Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
� Vous les ha�ssez donc bien?
� Qui?
� Les Richelieu.
� Je les ex�cre.
� Tous?
� Tous. Voil�-t-il pas un beau duc et pair que M. Fronsac; il a dix fois m�rit� la roue.
� Je vous le livre; mais il y a encore des Richelieu de par le monde.
� Ah! oui, d�Aiguillon.
� Eh bien?
On juge si, � ces mots, l�oreille du neveu �tait droite dans le boudoir.
� Celui-l�, je devrais le ha�r plus que les autres, car il me met sur les bras tout ce qu�il y a de braillards en France; mais c�est un faible dont je ne puis me gu�rir, il est hardi et ne me d�pla�t pas.
� C�est un homme d�esprit, s��cria la comtesse.
� Un homme courageux et �pre � d�fendre la pr�rogative royale. Voil� un vrai pair!
� Oui, oui, cent fois oui! Faites-en quelque chose.
Alors le roi regarda la comtesse en se croisant les bras:
� Comment se peut-il, comtesse, que vous me proposiez une chose pareille au moment o� toute la France me demande d�exiler et de d�grader le duc?
Madame du Barry se croisa les bras � son tour.
� Tout � l�heure, dit-elle, vous appeliez Richelieu une poule mouill�e; eh bien, c�est � vous que ce nom revient de droit.
� Oh! comtesse�
� Vous voil� bien fier, parce que vous avez renvoy� M. de Choiseul.
� Eh! ce n��tait pas ais�.
� Vous l�avez fait, c�est bien! et, � pr�sent, vous reculez devant les cons�quences.
� Moi?
� Sans doute. Que faites-vous en renvoyant le duc?
� Je donne un coup de pied au derri�re du parlement.
� Et vous n�en voulez pas donner deux! Que diable! levez les deux jambes, l�une apr�s l�autre, bien entendu. Le parlement voulait garder Choiseul; renvoyez Choiseul. Il veut renvoyer d�Aiguillon; gardez d�Aiguillon.
� Je ne le renvoie pas.
� Gardez-le, corrig� et augment� consid�rablement.
� Vous voulez un minist�re pour ce brouille-tout?
� Je veux une r�compense pour celui qui vous a d�fendu au p�ril de ses dignit�s et de sa fortune.
� Dites de sa vie, car on le lapidera un de ces matins, votre duc, en compagnie de votre ami Maupeou.
� Vous encourageriez beaucoup vos d�fenseurs, s�ils vous entendaient.
� Ils me le rendent bien, comtesse.
� Ne dites pas cela, les faits parlent.
� Ah ��! mais pourquoi cette fureur pour d�Aiguillon?
� Fureur! je ne le connais pas; je l�ai vu aujourd�hui, et lui ai parl� pour la premi�re fois.
� Ah! c�est diff�rent; il y a conviction alors, et je respecte toutes les convictions, n�en ayant jamais eu moi-m�me.
� Alors donnez quelque chose � Richelieu, au nom de d�Aiguillon, puisque vous ne voulez rien donner � d�Aiguillon.
� � Richelieu! rien, rien, rien, jamais rien!
� � M. d�Aiguillon, alors, puisque vous ne donnez pas � Richelieu.
� Quoi! lui donner un portefeuille, en ce moment? C�est impossible.
� Je le con�ois� mais plus tard� Songez qu�il est homme de ressources, d�action, et qu�avec Terray, d�Aiguillon et Maupeou, vous aurez les trois t�tes de Cerb�re; songez aussi que votre minist�re est une plaisanterie qui ne peut pas durer.
� Vous vous trompez, comtesse, il durera bien trois mois.
� Dans trois mois, je retiens votre parole.
� Oh! oh! comtesse.
� C�est dit; maintenant� il me faut du pr�sent.
� Mais je n�ai rien.
� Vous avez les chevau-l�gers; M. d�Aiguillon est un officier, c�est ce qu�on appelle une �p�e; donnez-lui vos chevau-l�gers.
� Allons, soit, il les aura.
� Merci! s��cria la comtesse transport�e de joie, merci!
Et M. d�Aiguillon put entendre r�sonner un baiser tout pl�b�ien sur les joues de Sa Majest� Louis XV.
� � pr�sent, dit le roi, faites-moi souper, comtesse.
� Non, dit-elle, il n�y a rien ici; vous m�avez assomm�e de politique� Mes gens ont fait des discours et des feux d�artifice, mais de cuisine point.
� Alors venez � Marly; je vous emm�ne.
� Impossible: j�ai ma pauvre t�te fendue en quatre.
� La migraine?
� Impitoyable.
� Il faut vous coucher alors, comtesse.
