Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
� Les parlements, mais il les excite contre Sa Majest�!
� Sans doute, et voil� l�habilet�.
� Les Anglais, il les pousse � la guerre!
� Justement, la paix le perdrait.
� Ce n�est pas du g�nie, cela, duc.
� Qu�est-ce donc, comtesse?
� C�est de la haute trahison.
� Quand la haute trahison r�ussit, comtesse, c�est du g�nie, ce me semble, et du meilleur.
� Mais, � ce compte, duc, je connais quelqu�un qui est aussi habile que M. de Choiseul.
� Bah!
� � l�endroit des parlements du moins.
� C�est la principale affaire.
� Car ce quelqu�un est cause de la r�volte des parlements.
� Vous m�intriguez, comtesse.
� Vous ne le connaissez pas, duc?
� Non, ma foi.
� Il est pourtant de votre famille.
� J�aurais un homme de g�nie dans ma famille? Voudriez-vous parler du cardinal-duc, mon oncle, madame?
� Non; je veux parler du duc d�Aiguillon, votre neveu.
� Ah! M. d�Aiguillon, c�est vrai, lui qui a donn� le branle � l�affaire La Chalotais. Ma foi, c�est un joli gar�on, oui, oui, en v�rit�. Il a fait l� une rude besogne. Tenez, comtesse, voil�, sur mon honneur, un homme qu�une femme d�esprit devrait s�attacher.
� Comprenez-vous, duc, fit la comtesse, que je ne connaisse pas votre neveu?
� En v�rit�, madame, vous ne le connaissez pas?
� Non, jamais je ne l�ai vu.
� Pauvre gar�on! en effet, depuis votre av�nement, il a toujours v�cu au fond de la Bretagne. Gare � lui, quand il vous verra, il n�est plus habitu� au soleil.
� Comment fait-il, au milieu de toutes ces robes noires, un homme d�esprit et de race comme lui?
� Il les r�volutionne, ne pouvant faire mieux. Vous comprenez, comtesse, chacun prend son plaisir o� il le trouve, et il n�y a pas grand plaisir en Bretagne. Ah! voil� un homme actif; peste! quel serviteur le roi aurait l� s�il voulait. Ce n�est pas avec lui que les parlements garderaient leur insolence� Ah! il est vraiment Richelieu, comtesse: aussi, permettez�
� Quoi?
� Que je vous le pr�sente � son premier d�bott�.
� Doit-il donc venir de sit�t dans Paris?
� Eh! madame, qui sait? peut-�tre en a-t-il encore pour un lustre � rester dans sa Bretagne, comme dit ce coquin de Voltaire; peut-�tre est-il en route; peut-�tre est-il � deux cents lieues; peut-�tre est-il � la barri�re!
Et le mar�chal �tudia sur le visage de la jeune femme l�effet des derni�res paroles qu�il avait dites.
Mais, apr�s avoir r�v� un moment:
� Revenons au point o� nous en �tions.
� O� vous voudrez, comtesse.
� O� en �tions-nous?
� Au moment o� Sa Majest� se pla�t si fort � Trianon, dans la compagnie de M. de Choiseul.
� Et o� nous parlions de renvoyer ce Choiseul, duc.
� C�est-�-dire o� vous parliez de le renvoyer, comtesse.
� Comment! dit la favorite, j�ai si grande envie qu�il parte, que je risque � mourir s�il ne part pas; vous ne m�y aiderez pas un peu, mon cher duc?
� Oh! oh! fit Richelieu en se rengorgeant, voil� ce qu�en politique nous appelons une ouverture.
� Prenez comme il vous pla�t, appelez comme il vous convient, mais r�pondez cat�goriquement.
� Oh! que voil� un grand vilain adverbe dans une si petite et si jolie bouche.
� Vous appelez cela r�pondre, duc?
� Non, pas pr�cis�ment; c�est ce que j�appelle pr�parer ma r�ponse.
� Est-elle pr�par�e?
� Attendez donc.
� Vous h�sitez, duc?
� Non pas.
� Eh bien, j��coute.
� Que dites-vous des apologues, comtesse?
� Que c�est bien vieux.
� Bah! le soleil aussi est vieux, et nous n�avons encore rien invent� de mieux pour y voir.
� Va donc pour l�apologue: mais ce sera transparent.
� Comme du cristal.
� Allons.
� M��coutez-vous, belle dame?
� J��coute.
� Supposez donc, comtesse� vous savez, on suppose toujours dans les apologues.
� Dieu! que vous �tes ennuyeux, duc.
� Vous ne pensez pas un mot de ce que vous dites l�, comtesse, car jamais vous n�avez �cout� plus attentivement.
