Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
Puis levant les yeux au cieclass="underline"
� � jeunesse! � vigueur! � libert�! ajouta-t-il avec un soupir.
Et � ces mots, une m�lancolie d�une po�sie inexprimable se r�pandit sur ses traits fins et purs.
Puis il se leva, s�appuyant sur son b�ton.
� Et maintenant, dit-il plus gaiement, maintenant que vous avez une condition, vous pla�t-il que nous remplissions une seconde bo�te de plantes? J�ai ici des feuilles de papier gris sur lesquelles nous classerons la premi�re r�colte. Mais � propos, avez-vous encore faim? Il me reste du pain.
� Gardons-le pour l�apr�s-midi, s�il vous pla�t, monsieur.
� Tout au moins, mangez les cerises, elles nous embarrasseraient.
� Comme cela je le veux bien; mais permettez que je porte votre bo�te; vous marcherez plus � l�aise, et je crois, gr�ce � l�habitude, que mes jambes lasseraient les v�tres.
� Mais tenez, vous me portez bonheur; je crois voir l�-bas le picris hieracio�des, que je cherche inutilement depuis le matin; et, sous votre pied, prenez garde! le cerastium aquaticum. Attendez! Attendez! N�arrachez pas! Oh! vous n��tes pas encore herboriste, mon jeune ami; l�une est trop humide en ce moment pour �tre cueillie; l�autre n�est point assez avanc�e. En repassant ce soir, � trois heures, nous arracherons le picris hieracio�des et quant au cerastium, nous le prendrons dans huit jours. D�ailleurs, je veux le montrer sur pied � un savant de mes amis dont je compte solliciter pour vous la protection. Et maintenant, venez et conduisez-moi � cet endroit dont vous me parliez tout � l�heure, et o� vous avez vu de beaux capillaires.
Gilbert marcha devant sa nouvelle connaissance; le vieillard le suivit, et tous deux disparurent dans la for�t.
Chapitre 44. M. Jacques
Gilbert, enchant� de cette bonne fortune qui, dans ses moments d�sesp�r�s, lui faisait toujours trouver un soutien, Gilbert, disons-nous, marchait devant, se retournant de temps en temps vers l�homme �trange qui venait de le rendre si souple et si docile avec si peu de mots.
Il le conduisit ainsi vers ses mousses, qui �taient en effet de magnifiques capillaires. Puis, lorsque le vieillard en eut fait une collection, ils se mirent en qu�te de plantes nouvelles.
Gilbert �tait beaucoup plus avanc� en botanique qu�il ne le croyait lui-m�me. N� au milieu des bois, il connaissait comme des amies d�enfance toutes les plantes des bois: seulement, il les connaissait sous leurs noms vulgaires. � mesure qu�il les d�signait ainsi, son compagnon les lui indiquait, lui, sous leur nom scientifique, que Gilbert, en retrouvant une plante de la m�me famille, essayait de r�p�ter. Deux ou trois fois il estropiait ce nom grec ou latin. Alors l��tranger le lui d�composait, lui montrait les rapports du sujet avec ces mots d�compos�s, et Gilbert apprenait ainsi non seulement le nom de la plante, mais encore la signification du mot grec ou latin dont Pline, Linn� ou de Jussieu avaient baptis� cette plante.
De temps en temps il disait:
� Quel malheur, monsieur, que je ne puisse pas gagner mes six sous � faire ainsi de la botanique toute la journ�e avec vous! Je vous jure que je ne me reposerais pas un seul instant; et m�me il ne me faudrait pas six sous: un morceau de pain comme celui que vous aviez ce matin suffirait � mon app�tit de toute la journ�e. Je viens de boire � une source de l�eau aussi bonne qu�� Taverney, et la nuit derni�re, au pied de l�arbre o� j�ai couch�, j�ai bien mieux dormi que je ne l�eusse fait sous le toit d�un bon ch�teau.
L��tranger souriait.
� Mon ami, disait-il, l�hiver viendra; les plantes s�cheront, la source sera glac�e, le vent sifflera dans les arbres d�pouill�s, au lieu de cette douce brise qui agite si mollement les feuilles. Alors, il vous faudra un abri, des v�tements, du feu, et sur vos six sous par jour, vous n�auriez pu �conomiser une chambre, du bois et des habits.
Gilbert soupirait, cueillait de nouvelles plantes et faisait de nouvelles questions.
Ils coururent ainsi une bonne partie du jour dans les bois d�Aulnay, du Plessis-Piquet et de Clamart sous Meudon.
