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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Jean et le mar�chal de Richelieu, apr�s s��tre longtemps regard�s avec humeur, avaient pris leur essor les premiers.

Les autres �taient les favoris ordinaires qu�une disgr�ce certaine des Choiseul avait affriand�s, que le retour en faveur avait �pouvant�s, et qui, ne trouvant plus le ministre sous leur main, pour s�accrocher � lui, revenaient machinalement � Luciennes pour voir si l�arbre �tait assez solide pour que l�on s�y cramponn�t comme par le pass�.

Madame du Barry, apr�s les fatigues de sa diplomatie et le triomphe trompeur qui l�avait couronn�e, faisait la sieste lorsque le carrosse de Richelieu entra chez elle avec le bruit et la c�l�rit� d�un ouragan.

� Ma�tresse du Barry dort, dit Zamore sans se d�ranger.

Jean fit rouler Zamore sur le tapis d�un grand coup de pied qu�il appliqua sur les broderies les plus larges de son habit de gouverneur.

Zamore poussa des cris per�ants.

Chon accourut.

� Vous battez encore ce petit, vilain brutal! dit-elle.

� Et je vous extermine vous-m�me, poursuivit Jean avec des yeux qui flamboyaient, si vous ne r�veillez pas la comtesse tout de suite.

Mais il n��tait pas besoin de r�veiller la comtesse: aux cris de Zamore, au grondement de la voix de Jean, elle avait senti un malheur et accourait envelopp�e dans un peignoir.

� Qu�y a-t-il? demanda-t-elle effray�e de voir que Jean s��tait vautr� tout du long sur un sofa pour calmer les agitations de sa bile et que le mar�chal ne lui avait pas m�me bais� la main.

� Il y a, il y a, dit Jean, parbleu! il y a toujours le Choiseul.

� Comment?

� Oui, plus que jamais, mille tonnerres!

� Qu�est-ce que vous voulez dire?

� M. le comte du Barry a raison, continua Richelieu; il y a plus que jamais M. le duc de Choiseul.

La comtesse tira de son sein la petite lettre du roi.

� Et ceci? dit-elle en souriant.

� Avez-vous bien lu, comtesse? demanda le mar�chal.

� Mais� je sais lire, duc, r�pondit madame du Barry.

� Je n�en doute pas, madame; voulez-vous me permettre de lire aussi?

� Oh! certainement; lisez.

Le duc prit le papier, le d�veloppa lentement et lut:

�Demain, je remercierai M. de Choiseul de ses services. Je m�y engage positivement.

Louis.�

� Est-ce clair? dit la comtesse.

� Parfaitement clair, r�pliqua le mar�chal en faisant la grimace.

� Eh bien, quoi? dit Jean.

� Eh bien, c�est demain que nous aurons la victoire, rien n�est encore perdu.

� Comment, demain? Mais le roi m�a sign� cela hier. Or, demain, c�est aujourd�hui.

� Pardon, madame, dit le duc; comme il n�y a pas de date, demain sera toujours le jour qui suivra celui o� vous voudrez voir M. de Choiseul � bas. Il y a, rue de la Grange-Bateli�re, � cent pas de chez moi, un cabaret dont l�enseigne porte ces mots en lettres rouges: �Ici, on fait cr�dit demain.� Demain, c�est jamais.

� Le roi s�est moqu� de nous, dit Jean furieux.

� C�est impossible, murmura la comtesse atterr�e; impossible, une pareille supercherie est indigne�

� Ah! madame, Sa Majest� est fort joviale, dit Richelieu.

� Il me le paiera, duc, continua la comtesse avec un accent de col�re.

� Apr�s cela, comtesse, il ne faut pas en vouloir au roi; il ne faut pas accuser Sa Majest� de dol ou de fourberie; non, le roi a tenu ce qu�il avait promis.

� Allons donc! fit Jean avec un tour d��paules plus que peuple.

� Qu�a-t-il promis? cria la comtesse: de remercier le Choiseul.

� Et voil� pr�cis�ment, madame; j�ai entendu, moi, Sa Majest� remercier positivement le duc de ses services. Le mot a deux sens, �coutez donc: en diplomatie, chacun prend celui qu�il pr�f�re; vous avez choisi le v�tre, le roi a choisi le sien. De cette fa�on, le demain n�est plus m�me en litige; c�est bien aujourd�hui, � votre avis, que le roi devait tenir sa promesse: il l�a tenue. Moi qui vous parle, j�ai entendu le remerciement.

� Duc, ce n�est pas l�heure de plaisanter, je crois.

� Croyez-vous, par hasard, que je plaisante, comtesse? Demandez au comte Jean.

� Non, pardieu! nous ne rions pas. Ce matin, le Choiseul a �t� embrass�, cajol�, festoy� par le roi, et, � l�heure qu�il est, tous deux se prom�nent dans les Trianons, bras dessus, bras dessous.

