Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
Celle-ci prit le pain et en donna un morceau � Gilbert.
Ce morceau �tait si exigu, que Jacques en rougit; il attendit que Th�r�se e�t achev� de le servir, lui, et de se servir elle-m�me, puis, lui prenant le pain des mains:
� C�est vous qui taillerez votre pain vous-m�me, mon jeune ami, et taillez-le � votre faim, je vous prie; le pain ne doit �tre mesur� qu�� ceux qui le perdent.
Un moment apr�s, parurent des haricots verts assaisonn�s au beurre.
� Voyez comme ils sont verts, dit Jacques; ce sont de nos conserves, on les mange excellents ici.
Et il passa le plat � Gilbert.
� Merci, monsieur, dit celui-ci, j�ai bien d�n�, je n�ai plus faim.
� Monsieur n�est pas de votre avis sur mes conserves, dit aigrement Th�r�se; il aimerait mieux des haricots frais, sans doute, mais ce sont des primeurs au-dessus de notre bourse.
� Non, madame, dit Gilbert, je les trouve app�tissants, au contraire, et je les aimerais fort, mais je ne mange jamais que d�un plat.
� Et vous buvez de l�eau? dit Jacques en lui tendant la bouteille.
� Toujours, monsieur.
Jacques se versa un doigt de vin pur.
� Maintenant, ma femme, dit-il en reposant la bouteille sur la table, vous vous occuperez, je vous prie, de coucher ce jeune homme; il doit �tre bien las.
Th�r�se laissa �chapper sa fourchette et fixa ses deux yeux effar�s sur son mari.
� Coucher! �tes-vous fou? Vous amenez quelqu�un � coucher! C�est donc dans votre lit que vous le coucherez? Mais, en v�rit�, il perd la t�te. Alors vous allez tenir pension d�sormais? En ce cas ne comptez plus sur moi; cherchez une cuisini�re et une servante; c�est assez d��tre la v�tre, sans devenir aussi celle des autres.
� Th�r�se, r�pondit Jacques de son ton grave et ferme, Th�r�se, je vous prie de m��couter, ch�re amie: c�est pour une nuit seulement. Ce jeune homme n�a jamais mis le pied � Paris; il y vient sous ma conduite. Je ne veux pas qu�il couche � l�auberge, je ne le veux pas, d�t-il prendre mon lit, comme vous le dites.
Apr�s cette seconde manifestation de sa volont� le vieillard attendit.
Alors Th�r�se, qui l�avait regard� avec attention, et qui, tandis qu�il parlait, paraissait �tudier chaque muscle de son visage, sembla comprendre qu�il n�y avait pas de lutte possible en ce moment, et changea de tactique subitement.
Elle e�t �chou� en s�obstinant � combattre contre Gilbert; elle se mit � combattre pour lui: il est vrai que c��tait en alli�e bien pr�s de trahir.
� Au fait, dit-elle, puisque ce jeune monsieur vous a accompagn� ici, c�est que vous le connaissez bien, et mieux vaut qu�il reste chez nous. Je ferai tant bien que mal un lit dans votre cabinet, pr�s des liasses de papier.
� Non, non, dit Jacques vivement; un cabinet n�est point un endroit o� l�on couche. On peut mettre le feu � ces papiers.
� Beau malheur! murmura Th�r�se.
Puis tout haut:
� Dans l�antichambre, alors, devant le buffet?
� Non plus.
� Alors, je vois que, malgr� notre bonne volont� � tous deux, ce sera impossible; car, � moins que de prendre votre chambre ou la mienne�
� Il me semble, Th�r�se, que vous ne cherchez pas bien.
� Moi?
� Sans doute. N�avons-nous point la mansarde?
� Le grenier, voulez-vous dire?
� Non, ce n�est pas un grenier, c�est un cabinet un peu mansard�, mais sain, avec une vue sur des jardins magnifiques, ce qui est rare � Paris.
� Oh! qu�importe, monsieur, dit Gilbert, f�t-ce un grenier, je m�estimerai encore heureux, je vous jure.
� Pas du tout, pas du tout, dit Th�r�se. Tiens, c�est l� que j��tends mon linge.
� Ce jeune homme n�y d�rangera rien, Th�r�se. N�est-ce pas, mon ami, vous veillerez � ce qu�il n�arrive aucun accident au linge de cette bonne m�nag�re? Nous sommes pauvres, et toute perte nous est lourde.
� Oh! soyez tranquille, monsieur.
Jacques se leva et s�approcha de Th�r�se.
� Je ne veux pas, voyez-vous, ch�re amie, que ce jeune homme se perde. Paris est un s�jour pernicieux; ici, nous le surveillerons.
