Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
Le vieillard regarda Gilbert avec plus d�attention qu�il ne l�avait fait encore, et si Gilbert, songeant � ce qu�il venait de dire, n�e�t baiss� les yeux en rougissant, il e�t pu voir que cette attention �tait m�l�e d�un int�r�t plein de tendresse.
� Eh bien! lui dit-il, continuez d��tudier la botanique, jeune homme; la botanique vous conduira par le plus court chemin � la m�decine. Dieu n�a rien fait d�inutile, croyez-moi, et chaque plante aura un jour sa signification au livre de la science. Apprenez d�abord � conna�tre les simples, ensuite vous apprendrez quelles sont leurs propri�t�s.
� Il y a des �coles � Paris, n�est-ce pas?
� Et m�me des �coles gratuites; l��cole de chirurgie, par exemple, est un des bienfaits du r�gne pr�sent.
� Je suivrai ses cours.
� Rien de plus facile; car vos parents, je le pr�sume, voyant vos dispositions, vous fourniront bien une pension alimentaire.
� Je n�ai pas de parents; mais, soyez tranquille, avec mon travail je me nourrirai.
� Certainement, et puisque vous avez lu les ouvrages de Rousseau, vous avez d� voir que tout homme, f�t-il le fils d�un prince, doit apprendre un m�tier manuel.
� Je n�ai pas lu l��mile; car je crois que c�est dans l��mile que se trouve cette recommandation, n�est-ce pas?
� Oui.
� Mais j�ai entendu M. de Taverney qui se raillait de cette maxime et qui regrettait de n�avoir pas fait son fils menuisier.
� Et qu�en a-t-il fait? demanda l��tranger.
� Un officier, dit Gilbert.
Le vieillard sourit.
� Oui, ils sont tous ainsi, ces nobles: au lieu d�apprendre � leurs enfants le m�tier qui fait vivre, ils leur apprennent le m�tier qui fait mourir. Aussi, vienne une r�volution, et � la suite de la r�volution l�exil, ils seront oblig�s de mendier � l��tranger ou de vendre leur �p�e, ce qui est bien pis encore; mais vous qui n��tes pas fils de noble, vous savez un �tat, je pr�sume?
� Monsieur, je vous l�ai dit, je ne sais rien; d�ailleurs, je vous l�avouerai, j�ai une horreur invincible pour toute besogne imprimant au corps des mouvements rudes et brutaux.
� Ah! dit le vieillard, vous �tes paresseux, alors?
� Oh! non, je ne suis pas paresseux; car, au lieu de me faire travailler � quelque �uvre de force, donnez-moi des livres, donnez-moi un cabinet � demi noir, et vous verrez si mes jours et mes nuits ne se consument pas dans le genre de travail que j�aurai choisi.
L��tranger regarda les mains douces et blanches du jeune homme.
� C�est une pr�disposition, dit-il, un instinct. Ces sortes de r�pugnances aboutissent parfois � de bons r�sultats; mais il faut qu�elles soient bien dirig�es. Enfin, continua-t-il, si vous n�avez pas �t� au coll�ge, vous avez �t� du moins � l��cole?
Gilbert secoua la t�te.
� Vous savez lire, �crire?
� Ma m�re, avant de mourir, avait eu le temps de m�apprendre � lire, pauvre m�re! car, me voyant fr�le de corps, elle disait toujours: ��a ne fera jamais un bon ouvrier; il faut en faire un pr�tre ou un savant.� Quand j�avais quelque r�pugnance � �couter ses le�ons, elle me disait: �Apprends � lire, Gilbert, et tu ne fendras pas de bois, tu ne conduiras pas la charrue, tu ne tailleras pas de pierres�; et j�apprenais. Malheureusement, je savais � peine lire lorsque ma m�re mourut.
� Et qui vous apprit � �crire?
� Moi-m�me.
� Vous-m�me?
