Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
� Il en r�sulte qu�elle parlera bien. J�ai d�j� remarqu�, dit M. de Choiseul, que Son Altesse royale est accomplie et n�a rien � faire pour se perfectionner.
Chemin faisant, les deux voyageurs trouv�rent M. le dauphin arr�t� sur une pelouse et qui prenait la hauteur du soleil.
M. de Choiseul s�inclina fort bas, et, comme le dauphin ne lui parla pas, il ne parla pas non plus au dauphin.
Le roi dit assez haut pour �tre entendu de son petit-fils:
� Louis est un savant, et il a bien tort de se casser la t�te � des sciences, sa femme en souffrira.
� Non pas, r�pliqua une douce voix de femme sortie d�un buisson.
Et le roi vit accourir � lui la dauphine, qui causait avec un homme farci de papiers, de compas et de crayons.
� Sire, dit la princesse, M. Mique, mon architecte.
� Ah! fit le roi, vous avez aussi cette maladie, madame?
� Sire, c�est une maladie de famille.
� Vous allez faire b�tir?
� Je vais faire meubler ce grand parc, dans lequel tout le monde s�ennuie.
� Oh! oh! ma fille, vous dites cela bien haut; le dauphin pourrait vous entendre.
� C�est chose convenue entre nous, mon p�re, r�pliqua la princesse.
� De vous ennuyer?
� Non, mais de chercher � nous divertir.
� Et Votre Altesse royale veut faire b�tir? dit M. de Choiseul.
� De ce parc, monsieur le duc, je veux faire un jardin.
� Ah! ce pauvre Le N�tre! dit le roi.
� Le N�tre �tait un grand homme, sire, pour ce que l�on aimait alors, mais pour ce que j�aime�
� Qu�aimez-vous, madame?
� La nature.
� Ah! comme les philosophes.
� Ou comme les Anglais.
� Bon! dites cela devant Choiseul, vous allez avoir une d�claration de guerre. Il va vous l�cher les soixante-quatre vaisseaux et les quarante fr�gates de M. de Praslin, son cousin.
� Sire, dit la dauphine, je ferai dessiner un jardin naturel par M. Robert, le plus habile homme du monde pour ces sortes de plans.
� Qu�appelez-vous jardins naturels? dit le roi. Je croyais que des arbres et des fleurs, voire m�me des fruits, comme ceux que j�ai cueillis en passant, �taient des choses naturelles.
� Sire, vous vous prom�neriez cent ans chez vous, que vous verriez toujours des all�es droites, ou des massifs taill�s � angle de quarante-cinq degr�s, comme dit M. le dauphin, ou des pi�ces d�eau mari�es � des gazons, lesquels sont mari�s � des perspectives, ou � des quinconces, ou � des terrasses.
� Eh bien, c�est donc laid, cela?
� Ce n�est pas naturel.
� Que voil� une petite fille qui aime la nature! dit le roi avec un air plus jovial que joyeux. Voyons ce que vous ferez de mon Trianon.
� Des rivi�res, des cascades, des ponts, des grottes, des rochers, des bois, des ravins, des maisons, des montagnes, des prairies.
� Pour des poup�es? dit le roi.
� H�las! sire, pour des rois tels que nous serons, r�pliqua la princesse sans remarquer la rougeur qui couvrit les joues de son a�eul, et sans remarquer qu�elle se pr�sageait � elle-m�me une lugubre v�rit�.
� Alors, vous bouleverserez; mais qu��difierez-vous?
� Je conserve.
� Ah! c�est encore heureux que, dans ces bois et dans ces rivi�res, vous ne fassiez pas loger vos gens comme des Hurons, des Esquimaux ou des Groenlandais. Ils auraient l� une vie naturelle, et M. Rousseau les appellerait les enfants de la nature� Faites cela, ma fille, et vous serez ador�e des encyclop�distes.
� Sire, mes serviteurs auraient trop froid dans ces habitations-l�.
� O� les logerez-vous donc, si vous d�truisez tout? Ce ne sera pas dans le palais: � peine y a-t-il place pour vous deux.
� Sire, je garde les communs tels qu�ils sont.
Et la dauphine indiqua les fen�tres de ce corridor que nous avons d�crit.
� Qui est-ce que j�y vois? dit le roi en se mettant une main sur les yeux en guise de garde-vue.
� Une femme, sire, dit M. de Choiseul.
� Une demoiselle que je prends chez moi, r�pliqua la dauphine.
