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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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L��tranger continua d�acc�l�rer sa marche, car plus il se rapprochait de sa maison, plus redoublait cette agitation f�brile que nous avons signal�e. Gilbert, qui ne voulait pas le perdre de vue, se heurtait � chaque seconde, soit aux passants, soit aux fardeaux des colporteurs, soit aux timons des voitures et aux brancards des charrettes.

Son conducteur semblait l�avoir oubli� compl�tement: il trottait menu, visiblement absorb� dans une id�e f�cheuse.

Enfin, il s�arr�ta devant une porte d�all�e dont la partie sup�rieure �tait grill�e.

Un petit cordonnet sortait par un trou, le vieillard tira le cordonnet, la porte s�ouvrit.

Il se retourna alors, et, voyant Gilbert ind�cis sur le seuiclass="underline"

� Venez vite, dit-il.

Et il referma la porte sur eux.

Au bout de quelques pas faits dans l�obscurit�, Gilbert heurta la premi�re marche d�un escalier raide et noir. Le vieillard, habitu� aux localit�s, avait d�j� franchi une douzaine de degr�s.

Gilbert le rejoignit, monta tant qu�il monta, s�arr�ta tant qu�il s�arr�ta.

C��tait sur un paillasson us� par le frottement, sur un palier perc� de deux portes.

L��tranger tira un pied de biche suspendu � un cordon de rideau, et une aigre sonnette retentit dans l�int�rieur d�une chambre. Alors le pas tra�nard d�un personnage en savates tra�na sur le carreau et la porte s�ouvrit.

Une femme de cinquante � cinquante-cinq ans parut sur le seuil.

Deux voix se m�l�rent soudain: l�une �tait celle de l��tranger, l�autre �tait celle de cette femme qui venait d�ouvrir la porte.

L�une de ces deux voix disait timidement.

� Est-ce qu�il est trop tard, bonne Th�r�se?

L�autre grommelait:

� Vous nous faites souper � une belle heure, Jacques!

� Allons, allons, nous allons r�parer tout cela, r�pondit affectueusement l��tranger en fermant l� porte et en prenant des mains de Gilbert la bo�te de fer-blanc.

� Bon! un commissionnaire! s��cria la vieille; il ne manquait plus que cela! Ainsi donc, voil� que vous ne pouvez plus porter vous-m�me tous vos embarras d�herbages. Un commissionnaire � M. Jacques! Excusez! M. Jacques devient grand seigneur!

� Allons, allons, r�pondit celui qu�on interpellait si rudement sous le nom de Jacques, en rangeant patiemment ses plantes sur la chemin�e; allons, un peu de calme, Th�r�se.

� Payez-le au moins et renvoyez-le, que nous n�ayons pas d�espions ici.

Gilbert devint p�le comme la mort et bondit vers la porte. Jacques l�arr�ta.

� Monsieur, dit-il avec une certaine fermet�, n�est pas un commissionnaire et encore moins un espion. C�est un h�te que j�am�ne.

Les bras de la vieille retomb�rent le long de ses hanches.

� Un h�te! dit-elle, il ne nous manquait plus que cela!

� Voyons, Th�r�se, reprit l��tranger d�une voix encore affectueuse, mais dans laquelle la nuance de la volont� se faisait sentir de plus en plus, allumez une chandelle. J�ai chaud et nous avons soif.

La vieille fit entendre un murmure qui, assez �lev� d�abord, alla en d�croissant.

Puis elle atteignit un briquet qu�elle battit au-dessus d�une boite remplie d�amadou; les �tincelles jaillirent aussit�t et embras�rent toute la boite.

Pendant le temps qu�avait dur� le dialogue, pendant les murmures et le silence qui les avait suivis, Gilbert �tait rest� immobile, muet, et comme clou� � deux pas de cette porte qu�il commen�ait � regretter bien sinc�rement d�avoir franchie.

Jacques s�aper�ut de ce que souffrait le jeune homme.

� Avancez, monsieur Gilbert, je vous en prie, dit-il.

La vieille, pour voir celui � qui son mari parlait avec cette politesse affect�e, d�tourna sa jaune et morose figure. Gilbert la vit aux premiers rayons de la maigre chandelle r�veill�e dans sa gaine de cuivre.

Cette figure rid�e, couperos�e et comme infiltr�e en quelques endroits de fiel, ce visage aux yeux plus vifs que vivants, plus lubriques que vifs; cette plate douceur, r�pandue sur des traits vulgaires, douceur que d�mentaient si bien la voix et l�accueil de la vieille, inspir�rent du premier coup � Gilbert une violente antipathie.

