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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Le vieillard regarda Gilbert avec plus d�attention qu�il ne l�avait fait encore, et si Gilbert, songeant � ce qu�il venait de dire, n�e�t baiss� les yeux en rougissant, il e�t pu voir que cette attention �tait m�l�e d�un int�r�t plein de tendresse.

� Eh bien! lui dit-il, continuez d��tudier la botanique, jeune homme; la botanique vous conduira par le plus court chemin � la m�decine. Dieu n�a rien fait d�inutile, croyez-moi, et chaque plante aura un jour sa signification au livre de la science. Apprenez d�abord � conna�tre les simples, ensuite vous apprendrez quelles sont leurs propri�t�s.

� Il y a des �coles � Paris, n�est-ce pas?

� Et m�me des �coles gratuites; l��cole de chirurgie, par exemple, est un des bienfaits du r�gne pr�sent.

� Je suivrai ses cours.

� Rien de plus facile; car vos parents, je le pr�sume, voyant vos dispositions, vous fourniront bien une pension alimentaire.

� Je n�ai pas de parents; mais, soyez tranquille, avec mon travail je me nourrirai.

� Certainement, et puisque vous avez lu les ouvrages de Rousseau, vous avez d� voir que tout homme, f�t-il le fils d�un prince, doit apprendre un m�tier manuel.

� Je n�ai pas lu l��mile; car je crois que c�est dans l��mile que se trouve cette recommandation, n�est-ce pas?

� Oui.

� Mais j�ai entendu M. de Taverney qui se raillait de cette maxime et qui regrettait de n�avoir pas fait son fils menuisier.

� Et qu�en a-t-il fait? demanda l��tranger.

� Un officier, dit Gilbert.

Le vieillard sourit.

� Oui, ils sont tous ainsi, ces nobles: au lieu d�apprendre � leurs enfants le m�tier qui fait vivre, ils leur apprennent le m�tier qui fait mourir. Aussi, vienne une r�volution, et � la suite de la r�volution l�exil, ils seront oblig�s de mendier � l��tranger ou de vendre leur �p�e, ce qui est bien pis encore; mais vous qui n��tes pas fils de noble, vous savez un �tat, je pr�sume?

� Monsieur, je vous l�ai dit, je ne sais rien; d�ailleurs, je vous l�avouerai, j�ai une horreur invincible pour toute besogne imprimant au corps des mouvements rudes et brutaux.

� Ah! dit le vieillard, vous �tes paresseux, alors?

� Oh! non, je ne suis pas paresseux; car, au lieu de me faire travailler � quelque �uvre de force, donnez-moi des livres, donnez-moi un cabinet � demi noir, et vous verrez si mes jours et mes nuits ne se consument pas dans le genre de travail que j�aurai choisi.

L��tranger regarda les mains douces et blanches du jeune homme.

� C�est une pr�disposition, dit-il, un instinct. Ces sortes de r�pugnances aboutissent parfois � de bons r�sultats; mais il faut qu�elles soient bien dirig�es. Enfin, continua-t-il, si vous n�avez pas �t� au coll�ge, vous avez �t� du moins � l��cole?

Gilbert secoua la t�te.

� Vous savez lire, �crire?

� Ma m�re, avant de mourir, avait eu le temps de m�apprendre � lire, pauvre m�re! car, me voyant fr�le de corps, elle disait toujours: ��a ne fera jamais un bon ouvrier; il faut en faire un pr�tre ou un savant.� Quand j�avais quelque r�pugnance � �couter ses le�ons, elle me disait: �Apprends � lire, Gilbert, et tu ne fendras pas de bois, tu ne conduiras pas la charrue, tu ne tailleras pas de pierres�; et j�apprenais. Malheureusement, je savais � peine lire lorsque ma m�re mourut.

� Et qui vous apprit � �crire?

� Moi-m�me.

� Vous-m�me?

� Oui, avec un b�ton que j�aiguisais et du sable que je faisais passer au tamis pour qu�il f�t plus fin. Pendant deux ans, j��crivis comme on imprime, copiant dans un livre, et ignorant qu�il y e�t d�autres caract�res que ceux que j��tais parvenu � imiter avec assez de bonheur. Enfin, un jour, il y a trois ans � peu pr�s, mademoiselle Andr�e �tait partie pour le couvent; on n�en avait plus de nouvelles depuis quelques jours, quand le facteur me remit une lettre d�elle pour son p�re. Je vis alors qu�il existait d�autres caract�res que les caract�res imprim�s. M. de Taverney brisa le cachet et jeta l�enveloppe; cette enveloppe, je la ramassai pr�cieusement, et je l�emportai; puis la premi�re fois que revint le facteur, je me fis lire l�adresse; elle �tait con�ue en ces termes: �� monsieur le baron de Taverney-Maison-Rouge, en son ch�teau, par Pierrefitte.�

