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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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� Comtesse, comtesse! je commence � croire, non pas que vous �tes folle, mais ingrate.

� Non, je ne suis ni folle ni ingrate, je suis�

� Eh bien, voyons, qu��tes-vous?

� Je suis col�re, monsieur le duc.

� Ah! vraiment.

� Cela vous �tonne?

� Pas le moins du monde, comtesse; et, sur mon honneur, il y a bien de quoi.

� Tenez, voil� ce qui me r�volte en vous, mar�chal.

� Il y a quelque chose qui vous r�volte en moi, comtesse?

� Oui.

� Et quelle est cette chose, s�il vous pla�t? Je suis bien vieux, et cependant il n�y a pas d�efforts que je ne fasse pour vous plaire.

� Cette chose, c�est que vous ne savez pas seulement ce dont il s�agit, mar�chal.

� Oh! que si fait.

� Vous savez ce qui me crispe?

� Sans doute: Zamore a cass� la fontaine chinoise.

Un sourire imperceptible effleura les l�vres de la jeune femme; mais Zamore, qui se sentait coupable, baissa la t�te avec humilit�, comme si le ciel e�t �t� gros d�un nuage de soufflets et de chiquenaudes.

� Oui, dit la comtesse avec un soupir, oui, duc vous avez raison; c�est cela, et vous �tes en v�rit� un tr�s fin politique.

� On me l�a toujours dit, madame, r�pondit M. de Richelieu d�un air tout confit de modestie.

� Oh! je n�ai pas besoin qu�on me le dise pour le voir, duc; et vous avez trouv� la raison � mon ennui, comme cela, tout de suite, sans chercher ni � droite, ni � gauche: c�est superbe!

� Parfaitement; mais cependant ce n�est pas tout.

� Ah! vraiment.

� Non. Je devine encore autre chose.

� Vraiment?

� Oui.

� Et que devinez-vous?

� Je devine que vous attendiez hier au soir Sa Majest�.

� O� cela?

� Ici.

� Eh bien, apr�s?

� Et que Sa Majest� n�est pas venue.

La comtesse rougit et se releva un peu sur le coude.

� Ah, ah! fit-elle.

� Et cependant, dit le duc, j�arrive de Paris.

� Qu�est-ce que cela prouve?

� Que je pourrais ne rien savoir de ce qui s�est pass� � Versailles, pardieu! et cependant�

� Duc, mon cher duc, vous �tes plein de r�ticences aujourd�hui. Que diable! quand on a commenc�, on ach�ve; ou bien l�on ne commence pas.

� Vous en parlez fort � votre aise, comtesse. Laissez-moi reprendre haleine, au moins. O� en �tais-je?

� Vous en �tiez �� cependant.

� Ah! oui, c�est vrai, et cependant, non seulement je sais que Sa Majest� n�est pas venue, mais encore je devine pourquoi elle n�est pas venue.

� Duc, j�ai toujours pens� � part moi que vous �tiez sorcier; seulement, il me manquait une preuve.

� Eh bien, cette preuve, je vais vous la donner.

La comtesse, qui attachait � la conversation beaucoup plus d�int�r�t qu�elle ne voulait para�tre en attacher, abandonna la t�te de Zamore, dont ses doigts blancs et fins fourrageaient la chevelure.

� Donnez, duc, donnez, dit-elle.

� Devant M. le gouverneur? dit le duc.

� Disparaissez, Zamore, fit la comtesse au n�grillon, qui, fou de joie, s��lan�a d�un seul bond du boudoir a l�antichambre.

� � la bonne heure, murmura Richelieu; mais il faut donc tout vous dire, comtesse?

� Comment, ce singe de Zamore vous g�nait, duc!

� Pour dire la v�rit�, comtesse, quelqu�un me g�ne toujours.

� Oui, quelqu�un, je comprends; mais Zamore est-il quelqu�un?

� Zamore n�est pas aveugle, Zamore n�est pas sourd, Zamore n�est pas muet; c�est donc quelqu�un. Or, je d�core de ce nom quiconque est mon �gal en yeux, en oreilles et en langue, c�est-�-dire quiconque peut voir ce que je fais, entendre ou r�p�ter ce que je dis, enfin quiconque peut me trahir. Cette th�orie pos�e, je continue.

� Oui, continuez, duc, vous me ferez plaisir.

� Plaisir, je ne crois pas, comtesse; n�importe, je dois continuer. Le roi visitait donc hier Trianon.

� Le petit ou le grand?

� Le petit. Madame la dauphine �tait � son bras.

� Ah!

� Et madame la dauphine, qui est charmante, comme vous savez�

� H�las!

