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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Gilbert, un instant, n�eut plus ni fatigue ni faim. Il voyait au reste � l�horizon un grand amas de maisons perdues dans la vapeur matinale; il jugea que c��tait Paris, prit sa course de ce c�t�-l�, et ne s�arr�ta que lorsqu�il sentit l�haleine pr�s de lui manquer.

Il se trouvait au milieu du bois de Meudon, entre Fleury et le Plessis-Piquet.

� Allons, allons, dit-il en regardant autour de lui, pas de mauvaise honte. Je ne puis manquer de rencontrer quelque ouvrier matinal, de ceux qui s�en vont � leur travail un gros morceau de pain sous le bras. Je lui dirai: �Tous les hommes sont fr�res et, par cons�quent, doivent s�entraider. Vous avez l� plus de pain qu�il ne vous en faut, non seulement pour votre d�jeuner, mais m�me pour tout le jour, tandis que, moi, je meurs de faim.� Et alors, il me tendra la moiti� de son pain.

La faim rendait Gilbert encore plus philosophe, et il continuait ses r�flexions mentales.

� En effet, disait-il, tout n�est-il pas commun aux hommes sur la terre? Dieu, cette source �ternelle de toutes choses, a-t-il donn� � celui-ci ou � celui-l� l�air qui f�conde le sol, ou le sol qui f�conde les fruits? Non; seulement, plusieurs ont usurp�; mais aux yeux du Seigneur comme aux yeux du philosophe, personne ne poss�de; celui qui a, n�est que celui � qui Dieu a pr�t�.

Et Gilbert ne faisait que r�sumer avec une intelligence naturelle ces id�es vagues et ind�cises � cette �poque, et que les hommes sentaient flotter dans l�air et passer au-dessus de leur t�te, comme ces nuages pouss�s vers un seul point et qui, en s�amoncelant, finissent par former une temp�te.

� Quelques-uns, reprenait Gilbert tout en suivant sa route, quelques-uns retiennent de force ce qui appartient � tous. Eh bien! � ceux-l� on peut arracher de force ce qu�ils n�ont que le droit de partager. Si mon fr�re qui a trop de pain pour lui me refuse une portion de son pain, eh bien! je� la prendrai de force, imitant en cela la loi animale, source de tout bon sens et de toute �quit�, puisqu�elle d�rive de tout besoin naturel. � moins cependant que mon fr�re ne me dise: �Cette part que tu r�clames est celle de ma femme et de mes enfants�; ou bien: �Je suis le plus fort et je mangerai ce pain malgr� toi.�

Gilbert �tait dans ces dispositions de loup � jeun, quand il arriva au milieu d�une clairi�re dont le centre �tait occup� par une mare aux eaux rousses, bord�es de roseaux et de nymph�as.

Sur la pente herbeuse qui descendait jusqu�� l�eau ray�e en tous sens par des insectes aux longues pattes, brillaient, comme un semis de turquoises, de nombreuses touffes de myosotis.

Le fond de ce tableau, c�est-�-dire l�anneau de la circonf�rence, �tait form� d�une haie de gros trembles; des aunes remplissaient de leur branchage touffu les intervalles que la nature avait mis entre les troncs argent�s de leurs dominateurs.

Six all�es donnaient entr�e dans cette esp�ce de carrefour; deux semblaient monter jusqu�au soleil, qui dorait la cime des arbres lointains, tandis que les quatre autres, divergentes comme les rayons d�une �toile, s�enfon�aient dans les profondeurs bleu�tres de la for�t.

Cette esp�ce de salle de verdure semblait plus fra�che et plus fleurie qu�aucune autre place du bois.

Gilbert y �tait entr� par une des all�es sombres.

Le premier objet qu�il aper�ut lorsque, apr�s avoir embrass� d�un coup d��il l�horizon lointain que nous venons de d�crire, il ramena son regard autour de lui, fut, dans la p�nombre d�un foss� profond, le tronc d�un arbre renvers� sur lequel �tait assis un homme � perruque grise, d�une physionomie douce et fine, v�tu d�un habit de gros drap brun, de culottes pareilles, d�un gilet de piqu� gris � c�tes; ses bas de coton gris enfermaient une jambe assez bien faite et nerveuse; ses souliers � boucles, poudreux encore par places, avaient cependant �t� lav�s au bout de la pointe par la ros�e du matin.

