Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
� Esp�rons que vous tenez encore un peu � moi, comtesse.
� Je n�ai pas fini, sire.
� Continuez donc, madame.
� J�ai encore � dire � Votre Majest� que je suis jolie, que je suis jeune, que j�ai encore devant moi dix ann�es de beaut�, que je serai non seulement la plus heureuse femme du monde, mais encore la plus honor�e, du jour o� je ne serai plus la ma�tresse de Votre Majest�. Vous souriez, sire. Je suis f�ch�e de vous dire alors que c�est que vous ne r�fl�chissez pas. Les autres favorites, mon cher roi, quand vous aviez assez d�elles, et que votre peuple en avait trop, vous les chassiez, et vous vous faisiez b�nir de votre peuple, qui ex�crait la disgraci�e comme auparavant; mais, moi, je n�attendrai pas mon renvoi. Moi, je quitterai la place et je ferai savoir � tous que je l�ai quitt�e. Je donnerai cent mille livres aux pauvres, j�irai passer huit jours pour faire p�nitence dans un couvent, et, avant un mois, j�aurai mon portrait dans toutes les �glises pour faire pendant � Madeleine repentante.
� Oh! comtesse, vous ne parlez pas s�rieusement, dit le roi.
� Regardez-moi, sire, et voyez si je suis ou non s�rieuse; jamais de ma vie, je vous le jure, au contraire, je ne parlai plus s�rieusement.
� Vous ferez cette mesquinerie, Jeanne? Mais savez-vous que vous me mettez le march� � la main, madame la comtesse?
� Non, sire; car vous mettre le march� � la main, ce serait vous dire simplement: �Choisissez entre ceci et cela.�
� Tandis?�
� Tandis que je vous dis: �Adieu, sire!� et voil� tout.
Le roi p�lit, mais cette fois de col�re.
� Si vous vous oubliez ainsi, madame, prenez garde�
� � quoi, sire?
� Je vous enverrai � la Bastille.
� Moi?
� Oui, vous, et, � la Bastille, on s�ennuie plus encore qu�au couvent.
� Oh! sire, dit la comtesse en joignant les mains, si vous me faisiez cette gr�ce�
� Quelle gr�ce?
� De m�envoyer � la Bastille.
� Hein!
� Vous me combleriez.
� Comment cela?
� Eh! oui. Mon ambition cach�e est d��tre populaire comme M. de La Chalotais ou M. de Voltaire. La Bastille me manque pour cela; un peu de Bastille, et je suis la plus heureuse des femmes. Ce sera une occasion pour moi d��crire des m�moires sur moi, sur vos ministres, sur vos filles, sur vous-m�me, et de transmettre ainsi toutes les vertus de Louis le Bien-Aim� � la post�rit� la plus recul�e. Fournissez la lettre de cachet, sire. Tenez, moi, je fournis la plume et l�encre.
Et elle poussa vers le roi une plume et un encrier qui se trouvaient sur le gu�ridon.
Le roi, ainsi brav�, r�fl�chit un moment, et, se levant:
� C�est bien. Adieu, madame, dit-il.
� Mes chevaux! s��cria la comtesse. Adieu, sire.
Le roi fit un pas vers la porte.
� Chon! dit la comtesse.
Chon parut.
� Mes malles, mon service de voyage et la poste; allons, allons, dit-elle.
� La poste! fit Chon atterr�e; qu�y a-t-il donc, bon Dieu?
� Il y a, ma ch�re, que, si nous ne partons au plus vite, Sa Majest� va nous envoyer � la Bastille. Il n�y a donc pas de temps � perdre. D�p�che, Chon, d�p�che.
Ce reproche frappa Louis XV au c�ur; il revint � la comtesse et lui prit la main.
� Pardon, comtesse, de ma vivacit�, dit-il.
� En v�rit�, sire, je suis �tonn�e que vous ne m�ayez pas aussi menac�e de la potence.
� Oh! comtesse!
� Sans doute� Est-ce qu�on ne pend pas les voleurs?
� Eh bien?
� Est-ce que je ne vole pas la place de madame de Grammont?
� Comtesse!
� Dame! c�est mon crime, sire.
� �coutez, comtesse, soyez juste: vous m�avez exasp�r�.
� Et maintenant?
Le roi lui tendit les mains.
� Nous avions tort tous deux. Maintenant, pardonnons-nous mutuellement.
� Est-ce s�rieusement que vous demandez une r�conciliation, sire?
� Sur ma foi.
� Va-t�en, Chon.
