Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
Le r�sultat pour lui devait arriver le lendemain seulement; c��tait, en effet, le lendemain que serait connue et publi�e par le roi lui-m�me la nomination du nouveau minist�re.
La surprise du mar�chal fut donc grande lorsqu�en se r�veillant, ou plut�t lorsque, r�veill� par un grand bruit de voitures, il apprit de son valet de chambre que les cours de l�h�tel �taient encombr�es ainsi que les antichambres et les salons.
� Oh! oh! dit-il, je fais du bruit, � ce qu�il para�t.
� Il est de bien bonne heure, monsieur le mar�chal, dit le valet de chambre voyant la pr�cipitation que le duc mettait � d�faire son bonnet de nuit.
� D�sormais, r�pliqua le duc, il n�y aura plus d�heure pour moi, souvenez vous de cela.
� Oui, monseigneur.
� Qu�a-t-on r�pondu aux visiteurs?
� Que monseigneur n��tait pas lev�.
� Tout simplement?
� Tout simplement.
� C�est une sottise; il fallait ajouter que j�avais veill� tard, ou, bien mieux, il fallait� Voyons, o� est Raft�?
� M. Raft� dort, dit le valet de chambre.
� Comment, il dort? Mais qu�on le r�veille, le malheureux!
� Allons, allons! dit un vieillard vert et souriant qui parut sur le seuil, voil� Raft�; que lui veut-on?
Toute la boursouflure du duc tomba devant ces paroles.
� Ah! je disais bien aussi, moi, que tu ne dormais pas.
� Et quand j�aurais dormi, qu�y aurait-il l� d��tonnant? il est jour � peine.
� Mais, mon cher Raft�, tu vois que, moi, je ne dors pas.
� C�est autre chose, vous �tes ministre, vous� Comment dormiriez-vous?
� Allons, voil� que tu vas me gronder, dit le mar�chal en grima�ant devant la glace; est-ce que tu n�es pas content?
� Moi! qu�est-ce que cela me fait? Vous allez vous fatiguer beaucoup, et puis vous serez malade; il en r�sultera que ce sera moi qui gouvernerai l��tat, et ce n�est pas amusant, monseigneur.
� Oh! comme tu as vieilli, Raft�.
� J�ai juste quatre ans de moins que vous, monseigneur. Oh! oui, je suis vieux.
Le mar�chal frappa du pied avec impatience.
� As-tu pass� par l�antichambre? dit-il.
� Oui.
� Qui est l�?
� Tout le monde.
� Que dit-on?
� Chacun se raconte ce qu�il va vous demander.
� C�est bien naturel� Mais, de ma nomination, en as-tu entendu parler?
� Oh! j�aime autant ne pas vous dire ce qu�on en dit.
� Ouais�! d�j� la critique?
� Et parmi ceux qui ont besoin de vous. Que sera-ce, monseigneur, chez les gens dont vous aurez besoin!
� Ah! par exemple, Raft�, dit le vieux mar�chal en affectant de rire, ceux qui diraient que tu me flattes�
� Tenez, monseigneur, dit Raft�, pourquoi diable vous �tes-vous attel� � cette charrue qu�on appelle le minist�re? Vous �tes donc las d��tre heureux et de vivre?
� Mon cher, j�ai go�t� de tout, except� de cela.
� Corbleu! Vous n�avez jamais go�t� d�arsenic non plus; que n�en avalez-vous dans votre chocolat, par curiosit�?
� Raft�, tu n�es qu�un paresseux; tu devines que toi, mon secr�taire, tu vas avoir beaucoup de besogne, et tu recules� tu l�as dit, d�ailleurs.
Le mar�chal se fit habiller avec soin.
� Donne-moi une tournure militaire, recommanda-t-il au valet de chambre, et donne-moi mes ordres militaires.
� Il para�t que nous sommes � la Guerre? fit Raft�.
� Mon Dieu oui, il para�t que nous sommes � cela.
� Ah ��! mais, continua Raft�, je n�ai pas vu la nomination du roi, ce n�est pas r�gulier.
� Elle va arriver, sans doute.
� Alors sans doute est le mot officiel aujourd�hui.
� Que tu es devenu d�sagr�able, Raft�, en vieillissant! tu es formaliste et puriste. Si j�avais su cela, je ne t�aurais pas fait faire mon discours de r�ception � l�Acad�mie, c�est cela qui t�a rendu p�dant.
� �coutez donc, monseigneur, puisque nous sommes gouvernement, soyons r�guliers� C�est bizarre.
� Quoi donc est bizarre?
� M. le comte de la Vaudraye, qui vient de me parler dans la rue, m�annon�ait que rien n��tait fait encore pour le minist�re.
