Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
� Mais l�int�rieur est calme, sire, r�pliqua le duc affectant de ne pas comprendre.
� Non, non, vous voyez bien que non. Vous m�aimez et me servez bien. Il y a d�autres gens qui disent m�aimer, et dont les fa�ons ne ressemblent pas du tout aux v�tres; mettons l�accord entre tous ces syst�mes: voyons, mon cher duc, que je vive heureux.
� Il ne d�pendra pas de moi que votre bonheur ne soit complet, sire.
� Voil� parler. Eh bien, venez donc d�ner avec moi aujourd�hui.
� � Versailles, sire?
� Non, � Luciennes.
� Oh! mon regret est grand, sire; mais ma famille est tout alarm�e de la nouvelle r�pandue hier. On me croit dans la disgr�ce de Votre Majest�. Je ne puis laisser tant de c�urs souffrants.
� Et ceux dont je vous parle ne souffrent-ils pas, duc? Songez donc comme nous avons v�cu heureux tous trois, du temps de cette pauvre marquise.
Le duc baissa la t�te, ses yeux se voil�rent, un soupir � demi �touff� sortit de sa poitrine.
� Madame de Pompadour �tait une femme bien jalouse de la gloire de Votre Majest�, dit-il; elle avait de hautes id�es politiques. J�avoue que son g�nie sympathisait avec mon caract�re. Souvent, sire, je me suis attel� de front avec elle aux grandes entreprises qu�elle formait; oui, nous nous entendions.
� Mais elle se m�lait de politique, duc, et tout le monde le lui reprochait.
� C�est vrai.
� Celle-ci, au contraire, est douce comme un agneau; elle n�a pas encore fait signer une lettre de cachet, m�me contre les pamphl�taires et les chansonniers. Eh bien, on lui reproche ce qu�on louait chez l�autre. Ah! duc, c�est fait pour d�go�ter du progr�s� Voyons, venez-vous faire votre paix � Luciennes?
� Sire, veuillez assurer madame la comtesse du Barry que je la trouve une femme charmante et digne de tout l�amour du roi; mais�
� Ah! voil� un mais, duc�
� Mais, poursuivit M. de Choiseul, ma conviction est que, si Votre Majest� est n�cessaire � la France, aujourd�hui un bon ministre est plus n�cessaire � Votre Majest� qu�une charmante ma�tresse.
� N�en parlons plus, duc, et demeurons bons amis. Mais c�linez madame de Grammont, qu�elle ne complote plus rien contre la comtesse; les femmes nous brouilleraient.
� Madame de Grammont, sire, veut trop plaire � Votre Majest�. C�est l� son tort.
� Et elle me d�pla�t en nuisant � la comtesse, duc.
� Aussi madame de Grammont part-elle, sire, on ne la verra plus: ce sera un ennemi de moins.
� Ce n�est pas ainsi que je l�entends, vous allez trop loin. Mais la t�te me br�le, duc, nous avons travaill� ce matin comme Louis XIV et Colbert, nous avons �t� grand si�cle, comme disent les philosophes. � propos, duc, est-ce que vous �tes philosophe, vous?
� Je suis serviteur de Votre Majest�, r�pliqua M. de Choiseul.
� Vous m�enchantez, vous �tes un homme impayable; donnez-moi votre bras, je suis tout �tourdi.
Le duc se h�ta d�offrir son bras � Sa Majest�.
Il devinait qu�on allait ouvrir les portes � deux battants, que toute la cour �tait dans la galerie, qu�on allait le voir dans cette splendide position; apr�s avoir tant souffert, il n��tait pas f�ch� de faire souffrir ses ennemis.
L�huissier ouvrit en effet les portes, et annon�a le roi dans la galerie.
Louis XV, toujours causant avec M. de Choiseul et lui souriant, se faisant lourd sur son bras, traversa la foule sans remarquer ou sans vouloir remarquer combien Jean du Barry �tait p�le et combien M. de Richelieu �tait rouge.
Mais M. de Choiseul vit bien cette diff�rence de nuances. Il passa le jarret tendu, le cou raide, les yeux brillants, devant les courtisans, qui se rapprochaient autant qu�ils s��taient �loign�s le matin.
� L�, dit le roi au bout de la galerie, duc, attendez-moi, je vous emm�ne � Trianon. Rappelez-vous tout ce que je vous ai dit.
� Je l�ai gard� dans mon c�ur, r�pliqua le ministre, sachant bien qu�avec cette phrase aiguis�e il per�ait l��me de tous ses ennemis.
Le roi rentra chez lui.
M. de Richelieu rompit la file et vint serrer dans ses deux mains maigres la main du ministre, en lui disant:
� Il y a longtemps que je sais qu�un Choiseul a l��me chevill�e au corps.
