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Joseph Balsamo. Tome III - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome III

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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� Mais, mon compliment de ta nouvelle dignit�, duc.

� Chut! chut! fit le mar�chal; ne parlons pas de cela� Rien n�est fait, c�est un on-dit.

� Cependant, mon cher mar�chal, bien des gens sont de mon avis, car tes salons �taient pleins.

� Je ne sais vraiment pourquoi.

� Oh! je le sais bien, moi.

� Quoi donc? quoi donc?

� Un seul mot de moi.

� Lequel?

� Hier, � Trianon, j�eus l�honneur de faire ma cour au roi. Sa Majest� me parla de mes enfants, et finit par me dire: �Vous connaissez M. de Richelieu, je crois; faites-lui vos compliments.�

� Ah! Sa Majest� vous a dit cela? r�pliqua Richelieu avec un orgueil �tincelant, comme si ces paroles eussent �t� le brevet officiel dont Raft� suspectait l�envoi ou d�plorait le retard.

� En sorte, continua Taverney, que je me suis bien dout� de la v�rit�; ce n��tait pas difficile, � voir l�empressement de tout Versailles, et je suis accouru pour ob�ir au roi en te faisant mes compliments, et pour ob�ir � mon sentiment particulier en te recommandant notre ancienne amiti�.

Le duc en �tait arriv� � l�enivrement: c�est un d�faut de nature, les meilleurs esprits ne peuvent pas toujours s�en pr�server. Il ne vit dans Taverney qu�un de ces solliciteurs du dernier ordre, pauvres gens attard�s sur le chemin de la faveur, inutiles m�me � prot�ger, inutiles surtout dans leur connaissance, et auxquels on fait le reproche de ressusciter de leurs t�n�bres, apr�s vingt ans, pour venir se r�chauffer au soleil de la prosp�rit� d�autrui.

� Je vois ce que c�est, dit le mar�chal assez durement, on vient me demander quelque chose.

� Eh bien! tu l�as dit, duc.

� Ah! fit Richelieu en s�asseyant, ou plut�t en s�enfon�ant dans un sofa.

� Je te disais que j�ai deux enfants, continua Taverney, souple et rus�, car il s�apercevait du refroidissement de son grand ami et ne s�en rapprochait que plus activement. J�ai une fille que j�aime beaucoup, et qui est un mod�le de vertu et de beaut�. Celle-l� est plac�e chez madame la dauphine, qui a bien voulu la prendre dans une estime particuli�re. De celle-l�, de ma belle Andr�e, je ne t�en parle pas, duc; son chemin est fait, sa fortune est en bon train. L�as-tu vue, ma fille? ne te l�ai-je pas pr�sent�e quelque part? n�en as tu pas entendu parler?

� Peuh!� je ne sais, fit n�gligemment Richelieu; peut-�tre.

� N�importe, poursuivit Taverney, voil� ma fille plac�e. Moi, vois-tu, je n�ai besoin de rien, le roi m�a donn� une pension qui me fait vivre. J�aurai bien, je te l�avoue, quelque revenant-bon pour reb�tir Maison-Rouge, dont je veux faire ma retraite supr�me; avec ton cr�dit, avec celui de ma fille�

� Eh! Eh! fit tout bas Richelieu, qui n�avait pas �cout� jusque-l�, perdu qu�il �tait dans la contemplation de sa propre grandeur, et que ce mot: le cr�dit de ma fille, r�veilla en sursaut. Eh! eh! ta fille� mais c�est une jeune beaut� qui fait ombrage � cette bonne comtesse; c�est un petit scorpion qui se r�chauffe sous les ailes de la dauphine pour mordre quelqu�un de Luciennes� Voyons, voyons, ne soyons pas mauvais ami, et, quant � la reconnaissance, cette ch�re comtesse, qui m�a fait ministre, va voir si j�en manque au besoin.

Puis, tout haut:

� Continuez, dit-il avec hauteur au baron de Taverney.

� Ma foi, j�approche de la fin, r�pliqua celui-ci, tr�s d�cid� � rire int�rieurement du vaniteux mar�chal, pourvu qu�il en obt�nt ce qu�il voulait avoir; je ne songe donc plus qu�� mon Philippe, qui porte un fort beau nom, mais � qui l�occasion de fourbir ce nom manquera toujours, si personne ne l�aide� Philippe est un gar�on brave et r�fl�chi, un peu trop r�fl�chi peut-�tre; mais c�est une suite de sa position g�n�e: le cheval tenu de trop court baisse la t�te, comme tu sais.

� Qu�est-ce que cela me fait? pensait le mar�chal avec les signes les moins �quivoques d�ennui et d�impatience.

� Il me faudrait, continua impitoyablement Taverney, quelqu�un de haut plac� comme toi pour faire obtenir � Philippe une compagnie� Madame la dauphine, en entrant � Strasbourg, l�a fait nommer capitaine; oui, mais il ne lui manque que cent mille livres pour avoir une belle compagnie dans quelque r�giment de cavalerie privil�gi� Fais-moi obtenir cela, mon grand ami.

