Bouclier périlleux [Perilous Shield - fr]
- Автор: Хемри Джон
- Серия: La flotte perdue: Étoiles perdues #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: L'Atalante
- ISBN: 978-2-84172-679-0
- Переводчик: Frank Reichert
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Bouclier périlleux [Perilous Shield - fr]». Краткое содержание книги:
De haute lutte, Midway a conquis son indépendance et s’est soustrait à la dictature syndic. Mais à quoi bon si c’est pour retomber sous sa férule faute d’une flotte spatiale digne de ce nom ? Ou pour succomber à une nouvelle agression des Énigmas ? Car voici que surgissent aux confins du système stellaire les vaisseaux du CECH Boyens, le vieil adversaire, ainsi que ceux des extraterrestres belliqueux. Et, même si Black Jack Geary, retour d’expédition dans l’espace inexploré, a plus d’un tour dans son sac pour venir à bout de ces menaces-là, il reste l’ennemi dans l’ombre, l’ennemi infiltré, celui qui vous sourit en face et vous poignarde dans le dos.
Des siècles de conditionnement dictatorial ne s’effacent pas d’un trait. La présidente Gwen Iceni et le général Drakon vont pourtant devoir apprendre à se faire confiance alors que le danger rôde autour d’eux.
Même si Honore n’avait pas été la cible de cette populace, il aurait été contraint de réagir exactement de la même façon.
« Cessez ! » hurla-t-il en s’efforçant de couvrir le tumulte. Il tira une première fois, sans attendre, sur le travailleur qui se tenait juste devant lui. Le fusil à impulsion creusa carrément un trou au travers de l’homme avant d’abattre celui qu’il précédait. « Cessez ! » répéta Rogero dans la foulée avant de faire feu pour la seconde fois.
Cette fois, trois travailleurs s’effondrèrent dans la coursive bondée et Rogero enjamba leurs cadavres. « Cessez ! »
Au troisième tir, deux encore s’abattirent et les autres commencèrent à prendre conscience de ce qui se passait ; obéissant à la force de l’habitude et à la terreur qu’on leur avait inculquées, les travailleurs se tortillaient pour se plaquer à la plus proche cloison, levaient les bras en l’air ou plaçaient les mains sur leur tête en regardant droit devant eux, le souffle coupé. Rogero beugla son ordre pour la quatrième fois : « Cessez ! »
Un petit groupe s’agglutinait devant la cabine de Bradamont et tentait de s’y introduire par la porte. Celle-ci avait été arrachée à ses gonds, mais elle semblait encore tenir bon, comme si quelqu’un la repoussait fermement par-derrière. Des lambeaux de fumée provenant de l’explosion de la grenade continuaient de s’en évader par les interstices. Surpris en plein effort et réagissant donc plus lentement aux ordres et aux détonations, quelques-uns cherchaient toujours à l’enfoncer quand Rogero déchargea une troisième, une quatrième puis une cinquième fois son arme.
Le silence se fit. Seuls deux hommes blessés geignaient encore de douleur. Tous les autres se plaquaient à la cloison, les mains sur la tête en signe de soumission.
Les deux plantons s’efforçaient encore de se relever péniblement quand Rogero arriva à leur hauteur. Il perdit quelques précieuses secondes à les examiner, en quête de preuves de leur résistance ou de leur capitulation. Mais leurs uniformes étaient déchirés, eux-mêmes étaient couverts d’hématomes et d’égratignures, et l’un d’eux, le visage tiré de souffrance, soutenait même son bras, brisé au moins à un endroit, de son autre main.
« Nous avons fait front, mais nous ne pouvions pas tenir bien longtemps », déclara l’autre. C’était une femme et, au garde-à-vous, elle chevrotait comme si elle s’attendait à prendre une balle dans la peau, comme son camarade, pour la punir de son échec.
Mais Rogero baissa son arme. « Vous aurez au moins essayé. » L’explosion de la grenade et les coups de feu qu’il avait tirés avaient déclenché des alarmes à l’intérieur du cargo ; leurs ululements frénétiques bafouillaient à présent bien inutilement. « D’autres soldats devraient arriver bientôt. Allez vous faire examiner par l’automédic du cargo. »
Il se tourna vers la porte brisée et pianota soigneusement une séquence préétablie. Au bout d’un moment, elle finit par céder et s’abattre vers l’intérieur pour révéler une silhouette en cuirasse de combat, debout au milieu des décombres créés par l’explosion de la grenade dans cette petite cabine. « Vous allez bien ? » demanda-t-il.