� Merci, dit le duc, qui savait � quoi s�en tenir.
� Mais ce bruit absurde? poursuivit le mar�chal.
� Ce bruit a bien fait rire Sa Majest�, dit Choiseul.
� On parlait d�une lettre�
� Mystification de la part du roi, r�pliqua le ministre en lan�ant cette phrase � l�adresse de Jean, qui perdait contenance.
� Merveilleux! Merveilleux! r�p�ta le mar�chal en retournant au comte, aussit�t que le duc de Choiseul eut disparu et ne put plus le voir.
Le roi descendait l�escalier en appelant le duc, empress� � le suivre.
� Eh! eh! nous sommes jou�s, dit le mar�chal � Jean.
� O� vont-ils?
� Au Petit Trianon, se moquer de nous.
� Mille tonnerres! murmura Jean. Ah! pardon, monsieur le mar�chal.
� � mon tour, dit celui-ci, et voyons si mon moyen vaudra mieux que celui de la comtesse.
Chapitre 80. Le Petit Trianon
Quand Louis XIV eut b�ti Versailles, et qu�il eut reconnu les inconv�nients de la grandeur, lorsqu�il vit ces immenses salons pleins de gardes, ces antichambres pleines de courtisans, ces corridors et ces entresols pleins de laquais, de pages et de commensaux, il se dit que Versailles �tait bien ce que lui-m�me avait voulu en faire, ce que Mansard, Le Brun et Le N�tre en avaient fait, le s�jour d�un dieu, mais non pas l�habitation d�un homme.
Alors le grand roi, qui �tait un homme � ses moments perdus, se fit b�tir Trianon pour respirer et cacher un peu sa vie. Mais l��p�e d�Achille, qui avait fatigu� Achille, devait �tre d�un poids insupportable pour un successeur mirmidon.
Trianon, ce rapetissement de Versailles, parut encore trop pompeux � Louis XV, qui se fit b�tir par l�architecte Gabriel le Petit Trianon, pavillon de soixante pieds carr�s.
� gauche de ce b�timent, on construisit un carr� long sans caract�re et sans ornements: ce fut la demeure des gens de service et des commensaux. On comptait l� environ dix logements de ma�tres, et la place de cinquante serviteurs. On peut voir encore ce b�timent dans son int�grit�. Il se compose d�un rez-de-chauss�e, d�un premier �tage et de combles. Ce rez-de-chauss�e est garanti par un foss� pav� qui le s�pare des massifs; toutes les fen�tres en sont grill�es comme celles du premier �tage. Vues du c�t� de Trianon, ces fen�tres �clairent un long corridor pareil � celui d�un couvent.
Huit ou neuf portes, perc�es dans le corridor, conduisent aux logements, tous compos�s d�une antichambre avec deux cabinets, l�un � droite, l�autre � gauche, et d�une basse chambre, voire m�me de deux, �clair�es sur la cour int�rieure de ce b�timent.
Au-dessous de cet �tage, les cuisines.
Dans les combles, des chambres de domestiques.
Voil� le Petit Trianon.
Ajoutez-y une chapelle � vingt toises du ch�teau, dont nous ne ferons pas la description, parce que nous n�en avons aucun besoin, et que ce ch�teau ne peut loger qu�un m�nage, ainsi qu�on le dirait aujourd�hui.
La topographie est donc celle-ci: un ch�teau voyant avec ses larges yeux sur le parc et sur les bois, voyant � gauche sur les communs, qui ne lui opposent que des fen�tres grill�es, fen�tres de corridors ou de cuisines masqu�es par un �pais treillis.
Du Grand Trianon, demeure solennelle de Louis XV, on se rendait au petit par un jardin potager qui joignait les deux r�sidences, moyennant l�interjection d�un pont de bois.
Ce fut par ce jardin potager et fruitier, qu�avait dessin� et plant� La Quintinie, que Louis XV mena M. de Choiseul au Petit Trianon, apr�s la laborieuse s�ance que nous venons de raconter. Il voulait lui faire voir les am�liorations introduites par lui dans le nouveau s�jour du dauphin et de la dauphine. M. de Choiseul admirait tout, commentait tout avec la sagacit� d�un courtisan; il laissait le roi lui dire que le Petit Trianon devenait de jour en jour plus beau, plus charmant � habiter; et le ministre ajoutait que c��tait pour Sa Majest� la maison de famille.
� La dauphine, dit le roi, est encore un peu sauvage, comme toutes les Allemandes jeunes; elle parle bien le fran�ais, mais elle a peur d�un l�ger accent qui la trahit Autrichienne � des oreilles fran�aises. � Trianon, elle n�entendra que des amis, et ne parlera que lorsqu�elle le voudra.