Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
� Je veux tout.
� C�est raisonnable.
� Et je l�aurai?
� Belle question! Mais serez-vous satisfaite, au moins, et ne me demanderez-vous que cela?
� Que cela, et quelque chose encore avec.
� Dites.
� Vous connaissez M. de Taverney?
� C�est un ami de quarante ans.
� Il a un fils?
� Et une fille.
� Pr�cis�ment.
� Apr�s?
� C�est tout.
� Comment, c�est tout?
� Oui, ce quelque chose qui me reste � vous demander, je vous le demanderai en temps et lieu.
� � merveille!
� Nous nous sommes entendus, duc.
� Oui, comtesse.
� C�est sign�?
� Bien mieux, c�est jur�.
� Renversez-moi mon arbre, alors.
� J�ai des moyens.
� Lesquels?
� Mon neveu.
� Apr�s?
� Les j�suites.
� Ah! ah!
� Tout un petit plan fort agr�able, que j�avais form� � tout hasard.
� Peut-on le savoir?
� H�las! comtesse�
� Oui, oui, vous avez raison.
� Vous savez, le secret�
� C�est la moiti� de la r�ussite, j�ach�ve votre pens�e.
� Vous �tes adorable!
� Mais, moi, je veux aussi secouer l�arbre de mon c�t�.
� Tr�s bien! secouez, secouez, comtesse; cela ne peut pas faire de mal.
� J�ai mon moyen.
� Et vous le croyez bon?
� Je suis pay�e pour cela.
� Lequel?
� Ah! vous le verrez, duc, ou plut�t�
� Quoi?
� Non, vous ne le verrez pas.
Et, sur ces mots, prononc�s avec une finesse que cette charmante bouche seule pouvait avoir, la folle comtesse, comme si elle revenait � elle, abaissa rapidement les flots de satin de sa jupe, qui, dans l�acc�s diplomatique, avait op�r� un mouvement de flux �quivalent � celui de la mer.
Le duc, qui �tait quelque peu marin, et qui, par cons�quent, �tait familiaris� avec les caprices de l�Oc�an, rit aux �clats, baisa les mains de la comtesse, et devina, lui qui devinait si bien, que son audience �tait finie.
� Quand commencerez-vous � renverser, duc? demanda la comtesse.
� Demain. Et vous, quand commencerez-vous � secouer?
On entendit un grand bruit de carrosses dans la cour, et presque aussit�t les cris de Vive le roi!
� Moi, dit la comtesse en regardant par la fen�tre, moi, je vais commencer tout de suite.
� Bravo!
� Passez par le petit escalier, duc, et attendez-moi dans la cour. Vous aurez ma r�ponse dans une heure.
Chapitre 78. Le pis-aller de Sa Majest� Louis XV
Le roi Louis XV n��tait pas tellement d�bonnaire, que l�on p�t causer tous les jours politique avec lui.
En effet, la politique l�ennuyait fort, et, dans ses mauvais jours, il s�en tirait avec cet argument, auquel il n�y avait rien � r�pondre:
� Bah! la machine durera bien toujours autant que moi!
Lorsque la circonstance �tait favorable, on en profitait; mais il �tait rare que le monarque ne repr�t pas son avantage qu�un moment de bonne humeur lui avait fait perdre.
Madame du Barry connaissait si bien son roi, que, comme les p�cheurs qui savent leur mer, elle ne s�embarquait jamais par le mauvais temps.
Or, ce moment o� le roi la venait voir � Luciennes �tait un des meilleurs instants possible. Le roi avait eu tort la veille, il savait d�avance qu�on l�allait gronder. Il devait �tre de bonne prise ce jour-l�.
Toutefois, si confiant que soit le gibier qu�on attend � l�aff�t, il y a toujours chez lui un certain instinct dont il faut savoir se d�fier. Mais cet instinct est mis en d�faut quand le chasseur sait s�y prendre.
Voici comment s�y prit la comtesse � l�endroit du gibier royal qu�elle voulait amener dans ses panneaux.
Elle �tait, comme nous croyons l�avoir d�j� dit, dans un d�shabill� fort galant, comme Boucher en met � ses berg�res.
Seulement, elle n�avait pas de rouge; le rouge �tait l�antipathie du roi Louis XV.
Aussit�t qu�on e�t annonc� Sa Majest�, la comtesse sauta sur son pot de rouge et commen�a de se frotter les joues avec acharnement.
Le roi vit, de l�antichambre, � quelle occupation se livrait la comtesse.
� Fi! dit-il en entrant; la m�chante, elle se farde!
� Ah! bonjour, sire, dit la comtesse sans se d�ranger de devant sa glace, et sans s�interrompre dans son op�ration, m�me lorsque le roi l�embrassa sur le cou.
