calcul et les vues; pour une femme qui pousserait si haut sa fortune, que l�on en parlerait encore alors m�me que la monarchie n�existerait plus. Sais-tu si ta fille a de l�esprit, baron?
� Beaucoup, et du bon sens surtout.
� Elle est bien belle!
� N�est-ce pas?
� Belle de ce tour voluptueux et charmant qui pla�t tant aux hommes, belle de cette candeur et de cette fleur de virginit� qui impose le respect aux femmes m�mes� Il faut bien soigner ce tr�sor-l�, mon vieil ami.
� Tu m�en parles avec un feu�
� Moi! c�est-�-dire que j�en suis amoureux fou, et que je l��pouserais demain sans mes soixante-quatorze ans. Mais est-elle bien plac�e l�-bas? a-t-elle au moins ce luxe qui convient � une si belle fleur?� Songes-y, baron; ce soir, elle est rentr�e seule chez elle, sans femme, sans chasseur, avec un laquais du dauphin portant une lanterne devant elle: cela ressemble � de la domesticit�.
� Que veux-tu, duc! tu le sais, je ne suis pas riche.
� Riche ou non, mon cher, il faut au moins une femme de chambre � ta fille.
Taverney soupira.
� Je le sais bien, dit-il, qu�il la lui faut, ou plut�t qu�il la lui faudrait.
� Eh quoi! n�en as-tu pas une?
Le baron ne r�pondit pas.
� Qu�est-ce que cette jolie fille, poursuivit Richelieu, que tu tenais l� tout � l�heure? Jolie et fine, ma foi.
� Oui, mais�
� Mais quoi, baron?
� Je ne puis justement l�envoyer � Trianon.
� Pourquoi donc? Elle me semble, au contraire, convenir parfaitement � l�emploi; ce sera une soubrette � quatre �pingles.
� Tu n�as donc pas regard� son visage, duc?
� Moi? Je n�ai fait que cela.
� Tu l�as regard�e et tu n�as pas constat� sa ressemblance �trange!