Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
L'assommoir - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

L'assommoir

Электронная книга - «L'assommoir». Краткое содержание книги:

L'assommoir
1 ... 92 93 94 95 96 97 98 99 100 ... 116
Перейти на страницу:

-On voit bien qu'il a le sac, murmura-t-elle. Ecoute, mon petit chat, il faudra tout me dire. Maintenant, tu n'as plus rien a craindre.

En causant, elles couraient de boutique en boutique, chez le charcutier, chez la fruitiere, chez le rotisseur. Et les commissions, dans des papiers gras, s'empilaient sur leurs mains. Mais elles restaient aimables, se dandinant, jetant derriere elles de legers rires et des oeillades luisantes. Madame Lerat elle-meme prenait des graces, faisait la jeune fille, a cause du fabricant de boutons qui les suivait toujours.

-Il est tres distingue, declara-t-elle en rentrant dans l'allee. S'il avait seulement des intentions honnetes...

Puis, comme elles montaient l'escalier, elle parut brusquement se souvenir.

-A propos, dis-moi donc ce que ces demoiselles se sont dit a l'oreille; tu sais, la salete de Sophie?

Et Nana ne fit pas de facon. Seulement, elle prit madame Lerat par le cou, la forca a redescendre deux marches, parce que, vrai, ca ne pouvait pas se repeter tout haut, meme dans un escalier. Et elle souffla le mot. C'etait si gros, que la tante se contenta de hocher la tete, en arrondissant les yeux et en tordant la bouche. Enfin, elle savait, ca ne la demangeait plus.

Les fleuristes dejeunaient sur leurs genoux, pour ne pas salir l'etabli. Elles se depechaient d'avaler, ennuyees de manger, preferant employer l'heure du repas a regarder les gens qui passaient ou a se faire des confidences dans les coins. Ce jour-la, on tacha de savoir ou se cachait le monsieur de la matinee; mais, decidement, il avait disparu. Madame Lerat et Nana se jetaient des coups d'oeil, les levres cousues. Et il etait deja une heure dix, les ouvrieres ne paraissaient pas pressees de reprendre leurs pinces, lorsque Leonie, d'un bruit des levres, du prrrout! dont les ouvriers peintres s'appellent, signala l'approche de la patronne. Aussitot, toutes furent sur leurs chaises, le nez dans l'ouvrage. Madame Titreville entra et fit le tour, severement.

A partir de ce jour, madame Lerat se regala de la premiere histoire de sa niece. Elle ne la lachait plus, l'accompagnait matin et soir, en mettant en avant sa responsabilite. Ca ennuyait bien un peu Nana; mais ca la gonflait tout de meme, d'etre gardee comme un tresor; et les conversations qu'elles avaient dans les rues toutes les deux, avec le fabricant de boutons derriere elles, l'echauffaient et lui donnaient plutot l'envie de faire le saut. Oh! sa tante comprenait le sentiment; meme le fabricant de boutons, ce monsieur age deja et si convenable, l'attendrissait, car enfin le sentiment chez les personnes mures a toujours des racines plus profondes. Seulement, elle veillait. Oui, il lui passerait plutot sur le corps avant d'arriver a la petite. Un soir, elle s'approcha du monsieur et lui envoya raide comme balle que ce qu'il faisait la n'etait pas bien. Il la salua poliment, sans repondre, en vieux rocantin habitue aux rebuffades des parents. Elle ne pouvait vraiment pas se facher, il avait de trop bonnes manieres. Et c'etaient des conseils pratiques sur l'amour, des allusions sur les salopiauds d'hommes, toutes sortes d'histoires de margots qui s'etaient bien repenties d'y avoir passe, dont Nana sortait languissante, avec des yeux de sceleratesse dans son visage blanc.

Mais, un jour, rue du Faubourg-Poissonniere, le fabricant de boutons avait ose allonger son nez entre la niece et la tante, pour murmurer des choses qui n'etaient pas a dire. Et madame Lerat, effrayee, repetant qu'elle n'etait meme plus tranquille pour elle, lacha tout le paquet a son frere. Alors ce fut un autre train. Il y eut, chez les Coupeau, de jolis charivaris. D'abord, le zingueur flanqua une tripotee a Nana. Qu'est-ce qu'on lui apprenait? cette gueuse-la donnait dans les vieux! Ah bien! qu'elle se laissat surprendre a se faire relicher dehors, elle etait sure de son affaire, il lui couperait le cou un peu vivement! Avait-on jamais vu! une morveuse qui se melait de deshonorer la famille! Et il la secouait, en disant, nom de Dieu! qu'elle eut a marcher droit, car ce serait lui qui la surveillerait a l'avenir. Des qu'elle rentrait, il la visitait, il la regardait bien en face, pour deviner si elle ne rapportait pas une souris sur l'oeil, un de ces petits baisers qui se fourrent la sans bruit. Il la flairait, la retournait. Un soir, elle recut encore une danse, parce qu'il lui avait trouve une tache noire au cou. La matine osait dire que ce n'etait pas un sucon! oui, elle appelait ca un bleu, tout simplement un bleu que Leonie lui avait fait en jouant. Il lui en donnerait des bleus, il l'empecherait bien de rouscailler, lorsqu'il devrait lui casser les pattes. D'autres fois, quand il etait de belle humeur, il se moquait d'elle, il la blaguait. Vrai! un joli morceau pour les hommes, une sole tant elle etait plate, et avec ca des salieres aux epaules, grandes a y fourrer le poing! Nana, battue pour les vilaines choses qu'elle n'avait pas commises, trainee dans la crudite des accusations abominables de son pere, montrait la soumission sournoise et furieuse des betes traquees.