� Votre fils, dit Richelieu, c�est ce jeune homme qui a rendu un service � madame la dauphine, n�est-ce pas?

� Un grand! s��cria Taverney; c�est lui qui a forc� le dernier relais de Son Altesse royale, que voulait prendre de vive force ce du Barry.

� Ouais! fit en lui-m�me Richelieu, c�est cela justement� tout ce qu�il y a de plus f�roce en ennemis de la comtesse� il tombe bien, ce Taverney! Il prend pour titres de grade des titres d�exclusion formelle�

� Vous ne me r�pondez pas, duc? dit Taverney un peu aigri par l�ent�tement du mar�chal � garder le silence.

� Tout cela est impossible, mon cher monsieur Taverney, r�pliqua le mar�chal en se levant pour indiquer que l�audience �tait finie.

� Impossible? une pareille mis�re impossible? C�est un ancien ami qui me dit cela?

� Pourquoi pas?� Est-ce une raison, parce qu�on est amis, comme vous dites, pour chercher � faire� l�un une injustice, l�autre un abus du mot amiti�? Vous ne m�avez pas vu pendant vingt ans, je n��tais rien; me voici ministre, vous arrivez.

� Monsieur de Richelieu, c�est vous qui �tes injuste en ce moment.

� Non, mon cher, non, je ne veux pas vous laisser tra�ner dans les antichambres; moi, je suis un ami v�ritable, par cons�quent�

� Vous avez une raison pour me refuser, cependant?

� Moi! s��cria Richelieu tr�s inquiet du soup�on que pouvait avoir Taverney; moi! une raison?�

� Oui, j�ai des ennemis�

Le duc pouvait r�pondre ce qu�il pensait; mais c��tait d�couvrir au baron qu�il m�nageait madame du Barry par reconnaissance, c��tait avouer qu�il �tait ministre de la fa�on d�une favorite, et voil� ce que le mar�chal n�e�t pas avou� pour un empire; il se h�ta donc de r�pondre au baron:

� Vous n�avez sans doute aucun ennemi, mon cher; mais, moi, j�en ai; accorder tout de suite, et sans examen de titres, des faveurs pareilles, c�est m�exposer � ce qu�on dise que je continue Choiseul. Mon cher, je veux laisser des traces de mon passage aux affaires. Depuis vingt ans, je couve des r�formes, des progr�s; ils vont �clore! La faveur perd la France, je vais m�occuper du m�rite. Les �crits de nos philosophes sont des flambeaux dont la lumi�re n�aura pas �t� en vain aper�ue par mes yeux; toutes les t�n�bres des temps pass�s sont dissip�es, et il �tait bien temps pour le bonheur de l��tat� Aussi examinerai-je les titres de votre fils, ni plus ni moins que ceux du premier citoyen venu; je ferai ce sacrifice � mes convictions, sacrifice douloureux sans doute, mais qui n�est que d�un homme au profit de trois cent mille autres peut-�tre� Si votre fils, M. Philippe de Taverney, me para�t m�riter ma faveur, il l�aura, non parce que son p�re est mon ami, non parce qu�il s�appelle de son nom mais parce que ce sera un homme de m�rite: voil� mon plan de conduite.

� C�est-�-dire votre cours de philosophie, r�pliqua le vieux baron, qui de rage se rongeait le bout des doigts, et appuyait sur son d�pit de tout le poids d�un entretien qui lui avait co�t� tant de condescendance et de petites l�chet�s.

� Philosophie, soit, monsieur; c�est un beau mot.

� Qui dispense des bonnes choses, monsieur le mar�chal, n�est-ce pas?

� Vous �tes un mauvais courtisan, dit Richelieu avec un froid sourire.

� Les gens de ma qualit� ne sont courtisans que du roi!

� Eh! de votre qualit�, M. Raft�, mon secr�taire, en a mille par jour dans mes antichambres, r�pondit Richelieu, et ils arrivent de je ne sais quel trou de province o� l�on apprend � �tre impoli avec ses pr�tendus amis, tout en pr�chant l�accord.

� Oh! je sais bien qu�un Maison-Rouge, noblesse issue des croisades, n�entend pas aussi bien l�accord qu�un Vignerot m�n�trier!

Le mar�chal eut plus d�esprit que Taverney.

Il pouvait le faire jeter par les fen�tres. Il se contenta de hausser les �paules et de r�pondre:

� Vous �tes trop arri�r�, monsieur des croisades: vous n�en �tes qu�au m�moire calomnieux fait par les parlements en 1720, et vous n�avez pas lu celui des ducs et pairs y faisant r�ponse. Passez dans ma biblioth�que, mon cher monsieur, Raft� vous le fera lire.

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