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Электронная книга - «Les yeux jaunes des crocodiles». Краткое содержание книги:

Deux soeurs. La quarantaine. Iris, belle, très belle, riche, élégante, parisienne. Autrefois étudiante brillante, elle s'est mariée, et sa vie se résume en un tourbillon vain. Iris s'ennuie, rêve de devenir une autre. Joséphine est une littéraire, historienne spécialisée dans l'étude du XIIe siècle. Beaucoup moins belle, beaucoup moins à l'aise dans la vie. Mariée, elle a deux filles, vit en banlieue et se bat pour tenir debout. Un jour, à un dîner, Iris prétend qu'elle écrit. Entraînée par son mensonge, elle persuade sa soeur d'écrire un livre qu'elle signera, elle. Abandonnée par son mari, acculée par les dettes, Joséphine se soumet. Elle est habituée : depuis qu'elles sont enfants, Iris la magnifique la domine. Le destin de chaque soeur va basculer.
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Shirley dit quelques mots en anglais et raccrocha le téléphone. Elle allait devoir partir. La question de Gary la prenait de court.

— Mais enfin, Gary… Tu as seize ans ! Ce n’est pas urgent !

— Pour moi, si.

Elle regarda son fils. Il a raison, c’est un homme, maintenant. Un mètre quatre-vingt-cinq, des mains, des bras, des jambes comme des spaghettis. Une voix d’homme, un début de barbe, des cheveux noirs mi-longs hirsutes. Il se rase, passe des heures dans la salle de bains, refuse de sortir quand il a un bouton, se ruine en crèmes et en lotions. Sa voix a mué. Ce doit être troublant de sentir qu’un homme pousse dans son corps d’enfant. Je me rappelle quand mes seins ont poussé, je les ai bandés, et mes premières règles, je croyais qu’en serrant les jambes…

— Tu es amoureux ? Tu penses à une fille ?

— J’ai tellement envie, m’man… Ça me prend là !

Il porta la main à sa gorge et tira la langue de désir.

— Je pense plus qu’à ça.

Faire ses valises, prendre le premier avion pour Londres. Demander à Joséphine de garder un œil sur Gary. Ce n’était vraiment pas le moment d’entamer une discussion sur la sexualité des adolescents.

— Écoute, chéri, on en reparlera quand tu seras amoureux…

— C’est obligé d’être amoureux ?

— Ça vaut mieux ! Ce n’est pas un acte banal… Et puis, la première fois, c’est important. Il ne faut pas le faire avec n’importe qui, n’importe comment. Tu t’en souviendras toute ta vie de ta première fois.

— Y a bien Hortense, mais elle me regarde pas.

Pendant les vacances de Pâques, au Kenya, Gary avait passé son temps à suivre Hortense tel un papillon attiré par la lumière. Elle le repoussait en lui disant « tu colles, Gary ! qu’est-ce que tu es collant ! Dégage ! Dégage ! ». Shirley était bouleversée. Elle serrait les dents. Le désarroi de Gary avait gâché le séjour de Shirley qui observait la maladresse de son fils sans pouvoir y remédier. Un soir, elle lui avait expliqué qu’il s’y prenait très mal : « Une femme a besoin de mystère, de distance. Elle a besoin de désirer l’homme qui lui plaît, d’être intriguée, de douter de son pouvoir de séduction, comment veux-tu qu’elle te désire, tu la suis partout comme un bourdon, tu préviens toutes ses envies, tous ses caprices, elle ne te respecte pas ! – M’man, c’est plus fort que moi, elle me rend fou ! »

— Écoute, Gary, ce n’est pas le bon moment pour en parler, je dois partir à Londres, une urgence ! Je serai absente une semaine, tu vas devoir te débrouiller tout seul…

Il se tut, enfonça les mains dans son pantalon trop grand. Son caleçon dépassait. Shirley tendit la main pour remonter son pantalon mais Gary la repoussa.

— C’est jamais le bon moment pour te parler !

— T’exagères, chéri… je suis toujours là pour t’écouter mais là, ça tombe mal.

Gary souffla bruyamment et alla s’enfermer dans sa chambre. Shirley rageait. Normalement, elle se serait assise, aurait posé des questions, écouté, proposé une solution, mais que pouvait-elle dire à un garçon de seize ans que la puberté tourmentait ? Il lui aurait fallu du temps et, justement, elle n’en avait pas. Il fallait qu’elle boucle sa valise, réserve un billet d’avion, prévienne Joséphine de son départ.

Elle alla sonner chez Jo. Ce fut madame Barthillet qui lui ouvrit.

— Joséphine est là ?

— Oui… Dans sa chambre.

Shirley aperçut deux grandes valises dans l’entrée et alla retrouver Joséphine.