� Vous ne m�attendiez donc pas, comtesse? demanda le roi.
� Pourquoi donc cela, sire?
� Que vous salissiez ainsi votre figure?
� Au contraire, sire, j��tais s�re que la journ�e ne se passerait point sans que j�eusse l�honneur de voir Votre Majest�.
� Ah! comme vous me dites cela, comtesse.
� Vous trouvez?
� Oui. Vous �tes s�rieuse comme M. Rousseau quand il �coute sa musique.
� C�est qu�en effet, sire, j�ai quelque chose de s�rieux � dire � Votre Majest�.
� Ah! bon! je vous vois venir, comtesse.
� Vraiment?
� Oui, des reproches!
� Moi? Allons donc, sire� Et pourquoi, je vous prie?
� Mais parce que je ne suis pas venu hier.
� Oh! sire, vous me rendrez cette justice que je n�ai pas la pr�tention de confisquer Votre Majest�.
� Jeannette, tu te f�ches.
� Oh! non pas, sire, je suis toute f�ch�e.
� �coutez, comtesse, je vous assure que je n�ai pas cess� de songer � vous.
� Bah!
� Et que cette soir�e m�a sembl� �ternelle.
� Mais, encore un coup, sire, je ne vous parle point de cela, ce me semble. Votre Majest� passe ses soir�es o� il lui pla�t, cela ne regarde personne.
� En famille, madame, en famille.
� Sire, je ne m�en suis pas m�me inform�e.
� Pourquoi cela?
� Dame! vous conviendrez, sire, que ce serait mals�ant de ma part.
� Mais alors, s��cria le roi, si vous ne m�en voulez point de cela, de quoi m�en voulez-vous? car, enfin, il s�agit d��tre juste en ce monde.
� Je ne vous en veux pas, sire.
� Cependant, puisque vous �tes f�ch�e�
� Je suis f�ch�e, oui, sire; quant � cela, c�est vrai.
� Mais de quoi?
� D��tre un pis-aller.
� Vous, grand Dieu?
� Moi, oui, moi! la comtesse du Barry! la jolie Jeanne, la charmante Jeannette, la s�duisante Jeanneton, comme dit Votre Majest�; oui, je suis le pis-aller.
� Mais en quoi?
� En ceci que j�ai mon roi, mon amant, quand madame de Choiseul et madame de Grammont n�en veulent plus.
� Oh! oh! comtesse�
� Ma foi! tant pis, je dis tout net les choses que j�ai sur le c�ur, moi. Tenez, sire, on assure que madame de Grammont vous a souvent guett� � l�entr�e de votre chambre � coucher. Moi, je prendrai le contre-pied de la noble duchesse; je guetterai � la sortie, et le premier Choiseul ou la premi�re Grammont qui me tombera sous la main� Tant pis, ma foi!
� Comtesse! comtesse!
� Que voulez-vous! je suis une femme mal �lev�e, moi. Je suis la ma�tresse de Blaise, la belle Bourbonnaise, vous savez.
� Comtesse, les Choiseul se vengeront.
� Que m�importe! pourvu qu�ils se vengent de ma vengeance.
� On vous conspuera.
� Vous avez raison.
� Ah!
� J�ai un moyen merveilleux, et je vais le mettre � ex�cution.
� C�est?� demanda le roi inquiet.
� C�est de m�en aller purement et simplement.
Le roi haussa les �paules.
� Ah! vous n�y croyez pas, sire?
� Ma foi, non.
� C�est que vous ne vous donnez pas la peine de raisonner. Vous me confondez avec d�autres.
� Comment cela?
� Sans doute. Madame de Ch�teauroux voulait �tre d�esse; madame de Pompadour voulait �tre reine; les autres voulaient �tre riches, puissantes, humilier les femmes de la cour du poids de leur faveur. Moi, je n�ai aucun de ces d�fauts.
� C�est vrai.
� Tandis que j�ai beaucoup de qualit�s.
� C�est encore vrai.
� Vous ne pensez pas un mot de ce que vous dites.
� Oh! comtesse! personne n�est plus convaincu que moi de ce que vous valez.
� Soit, mais �coutez; ce que je vais dire ne peut pas nuire � votre conviction.
� Dites.
� D�abord, je suis riche et n�ai besoin de personne.
� Vous voulez me le faire regretter, comtesse.
� Ensuite, je n�ai pas le moindre orgueil pour tout ce qui flattait ces dames, le moindre d�sir pour ce qu�elles ambitionnaient; j�ai toujours voulu aimer mon amant avant toute chose, mon amant f�t-il mousquetaire, mon amant f�t-il roi. Du jour o� je n�aime plus, je ne tiens � rien.