-Laisse-la donc tranquille! repetait Gervaise plus raisonnable. Tu finiras par lui en donner l'envie, a force de lui en parler.

Ah! oui, par exemple, l'envie lui en venait! C'est-a-dire que ca lui demangeait par tout le corps, de se cavaler et d'y passer, comme disait le pere Coupeau. Il la faisait trop vivre dans cette idee-la, une fille honnete s'y serait allumee. Meme, avec sa facon de gueuler, il lui apprit des choses qu'elle ne savait pas encore, ce qui etait bien etonnant. Alors, peu a peu, elle prit de droles de manieres. Un matin, il l'apercut qui fouillait dans un papier, pour se coller quelque chose sur la frimousse. C'etait de la poudre de riz, dont elle emplatrait par un gout pervers le satin si delicat de sa peau. Il la barbauilla avec le papier, a lui ecorcher la figure, en la traitant de fille de meunier. Une autre fois, elle rapporta des rubans rouges pour retaper sa casquette, ce vieux chapeau noir qui lui faisait tant de honte. Et il lui demanda furieusement d'ou venaient ces rubans. Hein? c'etait sur le dos qu'elle avait gagne ca! Ou bien elle les avait achetes a la foire d'empoigne? Salope ou voleuse, peut-etre deja toutes les deux. A plusieurs reprises, il lui vit ainsi dans les mains des objets gentils, une bague de cornaline, une paire de manches avec une petite dentelle, un de ces coeurs en double, des " Tatez-y ", que les filles se mettent entre les deux nenais. Coupeau voulait tout piler; mais elle defendait ses affaires avec rage: c'etait a elle, des dames les lui avaient donnees, ou encore elle avait fait des echanges a l'atelier. Par exemple, le coeur, elle l'avait trouve rue d'Aboukir. Lorsque son pere ecrasa son coeur d'un coup de talon, elle resta toute droite, blanche et crispee, tandis qu'une revolte interieure la poussait a se jeter sur lui, pour lui arracher quelque chose. Depuis deux ans, elle revait d'avoir ce coeur, et voila qu'on le lui aplatissait! Non, elle trouvait ca trop fort, ca finirait a la fin!

Cependant, Coupeau mettait plus de taquinerie que d'honnetete dans la facon dont il entendait mener Nana au doigt et a l'oeil. Souvent, il avait tort, et ses injustices exasperaient la petite. Elle en vint a manquer l'atelier; puis, quand le zingueur lui administra sa roulee, elle se moqua de lui, elle repondit qu'elle ne voulait plus retourner chez Titreville, parce qu'on la placait pres d'Augustine, qui bien sur devait avoir mange ses pieds, tant elle trouillotait du goulot. Alors, Coupeau la conduisit lui-meme rue du Caire, en priant la patronne de la coller toujours a cote d'Augustine, par punition. Chaque matin, pendant quinze jours, il prit la peine de descendre de la barriere Poissonniere pour accompagner Nana jusqu'a la porte de l'atelier. Et il restait cinq minutes sur le trottoir, afin d'etre certain qu'elle etait entree. Mais, un matin, comme il s'etait arrete avec un camarade chez un marchand de vin de la rue Saint-Denis, il apercut la matine, dix minutes plus tard, qui filait vite vers le bas de la rue, en secouant son panier aux crottes. Depuis quinze jours, elle le faisait poser, elle montait deux etages au lieu d'entrer chez Titreville, et s'asseyait sur une marche, en attendant qu'il fut parti. Lorsque Coupeau voulut s'en prendre a madame Lerat, celle-ci lui cria tres vertement qu'elle n'acceptait pas la lecon: elle avait dit a sa niece tout ce qu'elle devait dire contre les hommes, ce n'etait pas sa faute si la gamine gardait du gout pour ces salopiauds; maintenant, elle s'en lavait les mains, elle jurait de ne plus se meler de rien, parce qu'elle savait ce qu'elle savait, des cancans dans la famille, oui, des personnes qui osaient l'accuser de se perdre avec Nana et de gouter un sale plaisir a lui voir executer sous ses yeux le grand ecart. D'ailleurs, Coupeau apprit de la patronne que Nana etait debauchee par une autre ouvriere, ce petit chameau de Leonie, qui venait de lacher les fleurs pour faire la noce. Sans doute l'enfant, gourmande seulement de galette et de vacherie dans les rues, aurait encore pu se marier avec une couronne d'oranger sur la tete. Mais, fichtre! il fallait se presser joliment si l'on voulait la donner a un mari sans rien de dechire, propre et en bon etat, complete enfin ainsi que les demoiselles qui se respectent.

1 ... 92 93 94 95 96 97 98 99 100 ... 116
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)