Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
� Mais, mon compliment de ta nouvelle dignit�, duc.
� Chut! chut! fit le mar�chal; ne parlons pas de cela� Rien n�est fait, c�est un on-dit.
� Cependant, mon cher mar�chal, bien des gens sont de mon avis, car tes salons �taient pleins.
� Je ne sais vraiment pourquoi.
� Oh! je le sais bien, moi.
� Quoi donc? quoi donc?
� Un seul mot de moi.
� Lequel?
� Hier, � Trianon, j�eus l�honneur de faire ma cour au roi. Sa Majest� me parla de mes enfants, et finit par me dire: �Vous connaissez M. de Richelieu, je crois; faites-lui vos compliments.�
� Ah! Sa Majest� vous a dit cela? r�pliqua Richelieu avec un orgueil �tincelant, comme si ces paroles eussent �t� le brevet officiel dont Raft� suspectait l�envoi ou d�plorait le retard.
� En sorte, continua Taverney, que je me suis bien dout� de la v�rit�; ce n��tait pas difficile, � voir l�empressement de tout Versailles, et je suis accouru pour ob�ir au roi en te faisant mes compliments, et pour ob�ir � mon sentiment particulier en te recommandant notre ancienne amiti�.
Le duc en �tait arriv� � l�enivrement: c�est un d�faut de nature, les meilleurs esprits ne peuvent pas toujours s�en pr�server. Il ne vit dans Taverney qu�un de ces solliciteurs du dernier ordre, pauvres gens attard�s sur le chemin de la faveur, inutiles m�me � prot�ger, inutiles surtout dans leur connaissance, et auxquels on fait le reproche de ressusciter de leurs t�n�bres, apr�s vingt ans, pour venir se r�chauffer au soleil de la prosp�rit� d�autrui.
� Je vois ce que c�est, dit le mar�chal assez durement, on vient me demander quelque chose.
� Eh bien! tu l�as dit, duc.
� Ah! fit Richelieu en s�asseyant, ou plut�t en s�enfon�ant dans un sofa.
� Je te disais que j�ai deux enfants, continua Taverney, souple et rus�, car il s�apercevait du refroidissement de son grand ami et ne s�en rapprochait que plus activement. J�ai une fille que j�aime beaucoup, et qui est un mod�le de vertu et de beaut�. Celle-l� est plac�e chez madame la dauphine, qui a bien voulu la prendre dans une estime particuli�re. De celle-l�, de ma belle Andr�e, je ne t�en parle pas, duc; son chemin est fait, sa fortune est en bon train. L�as-tu vue, ma fille? ne te l�ai-je pas pr�sent�e quelque part? n�en as tu pas entendu parler?
� Peuh!� je ne sais, fit n�gligemment Richelieu; peut-�tre.
� N�importe, poursuivit Taverney, voil� ma fille plac�e. Moi, vois-tu, je n�ai besoin de rien, le roi m�a donn� une pension qui me fait vivre. J�aurai bien, je te l�avoue, quelque revenant-bon pour reb�tir Maison-Rouge, dont je veux faire ma retraite supr�me; avec ton cr�dit, avec celui de ma fille�
� Eh! Eh! fit tout bas Richelieu, qui n�avait pas �cout� jusque-l�, perdu qu�il �tait dans la contemplation de sa propre grandeur, et que ce mot: le cr�dit de ma fille, r�veilla en sursaut. Eh! eh! ta fille� mais c�est une jeune beaut� qui fait ombrage � cette bonne comtesse; c�est un petit scorpion qui se r�chauffe sous les ailes de la dauphine pour mordre quelqu�un de Luciennes� Voyons, voyons, ne soyons pas mauvais ami, et, quant � la reconnaissance, cette ch�re comtesse, qui m�a fait ministre, va voir si j�en manque au besoin.
Puis, tout haut:
� Continuez, dit-il avec hauteur au baron de Taverney.
� Ma foi, j�approche de la fin, r�pliqua celui-ci, tr�s d�cid� � rire int�rieurement du vaniteux mar�chal, pourvu qu�il en obt�nt ce qu�il voulait avoir; je ne songe donc plus qu�� mon Philippe, qui porte un fort beau nom, mais � qui l�occasion de fourbir ce nom manquera toujours, si personne ne l�aide� Philippe est un gar�on brave et r�fl�chi, un peu trop r�fl�chi peut-�tre; mais c�est une suite de sa position g�n�e: le cheval tenu de trop court baisse la t�te, comme tu sais.
� Qu�est-ce que cela me fait? pensait le mar�chal avec les signes les moins �quivoques d�ennui et d�impatience.
� Il me faudrait, continua impitoyablement Taverney, quelqu�un de haut plac� comme toi pour faire obtenir � Philippe une compagnie� Madame la dauphine, en entrant � Strasbourg, l�a fait nommer capitaine; oui, mais il ne lui manque que cent mille livres pour avoir une belle compagnie dans quelque r�giment de cavalerie privil�gi� Fais-moi obtenir cela, mon grand ami.