De son c�t�, la vieille fut loin de trouver de son go�t le visage p�le et fin, le silence circonspect, et la raideur du jeune homme.

� Je crois bien que vous avez chaud et que vous devez avoir soif, messieurs, dit-elle. En effet, passer sa journ�e � l�ombre des bois, c�est si fatigant; puis se baisser de temps en temps pour cueillir une herbe, voil� un travail! Car monsieur herborise aussi, sans doute: c�est le m�tier de ceux qui n�en ont pas.

� Monsieur, r�pondit Jacques d�une voix de plus en plus ferme, est un bon et loyal jeune homme, qui m�a fait l�honneur de sa compagnie toute la journ�e et que ma bonne Th�r�se, j�en suis s�r, va recevoir comme un ami.

� Il y a de quoi pour deux, grommela Th�r�se, et non pour trois.

� Je suis sobre et il l�est aussi, dit Jacques.

� Oui, oui, c�est bon. Je connais cette sobri�t� l�. Je vous d�clare qu�il n�y a pas assez de pain � la maison pour la nourrir, votre double sobri�t�, et que je ne descendrai pas trois �tages pour en chercher. D�ailleurs, � l�heure qu�il est, le boulanger est ferm�.

� Alors c�est moi qui descendrai, dit Jacques en fron�ant le sourcil. Ouvrez-moi la porte, Th�r�se.

� Mais�

� Je le veux!

� C�est bien! c�est bien! dit alors la vieille en grommelant, mais en c�dant toutefois au ton absolu auquel son opposition avait graduellement conduit Jacques. Ne suis-je pas l� pour faire tous vos caprices?� Voyons, on fera assez de ce qu�il y aura. Venez souper.

� Asseyez-vous pr�s de moi, dit Jacques � Gilbert en le conduisant pr�s d�une petite table dress�e dans la chambre voisine, et sur laquelle, � c�t� de deux couverts, deux serviettes roul�es et attach�es, l�une avec un cordon rouge, et l�autre avec un cordon blanc, indiquaient la place de chacun des ma�tres du logis.

Cette chambre, exigu� et carr�e, �tait tapiss�e d�un petit papier bleu p�le, � dessins blancs. Deux grandes cartes de g�ographie ornaient les murailles. Le reste de l�ameublement se composait de six chaises en bois de merisier, � si�ge de paille, de la table en question et d�un chiffonnier rempli de bas raccommod�s.

Gilbert s�assit; la vieille pla�a devant lui une assiette et lui apporta un couvert us� par le service; puis elle ajouta � ces divers ustensiles un gobelet d��tain soigneusement poli.

� Vous ne descendez pas? demanda Jacques � sa femme.

� C�est inutile, fit-elle d�un ton bourru qui indiquait la rancune qu�elle conservait � Jacques de la victoire remport�e sur elle; c�est inutile, j�ai retrouv� un demi-pain dans l�armoire. Cela nous fait une livre et demie � peu pr�s, il faudra qu�on en fasse assez.

En disant ces mots, elle posa le potage sur la table.

Jacques fut servi le premier, puis Gilbert; la vieille mangea dans la soupi�re.

Tous trois avaient grand app�tit. Gilbert, tout intimid� de la discussion d��conomie domestique � laquelle il avait donn� lieu, mettait au sien tous les freins imaginables. Cependant, il eut le premier mang� la soupe.

La vieille jeta sur son assiette pr�matur�ment vide un regard tout courrouc�.

� Qui est venu aujourd�hui? demanda Jacques pour changer les id�es de Th�r�se.

� Oh! fit celle-ci, toute la terre, comme d�habitude. Vous aviez promis � madame de Boufflers ses quatre cahiers, � madame d�Escars ses deux airs, un quatuor avec accompagnement � madame de Penthi�vre. Les unes sont venues elles-m�mes, les autres ont envoy�. Mais, quoi! monsieur herborisait, et, comme on ne peut pas s�amuser et travailler en m�me temps, ces dames se sont pass�es de leur musique.

Jacques ne dit pas un mot, au grand �tonnement de Gilbert, qui s�attendait � le voir se f�cher. Mais, comme il �tait seul en jeu cette fois, il ne sourcilla point.

� la soupe succ�da un petit morceau de b�uf bouilli servi sur un petit plat de fa�ence tout ray� par la pointe tranchante des couteaux.

Jacques servit Gilbert assez modestement, car il �tait sous l��il de Th�r�se, puis il prit pour lui un morceau � peu pr�s pareil et passa le plat � la m�nag�re.

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