�Sur chacune de ces lettres, je mis la lettre correspondante en caract�re imprim�, et je vis que, sauf trois, toutes les lettres de l�alphabet �taient contenues dans ces deux lignes. Puis j�imitai les lettres trac�es par mademoiselle Andr�e. Au bout de huit jours, j�avais reproduit cette adresse dix mille fois peut-�tre et je savais �crire. J��cris donc passablement, et m�me plut�t bien que mal. Vous voyez, monsieur, que mes esp�rances ne sont pas exag�r�es, puisque je sais �crire, puisque j�ai lu tout ce qui m�est tomb� sous la main, puisque j�ai essay� de r�fl�chir sur tout ce que j�ai lu. Pourquoi ne trouverais-je point un homme qui ait besoin de ma plume, un aveugle qui ait besoin de mes yeux, ou un muet qui ait besoin de ma langue?

� Vous oubliez qu�alors vous auriez un ma�tre, vous qui n�en voulez pas avoir. Un secr�taire ou un lecteur sont des domestiques de second ordre et pas autre chose.

� C�est vrai, murmura Gilbert en p�lissant; mais n�importe, il faut que j�arrive. Je remuerai les pav�s de Paris; je porterai de l�eau, s�il le faut, mais j�arriverai ou je mourrai en route, et alors mon but sera atteint de m�me.

� Allons! allons! dit l��tranger, vous me paraissez �tre, en effet, plein de bonne volont� et de courage.

� Mais vous-m�me, voyons, dit Gilbert, vous-m�me, si bon pour moi, n�exercez-vous pas une profession quelconque? Vous �tes v�tu comme un homme de finance.

Le vieillard sourit de son sourire doux et m�lancolique.

� J�ai une profession, dit-il; oui, c�est vrai, car tout homme doit en avoir une, mais elle est enti�rement �trang�re aux choses de finances. Un financier n�herboriserait point.

� Herborisez-vous par �tat?

� Presque.

� Alors, vous �tes pauvre?

� Oui.

� Ce sont les pauvres qui donnent! Car la pauvret� les a rendus sages, et un bon conseil vaut mieux qu�un louis d�or. Donnez-moi donc un conseil.

� Je ferai mieux peut-�tre.

Gilbert sourit.

� Je m�en doutais, dit-il.

� Combien croyez-vous qu�il vous faille pour vivre?

� Oh! bien peu.

� Peut-�tre ne connaissez-vous point Paris?

� C�est la premi�re fois que je l�ai aper�u hier des hauteurs de Luciennes.

� Alors vous ignorez qu�il en co�te cher pour vivre dans la grande ville?

� Combien � peu pr�s?� �tablissez-moi une proportion.

� Volontiers. Tenez, par exemple, ce qui co�te un sou en province, co�te trois sous � Paris.

� Eh bien! dit Gilbert, en supposant un abri quelconque o� je puisse me reposer apr�s avoir travaill�, il me faut pour la vie mat�rielle six sous par jour, � peu pr�s.

� Bien! bien! mon ami, s��cria l��tranger. Voil� comme j�aime l�homme. Venez avec moi � Paris et je vous trouverai une profession ind�pendante, � l�aide de laquelle vous vivrez.

� Ah! monsieur! s��cria Gilbert ivre de joie.

Puis se reprenant:

� Il est bien entendu que je travaillerai r�ellement et que ce n�est point une aum�ne que vous me faites?

� Non pas. Oh! soyez tranquille, mon enfant, je ne suis pas assez riche pour faire l�aum�ne, et pas assez fou surtout pour la faire au hasard.

� � la bonne heure, dit Gilbert, que cette boutade misanthropique mettait � l�aise au lieu de le blesser. Voil� un langage que j�aime. J�accepte votre offre et je vous en remercie.

� C�est donc convenu que vous venez � Paris avec moi?

� Oui, monsieur, si vous le voulez bien.

� Je le veux, puisque je vous l�offre.

� � quoi serai-je tenu envers vous?

� � rien� qu�� travailler; et encore, c�est vous qui r�glerez votre travail; vous aurez le droit d��tre jeune, le droit d��tre heureux, le droit d��tre libre, et m�me le droit d��tre oisif� quand vous aurez gagn� vos loisirs, dit l��tranger en souriant comme malgr� lui.

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