Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
� Comtesse, comtesse! je commence � croire, non pas que vous �tes folle, mais ingrate.
� Non, je ne suis ni folle ni ingrate, je suis�
� Eh bien, voyons, qu��tes-vous?
� Je suis col�re, monsieur le duc.
� Ah! vraiment.
� Cela vous �tonne?
� Pas le moins du monde, comtesse; et, sur mon honneur, il y a bien de quoi.
� Tenez, voil� ce qui me r�volte en vous, mar�chal.
� Il y a quelque chose qui vous r�volte en moi, comtesse?
� Oui.
� Et quelle est cette chose, s�il vous pla�t? Je suis bien vieux, et cependant il n�y a pas d�efforts que je ne fasse pour vous plaire.
� Cette chose, c�est que vous ne savez pas seulement ce dont il s�agit, mar�chal.
� Oh! que si fait.
� Vous savez ce qui me crispe?
� Sans doute: Zamore a cass� la fontaine chinoise.
Un sourire imperceptible effleura les l�vres de la jeune femme; mais Zamore, qui se sentait coupable, baissa la t�te avec humilit�, comme si le ciel e�t �t� gros d�un nuage de soufflets et de chiquenaudes.
� Oui, dit la comtesse avec un soupir, oui, duc vous avez raison; c�est cela, et vous �tes en v�rit� un tr�s fin politique.
� On me l�a toujours dit, madame, r�pondit M. de Richelieu d�un air tout confit de modestie.
� Oh! je n�ai pas besoin qu�on me le dise pour le voir, duc; et vous avez trouv� la raison � mon ennui, comme cela, tout de suite, sans chercher ni � droite, ni � gauche: c�est superbe!
� Parfaitement; mais cependant ce n�est pas tout.
� Ah! vraiment.
� Non. Je devine encore autre chose.
� Vraiment?
� Oui.
� Et que devinez-vous?
� Je devine que vous attendiez hier au soir Sa Majest�.
� O� cela?
� Ici.
� Eh bien, apr�s?
� Et que Sa Majest� n�est pas venue.
La comtesse rougit et se releva un peu sur le coude.
� Ah, ah! fit-elle.
� Et cependant, dit le duc, j�arrive de Paris.
� Qu�est-ce que cela prouve?
� Que je pourrais ne rien savoir de ce qui s�est pass� � Versailles, pardieu! et cependant�
� Duc, mon cher duc, vous �tes plein de r�ticences aujourd�hui. Que diable! quand on a commenc�, on ach�ve; ou bien l�on ne commence pas.
� Vous en parlez fort � votre aise, comtesse. Laissez-moi reprendre haleine, au moins. O� en �tais-je?
� Vous en �tiez �� cependant.
� Ah! oui, c�est vrai, et cependant, non seulement je sais que Sa Majest� n�est pas venue, mais encore je devine pourquoi elle n�est pas venue.
� Duc, j�ai toujours pens� � part moi que vous �tiez sorcier; seulement, il me manquait une preuve.
� Eh bien, cette preuve, je vais vous la donner.
La comtesse, qui attachait � la conversation beaucoup plus d�int�r�t qu�elle ne voulait para�tre en attacher, abandonna la t�te de Zamore, dont ses doigts blancs et fins fourrageaient la chevelure.
� Donnez, duc, donnez, dit-elle.
� Devant M. le gouverneur? dit le duc.
� Disparaissez, Zamore, fit la comtesse au n�grillon, qui, fou de joie, s��lan�a d�un seul bond du boudoir a l�antichambre.
� � la bonne heure, murmura Richelieu; mais il faut donc tout vous dire, comtesse?
� Comment, ce singe de Zamore vous g�nait, duc!
� Pour dire la v�rit�, comtesse, quelqu�un me g�ne toujours.
� Oui, quelqu�un, je comprends; mais Zamore est-il quelqu�un?
� Zamore n�est pas aveugle, Zamore n�est pas sourd, Zamore n�est pas muet; c�est donc quelqu�un. Or, je d�core de ce nom quiconque est mon �gal en yeux, en oreilles et en langue, c�est-�-dire quiconque peut voir ce que je fais, entendre ou r�p�ter ce que je dis, enfin quiconque peut me trahir. Cette th�orie pos�e, je continue.
� Oui, continuez, duc, vous me ferez plaisir.
� Plaisir, je ne crois pas, comtesse; n�importe, je dois continuer. Le roi visitait donc hier Trianon.
� Le petit ou le grand?
� Le petit. Madame la dauphine �tait � son bras.
� Ah!
� Et madame la dauphine, qui est charmante, comme vous savez�
� H�las!