� Bras dessus, bras dessous! r�p�ta Chon, qui s��tait gliss�e dans le cabinet, et qui leva ses bras blancs comme un nouveau mod�le de la Niob� d�sesp�r�e.

� Oui, j�ai �t� jou�e, dit la comtesse; mais nous allons bien voir� Chon, il faut d�abord contremander mon �quipage de chasse; je n�irai pas.

� Bon! dit Jean.

� Un moment! s��cria Richelieu, pas de pr�cipitation, pas de bouderie� Ah! pardon, comtesse, je me permets de vous conseiller; pardon.

� Faites, duc, ne vous g�nez pas; je crois que je perds la t�te. Voyez ce qu�il en est: on ne veut pas faire de politique, et, le jour o� on s�en m�le, l�amour-propre vous y jette tout habill�e� Vous dites donc?

� Que bouder aujourd�hui n�est pas sage. Tenez, comtesse, la position est difficile. Si le roi tient d�cid�ment aux Choiseul, s�il se laisse influencer par sa dauphine, s�il vous rompt ainsi en visi�re, c�est que�

� Eh bien?

� C�est qu�il faut devenir encore plus aimable que vous n��tes, comtesse. Je sais bien que c�est impossible; mais enfin, l�impossible devient la n�cessit� de notre situation: faites donc l�impossible!

La comtesse r�fl�chit.

� Car enfin, continua le duc, si le roi allait adopter les moeurs allemandes!

� S�il allait devenir vertueux! s�exclama Jean saisi d�horreur.

� Qui sait, comtesse? dit Richelieu, la nouveaut� est chose si attrayante.

� Oh! quant � cela, r�pliqua la comtesse avec certain signe d�incr�dulit�, je ne crois pas.

� On a vu des choses plus extraordinaires, madame, et le proverbe du diable se faisant ermite� Donc, il faudrait ne pas bouder.

� Il ne le faudrait pas.

� Mais j��touffe de col�re!

� Je le crois parbleu bien! �touffez, comtesse, mais que le roi, c�est-�-dire M. de Choiseul, ne s�en aper�oive pas; �touffez pour nous, respirez pour eux.

� Et j�irais � la chasse?

� Ce serait fort habile!

� Et vous, duc?

� Oh! moi, duss�-je suivre la chasse � quatre pattes, je la suivrai.

� Dans ma voiture, alors! s��cria la comtesse, pour voir la figure que ferait son alli�.

� Comtesse, r�pliqua le duc avec une minauderie qui cachait son d�pit, c�est un si grand bonheur�

� Que vous refusez, n�est-ce pas?

� Moi! Dieu m�en pr�serve!

� Faites-y attention, vous vous compromettrez.

� Je ne veux pas me compromettre.

� Il l�avoue! il a le front de l�avouer! s��cria madame du Barry.

� Comtesse! comtesse! M. de Choiseul ne me pardonnera jamais!

� �tes-vous donc d�j� si bien avec M. de Choiseul?

� Comtesse! comtesse! je me brouillerai avec madame la dauphine.

� Aimez-vous mieux que nous fassions la guerre chacun de notre c�t�, mais sans partage du r�sultat? Il en est encore temps. Vous n��tes pas compromis, et vous pouvez vous retirer encore de l�association.

� Vous me m�connaissez, comtesse, dit le duc en lui baisant la main. M�avez-vous vu h�siter, le jour de votre pr�sentation, quand il s�est agi de vous trouver une robe, un coiffeur, une voiture? Eh bien, je n�h�siterai pas davantage aujourd�hui. Oh! je suis plus brave que vous ne croyez, comtesse.

� Alors, c�est convenu. Nous irons tous deux � la chasse, et ce me sera un pr�texte pour ne voir personne, n��couter personne et ne parler � personne.

� Pas m�me au roi?

� Au contraire, je veux lui dire des mignardises qui le d�sesp�reront.

� Bravo! c�est de bonne guerre.

� Mais vous, Jean, que faites-vous? Voyons, sortez un peu de vos coussins; vous vous enterrez tout vif, mon ami.

� Ce que je fais? vous voulez le savoir?

� Mais oui, cela nous servira peut-�tre � quelque chose.

� Eh bien, je pense�

� � quoi?

� Je pense qu�� cette heure-ci tous les chansonniers de la ville et du d�partement nous travaillent sur tous les airs possibles; que les Nouvelles � la main nous d�chiqu�tent comme chair � p�t�; que Le Gazetier cuirass� nous vise au d�faut de la cuirasse; que le Journal des observateurs nous observe jusque dans la moelle des os; qu�enfin nous allons �tre demain dans un �tat � faire piti�, m�me � un Choiseul.

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