Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
Le lendemain au matin, une de ses voitures sans armoiries conduisit Nicole � Trianon, la d�posa pr�s de la grille avec son petit paquet et disparut.
Nicole, le front haut, l�esprit libre et l�espoir dans les yeux, vint, apr�s s��tre inform�e, heurter � la porte des communs.
Il �tait dix heures du matin. Andr�e, d�j� lev�e et habill�e, �crivait � son p�re pour l�informer de cet heureux �v�nement de la veille, dont M. de Richelieu, comme nous l�avons dit, s��tait fait le messager.
Nos lecteurs n�ont pas oubli� qu�un perron de pierre conduit des jardins � la chapelle du petit Trianon; que, sur le palier de cette chapelle, un escalier monte � droite au premier �tage, c�est-�-dire aux chambres des dames de service, chambres qu�un long corridor �clair� sur les jardins borde comme une all�e.
La chambre d�Andr�e �tait la premi�re � gauche dans ce corridor. Elle �tait assez spacieuse, bien �clair�e sur la grande cour des �curies, et pr�c�d�e d�une petite chambre flanqu�e de deux cabinets � droite et � gauche.
Cette chambre, insuffisante si l�on consid�re le train ordinaire des commensaux d�une cour brillante, devenait une charmante cellule, tr�s habitable et tr�s riante comme retraite, apr�s les agitations du monde qui peuplait le palais. L� pouvait se r�fugier une �me ambitieuse pour d�vorer les affronts ou les m�comptes de la journ�e; l� aussi pouvait se reposer, dans le silence et la solitude c�est-�-dire dans l�isolement des grandeurs, une �me humble et m�lancolique.
En effet, plus de sup�riorit�, plus de devoirs, plus de repr�sentation, quand on avait une fois franchi ce perron et gravi cet escalier de la chapelle. Autant de calme qu�au couvent, autant de libert� mat�rielle que dans la vie de prison. L�esclave au palais rentrait ma�tre dans sa chambre des communs.
Une �me douce et fi�re comme celle d�Andr�e trouvait son compte en tous ces petits calculs, non pas qu�elle vint se reposer d�une ambition d��ue ou des fatigues d�une fantaisie inassouvie; mais Andr�e pouvait penser plus � l�aise dans l��troit quadrilat�re de sa chambre que dans les riches salons de Trianon, sur ces dalles que son pied foulait avec tant de timidit� qu�on e�t dit de la terreur.
De l�, de ce coin obscur o� elle se sentait bien � sa place, la jeune fille regardait sans trouble toutes les grandeurs qui pendant le jour avaient �bloui ses yeux. Au milieu de ses fleurs, avec son clavecin, entour�e de livres allemands, qui sont une si douce compagnie aux gens qui lisent avec le c�ur, Andr�e d�fiait le sort de lui envoyer un chagrin ou de lui �ter une joie.
� Ici, disait-elle, lorsque, le soir, apr�s ses devoirs accomplis, elle revenait prendre son peignoir � larges plis et respirer de toute son �me comme de tous ses poumons, ici je poss�de � peu pr�s tout ce que je poss�derai jusqu�� ma mort. Peut-�tre me verrai-je un jour plus riche, mais jamais je ne me trouverai plus pauvre; il y aura toujours des fleurs, de la musique et une belle page pour recr�er les isol�s.
Andr�e avait obtenu la permission de d�jeuner chez elle lorsque bon lui semblait. Cette faveur lui �tait pr�cieuse. Elle pouvait, de cette fa�on, demeurer jusqu�� midi dans sa chambre, � moins que la dauphine ne la f�t demander pour quelque lecture ou quelque promenade matinale. Ainsi libre, dans les beaux jours elle partait le matin avec un livre et traversait seule les grands bois qui vont de Trianon � Versailles, puis, apr�s deux heures de promenade, de m�ditation et de r�verie, elle rentrait pour d�jeuner, n�ayant aper�u souvent ni un seigneur, ni un laquais, ni un homme, ni une livr�e.
La chaleur commen�ait-elle � filtrer sous les �pais ombrages, Andr�e avait sa petite chambre si fra�che, avec le double air de la fen�tre et de la porte du corridor. Un petit sofa recouvert d��toffe d�indienne, quatre chaises pareilles, son chaste lit � ciel rond, d�o� tombaient des rideaux de la m�me �toffe que le meuble, deux vases de Chine sur la chemin�e, une table carr�e � pieds de cuivre: voil� de quoi se composait ce petit univers, aux confins duquel Andr�e bornait toutes ses esp�rances, limitait tous ses d�sirs.
Nous disions donc que la jeune fille �tait assise dans sa chambre et s�occupait d��crire � son p�re lorsqu�un petit coup, discr�tement frapp� � la porte du corridor, �veilla son attention.
