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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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� Oui, monsieur, dit Gilbert un peu �tourdi de tout ce qu�il venait de voir et d�entendre.

Jacques sortit en lui souriant, puis il revint.

� Demain nous causerons, dit-il. Je pense que vous ne r�pugnerez point � travailler, n�est-ce pas?

� Vous savez, monsieur, r�pondit Gilbert, que travailler, au contraire, est tout mon d�sir.

� Voil� qui est bien.

Et Jacques fit de nouveau un pas vers la porte.

� Travail digne, bien entendu, r�pondit le pointilleux Gilbert.

� Je n�en connais pas d�autre, mon jeune ami. Ainsi donc, � demain.

� Bonsoir et merci, monsieur, dit Gilbert.

Jacques sortit, ferma la porte en dehors, et Gilbert resta seul dans son galetas.

D�abord �merveill�, puis p�trifi� d��tre � Paris, il se demanda si c��tait bien Paris, cette ville o� l�on voyait des chambres pareilles � la sienne.

Puis il r�fl�chit qu�au bout du compte M. Jacques lui faisait l�aum�ne, et comme il avait vu faire l�aum�ne � Taverney, non seulement il ne s��tonna plus, mais l��tonnement commen�a de faire place � la reconnaissance.

Sa chandelle � la main, il parcourut, en prenant les pr�cautions recommand�es par Jacques, tous les coins du galetas, s�occupant peu des habits de Th�r�se, dont il ne voulut pas m�me distraire une vieille robe pour se faire une couverture.

Il s�arr�ta aux piles de papiers imprim�s qui �veillaient au dernier point sa curiosit�.

Elles �taient ficel�es; il n�y toucha point.

Le cou tendu, l��il avide, il passa des liasses ficel�es aux sacs de haricots.

Les sacs de haricots �taient faits d�un papier fort blanc, toujours imprim�, joint avec des �pingles.

Dans un mouvement un peu brusque qu�il fit, Gilbert toucha la corde avec sa t�te: un des sacs tomba.

Plus p�le, plus effar� que s�il e�t forc� la serrure d�un coffre-fort, le jeune homme se h�ta de ramasser les haricots �pars sur le plancher et de les remettre dans le sac.

En se livrant � cette op�ration, il regarda machinalement le papier, machinalement encore ses yeux lurent quelques mots; ces mots attir�rent son attention. Il repoussa les haricots, et, s�asseyant sur sa paillasse, il lut, car ces mots �taient si parfaitement en harmonie avec sa pens�e et surtout avec son caract�re, qu�ils semblaient �crits, non seulement pour lui, mais encore par lui.

Les voici:

�D�ailleurs, des couturi�res, des filles de chambre, de petites marchandes ne me tentaient gu�re; il me fallait des demoiselles. Chacun a ses fantaisies; �a toujours �t� la mienne, et je ne pense pas comme Horace sur ce point-l�. Ce n�est pourtant pas du tout la vanit� de l��tat et du rang qui m�attire, c�est un teint mieux conserv�, de plus belles mains, une parure plus gracieuse, un air de d�licatesse et de propret� sur toute la personne, plus de go�t dans la mani�re de se mettre et de s�exprimer, une robe plus fine et mieux faite, une chaussure plus mignonne, des rubans, de la dentelle, des cheveux mieux ajust�s. Je pr�f�rerais toujours la moins jolie, ayant tout cela. Je trouve moi m�me cette pr�f�rence fort ridicule, mais mon c�ur la donne malgr� moi.� [1]

Gilbert tressaillit et la sueur lui monta au front; il �tait impossible de mieux exprimer sa pens�e, de mieux d�finir ses instincts, de mieux analyser son go�t. Seulement, Andr�e n��tait pas la moins jolie ayant tout cela. Andr�e avait tout cela et �tait la plus belle.

Gilbert continua donc avidement.

� la suite des lignes que nous avons cit�es venait une charmante aventure d�un jeune homme avec deux jeunes filles; l�histoire d�une cavalcade accompagn�e de ces petits cris charmants qui rendent les femmes plus charmantes encore, parce qu�ils trahissent leur faiblesse; d�un voyage en croupe derri�re l�une d�elles, et d�un retour nocturne plus charmant et plus d�licieux encore.

L�int�r�t allait gagnant; Gilbert avait d�pli� le sac et avait lu tout ce qu�il y avait d�imprim� sur le sac avec un certain battement de cour; il interrogea la pagination et se mit � chercher si les autres pages n�y faisaient pas suite. La pagination �tait interrompue, mais il retrouva sept ou huit sacs qui paraissaient se suivre. Il en �ta les �pingles, vida les haricots sur le plancher, les assembla et lut.