� Soit; j�ai tort.
� Supposez donc que vous vous promenez dans votre beau jardin de Luciennes, et que vous apercevez une prune magnifique, une de ces reines-claudes que vous aimez tant, parce qu�elles ont des couleurs vermeilles et purpurines qui ressemblent aux v�tres.
� Allez toujours, flatteur.
� Vous apercevez, dis-je, une de ces prunes tout au bout d�une branche, tout au haut de l�arbre; que faites-vous, comtesse?
� Je secoue l�arbre, pardieu!
� Oui, mais inutilement, car l�arbre est gros, ind�racinable, comme vous disiez tout � l�heure; et vous vous apercevez bient�t que, sans l��branler m�me, vous �gratignez vos charmantes petites menottes � son �corce. Alors vous dites, en tournaillant la t�te de cette adorable fa�on qui n�appartient qu�� vous et aux fleurs: �Mon Dieu! mon Dieu! que je voudrais bien voir cette prune � terre� et vous vous d�pitez.
� C�est assez naturel, duc.
� Ce n�est certes pas moi qui vous dirai le contraire.
� Continuez, mon cher duc; votre apologue m�int�resse infiniment.
� Tout � coup, en vous retournant comme cela, vous apercevez votre ami le duc de Richelieu qui se prom�ne en pensant.
� � quoi?
� La belle question, pardieu! � vous; et vous lui dites avec votre adorable voix fl�t�e: �Ah! duc, duc!�
� Tr�s bien!
� �Vous �tes un homme, vous; vous �tes fort; vous avez pris Mahon; secouez-moi donc un peu ce diable de prunier, afin que j�aie cette satan�e prune.� N�est-ce pas cela, comtesse, hein?
� Absolument, duc; je disais la chose tout bas, tandis que vous la disiez tout haut; mais que r�pondiez-vous?
� Je r�pondais�
� Oui.
� Je r�pondais: �Comme vous y allez, comtesse! Je ne demande certes pas mieux; mais regardez donc, regardez donc comme cet arbre est solide, comme les branches sont rugueuses; je tiens � mes mains aussi, moi, que diable! quoiqu�elles aient cinquante ans de plus que les v�tres.�
� Ah! fit tout � coup la comtesse, bien, bien, je comprends.
� Alors, continuez l�apologue: que me d�tes-vous?
� Je vous dis�
� De votre voix fl�t�e?
� Toujours.
� Dites, dites.
� Je vous dis: �Mon petit mar�chal, cessez de regarder indiff�remment cette prune, que vous ne regardez indiff�remment, au reste, que parce qu�elle n�est point pour vous; d�sirez-la avec moi, mon cher mar�chal; convoitez-la avec moi, et si vous me secouez l�arbre comme il faut, si la prune tombe, eh bien!��
� Eh bien?
� �Eh bien, nous la mangerons ensemble.�
� Bravo! fit le duc en frappant les deux mains l�une contre l�autre.
� Est-ce cela?
� Ma foi, comtesse, il n�y a que vous pour finir un apologue. Par mes cornes! comme disait feu mon p�re, comme c�est galamment trouss�!
� Vous allez donc secouer l�arbre, duc?
� � deux mains trois c�urs, comtesse.
� Et la prune �tait-elle bien une reine-claude?
� On n�en est pas parfaitement s�r, comtesse.
� Qu�est-ce donc?
� Il me para�t bien plut�t que c��tait un portefeuille qu�il y avait au haut de cet arbre.
� � nous deux le portefeuille, alors.
� Oh! non, � moi tout seul. Ne m�enviez pas ce maroquin-l�, comtesse; il tombera tant de belles choses avec lui de l�arbre, quand je l�aurai secou�, que vous aurez du choix � n�en savoir que faire.
� Eh bien, mar�chal, est-ce une affaire entendue?
� J�aurai la place de M. de Choiseul?
� Si le roi le veut.
� Le roi ne veut-il pas tout ce que vous voulez?
� Vous voyez bien que non, puisqu�il ne veut pas renvoyer son Choiseul.
� Oh! j�esp�re que le roi voudra bien se rappeler son ancien compagnon.
� D�armes?
� Oui, d�armes, les plus rudes dangers ne sont pas toujours � la guerre, comtesse.
� Et vous ne me demandez rien pour le duc d�Aiguillon?
� Ma foi, non; le dr�le saura bien le demander lui-m�me.
� D�ailleurs, vous serez l�. Maintenant, � mon tour.
� � votre tour de quoi faire?
� � mon tour de demander.
� C�est juste.
� Que me donnerez-vous?
� Ce que vous voudrez.