Gilbert, selon son habitude, s��tait d�j� mis avec son compagnon sur le pied de la familiarit�. De son c�t�, le vieillard questionnait avec une admirable adresse; cependant Gilbert, d�fiant, circonspect, craintif, se r�v�lait le moins possible.
� Ch�tillon, l��tranger acheta du pain et du lait dont il fit sans peine accepter la moiti� � son compagnon; puis tous deux prirent le chemin de Paris, afin que Gilbert, de jour encore, p�t entrer dans la ville.
Le c�ur du jeune homme battait � cette seule id�e d��tre � Paris, et il ne chercha point � cacher son �motion, lorsque, des hauteurs de Vanves, il aper�ut Sainte-Genevi�ve, les Invalides, Notre-Dame et cette mer immense de maisons dont les flots �pars vont, comme une mar�e, battre les flancs de Montmartre, de Belleville et de M�nilmontant.
� Oh! Paris, Paris! murmura-t-il.
� Oui, Paris, un amas de maisons, un gouffre de maux, dit le vieillard. Sur chacune des pierres qu�il y a l�-bas, vous verriez sourdre une larme ou rougir une goutte de sang, si les douleurs que ces murs renferment pouvaient appara�tre au dehors.
Gilbert r�prima son enthousiasme. D�ailleurs, son enthousiasme tomba bient�t de lui-m�me.
Ils entr�rent par la barri�re d�Enfer. Le faubourg �tait sale et infect; des malades qu�on portait � l�h�pital passaient sur des civi�res; des enfants � demi nus jouaient dans la fange avec des chiens, des vaches et des porcs.
Le front de Gilbert se rembrunissait.
� Vous trouvez tout cela hideux, n�est-ce pas? dit le vieillard. Eh bien, ce spectacle, vous ne le verrez m�me plus tout � l�heure. C�est encore une richesse qu�un porc et qu�une vache; c�est encore une joie qu�un enfant. Quant � la fange, vous la trouverez, elle, toujours et partout.
Gilbert n��tait pas mal dispos� � voir Paris sous un jour sombre; il accepta donc le tableau tel que son compagnon le lui faisait.
Quant � ce dernier, prolixe d�abord dans sa d�clamation, il �tait devenu peu � peu, et � mesure qu�il avan�ait vers le centre de la ville, silencieux et muet. Il paraissait si soucieux, que Gilbert n�osa point lui demander quel �tait ce jardin qu�on apercevait � travers la grille, quel �tait ce pont sur lequel on passait la Seine. Ce jardin, c��tait le Luxembourg; ce pont, c��tait le Pont-Neuf.
Cependant, comme on marchait toujours, et que l��tranger paraissait pousser la r�verie jusqu�� l�inqui�tude, Gilbert se hasarda de dire:
� Logez-vous encore bien loin, monsieur?
� Nous approchons, dit l��tranger, que cette question sembla rendre encore plus morose.
Ils c�toy�rent, rue du Four, le magnifique h�tel de Soissons, dont les b�timents avaient vue et entr�e principale sur cette rue, mais dont les jardins splendides s��tendaient sur celles de Grenelle et des Deux-�cus.
Gilbert passa devant une �glise qui lui parut fort belle. Il s�arr�ta un instant � la regarder.
� Voil� un beau monument, dit-il.
� C�est Saint-Eustache, dit le vieillard.
Puis, levant la t�te:
� Il est huit heures! s��cria-t-il. Oh! mon Dieu! mon Dieu! venez vite, jeune homme, venez.
L��tranger allongea le pas, Gilbert le suivit.
� � propos, dit l��tranger apr�s quelques instants d�un silence si froid qu�il commen�ait � inqui�ter Gilbert, j�oubliais de vous dire que je suis mari�.
� Ah! fit Gilbert.
� Oui, et que ma femme, en v�ritable Parisienne, va sans doute gronder de ce que nous rentrons tard; en outre, je dois vous le dire, elle se d�fie des �trangers.
� Vous pla�t-il que je me retire, monsieur? dit Gilbert, dont cette parole gla�a tout � coup l�expansion.
� Non pas, non pas, mon ami; je vous ai invit� � venir chez moi, venez.
� Je vous suis, dit Gilbert.
� L�, � droite, par ici, nous y sommes.
Gilbert leva les yeux, et, aux derniers rayons du jour mourant, il lut, � l�angle de la place, au-dessus de la boutique d�un �picier, ces mots: �Rue Plastri�re�.