Pr�s de cet homme, sur l�arbre renvers�, �tait une bo�te peinte en vert, toute grande ouverte et bourr�e de plantes r�cemment cueillies. Il tenait entre ses jambes une canne de houx, dont la pomme arrondie reluisait dans l�ombre et qui se terminait par une petite b�che de deux pouces de large sur trois de long.

Gilbert embrassa d�un coup d��il les diff�rents d�tails que nous venons d�exposer; mais ce qu�il aper�ut tout d�abord, ce fut un morceau de pain dont le vieillard cassait les bribes pour les manger, en partageant fraternellement avec les pinsons et les verdiers qui lorgnaient de loin la proie convoit�e, s�abattant sur elle aussit�t qu�elle leur �tait livr�e et s�envolant � tire-d�aile au fond de leur massif avec des p�piements joyeux.

Puis, de temps en temps, le vieillard, qui les suivait de son �il doux et vif � la fois, plongeait sa main dans un mouchoir � carreaux de couleur, en tirait une cerise, et la savourait entre deux bouch�es de pain.

� Bon! voici mon affaire, dit Gilbert en �cartant les branches et en faisant quatre pas vers le solitaire, qui sortit enfin de sa r�verie.

Mais il ne fut pas au tiers du chemin, que, voyant l�air doux et calme de cet homme, il s�arr�ta et �ta son chapeau.

Le vieillard, de son c�t�, s�apercevant qu�il n��tait plus seul, jeta un regard rapide sur son costume et sur sa l�vite.

Il boutonna l�un et ferma l�autre.

Chapitre 43. Le botaniste

Gilbert prit sa r�solution et s�approcha tout � fait. Mais il ouvrit d�abord la bouche et la referma sans avoir prof�r� une parole. Sa r�solution chancelait; il lui sembla qu�il demandait une aum�ne, et non qu�il r�clamait un droit.

Le vieillard remarqua cette timidit�; elle parut le mettre � son aise lui m�me.

� Vous voulez me parler, mon ami? dit-il en souriant et en posant son pain sur l�arbre.

� Oui, monsieur, r�pondit Gilbert.

� Que d�sirez-vous?

� Monsieur, je vois que vous jetez votre pain aux oiseaux, comme s�il n��tait pas dit que Dieu les nourrit.

� Il les nourrit sans doute, jeune homme, r�pondit l��tranger; mais la main des hommes est un des moyens qu�il emploie pour parvenir � ce but. Si c�est un reproche que vous m�adressez, vous avez tort, car jamais, dans un bois d�sert ou dans une rue peupl�e, le pain que l�on jette n�est perdu. L�, les oiseaux l�emportent; ici, les pauvres le ramassent.

� Eh bien! monsieur, dit Gilbert singuli�rement �mu de la voix p�n�trante et douce du vieillard, bien que nous soyons ici dans un bois, je connais un homme qui disputerait votre pain aux petits oiseaux.

� Serait-ce vous, mon ami? s��cria le vieillard, et par hasard auriez-vous faim?

� Grand-faim, monsieur, je vous le jure, et si vous le permettez�

Le vieillard saisit aussit�t le pain avec une compassion empress�e. Puis, r�fl�chissant tout � coup, il regarda Gilbert de son �il � la fois si vif et si profond.

Gilbert, en effet, ne ressemblait pas tellement � un affam� que la r�flexion ne f�t permise; son habit �tait propre et cependant en quelques endroits macul� par le contact de la terre. Son linge �tait blanc, car � Versailles, la veille, il avait tir� une chemise de son paquet, et cependant cette chemise �tait frip�e par l�humidit�; il �tait donc visible que Gilbert avait pass� la nuit dans le bois.

Il avait surtout, et avec tout cela, ces mains blanches et effil�es qui d�notent l�homme des vagues r�veries plut�t que l�homme des travaux mat�riels.

Gilbert ne manquait point de tact, il comprit la d�fiance et l�h�sitation de l��tranger � son �gard, et se h�ta d�aller au-devant des conjectures qu�il comprenait ne devoir point lui �tre favorables.

� On a faim, monsieur, toutes les fois que l�on n�a point mang� depuis douze heures, dit-il, et il y en a maintenant vingt-quatre que je n�ai rien pris.

La v�rit� des paroles du jeune homme se trahissait par l��motion de sa physionomie, par le tremblement de sa voix, par la p�leur de son visage.

Le vieillard cessa donc d�h�siter ou plut�t de craindre. Il tendit � la fois son pain et le mouchoir d�o� il tirait ses cerises.

� Merci, monsieur, dit Gilbert en repoussant doucement le mouchoir, merci, rien que du pain, c�est assez.

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