� C�est une �ducation que vous faites. Il paiera donc pension, votre �l�ve?
� Non, mais je vous r�ponds qu�il ne vous co�tera rien. � partir de demain, il se nourrira lui-m�me. Quant au logement, comme la mansarde nous est � peu pr�s inutile, faisons-lui cette charit�.
� Comme tous les paresseux s�entendent! murmura Th�r�se en haussant les �paules.
� Monsieur, dit Gilbert, plus fatigu� que son h�te lui-m�me de cette lutte qu�il livrait pied � pied, pour une hospitalit� qui l�humiliait, je n�ai jamais g�n� personne, et je ne commencerai certes point par vous, qui avez �t� si bon pour moi. Ainsi, permettez que je me retire. J�ai aper�u, du c�t� du pont que nous avons travers�, des arbres sous lesquels il y a des bancs. Je dormirai fort bien, je vous assure, couch� sur un de ces bancs.
� Oui, dit Jacques, pour que le guet vous arr�te comme un vagabond.
� Qu�il est, dit tout bas Th�r�se en desservant.
� Venez, venez, jeune homme, dit Jacques, il y a l�-haut, autant que je puis m�en souvenir, une bonne paillasse. Cela vaudra toujours mieux qu�un banc; et puisque vous vous contenteriez d�un banc�
� Oh! monsieur, je n�ai jamais couch� que sur des paillasses, dit Gilbert.
Puis, revenant sur cette v�rit� par un petit mensonge:
� La laine m��chauffe trop, continua-t-il.
Jacques sourit.
� La paille est en effet rafra�chissante, dit-il. Prenez sur la table un bout de chandelle et suivez-moi.
Th�r�se ne regarda m�me plus du c�t� de Jacques. Elle poussa un soupir, elle �tait vaincue.
Gilbert se leva gravement et suivit son protecteur.
En traversant l�antichambre, Gilbert vit une fontaine.
� Monsieur, dit-il, l�eau est-elle ch�re � Paris?
� Non, mon ami; mais, f�t-elle ch�re, l�eau et le pain sont deux choses que l�homme n�a pas le droit de refuser � l�homme qui les demande.
� Oh! c�est qu�� Taverney l�eau ne co�tait rien, et le luxe du pauvre, c�est la propret�.
� Prenez, mon ami, prenez, dit Jacques en indiquant du doigt � Gilbert un grand pot de fa�ence, prenez.
Et il pr�c�da le jeune homme en s��tonnant de trouver, dans un enfant de cet �ge, toute la fermet� du peuple unie � tous les instincts de l�aristocratie.
Chapitre 45. La mansarde de M. Jacques
L�escalier, d�j� �troit et difficile au bout de l�all�e, � la place o� Gilbert en avait heurt� la premi�re marche, devenait de plus en plus difficile et de plus en plus �troit � partir du troisi�me �tage, qu�habitait Jacques. Celui-ci et son prot�g� arriv�rent donc p�niblement � un vrai grenier. Cette fois, c��tait Th�r�se qui avait eu raison; c��tait bien un vrai grenier coup� en quatre compartiments, dont trois �taient inhabit�s.
Il est vrai de dire que tous, m�me celui destin� � Gilbert, �taient inhabitables.
Le toit s�abaissait si rapidement � partir du comble, qu�il formait avec le plancher un angle aigu. Au milieu de cette pente, une lucarne ferm�e d�un mauvais ch�ssis sans vitres donnait le jour et l�air: le jour chichement, l�air � profusion, surtout par les vents d�hiver.
Heureusement que l�on touchait � l��t�, et cependant, malgr� le doux voisinage de la chaude saison, la chandelle que tenait Jacques faillit s��teindre lorsqu�ils p�n�tr�rent dans le grenier.
La paillasse dont avait fastueusement parl� Jacques gisait en effet � terre et s�offrait tout d�abord aux regards comme le meuble principal de la chambre. �� et l� des piles de vieux papiers imprim�s, jaunis sur leurs tranches, s��levaient au milieu d�un amas de livres rong�s par les rats.
� deux cordes plac�es transversalement, et � la premi�re desquelles faillit s��trangler Gilbert, cr�pitaient en dansant au vent de la nuit des sacs de papier renfermant des haricots s�ch�s dans leurs gousses, des herbes aromatiques et des linges de m�nage m�l�s � de vieilles hardes de femme.
� Ce n�est pas beau, dit Jacques; mais le sommeil et l�obscurit� rendent �gaux aux plus somptueux palais les plus pauvres chaumi�res. Dormez comme on dort � votre �ge, mon jeune ami, et rien ne vous emp�chera de croire demain matin que vous avez dormi dans le Louvre. Mais surtout prenez bien garde au feu!