� Sans rien commander? demanda la jeune femme � sa s�ur.
� Au contraire, commande tout ce que j�ai dit.
� Comtesse�
� Mais qu�on attende de nouveaux ordres.
� Ah!
Chon sortit.
� Vous me voulez donc? dit la comtesse au roi.
� Par-dessus tout.
� R�fl�chissez � ce que vous dites l�, sire.
Le roi r�fl�chit en effet, mais il ne pouvait reculer; et d�ailleurs, il voulait voir jusqu�o� iraient les exigences du vainqueur.
� Parlez, dit-il.
� Tout � l�heure. Faites-y attention, sire!� Je partais sans rien demander.
� Je l�ai bien vu.
� Mais, si je reste, je demanderai quelque chose.
� Quoi? Il s�agit de savoir quoi, voil� tout.
� Ah! vous le savez bien.
� Non.
� Si fait, puisque vous faites la grimace.
� Le renvoi de M. de Choiseul?
� Pr�cis�ment.
� Impossible, comtesse.
� Mes chevaux, alors�
� Mais, mauvaise t�te�
� Signez ma lettre de cachet pour la Bastille, ou la lettre qui cong�die le ministre.
� Il y a un milieu, dit le roi.
� Merci de votre cl�mence, sire; je partirai sans �tre inqui�t�e, � ce qu�il para�t.
� Comtesse, vous �tes femme.
� Heureusement.
� Et vous raisonnez politique en v�ritable femme mutine et col�re. Je n�ai pas de raison pour cong�dier M. de Choiseul.
� Je comprends, l�idole de vos parlements, celui qui les soutient dans leur r�volte.
� Enfin, il faut un pr�texte.
� Le pr�texte est la raison du faible.
� Comtesse, c�est un honn�te homme que M. de Choiseul, et les honn�tes gens sont rares.
� C�est un honn�te homme qui vous vend aux robes noires, lesquelles vous mangent tout l�or de votre royaume.
� Pas d�exag�ration, comtesse.
� La moiti� alors.
� Mon Dieu! s��cria Louis XV d�pit�.
� Mais, au fait, s��cria de son c�t� la comtesse, je suis bien sotte; que m�importent, � moi, les parlements, les Choiseul, son gouvernement; que m�importe le roi m�me, � moi, son pis-aller.
� Encore!
� Toujours, sire.
� Voyons, comtesse, deux heures de r�flexion.
� Dix minutes, sire. Je passe dans ma chambre, glissez-moi votre r�ponse sous la porte: le papier est l�, la plume est l�, l�encrier est l�. Si dans dix minutes vous n�avez pas r�pondu ou n�avez pas r�pondu � ma guise, adieu, sire! Ne songez plus � moi, je serai partie. Sinon�
� Sinon?
� Tournez la bobinette et la chevillette cherra.
Louis XV, pour se donner une contenance, baisa la main de la comtesse, qui, en se retirant, lui lan�a, comme le Parthe, son sourire le plus provocant.
Le roi ne s�opposa aucunement � cette retraite, et la comtesse s�enferma dans la chambre voisine.
Cinq minutes apr�s, un papier pli� carr�ment fr�la le bourrelet de soie de la porte et la laine du tapis.
La comtesse lut avidement le contenu du billet, �crivit � la h�te quelques mots � M. de Richelieu, qui se promenait dans la petite cour, sous un auvent, avec grande frayeur d��tre vu faisant ainsi le pied de grue.
Le mar�chal d�plia le papier, lut, et, prenant sa course malgr� ses soixante et quinze ans, il arriva dans la grande cour � son carrosse.
� Cocher, dit-il, � Versailles, ventre � terre!
Voici ce que contenait le papier jet� par la fen�tre � M. de Richelieu.
�J�ai secou� l�arbre, le portefeuille est tomb�.�
Chapitre 79. Comment le roi Louis XV travaillait avec son ministre
Le lendemain, la rumeur �tait grande � Versailles. Les gens ne s�abordaient qu�avec des signes myst�rieux et des poign�es de main significatives, ou bien avec des croisements de bras et des regards au ciel, qui t�moignaient de leur douleur et de leur surprise.
M. de Richelieu, avec bon nombre de partisans, �tait dans l�antichambre du roi, � Trianon, vers dix heures.
Le comte Jean, tout chamarr�, tout �blouissant, causait avec le vieux mar�chal, et causait gaiement, si l�on en croyait sa figure �panouie.
Vers onze heures, le roi passa, se rendant � son cabinet de travail, et ne parla � personne. Sa Majest� marchait fort vite.