� Oui, avec un b�ton que j�aiguisais et du sable que je faisais passer au tamis pour qu�il f�t plus fin. Pendant deux ans, j��crivis comme on imprime, copiant dans un livre, et ignorant qu�il y e�t d�autres caract�res que ceux que j��tais parvenu � imiter avec assez de bonheur. Enfin, un jour, il y a trois ans � peu pr�s, mademoiselle Andr�e �tait partie pour le couvent; on n�en avait plus de nouvelles depuis quelques jours, quand le facteur me remit une lettre d�elle pour son p�re. Je vis alors qu�il existait d�autres caract�res que les caract�res imprim�s. M. de Taverney brisa le cachet et jeta l�enveloppe; cette enveloppe, je la ramassai pr�cieusement, et je l�emportai; puis la premi�re fois que revint le facteur, je me fis lire l�adresse; elle �tait con�ue en ces termes: �� monsieur le baron de Taverney-Maison-Rouge, en son ch�teau, par Pierrefitte.�
�Sur chacune de ces lettres, je mis la lettre correspondante en caract�re imprim�, et je vis que, sauf trois, toutes les lettres de l�alphabet �taient contenues dans ces deux lignes. Puis j�imitai les lettres trac�es par mademoiselle Andr�e. Au bout de huit jours, j�avais reproduit cette adresse dix mille fois peut-�tre et je savais �crire. J��cris donc passablement, et m�me plut�t bien que mal. Vous voyez, monsieur, que mes esp�rances ne sont pas exag�r�es, puisque je sais �crire, puisque j�ai lu tout ce qui m�est tomb� sous la main, puisque j�ai essay� de r�fl�chir sur tout ce que j�ai lu. Pourquoi ne trouverais-je point un homme qui ait besoin de ma plume, un aveugle qui ait besoin de mes yeux, ou un muet qui ait besoin de ma langue?
� Vous oubliez qu�alors vous auriez un ma�tre, vous qui n�en voulez pas avoir. Un secr�taire ou un lecteur sont des domestiques de second ordre et pas autre chose.
� C�est vrai, murmura Gilbert en p�lissant; mais n�importe, il faut que j�arrive. Je remuerai les pav�s de Paris; je porterai de l�eau, s�il le faut, mais j�arriverai ou je mourrai en route, et alors mon but sera atteint de m�me.
� Allons! allons! dit l��tranger, vous me paraissez �tre, en effet, plein de bonne volont� et de courage.
� Mais vous-m�me, voyons, dit Gilbert, vous-m�me, si bon pour moi, n�exercez-vous pas une profession quelconque? Vous �tes v�tu comme un homme de finance.
Le vieillard sourit de son sourire doux et m�lancolique.
� J�ai une profession, dit-il; oui, c�est vrai, car tout homme doit en avoir une, mais elle est enti�rement �trang�re aux choses de finances. Un financier n�herboriserait point.
� Herborisez-vous par �tat?
� Presque.
� Alors, vous �tes pauvre?
� Oui.
� Ce sont les pauvres qui donnent! Car la pauvret� les a rendus sages, et un bon conseil vaut mieux qu�un louis d�or. Donnez-moi donc un conseil.
� Je ferai mieux peut-�tre.
Gilbert sourit.
� Je m�en doutais, dit-il.
� Combien croyez-vous qu�il vous faille pour vivre?
� Oh! bien peu.
� Peut-�tre ne connaissez-vous point Paris?
� C�est la premi�re fois que je l�ai aper�u hier des hauteurs de Luciennes.
� Alors vous ignorez qu�il en co�te cher pour vivre dans la grande ville?
� Combien � peu pr�s?� �tablissez-moi une proportion.
� Volontiers. Tenez, par exemple, ce qui co�te un sou en province, co�te trois sous � Paris.
� Eh bien! dit Gilbert, en supposant un abri quelconque o� je puisse me reposer apr�s avoir travaill�, il me faut pour la vie mat�rielle six sous par jour, � peu pr�s.
� Bien! bien! mon ami, s��cria l��tranger. Voil� comme j�aime l�homme. Venez avec moi � Paris et je vous trouverai une profession ind�pendante, � l�aide de laquelle vous vivrez.
� Ah! monsieur! s��cria Gilbert ivre de joie.
Puis se reprenant:
� Il est bien entendu que je travaillerai r�ellement et que ce n�est point une aum�ne que vous me faites?
� Non pas. Oh! soyez tranquille, mon enfant, je ne suis pas assez riche pour faire l�aum�ne, et pas assez fou surtout pour la faire au hasard.
� � la bonne heure, dit Gilbert, que cette boutade misanthropique mettait � l�aise au lieu de le blesser. Voil� un langage que j�aime. J�accepte votre offre et je vous en remercie.
� C�est donc convenu que vous venez � Paris avec moi?
� Oui, monsieur, si vous le voulez bien.
� Je le veux, puisque je vous l�offre.
� � quoi serai-je tenu envers vous?
� � rien� qu�� travailler; et encore, c�est vous qui r�glerez votre travail; vous aurez le droit d��tre jeune, le droit d��tre heureux, le droit d��tre libre, et m�me le droit d��tre oisif� quand vous aurez gagn� vos loisirs, dit l��tranger en souriant comme malgr� lui.