Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
Jean et le mar�chal de Richelieu, apr�s s��tre longtemps regard�s avec humeur, avaient pris leur essor les premiers.
Les autres �taient les favoris ordinaires qu�une disgr�ce certaine des Choiseul avait affriand�s, que le retour en faveur avait �pouvant�s, et qui, ne trouvant plus le ministre sous leur main, pour s�accrocher � lui, revenaient machinalement � Luciennes pour voir si l�arbre �tait assez solide pour que l�on s�y cramponn�t comme par le pass�.
Madame du Barry, apr�s les fatigues de sa diplomatie et le triomphe trompeur qui l�avait couronn�e, faisait la sieste lorsque le carrosse de Richelieu entra chez elle avec le bruit et la c�l�rit� d�un ouragan.
� Ma�tresse du Barry dort, dit Zamore sans se d�ranger.
Jean fit rouler Zamore sur le tapis d�un grand coup de pied qu�il appliqua sur les broderies les plus larges de son habit de gouverneur.
Zamore poussa des cris per�ants.
Chon accourut.
� Vous battez encore ce petit, vilain brutal! dit-elle.
� Et je vous extermine vous-m�me, poursuivit Jean avec des yeux qui flamboyaient, si vous ne r�veillez pas la comtesse tout de suite.
Mais il n��tait pas besoin de r�veiller la comtesse: aux cris de Zamore, au grondement de la voix de Jean, elle avait senti un malheur et accourait envelopp�e dans un peignoir.
� Qu�y a-t-il? demanda-t-elle effray�e de voir que Jean s��tait vautr� tout du long sur un sofa pour calmer les agitations de sa bile et que le mar�chal ne lui avait pas m�me bais� la main.
� Il y a, il y a, dit Jean, parbleu! il y a toujours le Choiseul.
� Comment?
� Oui, plus que jamais, mille tonnerres!
� Qu�est-ce que vous voulez dire?
� M. le comte du Barry a raison, continua Richelieu; il y a plus que jamais M. le duc de Choiseul.
La comtesse tira de son sein la petite lettre du roi.
� Et ceci? dit-elle en souriant.
� Avez-vous bien lu, comtesse? demanda le mar�chal.
� Mais� je sais lire, duc, r�pondit madame du Barry.
� Je n�en doute pas, madame; voulez-vous me permettre de lire aussi?
� Oh! certainement; lisez.
Le duc prit le papier, le d�veloppa lentement et lut:
�Demain, je remercierai M. de Choiseul de ses services. Je m�y engage positivement.
Louis.�
� Est-ce clair? dit la comtesse.
� Parfaitement clair, r�pliqua le mar�chal en faisant la grimace.
� Eh bien, quoi? dit Jean.
� Eh bien, c�est demain que nous aurons la victoire, rien n�est encore perdu.
� Comment, demain? Mais le roi m�a sign� cela hier. Or, demain, c�est aujourd�hui.
� Pardon, madame, dit le duc; comme il n�y a pas de date, demain sera toujours le jour qui suivra celui o� vous voudrez voir M. de Choiseul � bas. Il y a, rue de la Grange-Bateli�re, � cent pas de chez moi, un cabaret dont l�enseigne porte ces mots en lettres rouges: �Ici, on fait cr�dit demain.� Demain, c�est jamais.
� Le roi s�est moqu� de nous, dit Jean furieux.
� C�est impossible, murmura la comtesse atterr�e; impossible, une pareille supercherie est indigne�
� Ah! madame, Sa Majest� est fort joviale, dit Richelieu.
� Il me le paiera, duc, continua la comtesse avec un accent de col�re.
� Apr�s cela, comtesse, il ne faut pas en vouloir au roi; il ne faut pas accuser Sa Majest� de dol ou de fourberie; non, le roi a tenu ce qu�il avait promis.
� Allons donc! fit Jean avec un tour d��paules plus que peuple.
� Qu�a-t-il promis? cria la comtesse: de remercier le Choiseul.
� Et voil� pr�cis�ment, madame; j�ai entendu, moi, Sa Majest� remercier positivement le duc de ses services. Le mot a deux sens, �coutez donc: en diplomatie, chacun prend celui qu�il pr�f�re; vous avez choisi le v�tre, le roi a choisi le sien. De cette fa�on, le demain n�est plus m�me en litige; c�est bien aujourd�hui, � votre avis, que le roi devait tenir sa promesse: il l�a tenue. Moi qui vous parle, j�ai entendu le remerciement.
� Duc, ce n�est pas l�heure de plaisanter, je crois.
� Croyez-vous, par hasard, que je plaisante, comtesse? Demandez au comte Jean.
� Non, pardieu! nous ne rions pas. Ce matin, le Choiseul a �t� embrass�, cajol�, festoy� par le roi, et, � l�heure qu�il est, tous deux se prom�nent dans les Trianons, bras dessus, bras dessous.