� Lui faisait tant de cajoleries, de petit papa par-ci, de grand papa par-l�, que Sa Majest�, dont le c�ur est d�or, n�y put r�sister, de sorte que le souper a suivi la promenade, que les jeux innocents ont suivi le souper. Enfin�
� Enfin, dit madame du Barry p�le d�impatience, enfin le roi n�est pas venu � Luciennes, n�est-ce pas, voil� ce que vous voulez dire?
� Eh bien, mon Dieu, oui.
� C�est tout simple, Sa Majest� avait l�-bas tout ce qu�elle aime.
� Ah! non point, et vous �tes loin de penser un seul mot de ce que vous dites; tout ce qui lui pla�t, tout au plus.
� C�est bien pis, duc, prenez garde: souper, causer, jouer, c�est tout ce qu�il lui faut. Et avec qui a-t-il jou�?
� Avec M. de Choiseul.
La comtesse fit un mouvement d�irritation.
� Voulez-vous que nous n�en parlions pas, comtesse? reprit Richelieu.
� Au contraire, monsieur, parlons-en.
� Vous �tes aussi courageuse que spirituelle, madame; attaquons donc le taureau par les cornes, comme disent les Espagnols.
� Voil� un proverbe que madame de Choiseul ne vous pardonnerait pas, duc.
� Il ne lui est pas applicable cependant. Je disais donc, madame, que M. de Choiseul, puisqu�il faut l�appeler par son nom, tint les cartes, et avec tant de bonheur, tant d�adresse�
� Qu�il gagna?
� Non pas, qu�il perdit, et que Sa Majest� gagna mille louis au piquet, jeu o� Sa Majest� a beaucoup d�amour-propre, attendu qu�elle le joue fort mal.
� Oh! le Choiseul! le Choiseul! murmura madame du Barry. Et madame de Grammont, elle en �tait, n�est-ce pas?
� C�est-�-dire, comtesse, qu�elle �tait sur son d�part.
� La duchesse?
� Oui, elle fait une sottise, je crois.
� Laquelle?
� Voyant qu�on ne la pers�cute pas, elle boude; voyant qu�on ne l�exile pas, elle s�exile elle-m�me.
� O� cela?
� En province.
� Elle va intriguer.
� Parbleu! Que voulez-vous qu�elle fasse? Donc, �tant sur son d�part, elle a tout naturellement voulu saluer la dauphine, qui naturellement l�aime beaucoup. Voil� pourquoi elle �tait � Trianon.
� Au grand?
� Sans doute, le petit n�est pas encore meubl�.
� Ah! madame la dauphine, en s�entourant de tous ces Choiseul, montre bien quel parti elle veut embrasser.
� Non, comtesse, n�exag�rons pas; car enfin, demain la duchesse sera partie.
� Et le roi s�est amus� l� o� je n��tais pas! s��cria la comtesse avec une indignation qui n��tait pas exempte d�une certaine terreur.
� Mon Dieu! oui; c�est incroyable, mais cependant cela est ainsi, comtesse. Voyons, qu�en concluez-vous?
� Que vous �tes bien inform�, duc.
� Et voil� tout?
� Non pas.
� Achevez donc.
� J�en conclus encore que, de gr� ou de force, il faut tirer le roi des griffes de ces Choiseul, ou nous sommes perdus.
� H�las!
� Pardon, reprit la comtesse; je dis nous, mais tranquillisez-vous, duc, cela ne s�applique qu�� la famille.
� Et aux amis, comtesse; permettez-moi donc � ce titre d�en prendre ma part. Ainsi donc�
� Ainsi donc, vous �tes de mes amis?
� Je croyais vous l�avoir dit, madame.
� Ce n�est point assez.
� Je croyais vous l�avoir prouv�.
� C�est mieux, et vous m�aiderez?
� De tout mon pouvoir, comtesse; mais�
� Mais quoi?
� L��uvre est bien difficile, je ne vous le cache point.
� Sont-ils donc ind�racinables, ces Choiseul?
� Ils sont vigoureusement plant�s, du moins.
� Vous croyez, vous?
� Je le crois.
� Ainsi, quoi qu�en dise le bonhomme La Fontaine, il n�y a contre ce ch�ne ni vent ni orage.
� C�est un grand g�nie que ce ministre.
� Bon! voil� que vous parlez comme les encyclop�distes, vous.
� Ne suis-je pas de l�Acad�mie?
� Oh! vous en �tes si peu, duc.
� C�est vrai, et vous avez raison; c�est mon secr�taire qui en est, et non pas moi. Mais je n�en persiste pas moins dans mon opinion.
� Que M. de Choiseul est un g�nie?
� Eh! oui.
� Mais en quoi �clate-t-il donc, ce grand g�nie? Voyons.
� En ceci, madame: qu�il a fait une telle affaire des parlements et des Anglais, que le roi ne peut plus se passer de lui.