— Qu’est-ce qu’elle fait là, madame Barthillet ?

— Elle vient d’être mise à la porte de chez elle. Je lui ai dit de venir chez moi le temps qu’elle se retourne.

— Ça tombe mal… J’allais te demander un service.

Joséphine posa les draps qu’elle venait de sortir de la penderie.

— Vas-y… Je t’écoute.

— Je dois partir à Londres. Une urgence… Du boulot ! Je voulais te demander si tu pouvais surveiller Gary le temps de mon absence.

— Tu pars longtemps ?

— Une petite semaine…

— Pas de problème. Au point où j’en suis ! Je vais me dessiner une croix rouge sur le front.

— Je suis désolée, Jo, mais je ne peux pas refuser. Je te donnerai un coup de main pour madame Barthillet quand je reviendrai.

— J’espère qu’elle sera partie quand tu reviendras. Et mon livre ! Je n’ai plus que deux mois avant de rendre le manuscrit ! Et j’en suis qu’au deuxième mari. Y en a trois autres qui attendent !

Elles s’assirent toutes les deux sur le lit de Joséphine.

— Elle va dormir dans ta chambre ? demanda Shirley.

— Avec Max. Je vais m’installer dans le salon et j’irai travailler en bibliothèque…

— Elle n’a pas de boulot ?

— Elle vient d’être licenciée.

Shirley prit la main de Joséphine, la serra et lui dit merci.

— Je te revaudrai ça, promis !

Quand les filles rentrèrent de l’école, Zoé battit des mains en apprenant que Max allait habiter avec elles. Hortense prit sa mère à part dans la salle de bains et demanda :

— C’est une plaisanterie ?

— Non. Écoute, Hortense… On ne va pas les laisser dormir sous les ponts.

— Putain, m’man !

— Mais je te demande rien.

— Si. Va falloir faire de la place à cette famille de demeurés. Tu sais qui c’est, madame Barthillet : un cas social. Tu vas voir, tu vas le regretter ! En tout cas, il est hors de question qu’ils envahissent ma chambre ! Ou qu’ils touchent à mon ordinateur !

— Hortense, c’est juste pour quelques jours… chérie, murmura-t-elle, en essayant de la prendre dans ses bras, ne sois pas égoïste ! Et puis, ce n’est pas ta chambre, c’est celle de Zoé aussi…

— Tu me fais chier avec tes airs de bonne sœur. Qu’est-ce que t’es ringarde, ma pauvre !

La gifle partit sans que Joséphine s’en aperçoive. Hortense porta la main à sa joue et foudroya sa mère du regard.

— J’en peux plus de vivre ici ! siffla Hortense. J’en peux plus de vivre avec toi ! Je n’ai qu’une idée, c’est de me casser, et je te préviens…

Une autre gifle partit et, celle-là, Joséphine mit toute sa rage à la donner. Dans la cuisine, Zoé, Max et madame Barthillet préparaient le dîner. Max et Zoé mettaient la table pendant que madame Barthillet faisait chauffer l’eau pour les pâtes.

— Tu vas te reprendre et faire bonne figure, sinon ça va aller très mal, murmura Joséphine entre ses dents.

Hortense la regarda, chancela et se laissa tomber sur le bord de la baignoire. Puis elle eut un rire léger, regarda sa mère et laissa tomber avec un mépris rageur :

— Pauvre conne !

Joséphine l’attrapa par la manche de son chandail et la jeta hors de la salle de bains. Puis elle se laissa glisser sur le sol et lutta contre la nausée qui lui soulevait l’estomac. Elle avait envie de vomir. Elle avait envie de pleurer. Elle s’en voulait de s’être laissée aller à sa colère. On ne résout rien en donnant des gifles à une enfant. On s’avoue vaincue, c’est tout. Hortense sortait toujours victorieuse de ces affrontements. Joséphine passa de l’eau sur ses yeux rougis et alla frapper à la porte de la chambre d’Hortense.

— Tu me détestes, n’est-ce pas ?

— Oh, maman, arrête ! On n’a rien à se dire, toi et moi. J’aurais mieux fait de rester au Kenya, avec papa. Même avec Mylène, je m’entends mieux qu’avec toi. C’est te dire !

— Mais qu’est-ce que je t’ai fait, Hortense, dis-moi ?

— Je ne supporte pas ce que tu représentes. Ton air gnangnan, tes discours à la con ! Et puis, j’en peux plus de vivre ici… Tu m’avais promis qu’on allait déménager et on végète toujours dans cet endroit minable, dans cette banlieue minable, avec des gens minables.

— Je n’ai pas les moyens de déménager, Hortense ! Je t’ai promis que je le ferais si je pouvais, si ça devait te rendre heureuse.

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