� C�est ce que je vais faire, sire.
� Alors, adieu�
� Au revoir, c�est-�-dire.
� J�ai un peu l�air de M. de Choiseuclass="underline" on me renvoie.
� En vous reconduisant, en vous festoyant, en vous cajolant, dit la fol�tre femme, qui tout doucement poussait le roi vers la porte et finit par le mettre dehors, riant aux �clats et se retournant � chaque marche de l�escalier.
Du haut du p�ristyle, la comtesse tenait un bougeoir.
� Dites donc, comtesse, fit le roi en remontant un degr�.
� Sire?
� Pourvu que le pauvre mar�chal n�en meure pas.
� De quoi?
� De son portefeuille rentr�.
� �tes-vous mauvais! dit la comtesse en l�escortant d�un dernier �clat de rire.
Et Sa Majest� partit fort satisfaite de son dernier quolibet sur le duc, qu�il ex�crait r�ellement.
Quand madame du Barry rentra dans son boudoir, elle trouva d�Aiguillon � genoux devant la porte, les mains jointes, les yeux ardemment fix�s sur elle.
Elle rougit.
� J�ai �chou�, dit-elle; ce pauvre mar�chal�
� Oh! je sais tout, dit-il, on entend� Merci, madame, merci!
� Je crois que je vous devais cela, r�pliqua-t-elle avec un doux sourire; mais relevez-vous, duc, sinon je croirais que vous avez autant de m�moire que vous avez d�esprit.
� Cela peut bien �tre, madame; mon oncle vous l�a dit, je ne suis rien que votre passionn� serviteur.
� Et celui du roi; demain, il faudra rendre vos devoirs � Sa Majest�; relevez-vous, je vous prie.
Et elle lui donna sa main, qu�il baisa respectueusement.
La comtesse fut bien �mue, � ce qu�il para�t, car elle n�ajouta pas un mot.
M. d�Aiguillon resta aussi muet, aussi troubl� qu�elle; � la fin, madame du Barry relevant la t�te:
� Pauvre mar�chal, dit-elle encore, il faudra qu�il sache cette d�faite.
M. d�Aiguillon regarda ces mots comme un cong� d�finitif, il s�inclina.
� Madame, dit-il, je vais me rendre aupr�s de lui.
� Oh! duc, toute mauvaise nouvelle doit s�annoncer le plus tard possible; faites mieux que d�aller chez le mar�chal, soupez avec moi.
Le duc sentit comme un parfum de jeunesse et d�amour embraser, r�g�n�rer le sang de son c�ur.
� Vous n��tes pas une femme, dit-il, vous �tes�
� L�Ange, n�est-ce pas? lui dit � l�oreille la bouche br�lante de la comtesse, qui l�effleura pour lui parler plus bas, et qui l�entra�na � table�
Ce soir-l�, M. d�Aiguillon dut se regarder comme bien heureux, car il prit le portefeuille � son oncle et mangea la part du roi.
Chapitre 89. Les antichambres de M. le duc de Richelieu
M. de Richelieu, comme tous les courtisans, avait un h�tel � Versailles, un � Paris, une maison � Marly, une � Luciennes; un logement, en un mot, pr�s de chacun des logements ou des stations du roi.
Louis XIV, en multipliant ses s�jours, avait impos� � tout homme de qualit�, privil�gi� des grandes ou des petites entr�es, l�obligation d��tre fort riche, pour suivre dans une proportion �gale le train de sa maison et l�essor de ses caprices.
M. de Richelieu habitait donc, au moment du renvoi de MM. de Choiseul et de Praslin, son h�tel de Versailles; c��tait l� qu�il s��tait fait conduire la veille, au retour de Luciennes, apr�s avoir pr�sent� son neveu � madame du Barry.
On avait vu Richelieu au bois de Marly avec la comtesse, on l�avait vu � Versailles apr�s la disgr�ce du ministre, on savait son audience secr�te et prolong�e � Luciennes; c�en fut assez pour que toute la cour, avec les indiscr�tions de Jean du Barry, pour que toute la cour, disons-nous, se cr�t oblig�e d�aller rendre ses devoirs � M. de Richelieu.
Le vieux mar�chal allait donc humer � son tour ce parfum de louanges, de flatteries et de caresses que tout int�ress� fait br�ler sans discernement devant l�idole du jour.
M. de Richelieu ne s�attendait pourtant pas � ce qui allait lui arriver, mais il se leva le matin du jour o� nous sommes parvenus avec la ferme r�solution de calfeutrer ses narines contre le parfum, de m�me qu�Ulysse bouchait son oreille avec de la cire contre le chant des sir�nes.