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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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� Permettez que je vous pr�sente M. Rousseau, dit Jussieu en prenant le philosophe par la main qui tenait le pain bis.

Gilbert, lui aussi, avait vu et reconnu les deux femmes; il ouvrait donc de grands yeux, et, p�le comme la mort, regardait par la fen�tre du pavillon avec l�id�e de se pr�cipiter.

� Bonjour, mon petit philosophe, dit l�autre dame � Gilbert an�anti, en lui caressant la joue d�un petit soufflet de ses trois doigts ros�s.

Rousseau vit et entendit; il faillit �trangler de col�re; son �l�ve connaissait les deux d�esses et �tait connu d�elles.

Gilbert faillit se trouver mal.

� Ne reconnaissez-vous donc pas madame la comtesse? dit Jussieu � Rousseau.

� Non, fit celui-ci h�b�t�; c�est la premi�re fois, il me semble.

� Madame du Barry, poursuivit Jussieu.

Rousseau bondit comme s�il e�t march� sur une plaque rougie.

� Madame du Barry! s��cria-t-il.

� Moi-m�me, monsieur, dit la jeune femme avec toute sa gr�ce; moi, qui suis bien heureuse d�avoir re�u chez moi et vu de pr�s un des plus illustres penseurs de ce temps.

� Madame du Barry! r�p�ta Rousseau sans s�apercevoir que son �tonnement devenait une grave offense� Elle! et sans doute que ce pavillon est � elle? Sans doute que c�est elle qui me donne � d�jeuner?

� Vous avez devin�, mon cher philosophe, c�est elle et madame sa s�ur, continua Jussieu mal � l�aise devant ces �l�ments de temp�te.

� Sa s�ur, qui conna�t Gilbert!

� Intimement, monsieur, r�pondit mademoiselle Chon avec cette audace qui ne respectait ni humeurs royales ni boutades de philosophes.

Gilbert chercha des yeux un trou assez grand pour s�y ab�mer tout entier, tant brillait redoutablement l��il de M. Rousseau.

� Intimement!� r�p�ta ce dernier; Gilbert connaissait intimement madame, et je n�en savais rien? Mais alors, j��tais trahi, mais alors on se jouait de moi!

Chon et sa s�ur se regard�rent en ricanant.

M. de Jussieu d�chira une malines qui valait bien quarante louis.

Gilbert joignit les mains, soit pour supplier Chon de se taire, soit pour conjurer Rousseau de lui parler plus gracieusement. Mais, au contraire, ce fut Rousseau qui se tut, et Chon qui parla.

� Oui, dit-elle, Gilbert et moi, nous sommes de vieilles connaissances; il a �t� mon h�te. N�est-ce pas, petit?� Est-ce que tu serais d�j� ingrat envers les confitures de Luciennes et de Versailles?

Ce trait porta le dernier coup; les bras de Rousseau s�allong�rent comme deux ressorts et retomb�rent � son c�t�.

� Ah! fit-il en regardant le jeune homme de travers, c�est comme cela, petit malheureux?

� Monsieur Rousseau�, murmura Gilbert.

� Eh bien! mais on dirait que tu pleures d�avoir �t� choy� de ma main, continua Chon. Eh bien! je me doutais que tu �tais un ingrat.

� Mademoiselle!� supplia Gilbert.

� Petit, dit madame du Barry, reviens � Luciennes, les confitures et Zamore t�attendent et, quoique tu en sois sorti d�une fa�on singuli�re, tu y seras bien re�u.

� Merci, madame, fit s�chement Gilbert; quand je quitte un endroit, c�est que je ne m�y plais pas.

� Et pourquoi refuser le bien qu�on vous offre? interrompit Rousseau avec aigreur� Vous avez go�t� de la richesse, mon cher Gilbert, il faut vous y reprendre.

� Mais, monsieur, puisque je vous jure�

� Allez! allez! je n�aime pas ceux qui soufflent le chaud et le froid.

� Mais vous ne m�avez pas entendu, monsieur Rousseau.

� Si fait.

� Mais je me suis �chapp� de Luciennes, o� l�on me tenait enferm�.

� Pi�ge! je connais la malice des hommes.

� Mais puisque je vous ai pr�f�r�, puisque je vous ai accept� pour h�te, pour protecteur, pour ma�tre.

� Hypocrisie.

� Cependant, monsieur Rousseau, si je tenais � la richesse, j�accepterais l�offre de ces dames.

� Monsieur Gilbert, on me trompe souvent une fois, jamais deux; vous �tes libre; allez o� vous voudrez!

