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Электронная книга - «Les yeux jaunes des crocodiles». Краткое содержание книги:

Deux soeurs. La quarantaine. Iris, belle, très belle, riche, élégante, parisienne. Autrefois étudiante brillante, elle s'est mariée, et sa vie se résume en un tourbillon vain. Iris s'ennuie, rêve de devenir une autre. Joséphine est une littéraire, historienne spécialisée dans l'étude du XIIe siècle. Beaucoup moins belle, beaucoup moins à l'aise dans la vie. Mariée, elle a deux filles, vit en banlieue et se bat pour tenir debout. Un jour, à un dîner, Iris prétend qu'elle écrit. Entraînée par son mensonge, elle persuade sa soeur d'écrire un livre qu'elle signera, elle. Abandonnée par son mari, acculée par les dettes, Joséphine se soumet. Elle est habituée : depuis qu'elles sont enfants, Iris la magnifique la domine. Le destin de chaque soeur va basculer.
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Ils restèrent un moment silencieux jusqu’à ce que l’assistante vienne leur annoncer que le docteur allait les recevoir. Marcel se leva, resserra le nœud de sa cravate et passa la langue sur ses lèvres.

— Je crois que je vais avoir une attaque.

— C’est pas le moment, le houspilla Josiane.

— Donne-moi le bras : je marche pas droit !

Le Dr Troussard les rassura tout de suite. Tout était en ordre. Chez Josiane et chez Marcel. Des bilans de jeunes parents ! Ils n’avaient plus qu’à retrousser leurs manches et à se mettre à la tâche.

— Mais on ne fait que ça ! s’écria Marcel.

— Et on n’y arrive pas ! Pourquoi ? gémit Josiane.

Le Dr Troussard écarta les bras en signe d’impuissance.

— Moi, je suis comme le mécanicien, je soulève le capot et je fais un diagnostic : tout est en ordre, tout fonctionne. Maintenant, c’est vous qui êtes au volant et qui conduisez !

Il se leva, leur tendit leur dossier et les raccompagna.

— Mais…, reprit Josiane.

Il l’interrompit aussitôt et lui dit :

— Arrêtez de réfléchir ! Sinon, c’est votre tête qu’il va falloir analyser. Et ça, croyez-moi, c’est beaucoup plus compliqué !

Marcel régla le prix de la consultation, cent cinquante euros, pendant que Josiane soupirait : mille balles pour savoir que tout va bien, c’est un peu cher tout de même !

Dans la rue, Marcel prit le bras de Josiane et ils avancèrent en silence. Puis Marcel s’arrêta et, regardant Josiane droit dans les yeux, il demanda :

— Tu es sûre de le vouloir, cet enfant ?

— Archisûre. Pourquoi ?

— Parce que…

— Parce que tu te disais que je faisais semblant, que j’en voulais pas ?

— Non. Je me demandais si tu n’avais pas peur… rapport à ta mère ?

— Je me suis déjà posé la question…

Ils reprirent leur marche. Puis Josiane agrippa le bras de Marcel.

— Faudrait peut-être que j’aille voir un psy ?

— Je n’aurais jamais imaginé que ce serait si compliqué de faire un bébé !

— Peut-être qu’on se complique trop la vie ! Que si on était plus décontractés, il arriverait comme une fleur ?

Marcel déclara qu’il fallait arrêter d’y penser, supprimer le nom de Junior de leurs conversations, et faire comme si de rien n’était.

— On ne parle plus de rien, on fait la fête, on s’envoie en l’air et si, dans six mois, t’es toujours plate comme une sole normande… je te fais enfermer dans une éprouvette !

Josiane lui jeta les bras autour du cou et l’embrassa. Ils s’étaient arrêtés devant une grande vitrine Nicolas. Marcel s’approcha de la partie miroir, tira sur la peau de son cou, grimaça, « et si je me faisais faire un petit lifting, pour Junior ? Pour qu’on ne me prenne pas pour son grand-père à la sortie de l’école ? ».