� Lui faisait tant de cajoleries, de petit papa par-ci, de grand papa par-l�, que Sa Majest�, dont le c�ur est d�or, n�y put r�sister, de sorte que le souper a suivi la promenade, que les jeux innocents ont suivi le souper. Enfin�

� Enfin, dit madame du Barry p�le d�impatience, enfin le roi n�est pas venu � Luciennes, n�est-ce pas, voil� ce que vous voulez dire?

� Eh bien, mon Dieu, oui.

� C�est tout simple, Sa Majest� avait l�-bas tout ce qu�elle aime.

� Ah! non point, et vous �tes loin de penser un seul mot de ce que vous dites; tout ce qui lui pla�t, tout au plus.

� C�est bien pis, duc, prenez garde: souper, causer, jouer, c�est tout ce qu�il lui faut. Et avec qui a-t-il jou�?

� Avec M. de Choiseul.

La comtesse fit un mouvement d�irritation.

� Voulez-vous que nous n�en parlions pas, comtesse? reprit Richelieu.

� Au contraire, monsieur, parlons-en.

� Vous �tes aussi courageuse que spirituelle, madame; attaquons donc le taureau par les cornes, comme disent les Espagnols.

� Voil� un proverbe que madame de Choiseul ne vous pardonnerait pas, duc.

� Il ne lui est pas applicable cependant. Je disais donc, madame, que M. de Choiseul, puisqu�il faut l�appeler par son nom, tint les cartes, et avec tant de bonheur, tant d�adresse�

� Qu�il gagna?

� Non pas, qu�il perdit, et que Sa Majest� gagna mille louis au piquet, jeu o� Sa Majest� a beaucoup d�amour-propre, attendu qu�elle le joue fort mal.

� Oh! le Choiseul! le Choiseul! murmura madame du Barry. Et madame de Grammont, elle en �tait, n�est-ce pas?

� C�est-�-dire, comtesse, qu�elle �tait sur son d�part.

� La duchesse?

� Oui, elle fait une sottise, je crois.

� Laquelle?

� Voyant qu�on ne la pers�cute pas, elle boude; voyant qu�on ne l�exile pas, elle s�exile elle-m�me.

� O� cela?

� En province.

� Elle va intriguer.

� Parbleu! Que voulez-vous qu�elle fasse? Donc, �tant sur son d�part, elle a tout naturellement voulu saluer la dauphine, qui naturellement l�aime beaucoup. Voil� pourquoi elle �tait � Trianon.

� Au grand?

� Sans doute, le petit n�est pas encore meubl�.

� Ah! madame la dauphine, en s�entourant de tous ces Choiseul, montre bien quel parti elle veut embrasser.

� Non, comtesse, n�exag�rons pas; car enfin, demain la duchesse sera partie.

� Et le roi s�est amus� l� o� je n��tais pas! s��cria la comtesse avec une indignation qui n��tait pas exempte d�une certaine terreur.

� Mon Dieu! oui; c�est incroyable, mais cependant cela est ainsi, comtesse. Voyons, qu�en concluez-vous?

� Que vous �tes bien inform�, duc.

� Et voil� tout?

� Non pas.

� Achevez donc.

� J�en conclus encore que, de gr� ou de force, il faut tirer le roi des griffes de ces Choiseul, ou nous sommes perdus.

� H�las!

� Pardon, reprit la comtesse; je dis nous, mais tranquillisez-vous, duc, cela ne s�applique qu�� la famille.

� Et aux amis, comtesse; permettez-moi donc � ce titre d�en prendre ma part. Ainsi donc�

� Ainsi donc, vous �tes de mes amis?

� Je croyais vous l�avoir dit, madame.

� Ce n�est point assez.

� Je croyais vous l�avoir prouv�.

� C�est mieux, et vous m�aiderez?

� De tout mon pouvoir, comtesse; mais�

� Mais quoi?

� L��uvre est bien difficile, je ne vous le cache point.

� Sont-ils donc ind�racinables, ces Choiseul?

� Ils sont vigoureusement plant�s, du moins.

� Vous croyez, vous?

� Je le crois.

� Ainsi, quoi qu�en dise le bonhomme La Fontaine, il n�y a contre ce ch�ne ni vent ni orage.

� C�est un grand g�nie que ce ministre.

� Bon! voil� que vous parlez comme les encyclop�distes, vous.

� Ne suis-je pas de l�Acad�mie?

� Oh! vous en �tes si peu, duc.

� C�est vrai, et vous avez raison; c�est mon secr�taire qui en est, et non pas moi. Mais je n�en persiste pas moins dans mon opinion.

� Que M. de Choiseul est un g�nie?

� Eh! oui.

� Mais en quoi �clate-t-il donc, ce grand g�nie? Voyons.

� En ceci, madame: qu�il a fait une telle affaire des parlements et des Anglais, que le roi ne peut plus se passer de lui.

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