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Bouclier périlleux [Perilous Shield - fr]

Электронная книга - «Bouclier périlleux [Perilous Shield - fr]». Краткое содержание книги:

L’autorité des Mondes syndiqués s’effondre lentement depuis la victoire de l’Alliance. Partout éclatent sécessions et guerres civiles. Que deviendront ces « étoiles perdues » ?
De haute lutte, Midway a conquis son indépendance et s’est soustrait à la dictature syndic. Mais à quoi bon si c’est pour retomber sous sa férule faute d’une flotte spatiale digne de ce nom ? Ou pour succomber à une nouvelle agression des Énigmas ? Car voici que surgissent aux confins du système stellaire les vaisseaux du CECH Boyens, le vieil adversaire, ainsi que ceux des extraterrestres belliqueux. Et, même si Black Jack Geary, retour d’expédition dans l’espace inexploré, a plus d’un tour dans son sac pour venir à bout de ces menaces-là, il reste l’ennemi dans l’ombre, l’ennemi infiltré, celui qui vous sourit en face et vous poignarde dans le dos.
Des siècles de conditionnement dictatorial ne s’effacent pas d’un trait. La présidente Gwen Iceni et le général Drakon vont pourtant devoir apprendre à se faire confiance alors que le danger rôde autour d’eux.
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— Eh bien, faites donc ! »

Les étoiles disparurent.

La grisaille infinie de l’espace du saut emplit l’écran.

Le capitaine Bradamont quitta la passerelle.

Au bout d’une longue minute, Rogero l’imita. Le transit vers Atalia durerait quatre jours. L’avantage, c’était que tout s’y déplaçait à la même vélocité et que les cargos atteindraient leur destination aussi vite que le plus rapide des croiseurs de combat.

Au terme de deux jours de saut, Rogero se sentait déjà mal à l’aise. Cela dit, c’était la norme. Les êtres vivants n’ont pas leur place dans cet univers-là, et, plus longtemps ils y restent, plus leur malaise s’aggrave. Mais, d’ordinaire, il faut davantage de temps à cet inconfort pour s’installer. Il y avait un autre facteur.

Il arpentait inlassablement les coursives du cargo, devait enjamber les innombrables travailleurs qui s’y étaient établis parce qu’il n’y avait pas assez de place pour eux ailleurs. L’air sentait déjà le renfermé, car les supports vitaux n’étaient pas conçus pour autant de passagers. Ça ne deviendrait pas dangereux, du moins durant le bref laps de temps où il leur faudrait s’en accommoder, mais l’odeur empirerait et les migraines se feraient de plus en plus fréquentes.

Rogero s’aperçut que ses pas l’avaient conduit dans les quartiers occupés par Honore Bradamont. Il se renfrogna légèrement, conscient que c’était là la cause réelle de son malaise. Pourquoi ? Depuis qu’ils étaient entrés dans l’espace du saut, Honore s’était recluse à l’intérieur du petit compartiment, hors de vue des travailleurs, peu désireuse de révéler sa présence à des gens qui voyaient toujours en elle une ennemie. Les deux plantons que Rogero avait mis de faction devant sa porte étaient sur le qui-vive. Alors, qu’est-ce qui pouvait bien le perturber ainsi ?

Il se dirigea vers les soldats, qui se mirent aussitôt au garde-à-vous et le saluèrent. « Tout se passe bien ? » demanda-t-il.

On apprend aux soldats syndics à ne pas poser de questions, à ne pas fournir spontanément d’informations, à obéir aux ordres et à plus ou moins s’en tenir là. Les hommes de Rogero, comme beaucoup de ceux appartenant aux forces du général Drakon, avaient reçu au cours des dernières années un entraînement différent. Observez. Réfléchissez. Si quelque chose vous semble anormal, informez-en vos supérieurs.

De sorte que, lorsqu’il leur posa cette question, les soldats comprirent qu’il attendait une réponse.

Le plus ancien se mâchonna la lèvre un moment. « On nous surveille, mon colonel. »

L’autre hocha la tête.

« Qui donc ? C’est fréquent ?

— Assez, mon colonel. C’est juste une impression. Des gens nous observent. Comme sur le champ de bataille, quand les senseurs vous affirment qu’il n’y a rien mais que vous sentez malgré tout comme une mire posée sur vous. Mais ils font profil bas. Tant de travailleurs passent sans arrêt qu’ils peuvent aisément se fondre dans la foule. »

Le second planton opina derechef. « Surtout pendant la relève, mon colonel, quand on change de quart. Ceux qui nous surveillent s’intéressent encore plus à nous à ce moment-là.