Elle lui donna un grand coup de coude dans les côtes et hurla :

— On avait dit qu’on n’en parlait plus !

Il porta la main à sa bouche pour assurer qu’il ne dirait plus un mot sur le sujet. Lui donna une petite tape sur les fesses et lui reprit le bras.

— Mille balles pour lire un bilan, il se mouche pas avec les pieds, déclara Josiane. C’est remboursé par la Sécu, ça ?

Marcel ne répondit pas. Il s’était arrêté devant un kiosque à journaux et en détaillait la façade, les yeux écarquillés.

— Ben, Marcel, t’es où, là ? Tu penses à quoi ?

Il fit signe qu’il ne pouvait pas parler.

— T’as avalé ta langue ?

Il secoua la tête.

— Ben alors ?

Elle se planta devant le kiosque à journaux, entreprit de regarder les unes affichées jusqu’à ce qu’elle tombât sur un numéro spécial consacré à Yves Montand. « Yves Montand, sa vie, ses amours, sa carrière. Yves Montand et Simone. Yves Montand et Marylin. Yves Montand, papa à soixante-treize ans… Son dernier amour s’appelait Valentin. »

Elle soupira, ouvrit son porte-monnaie, prit le journal et le tendit à Marcel qui la remercia en un salut muet.

Ils revinrent au bureau à pied. Il faisait beau. L’Arc de triomphe se détachait victorieux sur le ciel bleu, des petits drapeaux bleu-blanc-rouge flottaient sur les rétroviseurs des autobus, les femmes avaient les bras nus et les garçons leur pinçaient la taille. Marcel et Josiane se tenaient par le bras comme un couple de promeneurs qui a mis ses habits les plus chic pour se promener dans les beaux quartiers.

— On ne se promène jamais comme ça. En amoureux, fit remarquer Josiane. On a toujours peur de tomber sur quelqu’un.

— La petite Hortense va faire un stage dans la boîte en juin…

— Je sais. Chaval m’a prévenue… Il part quand, celui-là ?

— Fin juin. Il jubilait quand il m’a donné sa démission. Je l’aurais bien fait décaniller avant mais j’ai encore besoin de lui. Faut que je lui trouve un remplaçant…

— Bon débarras ! Je ne le supportais plus…

Marcel lui jeta un regard inquiet. Disait-elle vrai ou n’y avait-il pas un peu d’amour et de dépit dans sa voix ? Il aurait préféré garder Chaval dans l’entreprise pour le surveiller, avoir à l’œil son emploi du temps, ses déplacements.

— Tu n’y penses plus du tout ?

Josiane secoua la tête et donna un coup de pied dans une cannette qui alla rouler dans le caniveau.

— Tiens ! s’exclama Marcel. Quand on parle du loup…

Au feu de croisement, à l’angle de l’avenue des Ternes et de l’avenue Niel, un coupé décapotable rouge ronflait en attendant de redémarrer. Bruno Chaval était au volant. Lunettes de soleil, veste en daim clair, col de chemise ouvert, il chantonnait en poussant le volume de sa radio. Il vérifia son reflet dans le rétroviseur, passa et repassa la main dans ses cheveux noirs, dessina d’un doigt sa fine moustache, fit vrombir son moteur et laissa la trace de ses pneus sur le macadam en démarrant.

Le grand bal au château de Windsor était retransmis ce samedi soir ; ils étaient tous installés devant la télé de Shirley. Tous sauf Hortense qui avait refusé de venir voir les têtes couronnées défiler en grand tralala. Gary leur avait ouvert la porte en grognant « c’est quoi, cette connerie que vous allez regarder ? Moi, je reste dans ma chambre… ». Joséphine, Zoé, Max et Christine Barthillet s’étaient installés, par terre, dans le salon devant la télévision. Ils avaient répandu à même le sol des paquets de chips, des Coca, des fraises Tagada, deux baguettes et des rillettes qu’ils tartinaient avec leurs doigts.

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