Les yeux jaunes des crocodiles
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Les yeux jaunes des crocodiles». Краткое содержание книги:
Elle laissa tomber sa tête entre ses mains et resta là, penchée sur le balcon, priant de toutes ses forces pour que les étoiles l’entendent, pour que la petite étoile au bout de la grande casserole se mette à scintiller.
— Et toi, papa… Combien de temps il m’a fallu pour comprendre que tu m’avais aimée, que je n’étais pas toute seule, que je tirais ma force de toi, de ton amour pour moi ? Je ne l’ai pas su quand tu étais encore là, je n’ai pas pu te le dire. C’est après que j’ai compris… bien après… Je te demande juste qu’elle le comprenne un jour… Pas trop tard parce que tu vois, j’ai trop de peine quand elle me rejette. Ça me fait mal à chaque fois, je m’y habitue pas…
C’est alors qu’elle sentit quelque chose se poser sur son épaule.
Elle crut que c’était un effet du vent, une feuille tombée du balcon du dessus, qui venait se poser sur elle pour la réconforter. Elle croyait si fort que les étoiles l’écoutaient.
C’était Hortense. Elle ne l’avait pas entendue entrer. Hortense, debout, derrière elle. Elle se redressa, l’aperçut, lui adressa un sourire de pénitente, surprise en train de s’abîmer.
— Je regardais les plantes de papa… Elles sont mortes depuis longtemps. J’ai oublié de m’en occuper. J’aurais dû y faire attention, ça comptait tellement pour lui.
— Arrête, maman, arrête…, dit Hortense d’une voix douce et basse. Ne t’excuse pas. Tu en planteras d’autres…
Elle ajouta, en relevant sa mère :
— Allez, viens. Va te coucher, tu es fatiguée… Et moi aussi. Je pensais pas que ça pouvait être si fatigant de parler comme je l’ai fait ce soir. Tu m’as écoutée ?
Joséphine fit oui de la tête.
— Et… ? demanda Hortense, attendant le jugement de sa mère.
Pendant le trajet du retour en taxi, elle avait pensé à sa mère, à l’idée qu’elle se faisait de sa mère, à la manière dont elle en avait parlé devant tous ces gens qui ne la connaissaient pas. Soudain Joséphine était devenue un personnage, une inconnue qu’elle regardait de l’extérieur. Joséphine Cortès. Une femme qui se battait. C’est elle qui l’a écrit, seule, en se cachant parce qu’elle avait besoin d’argent pour nous, pas pour elle… Elle ne l’aurait pas fait pour elle seule. Dans le taxi qui filait sous les lumières blafardes des réverbères, elle l’avait vue comme si elle ne la connaissait pas, comme si on lui racontait l’histoire d’une inconnue. Elle avait vu tout ce que sa mère faisait pour elle. C’était devenu une évidence qui grossissait au fur et à mesure qu’elle se rapprochait de leur immeuble.
Et puis elle était entrée, elle l’avait entendue parler toute seule, elle avait entendu son abandon, son désarroi.
— Tu m’as défendue, Hortense, tu m’as défendue… Je suis heureuse, si heureuse… Si tu savais !
Elles retournèrent dans le salon. Hortense soutenant sa mère. Joséphine sentait ses jambes se dérober sous elle, elle avait froid, elle tremblait. Elle s’arrêta et s’exclama :
— Je ne crois pas que je vais pouvoir dormir ! Je suis trop excitée… On se fait un petit café ?
— C’est sûr que ça va nous réveiller !
— Tu m’as réveillée… Tu m’as réveillée, je suis si heureuse ! Si tu savais… Je me répète mais…
Hortense l’interrompit, lui prit la main et lui demanda :
— Tu as l’idée de ton prochain bouquin ?
FIN
Remerciements
Il a beaucoup voyagé ce livre pendant que je l’écrivais !
Je l’ai commencé à Fécamp, l’ai continué à Paris, emporté à New York, à Megève, sur la plage de Carnau, à Londres, à Rome. Chaque lieu m’apportait une atmosphère, une histoire, un détail que je m’empressais de voler. J’ai rencontré les crocodiles à New York dans les pages du New York Times, Shirley à Londres chez Fortnum and Mason, Marcel Grobz est né à Megève ( ! ! !), Hortense d’une silhouette entrevue dans un magasin de chaussures, rue de Passy, l’histoire de Florine dans la petite maison de Carnau, sur la plage… et Joséphine incarne toutes les confidences que les femmes me murmurent à l’oreille.
Alors merci à Svetlana, Réjane, Michel, Colette, qui m’ont laissé poser mon ordinateur sur la table de leur cuisine ou de leur salon…
Merci à tous ceux qui me supportent et m’entourent quand j’écris : Charlotte et Clément d’abord ! Coco, Laurent, mon premier lecteur, Jean, Mireille, Christine et Christine ( !), Michel, Michèle… Ils sont toujours là.
Merci à Sylvie qui m’a lue au fur et à mesure et m’a tenu la main !
Merci, Huguette, pour la sérénité que vous m’apportez (sans le savoir).
Merci à La Revue de Pierre Bergé que je feuillette avec délices et qui m’a permis d’emprunter meubles, bijoux, tableaux pour les besoins de mes personnages !
Merci à vous tous qui m’écrivez sur mon site Internet et qui m’envoyez de l’amour, de l’amour, de l’amour et parfois aussi des idées ! (Clin d’œil à Hervé !)
Merci, Jean-Marie, qui veilles sur moi dans les étoiles…
[1] Jean-Michel Maulpoix, Du lyrisme, Éditions José Corti.