� Bras dessus, bras dessous! r�p�ta Chon, qui s��tait gliss�e dans le cabinet, et qui leva ses bras blancs comme un nouveau mod�le de la Niob� d�sesp�r�e.
� Oui, j�ai �t� jou�e, dit la comtesse; mais nous allons bien voir� Chon, il faut d�abord contremander mon �quipage de chasse; je n�irai pas.
� Bon! dit Jean.
� Un moment! s��cria Richelieu, pas de pr�cipitation, pas de bouderie� Ah! pardon, comtesse, je me permets de vous conseiller; pardon.
� Faites, duc, ne vous g�nez pas; je crois que je perds la t�te. Voyez ce qu�il en est: on ne veut pas faire de politique, et, le jour o� on s�en m�le, l�amour-propre vous y jette tout habill�e� Vous dites donc?
� Que bouder aujourd�hui n�est pas sage. Tenez, comtesse, la position est difficile. Si le roi tient d�cid�ment aux Choiseul, s�il se laisse influencer par sa dauphine, s�il vous rompt ainsi en visi�re, c�est que�
� Eh bien?
� C�est qu�il faut devenir encore plus aimable que vous n��tes, comtesse. Je sais bien que c�est impossible; mais enfin, l�impossible devient la n�cessit� de notre situation: faites donc l�impossible!
La comtesse r�fl�chit.
� Car enfin, continua le duc, si le roi allait adopter les moeurs allemandes!
� S�il allait devenir vertueux! s�exclama Jean saisi d�horreur.
� Qui sait, comtesse? dit Richelieu, la nouveaut� est chose si attrayante.
� Oh! quant � cela, r�pliqua la comtesse avec certain signe d�incr�dulit�, je ne crois pas.
� On a vu des choses plus extraordinaires, madame, et le proverbe du diable se faisant ermite� Donc, il faudrait ne pas bouder.
� Il ne le faudrait pas.
� Mais j��touffe de col�re!
� Je le crois parbleu bien! �touffez, comtesse, mais que le roi, c�est-�-dire M. de Choiseul, ne s�en aper�oive pas; �touffez pour nous, respirez pour eux.
� Et j�irais � la chasse?
� Ce serait fort habile!
� Et vous, duc?
� Oh! moi, duss�-je suivre la chasse � quatre pattes, je la suivrai.
� Dans ma voiture, alors! s��cria la comtesse, pour voir la figure que ferait son alli�.
� Comtesse, r�pliqua le duc avec une minauderie qui cachait son d�pit, c�est un si grand bonheur�
� Que vous refusez, n�est-ce pas?
� Moi! Dieu m�en pr�serve!
� Faites-y attention, vous vous compromettrez.
� Je ne veux pas me compromettre.
� Il l�avoue! il a le front de l�avouer! s��cria madame du Barry.
� Comtesse! comtesse! M. de Choiseul ne me pardonnera jamais!
� �tes-vous donc d�j� si bien avec M. de Choiseul?
� Comtesse! comtesse! je me brouillerai avec madame la dauphine.
� Aimez-vous mieux que nous fassions la guerre chacun de notre c�t�, mais sans partage du r�sultat? Il en est encore temps. Vous n��tes pas compromis, et vous pouvez vous retirer encore de l�association.
� Vous me m�connaissez, comtesse, dit le duc en lui baisant la main. M�avez-vous vu h�siter, le jour de votre pr�sentation, quand il s�est agi de vous trouver une robe, un coiffeur, une voiture? Eh bien, je n�h�siterai pas davantage aujourd�hui. Oh! je suis plus brave que vous ne croyez, comtesse.
� Alors, c�est convenu. Nous irons tous deux � la chasse, et ce me sera un pr�texte pour ne voir personne, n��couter personne et ne parler � personne.
� Pas m�me au roi?
� Au contraire, je veux lui dire des mignardises qui le d�sesp�reront.
� Bravo! c�est de bonne guerre.
� Mais vous, Jean, que faites-vous? Voyons, sortez un peu de vos coussins; vous vous enterrez tout vif, mon ami.
� Ce que je fais? vous voulez le savoir?
� Mais oui, cela nous servira peut-�tre � quelque chose.
� Eh bien, je pense�
� � quoi?
� Je pense qu�� cette heure-ci tous les chansonniers de la ville et du d�partement nous travaillent sur tous les airs possibles; que les Nouvelles � la main nous d�chiqu�tent comme chair � p�t�; que Le Gazetier cuirass� nous vise au d�faut de la cuirasse; que le Journal des observateurs nous observe jusque dans la moelle des os; qu�enfin nous allons �tre demain dans un �tat � faire piti�, m�me � un Choiseul.