Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
L��tranger continua d�acc�l�rer sa marche, car plus il se rapprochait de sa maison, plus redoublait cette agitation f�brile que nous avons signal�e. Gilbert, qui ne voulait pas le perdre de vue, se heurtait � chaque seconde, soit aux passants, soit aux fardeaux des colporteurs, soit aux timons des voitures et aux brancards des charrettes.
Son conducteur semblait l�avoir oubli� compl�tement: il trottait menu, visiblement absorb� dans une id�e f�cheuse.
Enfin, il s�arr�ta devant une porte d�all�e dont la partie sup�rieure �tait grill�e.
Un petit cordonnet sortait par un trou, le vieillard tira le cordonnet, la porte s�ouvrit.
Il se retourna alors, et, voyant Gilbert ind�cis sur le seuiclass="underline"
� Venez vite, dit-il.
Et il referma la porte sur eux.
Au bout de quelques pas faits dans l�obscurit�, Gilbert heurta la premi�re marche d�un escalier raide et noir. Le vieillard, habitu� aux localit�s, avait d�j� franchi une douzaine de degr�s.
Gilbert le rejoignit, monta tant qu�il monta, s�arr�ta tant qu�il s�arr�ta.
C��tait sur un paillasson us� par le frottement, sur un palier perc� de deux portes.
L��tranger tira un pied de biche suspendu � un cordon de rideau, et une aigre sonnette retentit dans l�int�rieur d�une chambre. Alors le pas tra�nard d�un personnage en savates tra�na sur le carreau et la porte s�ouvrit.
Une femme de cinquante � cinquante-cinq ans parut sur le seuil.
Deux voix se m�l�rent soudain: l�une �tait celle de l��tranger, l�autre �tait celle de cette femme qui venait d�ouvrir la porte.
L�une de ces deux voix disait timidement.
� Est-ce qu�il est trop tard, bonne Th�r�se?
L�autre grommelait:
� Vous nous faites souper � une belle heure, Jacques!
� Allons, allons, nous allons r�parer tout cela, r�pondit affectueusement l��tranger en fermant l� porte et en prenant des mains de Gilbert la bo�te de fer-blanc.
� Bon! un commissionnaire! s��cria la vieille; il ne manquait plus que cela! Ainsi donc, voil� que vous ne pouvez plus porter vous-m�me tous vos embarras d�herbages. Un commissionnaire � M. Jacques! Excusez! M. Jacques devient grand seigneur!
� Allons, allons, r�pondit celui qu�on interpellait si rudement sous le nom de Jacques, en rangeant patiemment ses plantes sur la chemin�e; allons, un peu de calme, Th�r�se.
� Payez-le au moins et renvoyez-le, que nous n�ayons pas d�espions ici.
Gilbert devint p�le comme la mort et bondit vers la porte. Jacques l�arr�ta.
� Monsieur, dit-il avec une certaine fermet�, n�est pas un commissionnaire et encore moins un espion. C�est un h�te que j�am�ne.
Les bras de la vieille retomb�rent le long de ses hanches.
� Un h�te! dit-elle, il ne nous manquait plus que cela!
� Voyons, Th�r�se, reprit l��tranger d�une voix encore affectueuse, mais dans laquelle la nuance de la volont� se faisait sentir de plus en plus, allumez une chandelle. J�ai chaud et nous avons soif.
La vieille fit entendre un murmure qui, assez �lev� d�abord, alla en d�croissant.
Puis elle atteignit un briquet qu�elle battit au-dessus d�une boite remplie d�amadou; les �tincelles jaillirent aussit�t et embras�rent toute la boite.
Pendant le temps qu�avait dur� le dialogue, pendant les murmures et le silence qui les avait suivis, Gilbert �tait rest� immobile, muet, et comme clou� � deux pas de cette porte qu�il commen�ait � regretter bien sinc�rement d�avoir franchie.
Jacques s�aper�ut de ce que souffrait le jeune homme.
� Avancez, monsieur Gilbert, je vous en prie, dit-il.
La vieille, pour voir celui � qui son mari parlait avec cette politesse affect�e, d�tourna sa jaune et morose figure. Gilbert la vit aux premiers rayons de la maigre chandelle r�veill�e dans sa gaine de cuivre.
Cette figure rid�e, couperos�e et comme infiltr�e en quelques endroits de fiel, ce visage aux yeux plus vifs que vivants, plus lubriques que vifs; cette plate douceur, r�pandue sur des traits vulgaires, douceur que d�mentaient si bien la voix et l�accueil de la vieille, inspir�rent du premier coup � Gilbert une violente antipathie.