— Mais vous n’avez remarqué personne en particulier ?

— Non, mon colonel. Rien qu’une impression. Tous ceux qui ont monté la garde ici en ont parlé, mon colonel. »

Inquiétant. Très inquiétant. Les vétérans apprennent à ressentir ces choses-là. C’est comme un sixième sens, récemment acquis, ou bien archaïque, assoupi depuis que l’homme a appris à se servir d’outils et qui se serait brusquement réveillé.

Il ne pouvait s’agir d’une seule personne qui aurait surveillé tout le temps ces soldats. C’était donc un effort collectif. Quelqu’un chercherait-il à s’en prendre à Bradamont ? Les deux plantons pourraient certes arrêter un ou deux agresseurs, mais s’ils étaient davantage ? Si une troupe nombreuse de travailleurs dévalait la coursive pour se venger de cette femme qui représentait encore l’ennemi à leurs yeux et se trouvait à leur portée.

Il examina la porte. La porte intérieure d’un cargo, un simple panneau de bois mince et léger, servant plus à préserver l’intimité qu’à autre chose. Comme la plupart de celles des quartiers d’habitation, on ne pouvait même pas la fermer à clef.

Honore se retrouverait piégée à l’intérieur.

Mais il n’existait rien de plus sûr à bord de ce bâtiment et Rogero était trop avisé pour lui proposer de partager sa cabine. Elle refuserait dans ces conditions et, si d’aventure elle acceptait, éventualité fort improbable, le contrecoup serait monstrueux : tout le monde se liguerait contre lui à bord du cargo.

Il y avait forcément une solution. La vague impression d’une menace se renforça. Si je ne trouve pas très vite un autre moyen de protéger Honore, elle risque de ne pas arriver jusqu’à Atalia. Il faut qu’une idée me vienne et le plus tôt possible.

Chapitre quinze

Plus que deux heures avant que le cargo ne quitte l’espace du saut. Deux heures avant d’atteindre Atalia. Une heure avant l’« aube », du moins telle que fixée par l’horloge interne au cargo. Allongé sur son étroite couchette dans ses quartiers étriqués, le colonel Rogero fixait l’entrelacs de câbles et de conduits qui en constituait le plafond.

L’impression qu’il allait se passer quelque chose ne cessait de croître ; indéfinissable sans doute, peut-être simple manifestation, encore inconnue à ce jour, de la traditionnelle nervosité induite par le saut, mais qui ne l’en avait pas moins empêché de bien dormir et l’avait pleinement réveillé longtemps avant qu’il ait besoin de se lever.

Il sentit comme une vibration secouer la carcasse du cargo avant d’en avoir vraiment conscience. Elle s’amplifia avec une stupéfiante soudaineté, pour bientôt évoquer le battement irrégulier de multiples pieds arpentant la coursive. Quels que fussent leurs propriétaires, ces pieds s’activaient aussi vivement que silencieusement.

Ceux de Rogero touchaient à peine le pont de sa cabine qu’il entendait les plantons postés devant les nouveaux quartiers d’Honore, un peu plus bas dans la même coursive, hurler des avertissements et des ordres. Il ne s’arrêta qu’une faction de seconde pour opter entre arme de poing et arme lourde, et se décida en faveur de la seconde. Il fonça vers la porte au moment où un rugissement – une sorte de cri de haine poussé par une centaine de gorges au bas mot – éclatait dans la coursive et noyait les vociférations des sentinelles.

Quand il ouvrit la porte, une déflagration retentit soudain, provenant d’un peu plus bas : celle, parfaitement reconnaissable encore que légèrement étouffée, de l’explosion d’une grenade à proximité, sans doute parce qu’elle avait éclaté à l’intérieur d’une chambre donnant sur la coursive. Et il ne pouvait s’agir que de la cabine d’Honore. L’espace d’une seconde, Rogero se demanda où cette racaille avait bien pu trouver une grenade, et il se promit d’en avoir le cœur net. Si jamais un de ses soldats avait perdu ou troqué une grenade…

Mais ça devrait attendre plus tard.

Il sortit de sa cabine sans sa cuirasse, mais son fusil, lui, se rechargeait. Toutes les coursives du cargo tendaient à être surpeuplées ces derniers jours, mais, pour l’heure, celle-là était embouteillée par la foule qui affluait vers la cabine de Bradamont.

L’horreur, avec une discipline de fer, c’est que, quand il lui arrive de s’effriter, son effondrement ne se traduit pas par de légères perturbations mais par des cataclysmes à la chaîne. Si bien que toute riposte se doit d’être immédiate et cinglante.

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