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Электронная книга - «Les yeux jaunes des crocodiles». Краткое содержание книги:

Deux soeurs. La quarantaine. Iris, belle, très belle, riche, élégante, parisienne. Autrefois étudiante brillante, elle s'est mariée, et sa vie se résume en un tourbillon vain. Iris s'ennuie, rêve de devenir une autre. Joséphine est une littéraire, historienne spécialisée dans l'étude du XIIe siècle. Beaucoup moins belle, beaucoup moins à l'aise dans la vie. Mariée, elle a deux filles, vit en banlieue et se bat pour tenir debout. Un jour, à un dîner, Iris prétend qu'elle écrit. Entraînée par son mensonge, elle persuade sa soeur d'écrire un livre qu'elle signera, elle. Abandonnée par son mari, acculée par les dettes, Joséphine se soumet. Elle est habituée : depuis qu'elles sont enfants, Iris la magnifique la domine. Le destin de chaque soeur va basculer.
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— Il s’appelle comment l’homme marié avec quatre enfants ? chuchota-t-elle à l’oreille de Christine Barthillet.

— Alberto… Il est portugais…

— Il ne divorcera jamais ! Les Portugais sont très croyants.

Pourquoi je lui dis ça, je m’en fiche totalement qu’il divorce ou pas.

— Je tiens pas à me marier. Je veux juste un logement et voir venir !

— Alors… bien sûr…

— Tout le monde n’est pas sentimental comme vous !

Après avoir pris un café, ils s’étaient dirigés naturellement vers l’arrêt d’autobus et, naturellement, elle était montée avec lui. Quand il était descendu, il lui avait dit au revoir et avait ajouté « à demain », en lui faisant un petit signe de la main. Elle avait pensé au chemin qu’il allait lui falloir faire pour revenir sur ses pas. Les filles à affronter, le dîner à préparer… Madame Barthillet ignorait la cuisine. Elle n’achetait que des soupes en poudre, des légumes en boîtes, des crevettes sous plastique ou des poissons rectangulaires. Elle s’étonnait quand Joséphine préparait le dîner et la regardait en posant du vernis rouge sur ses ongles. Zoé s’emparait du pinceau, Joséphine le lui ôtait des mains. « Mais pourquoi ? C’est joli ! – Non, pas à ton âge ! – Mais je suis grande ! – Non, c’est non ! – Vous avez tort, madame Joséphine, ça plaît aux garçons. – Zoé n’a pas l’âge de plaire aux garçons ! – C’est vous qui le dites, une petite fille, c’est coquet très tôt ! Moi, à son âge, j’avais déjà deux amoureux… – Maman, elle dit toujours que je suis trop petite » geignait Zoé en louchant sur les ongles rouges de madame Barthillet.

— Regardez, madame Joséphine, regardez ! C’est la reine et le prince Philip ! Qu’est-ce qu’il est beau ! Il a la poitrine musclée et bombée ! Un vrai prince de conte de fées !

— Un peu vieux, non ? lança Joséphine, agacée.

La reine Élisabeth avançait, vêtue d’une longue robe du soir turquoise, un sac noir pendant à son bras. Suivait le prince Philip, en queue-de-pie.

— Mais, mais…, hoqueta Joséphine. Juste derrière la reine, là, à trois pas d’elle, dans l’ombre, regardez, regardez !

Elle se dressait, l’index tendu vers l’écran, répétant « regardez, mais regardez », et, comme personne ne réagissait, elle se leva et alla poser le doigt sur l’écran, sur une jeune femme qui avançait tête baissée, en robe rose, pourvue d’une longue traîne, silhouette que l’on repérait aux boucles d’oreilles scintillantes comme gouttes au soleil.

— Vous avez vu ?

— Non, répondirent-ils en chœur.

— Là, je vous dis, là !

Joséphine martelait l’écran du doigt. « Là, cette femme aux cheveux tout courts ! » La jeune femme avançait en tenant sa traîne. Elle cherchait à l’évidence à rester dans l’ombre de la reine, mais la suivait de près.

— Ben oui… Elle a un sac noir, la reine. Et c’est pas joli avec sa robe turquoise.

— Non, pas la reine. Juste à côté ! Gary, hurla Joséphine en direction de la chambre de Gary. Gary, viens ici !

La jeune femme apparaissait maintenant à l’écran, à moitié cachée par la reine qui souriait derrière ses lunettes.

— Là ! Juste derrière la reine !

Gary entra dans le salon et demanda « qu’est-ce qu’il y a ? Pourquoi vous criez comme ça ? ».

— Ta mère ! Chez les Windsor ! À côté de la reine ! hurla Joséphine.

Gary s’ébouriffa les cheveux, vint se planter devant l’écran de télévision et marmonna « ah oui ! m’man… » avant de repartir dans sa chambre, en traînant les pieds.

— Mais qu’est-ce qu’elle fait là-bas ? cria Joséphine en direction de la chambre de Gary. Vous faites partie de la famille royale ?

Il n’y eut pas de réponse.

— Madame Shirley ! éructa Christine Barthillet, suspendant l’absorption d’une fraise Tagada. C’est vrai, ça, qu’est-ce qu’elle fout là-bas ?

— J’aimerais bien le savoir…, dit Joséphine en suivant la longue silhouette rose qui se fondait maintenant dans la foule des invités.