� Mademoiselle de Taverney, fit Choiseul avec sa vue per�ante.
� Ah! dit le roi; tiens, vous avez ici les Taverney?
� Mademoiselle de Taverney seulement, sire.
� Charmante fille� Vous en faites?�
� Ma lectrice.
� Tr�s bien, dit le roi sans quitter de l��il la fen�tre grill�e par laquelle regardait, fort innocemment et sans se douter qu�on l�observait, mademoiselle de Taverney, p�le encore de sa maladie.
� Comme elle est p�le! dit M. de Choiseul.
� Elle a failli �tre �touff�e le 31 mai, monsieur le duc.
� Vrai? Pauvre fille! dit le roi. Ce M. Bignon m�ritait sa disgr�ce.
� Elle est r�tablie? dit M. de Choiseul tr�s vite.
� Dieu merci, monsieur le duc.
� Ah! fit le roi, elle se sauve.
� Elle aura reconnu Votre Majest�, et elle est timide.
� Vous l�avez depuis longtemps?
� Depuis hier, sire; en m�installant, je l�ai fait venir.
� Triste habitation pour une jolie fille, dit Louis XV; ce diable de Gabriel �tait bien maladroit: il n�a pas pens� que les arbres, en grandissant, �borgneraient ce b�timent des communs, et qu�on n�y verrait plus clair.
� Mais non, sire, je vous jure que le logement est supportable.
� Ce n�est pas possible, dit Louis XV.
� Votre Majest� veut-elle s�en assurer? dit la dauphine jalouse de faire les honneurs de chez elle.
� Soit. Venez-vous, Choiseul?
� Sire, il est deux heures. J�ai un conseil de parlement � deux heures et demie. Le temps de retourner � Versailles�
� Eh bien, allez, duc, allez, et secouez-moi les robes noires. Dauphine, montrez-moi les petits logements, s�il vous pla�t. Je raffole des int�rieurs.
� Venez, monsieur Mique, dit la dauphine � son architecte, vous aurez l�occasion de recevoir quelques avis de Sa Majest� qui s�entend si bien � tout.
Le roi marcha le premier, la dauphine le suivit.
Ils mont�rent le petit perron qui conduit � la chapelle, laissant de c�t� le passage des cours.
La porte de la chapelle est � gauche; de l�autre c�t�, l�escalier droit et simple, qui m�ne au corridor des logements.
� Qui demeure ici? demanda Louis XV.
� Mais personne encore, sire.
� Voil� une clef sur la porte du premier logement.
� Ah! c�est vrai, mademoiselle de Taverney se meuble aujourd�hui et emm�nage.
� Ici? fit le roi en d�signant la porte.
� Oui, sire.
� Et elle est chez elle? N�entrons pas, alors.
� Sire, elle vient de descendre; je l�ai vue sous l�auvent de la petite cour des cuisines.
� Alors, montrez-moi ses logements comme �chantillon.
� � votre d�sir, r�pliqua la dauphine.
Et elle introduisit le roi dans l�unique chambre, pr�c�d�e d�une antichambre et de deux cabinets.
Quelques meubles d�j� rang�s, des livres, un clavecin, attir�rent l�attention du roi, et surtout un �norme bouquet des plus belles fleurs, que mademoiselle de Taverney avait d�j� mis dans une potiche du Japon.
� Ah! dit le roi, les belles fleurs! et vous voulez changer de jardin� Qui diable fournit vos gens de fleurs pareilles? En garde-t-on pour vous?
� En effet, voil� un beau bouquet.
� Le jardinier soigne mademoiselle de Taverney� Qui est jardinier ici?
� Je ne sais, sire. M. de Jussieu se charge de me les fournir.
Le roi donna un coup d��il curieux � tout le logement, regarda encore � l�ext�rieur, dans les cours, et se retira.
Sa Majest� traversa le parc et revint au Grand Trianon; ses �quipages l�attendaient pour une chasse en carrosse apr�s le d�ner, de trois � six heures du soir.
Le dauphin mesurait toujours le soleil.
Chapitre 81. La conspiration se renoue
Tandis que le roi, pour bien rassurer M. de Choiseul et ne pas perdre son temps � lui-m�me, se promenait ainsi dans Trianon en attendant la chasse, Luciennes �tait le centre d�une r�union de conspirateurs effar�s qui arrivaient � tire-d�aile aupr�s de madame du Barry, comme des oiseaux qui ont senti la poudre du chasseur.