Richelieu sourit.
� M. de la Vaudraye a raison, dit-il. Mais tu es donc d�j� sorti?
� Pardieu! il le fallait bien; cet enrag� vacarme de carrosses m�a r�veill�, je me suis fait habiller, j�ai pris mes ordres militaires aussi, et j�ai fait un tour par la ville.
� Ah! M. Raft� s��gaie � mes d�pens?
� Oh! monseigneur, Dieu m�en pr�serve! c�est que�
� C�est que� quoi?
� En me promenant, j�ai rencontr� encore quelqu�un.
� Qui cela?
� Le secr�taire de l�abb� Terray.
� Eh bien?
� Eh bien, il m�a dit que son ma�tre �tait mis � la Guerre.
� Oh! oh! dit Richelieu avec son �ternel sourire.
� Qu�en conclut monseigneur?
� Que, si M. Terray est � la Guerre, je n�y suis pas; que s�il n�y est pas, j�y suis peut-�tre.
Raft� en avait assez fait pour sa conscience. C��tait un homme hardi, infatigable, ambitieux, tout aussi spirituel que son ma�tre, et bien plus arm� que lui, car il se savait roturier et d�pendant, deux d�fauts de cuirasse qui, pendant quarante ans, avaient exerc� toute sa ruse, toute sa force, toute son agilit� d�esprit. Raft�, voyant son ma�tre si bien assur�, crut lui-m�me n�avoir plus rien � craindre.
� Allons, dit-il, monseigneur, h�tez-vous, ne vous faites pas trop attendre, ce serait d�un mauvais augure.
� Je suis pr�t; mais qui est l�, encore une fois?
� Voici la liste.
Il pr�senta une longue liste � son ma�tre, qui lut avec satisfaction les premiers noms de la noblesse, de la robe et de la finance.
� Si j�allais �tre populaire, hein, Raft�?
� Nous sommes au temps des miracles, r�pondit celui-ci.
� Tiens, Taverney! dit le mar�chal en continuant sa lecture. Que vient-il faire ici?
� Je n�en sais rien, monsieur le mar�chal. Allons, faites votre entr�e.
Et, presque avec autorit�, le secr�taire for�a son ma�tre � passer dans le grand salon.
Richelieu dut �tre satisfait, l�accueil qu�il re�ut n�e�t pas �t� au-dessous des ambitions d�un prince du sang.
Mais toute la politesse, si fine, si habile, si cauteleuse de cette �poque et de cette soci�t� servit mal le hasard, qui m�nageait � Richelieu une dure mystification.
Par convenance et par respect de l��tiquette toute cette foule s�abstint de prononcer devant Richelieu le mot minist�re; quelques-uns, plus hardis, all�rent jusqu�au mot compliment; ceux-l� savaient qu�il fallait glisser l�g�rement sur le mot, et que Richelieu n�y r�pondait qu�� peine.
Pour tout le monde, cette visite faite au lever du soleil fut une simple d�monstration, comme un souhait par exemple.
Il n��tait pas rare, � cette �poque, que les insaisissables nuances fussent comprises par des masses et � l�unanimit�.
Il y eut quelques courtisans qui se hasard�rent, dans la conversation, � exprimer un v�u, un d�sir, une esp�rance.
L�un aurait souhait�, disait-il, voir son gouvernement plus rapproch� de Versailles. Il se plaisait � causer de cela avec un homme d�un cr�dit aussi grand que celui de M. de Richelieu.
Un autre pr�tendait avoir �t� oubli� trois fois par M. de Choiseul dans des promotions de chevaliers de l�ordre; il comptait sur l�obligeante m�moire de M. de Richelieu pour rafra�chir celle du roi, � pr�sent que rien ne faisait plus obstacle au bon vouloir de Sa Majest�.
Enfin, cent demandes plus ou moins avides, mais toutes envelopp�es avec un art extr�me, se produisirent aux oreilles charm�es du mar�chal.
Peu � peu la foule s��loigna; on voulait, disait-on, laisser M. le mar�chal � ses importantes occupations.
Un seul homme demeura dans le salon.
Il ne s��tait pas approch� avec les autres, il n�avait rien demand�, il ne s��tait pas pr�sent� m�me.
Quand les rangs furent �claircis, cet homme vint au duc avec un sourire sur les l�vres.
� Ah! monsieur de Taverney, fit le mar�chal; enchant�, enchant�!
� Je t�attendais, duc, pour te faire mon compliment, et un compliment positif, un compliment sinc�re.
� Ah vraiment! et de quoi donc? r�pliqua Richelieu, que la r�serve de ses visiteurs avait mis lui-m�me dans la n�cessit� d��tre discret et comme myst�rieux.