— Alors ça ! gloussa Christine Barthillet. C’est fort comme le roquefort.

— Ou la moutarde anglaise, émit finement Zoé.

— Va falloir qu’elle m’explique, murmura Joséphine.

Elle repéra Shirley dans la foule des invités, l’aperçut une nouvelle fois dans le sillage de la reine et resta stupéfaite. Se pouvait-il vraiment que Shirley soit apparentée à la famille royale ? Mais alors que faisait-elle dans une banlieue parisienne à donner des cours de musique, des cours d’anglais, à cuire des gâteaux ?

Joséphine passa la soirée à s’interroger pendant que Christine Barthillet, Max et Zoé finissaient les chips, le Coca, les fraises Tagada en bavant devant la beauté du spectacle et le défilé des princes et des princesses. Oh ! William, il a grossi ! Il paraît qu’il a une fiancée et que Charles va l’inviter à dîner ! Et Harry ! qu’il est mignon ! Ça lui fait quel âge maintenant ? C’est un cœur à prendre et il a l’air plus rigolo que William…

Le lundi, Shirley ne revint pas. Ni le mardi, ni le mercredi, ni le jeudi. Gary venait prendre ses repas chez Joséphine. Quand les filles le pressaient de questions, il répondait : « Vous avez mal vu, vous vous êtes trompées ! – Mais enfin, Gary, tu l’as vue toi aussi ! – J’ai vu une femme qui lui ressemblait, c’est tout ! Y en a plein de blondes avec des cheveux courts ! Qu’est-ce qu’elle irait foutre là-bas ? – C’est vrai, ça, madame Joséphine, vous travaillez trop ! Ça vous monte à la tête. – Mais vous l’avez tous vue ! J’ai pas rêvé. – Gary a raison… On a vu quelqu’un qui lui ressemblait mais si ça se trouve, c’était pas elle ! »

Joséphine n’en démordait pas : c’était Shirley, en robe longue rose, dans l’ombre de la reine. Elle ressentit une colère terrible contre Shirley. Je lui dis tout, elle me tire les vers du nez et elle, elle se tait ! Je n’ai même pas le droit de lui poser des questions. Elle avait l’impression d’être dupée. Que tout le monde la dupait. Tout se mélangeait dans sa tête : Iris, Antoine, madame Barthillet et ses amants sur le Net, Shirley chez les Windsor, le mépris d’Hortense, Zoé qui se dévergondait… Ils la prenaient tous pour une pomme ! Et d’ailleurs, c’est exactement ce qu’elle était.

La colère lui donna des ailes. Elle mit fin aux jours du gentil troubadour qui rendit l’âme, empoisonné, après avoir eu la joie immense d’assister à la naissance de son fils. Florine n’avait plus besoin de se battre pour exister : elle avait un fils légitime, héritier du domaine, Thibaut le Jeune. Jo en profita pour faire mourir la belle-mère qui commençait à lui taper sur les nerfs avec ses jérémiades perpétuelles. Puis elle fit surgir le troisième mari, Baudouin, un chevalier, doux et fort pieux. Baudouin a belle figure, il rêve de cultiver ses terres, d’aller à la messe et de faire pénitence. Très vite, par ses mièvreries, il énerva Joséphine et succomba, victime de son courroux. Comment vais-je le faire périr, celui-là ? Il est jeune, en bonne santé, il ne boit pas, il ne ripaille pas, il pratique le coït avec componction… Elle repensa au bal de Charles et Camilla, à la silhouette furtive de Shirley, à une filiation possible avec les Windsor et sa colère s’abattit sur Baudouin le doux.

Baudouin et Florine sont invités à un grand bal donné par le roi de France, qui chasse sur des terres voisines de Castelnau. Le roi, dans la foule d’invités aux tenues chatoyantes, aperçoit Baudouin. Il blêmit et lâche son sceptre qui roule sous le trône. Puis, d’un signe de sa main gantée, il convie les jeunes mariés à prendre place auprès de lui pour boire une coupe de vin. Baudouin rougit, dépose son épée aux pieds du souverain. Florine s’inquiète : elle redoute une nouvelle promotion. Va-t-elle encore connaître une bonne fortune qui l’éloignera du sixième échelon où elle patine depuis quelque temps ? Que nenni ! À la fin de la soirée, alors que le jeune couple, étonné par tant d’honneurs, regagne l’appartement que le roi a fait mettre à sa disposition, Baudouin est égorgé au détour d’un couloir sous les yeux de sa jeune femme, horrifiée. Trois soudards s’élancent, le maîtrisent, lui tranchent la gorge. Le sang coule à flots. Florine défaille et s’écroule sur le corps sans vie de son époux. On apprendra plus tard qu’il était un fils bâtard du roi de France et pouvait prétendre à la Couronne. De peur qu’il ne se pose en héritier, le roi a préféré le faire assassiner. Pour consoler la jeune veuve, il la couvre d’or, d’hermines, de pierres précieuses, la renvoie au château de Castelnau, escortée de quatre chevaliers chargés de la surveiller. Florine, veuve une nouvelle fois, supplie le Ciel d’éloigner d’elle son courroux afin qu’elle gravisse tranquillement les derniers échelons.

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