Elle leva la t�te en voyant la porte s�ouvrir, et poussa un l�ger cri d��tonnement lorsque le visage radieux de Nicole apparut sortant de la petite antichambre.
Chapitre 95. Comment la joie des uns fait le d�sespoir des autres
� Bonjour, mademoiselle; c�est moi, dit Nicole avec une joyeuse r�v�rence qui cependant, d�apr�s la connaissance que la jeune fille avait du caract�re de sa ma�tresse, n��tait pas exempte d�inqui�tude.
� Vous! et par quel hasard? r�pliqua Andr�e en d�posant sa plume pour mieux suivre la conversation qui s�engageait ainsi.
� Mademoiselle m�oubliait; moi, je suis venue.
� Mais, si je vous oubliais, mademoiselle, c�est que j�avais mes raisons pour cela. Qui vous a permis de venir?
� M. le baron, sans doute, mademoiselle, dit Nicole en rapprochant d�un air assez m�content les deux beaux sourcils noirs qu�elle devait � la g�n�rosit� de M. Raft�.
� Mon p�re a besoin de vous � Paris, et, moi, je n�ai aucun besoin de vous ici� Vous pouvez donc retourner, mon enfant.
� Oh! mais, dit Nicole, mademoiselle n�a gu�re d�attache� Je croyais avoir plu bien davantage � mademoiselle� Aimez donc, ajouta philosophiquement Nicole, pour qu�on vous le rende de la sorte!
Et ses beaux yeux firent tous leurs efforts pour attirer une larme � leurs paupi�res.
Il y avait assez de c�ur et de sensibilit� dans le reproche pour exciter la compassion d�Andr�e.
� Mon enfant, dit-elle, ici l�on me sert, et je ne puis me permettre de surcharger la maison de madame la dauphine d�une bouche de plus.
� Bon! comme si cette bouche �tait bien grande! dit Nicole avec un charmant sourire.
� Il n�importe, Nicole, ta pr�sence ici est impossible.
� � cause de cette ressemblance? dit la jeune fille. Vous n�avez donc pas regard� ma figure, mademoiselle?
� En effet, tu me parais chang�e.
� Je le crois bien; un beau seigneur, celui qui a fait donner un grade � M. Philippe, est venu chez nous hier, et, comme il a vu M. le baron triste de vous laisser ici sans femme de chambre, il lui a cont� que rien n��tait plus facile que de me changer du blanc au noir. Il m�a emmen�e, m�a fait coiffer comme vous voyez; et me voici.
Andr�e sourit.
� Tu m�aimes donc bien, dit-elle, que tu veux � tout prix t�enfermer � Trianon, o� je suis presque prisonni�re?
Nicole jeta un rapide mais intelligent regard autour d�elle.
� Cette chambre n�est pas gaie, dit-elle; mais vous n�y restez pas toujours?
� Moi, sans doute, r�pliqua Andr�e; mais toi?
� Eh bien, moi?
� Toi qui n�iras pas dans le salon, pr�s de madame la dauphine; toi qui n�auras ni le jeu, ni la promenade, ni le cercle; toi qui resteras toujours ici, tu risques de mourir d�ennui.
� Oh! dit Nicole, il y a bien quelque petite fen�tre; on pourra bien voir un coin de ce monde, ne f�t-ce que par l�embrasure d�une porte. Si l�on voit, on peut �tre vue� Voil� tout ce qu�il me faut; ne vous inqui�tez pas de moi.
� Je le r�p�te, Nicole, non, je ne puis te recevoir sans un ordre expr�s.
� De qui?
� De mon p�re.
� C�est votre dernier mot?
� Oui, c�est mon dernier mot.
Nicole tira de sa gorgerette la lettre du baron de Taverney.
� Alors, dit-elle, puisque mes pri�res et mon d�vouement ne font pas d�effet, voyons si la recommandation que voici aura plus de pouvoir.
Andr�e lut la lettre, qui �tait ainsi con�ue:
�Je sais, et l�on remarque, ma ch�re Andr�e, que vous ne tenez pas � Trianon l��tat que votre rang vous commande imp�rieusement d�avoir; il vous faudrait deux femmes et un valet de pied, comme il me faudrait, � moi, vingt bonnes mille livres de revenu; cependant, comme je me contente de mille livres, imitez-moi et prenez Nicole, qui vaut � elle seule tout le domestique qui vous serait n�cessaire.
�Nicole est agile, intelligente et d�vou�e; elle prendra vite le ton et les mani�res de la localit�; vous aurez le soin, non de stimuler, mais d�encha�ner sa bonne volont�. Gardez-la donc, et ne croyez pas que je fasse un sacrifice. Au cas o� vous le croiriez, souvenez-vous que Sa Majest�, qui a eu la bont� de penser � nous en vous voyant, a remarqu�, ceci m�est confi� par un bon ami, que vous manquez de toilette et de repr�sentation. Songez � cela, c�est d�une haute importance.