Bradamont hocha la tête et releva la visière de son casque pour lui parler : « La grenade a légèrement endommagé ma cuirasse. Sinon, ça va. Grâce à elle, j’ai pu retenir la porte assez longtemps. »
Ç’avait été la seule solution envisageable : pendant que Bradamont déménageait ses effets de ses anciens quartiers pour les transporter jusqu’à cette cabine, que tous les yeux étaient braqués sur elle et qu’on avait provisoirement évacué la coursive pour lui permettre de le faire en toute sécurité, Rogero avait prestement rapporté sa cuirasse de sa propre cabine pour l’installer en catimini dans celle d’Honore. Si les soldats qui la gardaient résistaient assez longuement et qu’elle-même était prévenue à temps, elle pourrait l’endosser et repousser une attaque jusqu’à l’arrivée des secours. C’était en tout cas ce qu’il avait espéré.
Les alarmes cessèrent brusquement de s’égosiller. Quelqu’un avait dû les couper depuis la passerelle. Quand Rogero se retourna pour affronter les travailleurs et les superviseurs de bas échelon qui s’alignaient le long des cloisons, le silence qui s’abattit sur les coursives avait quelque chose de menaçant : tous s’efforçaient de leur mieux de rester immobiles, mais plus d’un tremblait de peur.
Ito déboula soudain au pas de course, le visage convulsé de fureur. « Qui a fait ça ? Qui est votre chef ? Répondez, misérables vermines ! »
Rogero leva la main pour l’interrompre. « Notez les noms de tous ceux qui sont présents et organisez une équipe de corvée pour empiler ces cadavres. » Il abaissa les yeux sur deux travailleurs, blessés mais toujours vivants, qui tâchaient de leur mieux de ne pas se tortiller de douleur et se mordaient les lèvres pour s’interdire de gémir.
Quelques instants plus tôt, il les aurait tués sans hésiter. Ils étaient désormais réduits à l’impuissance. Peut-être détenaient-ils des informations.
Une demi-douzaine de soldats arrivèrent à toute allure et enregistrèrent la scène, la mine sévère. Le lieutenant Foster salua, crispé. En tant que leur supérieur direct, il risquait d’être sévèrement puni de l’échec de ses hommes à protéger Bradamont.
Mais Honore était indemne. Comment aurais-je réagi si elle avait été tuée ou grièvement blessée ? Je veux croire que, même en ce cas, j’aurais compris qu’un châtiment serait vain, dans la mesure où tous auraient fait de leur mieux.
Il désigna les deux gardes meurtris d’un coup de menton. « Vos gens ont fait leur devoir. Veillez à ce qu’ils soient soignés. Tâchez de maintenir ces deux travailleurs en vie. Qu’ils puissent répondre aux questions.
— À vos ordres, mon colonel.
— Postez la moitié de votre unité devant cette porte, pour des factions de quatre heures jusqu’à ce que le capitaine Bradamont quitte ce bâtiment.
— À vos ordres, mon colonel.
— Je serais d’avis que vous gardiez votre cuirasse jusqu’à ce qu’on vous ait embarquée sur une navette pour Atalia, capitaine Bradamont.
— Oui, colonel », répondit Bradamont d’une voix soumise qui ne trahissait pourtant rien de ses sentiments. Elle fixait la coursive, le carnage opéré par la populace et le coup de torchon consécutif de Rogero, lequel se demandait à quoi elle pouvait bien penser.
Elle avait sous les yeux les méthodes du Syndicat : coller les travailleurs au mur et répondre à toute perturbation par la force, quitte à massacrer les trublions. Lui-même ne les avait jamais appréciées, même quand il fallait empêcher la situation de dégénérer. Je sais ce qu’Honore en pensera. Mais que pensera-t-elle de moi ?
Il regagna sa cabine. Son fusil à impulsion irradiait encore de la chaleur, écho de la volée de bois vert qu’essuyaient les travailleurs terrorisés alignés le long de la coursive. Derrière lui, Ito les vilipendait férocement, tandis qu’un autre cadre exécutif se pointait pour fustiger à son tour verbalement les émeutiers, en ponctuant si besoin ses phrases d’un coup de poing pour faire bon poids. Tous acceptaient docilement, conscients qu’ils devaient rester passifs.
Lui-même s’était habitué à ces réactions. Mais, à présent, il lui semblait les voir par les yeux d’Honore Bradamont, et cet affreux spectacle lui était brusquement devenu insupportable. Nous essayons de changer tout ça. Et nous y parviendrons. Ça prendra du temps, mais le jour viendra où je n’aurai plus à affronter les travailleurs insurgés avec une arme au poing.