� Mais o�, grand Dieu? s��cria Gilbert ab�m� dans sa douleur, parce qu�il voyait � jamais perdus sa fen�tre et le voisinage d�Andr�e, et tout son amour; parce qu�il souffrait dans sa fiert� d��tre soup�onn� de trahison; parce qu�il voyait m�connues son abn�gation, sa longue lutte contre la paresse et les app�tits de son �ge, qu�il avait si courageusement vaincus.

� O�? dit Rousseau� Mais d�abord chez madame, qui est une belle et excellente personne.

� Oh! mon Dieu! mon Dieu! s��cria Gilbert roulant sa t�te dans ses mains.

� N�ayez pas peur, lui dit M. de Jussieu profond�ment bless�, comme homme du monde, de l��trange sortie de Rousseau contre les dames. N�ayez pas peur, on aura soin de vous, et ce que vous perdrez, eh bien, on t�chera de vous le rendre.

� Vous le voyez, fit Rousseau acrimonieusement, voil� M. de Jussieu, un savant, un ami de la nature, un de vos complices, ajouta-t-il avec un effort grima�ant pour sourire, lequel vous promet assistance et fortune, et comptez-y, M. de Jussieu a le bras long!

Cela dit, Rousseau, ne se poss�dant plus, salua les dames avec des r�miniscences d�Orosmane, en fit autant � M. de Jussieu constern�; puis, sans m�me regarder Gilbert, sortit tragiquement du pavillon.

� Oh! la laide b�te qu�un philosophe! dit tranquillement Chon en regardant le Genevois, qui descendait ou plut�t qui d�gringolait le sentier.

� Demandez ce que vous voudrez, dit M. de Jussieu � Gilbert, qui tenait toujours son visage enseveli dans ses mains.

� Oui, demandez, monsieur Gilbert, ajouta la comtesse avec un sourire � l�adresse de l��l�ve abandonn�.

Celui-ci releva sa t�te p�le, �carta les cheveux que la sueur et les larmes avaient coll�s � son front, et, d�une voix assur�e:

� Puisqu�on veut bien m�offrir un emploi, dit-il, je d�sire entrer comme aide-jardinier � Trianon.

Chon et la comtesse se regard�rent, et, de son pied mutin, Chon alla effleurer le pied de sa s�ur avec un triomphant clin d��iclass="underline" la comtesse fit de la t�te signe qu�elle comprenait parfaitement.

� Est-ce faisable, monsieur de Jussieu? demanda la comtesse. Je le d�sire.

� Puisque vous le d�sirez, madame, r�pondit celui-ci, c�est fait.

Gilbert s�inclina et mit une main sur son c�ur qui d�bordait de joie apr�s avoir �t� noy� de tristesse.

Chapitre 77. L�apologue

Dans ce petit cabinet de Luciennes o� nous avons vu le vicomte Jean du Barry absorber, au grand d�plaisir de la comtesse, une si grande quantit� de chocolat, M. le mar�chal de Richelieu faisait collation avec madame du Barry, laquelle, tout en tirant les oreilles de Zamore, s��tendait de plus en plus longuement et nonchalamment sur un sofa de satin broch� de fleurs, tandis que le vieux courtisan poussait des h�las! d�admiration � chaque pose nouvelle de la s�duisante cr�ature.

� Oh! comtesse, disait-il en minaudant comme une vieille femme, vous allez vous d�coiffer; comtesse, voil� un accroche- c�ur qui se d�roule. Ah! votre mule tombe, comtesse.

� Bah! mon cher duc, ne faites pas attention, dit-elle en arrachant avec distraction une pinc�e de cheveux � Zamore et en se couchant tout � fait, plus voluptueuse et plus belle sur son sofa que V�nus sur sa conque marine.

Zamore, peu sensible � toutes ces poses, rugit de col�re. La comtesse le calma en prenant sur la table une poign�e de drag�es, qu�elle introduisit dans ses poches.

Mais Zamore, en faisant la moue, retourna sa poche et vida ses drag�es sur le parquet.

� Ah! petit dr�le! continua la comtesse en allongeant une jambe fine, dont l�extr�mit� alla se mettre en contact avec les chausses fantastiques du n�grillon.

� Oh! gr�ce! s��cria le vieux mar�chal, foi de gentilhomme, vous le tuerez.

� Que ne puis-je tuer aujourd�hui tout ce qui me d�pla�t! dit la comtesse; je me sens impitoyable.

� Ah! ��! mais, dit le duc, je vous d�plais donc, moi?

� Oh! non, pas vous, au contraire: vous �tes mon vieil ami, et je vous adore; mais c�est qu�en v�rit�, voyez-vous, je suis folle.

� C�est donc une maladie que vous ont donn�e ceux que vous rendez fous?

� Prenez garde! vous m�agacez horriblement avec vos galanteries dont vous ne pensez pas un mot.

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