Cette fois, c��tait bien autre chose encore. Ces nouvelles pages contenaient les amours d�un jeune homme pauvre, inconnu, avec une grande dame. La grande dame �tait descendue jusqu�� lui, ou plut�t il �tait mont� jusqu�� elle, et la grande dame l�avait accueilli comme s�il e�t �t� son �gal, et elle en avait fait son amant, l�initiant � tous les myst�res du c�ur, r�ves de l�adolescence qui ont une si courte r�alit�, qu�arriv�s de l�autre c�t� de la vie ils ne nous apparaissent plus que comme un de ces m�t�ores brillants, mais fugitifs, qui glissent au milieu d�un ciel �toil� de printemps.

Le jeune homme n��tait nomm� nulle part. La grande dame s�appelait madame de Warens, nom doux et charmant � prononcer.

Gilbert r�vait au bonheur de passer ainsi toute une nuit � lire, et le plaisir s�augmentait de cette s�curit� qu�il avait une longue file de sacs � d�pouiller les uns apr�s les autres, quand tout � coup un l�ger p�tillement se fit entendre; la chandelle, �chauff�e par le r�cipient de cuivre, s�enfon�a dans la graisse liquide, une vapeur infecte monta dans le grenier, la m�che s��teignit et Gilbert se trouva dans l�obscurit�.

Cet �v�nement �tait arriv� si rapide, qu�il n�y avait pas eu moyen d�y porter rem�de. Gilbert, interrompu au milieu de sa lecture, �tait pr�s d�en pleurer de rage. Il laissa glisser la liasse de papiers sur les haricots amass�s pr�s de son lit et se coucha sur sa paillasse, o�, malgr� son d�pit, il s�endormit bient�t profond�ment.

Le jeune homme dormit comme on dort � dix-huit ans; aussi ne se r�veilla-t-il qu�au bruit du cadenas criard que Jacques avait plac� la veille � la porte du grenier.

Le jour �tait grand; Gilbert, en ouvrant les yeux, vit son h�te entrer doucement dans sa chambre.

Ses yeux se port�rent aussit�t sur les haricots �pars et sur les sacs redevenus feuillets.

Les yeux de Jacques avaient d�j� pris la m�me direction.

Gilbert sentit le rouge de la honte lui monter aux joues, et sans trop savoir ce qu�il disait:

� Bonjour, monsieur, murmura-t-il.

� Bonjour, mon ami, dit Jacques; avez-vous bien dormi?

� Oui, monsieur.

� Seriez-vous somnambule, par hasard?

Gilbert ignorait ce qu��tait un somnambule, mais il comprit que la question avait pour but de lui demander une explication sur ces haricots hors de leurs sacs, et sur ces sacs veufs de leurs haricots.

� H�las! monsieur, dit-il, je vois bien pourquoi vous me dites cela; oui, c�est moi qui suis coupable du m�fait, et je m�accuse humblement, mais je le crois r�parable.

� Sans doute. Mais pourquoi donc votre chandelle est-elle us�e jusqu�au bout?

� J�ai veill� trop tard.

� Et pourquoi avez-vous veill�? fit Jacques, soup�onneux.

� Pour lire.

Le regard de Jacques parcourut, plus d�fiant encore, le grenier encombr�.

� Cette premi�re feuille, dit Gilbert en montrant le premier sac qu�il avait d�croch� et lu, cette premi�re feuille, sur laquelle j�ai jet� les yeux par hasard, m�a tellement int�ress� Mais vous, monsieur, qui savez tant de choses, vous devez savoir de quel livre elle vient?

Jacques y jeta n�gligemment les yeux et dit:

� Je ne sais.

� C�est un roman, sans doute, fit Gilbert, un bien beau roman.

� Un roman, croyez-vous?

� Je le crois, car on y parle d�amour comme dans les romans, except� qu�on en parle mieux.

� Cependant, reprit Jacques, comme je lis au bas de cette page le mot Confessions, je croyais�

� Vous croyiez?

� Que ce pouvait �tre une histoire.

� Oh! non, non; l�homme qui parle ainsi ne parle pas de lui-m�me. Il y a trop de franchise dans ses aveux, trop d�impartialit� dans son jugement.

� Et moi, je crois que vous vous trompez, dit vivement le vieillard. L�auteur, au contraire, a voulu donner cet exemple au monde, d�un homme se montrant � ses semblables tel que Dieu a fait l�homme.

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[1] �Les Confessions�, livre IV.

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