De son c�t�, la vieille fut loin de trouver de son go�t le visage p�le et fin, le silence circonspect, et la raideur du jeune homme.
� Je crois bien que vous avez chaud et que vous devez avoir soif, messieurs, dit-elle. En effet, passer sa journ�e � l�ombre des bois, c�est si fatigant; puis se baisser de temps en temps pour cueillir une herbe, voil� un travail! Car monsieur herborise aussi, sans doute: c�est le m�tier de ceux qui n�en ont pas.
� Monsieur, r�pondit Jacques d�une voix de plus en plus ferme, est un bon et loyal jeune homme, qui m�a fait l�honneur de sa compagnie toute la journ�e et que ma bonne Th�r�se, j�en suis s�r, va recevoir comme un ami.
� Il y a de quoi pour deux, grommela Th�r�se, et non pour trois.
� Je suis sobre et il l�est aussi, dit Jacques.
� Oui, oui, c�est bon. Je connais cette sobri�t� l�. Je vous d�clare qu�il n�y a pas assez de pain � la maison pour la nourrir, votre double sobri�t�, et que je ne descendrai pas trois �tages pour en chercher. D�ailleurs, � l�heure qu�il est, le boulanger est ferm�.
� Alors c�est moi qui descendrai, dit Jacques en fron�ant le sourcil. Ouvrez-moi la porte, Th�r�se.
� Mais�
� Je le veux!
� C�est bien! c�est bien! dit alors la vieille en grommelant, mais en c�dant toutefois au ton absolu auquel son opposition avait graduellement conduit Jacques. Ne suis-je pas l� pour faire tous vos caprices?� Voyons, on fera assez de ce qu�il y aura. Venez souper.
� Asseyez-vous pr�s de moi, dit Jacques � Gilbert en le conduisant pr�s d�une petite table dress�e dans la chambre voisine, et sur laquelle, � c�t� de deux couverts, deux serviettes roul�es et attach�es, l�une avec un cordon rouge, et l�autre avec un cordon blanc, indiquaient la place de chacun des ma�tres du logis.
Cette chambre, exigu� et carr�e, �tait tapiss�e d�un petit papier bleu p�le, � dessins blancs. Deux grandes cartes de g�ographie ornaient les murailles. Le reste de l�ameublement se composait de six chaises en bois de merisier, � si�ge de paille, de la table en question et d�un chiffonnier rempli de bas raccommod�s.
Gilbert s�assit; la vieille pla�a devant lui une assiette et lui apporta un couvert us� par le service; puis elle ajouta � ces divers ustensiles un gobelet d��tain soigneusement poli.
� Vous ne descendez pas? demanda Jacques � sa femme.
� C�est inutile, fit-elle d�un ton bourru qui indiquait la rancune qu�elle conservait � Jacques de la victoire remport�e sur elle; c�est inutile, j�ai retrouv� un demi-pain dans l�armoire. Cela nous fait une livre et demie � peu pr�s, il faudra qu�on en fasse assez.
En disant ces mots, elle posa le potage sur la table.
Jacques fut servi le premier, puis Gilbert; la vieille mangea dans la soupi�re.
Tous trois avaient grand app�tit. Gilbert, tout intimid� de la discussion d��conomie domestique � laquelle il avait donn� lieu, mettait au sien tous les freins imaginables. Cependant, il eut le premier mang� la soupe.
La vieille jeta sur son assiette pr�matur�ment vide un regard tout courrouc�.
� Qui est venu aujourd�hui? demanda Jacques pour changer les id�es de Th�r�se.
� Oh! fit celle-ci, toute la terre, comme d�habitude. Vous aviez promis � madame de Boufflers ses quatre cahiers, � madame d�Escars ses deux airs, un quatuor avec accompagnement � madame de Penthi�vre. Les unes sont venues elles-m�mes, les autres ont envoy�. Mais, quoi! monsieur herborisait, et, comme on ne peut pas s�amuser et travailler en m�me temps, ces dames se sont pass�es de leur musique.
Jacques ne dit pas un mot, au grand �tonnement de Gilbert, qui s�attendait � le voir se f�cher. Mais, comme il �tait seul en jeu cette fois, il ne sourcilla point.
� la soupe succ�da un petit morceau de b�uf bouilli servi sur un petit plat de fa�ence tout ray� par la pointe tranchante des couteaux.
Jacques servit Gilbert assez modestement, car il �tait sous l��il de Th�r�se, puis il prit pour lui un morceau � peu pr�s pareil et passa le plat � la m�nag�re.