� Votre fils, dit Richelieu, c�est ce jeune homme qui a rendu un service � madame la dauphine, n�est-ce pas?
� Un grand! s��cria Taverney; c�est lui qui a forc� le dernier relais de Son Altesse royale, que voulait prendre de vive force ce du Barry.
� Ouais! fit en lui-m�me Richelieu, c�est cela justement� tout ce qu�il y a de plus f�roce en ennemis de la comtesse� il tombe bien, ce Taverney! Il prend pour titres de grade des titres d�exclusion formelle�
� Vous ne me r�pondez pas, duc? dit Taverney un peu aigri par l�ent�tement du mar�chal � garder le silence.
� Tout cela est impossible, mon cher monsieur Taverney, r�pliqua le mar�chal en se levant pour indiquer que l�audience �tait finie.
� Impossible? une pareille mis�re impossible? C�est un ancien ami qui me dit cela?
� Pourquoi pas?� Est-ce une raison, parce qu�on est amis, comme vous dites, pour chercher � faire� l�un une injustice, l�autre un abus du mot amiti�? Vous ne m�avez pas vu pendant vingt ans, je n��tais rien; me voici ministre, vous arrivez.
� Monsieur de Richelieu, c�est vous qui �tes injuste en ce moment.
� Non, mon cher, non, je ne veux pas vous laisser tra�ner dans les antichambres; moi, je suis un ami v�ritable, par cons�quent�
� Vous avez une raison pour me refuser, cependant?
� Moi! s��cria Richelieu tr�s inquiet du soup�on que pouvait avoir Taverney; moi! une raison?�
� Oui, j�ai des ennemis�
Le duc pouvait r�pondre ce qu�il pensait; mais c��tait d�couvrir au baron qu�il m�nageait madame du Barry par reconnaissance, c��tait avouer qu�il �tait ministre de la fa�on d�une favorite, et voil� ce que le mar�chal n�e�t pas avou� pour un empire; il se h�ta donc de r�pondre au baron:
� Vous n�avez sans doute aucun ennemi, mon cher; mais, moi, j�en ai; accorder tout de suite, et sans examen de titres, des faveurs pareilles, c�est m�exposer � ce qu�on dise que je continue Choiseul. Mon cher, je veux laisser des traces de mon passage aux affaires. Depuis vingt ans, je couve des r�formes, des progr�s; ils vont �clore! La faveur perd la France, je vais m�occuper du m�rite. Les �crits de nos philosophes sont des flambeaux dont la lumi�re n�aura pas �t� en vain aper�ue par mes yeux; toutes les t�n�bres des temps pass�s sont dissip�es, et il �tait bien temps pour le bonheur de l��tat� Aussi examinerai-je les titres de votre fils, ni plus ni moins que ceux du premier citoyen venu; je ferai ce sacrifice � mes convictions, sacrifice douloureux sans doute, mais qui n�est que d�un homme au profit de trois cent mille autres peut-�tre� Si votre fils, M. Philippe de Taverney, me para�t m�riter ma faveur, il l�aura, non parce que son p�re est mon ami, non parce qu�il s�appelle de son nom mais parce que ce sera un homme de m�rite: voil� mon plan de conduite.
� C�est-�-dire votre cours de philosophie, r�pliqua le vieux baron, qui de rage se rongeait le bout des doigts, et appuyait sur son d�pit de tout le poids d�un entretien qui lui avait co�t� tant de condescendance et de petites l�chet�s.
� Philosophie, soit, monsieur; c�est un beau mot.
� Qui dispense des bonnes choses, monsieur le mar�chal, n�est-ce pas?
� Vous �tes un mauvais courtisan, dit Richelieu avec un froid sourire.
� Les gens de ma qualit� ne sont courtisans que du roi!
� Eh! de votre qualit�, M. Raft�, mon secr�taire, en a mille par jour dans mes antichambres, r�pondit Richelieu, et ils arrivent de je ne sais quel trou de province o� l�on apprend � �tre impoli avec ses pr�tendus amis, tout en pr�chant l�accord.
� Oh! je sais bien qu�un Maison-Rouge, noblesse issue des croisades, n�entend pas aussi bien l�accord qu�un Vignerot m�n�trier!
Le mar�chal eut plus d�esprit que Taverney.
Il pouvait le faire jeter par les fen�tres. Il se contenta de hausser les �paules et de r�pondre:
� Vous �tes trop arri�r�, monsieur des croisades: vous n�en �tes qu�au m�moire calomnieux fait par les parlements en 1720, et vous n�avez pas lu celui des ducs et pairs y faisant r�ponse. Passez dans ma biblioth�que, mon cher monsieur, Raft� vous le fera lire.