Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
� onze heures cinq minutes, M. de Choiseul descendit de voiture et traversa la galerie, son portefeuille sous le bras.
� son passage, il se fit un grand mouvement de gens qui se retournaient pour avoir l�air de causer entre eux et ne pas saluer le ministre.
Le duc ne fit pas attention � ce man�ge; il entra dans le cabinet, o� le roi feuilletait un dossier en prenant son chocolat.
� Bonjour, duc, lui dit le roi amicalement; sommes-nous bien dispos, ce matin?
� Sire, M. de Choiseul se porte bien, mais le ministre est fort malade, et vient prier Votre Majest�, puisqu�elle ne lui parle encore de rien, d�agr�er sa d�mission. Je remercie le roi de m�avoir permis cette initiative; c�est une derni�re faveur dont je lui suis bien reconnaissant.
� Comment, duc, votre d�mission? qu�est-ce que cela veut dire?
� Sire, Votre Majest� a sign� hier, entre les mains de madame du Barry, un ordre qui me destitue; cette nouvelle court d�j� tout Paris et tout Versailles. Le mal est fait. Cependant, je n�ai pas voulu quitter le service de Votre Majest� sans en avoir re�u l�ordre avec la permission. Car, nomm� officiellement, je ne puis me regarder comme destitu� que par un acte officiel.
� Comment, duc, s��cria le roi en riant, car l�attitude s�v�re et digne de M. de Choiseul lui imposait jusqu�� la crainte; comment, vous, un homme d�esprit et un formaliste, vous avez cru cela?
� Mais, sire, dit le ministre surpris, vous avez sign�
� Quoi donc?
� Une lettre que poss�de madame du Barry.
� Ah! duc, n�avez-vous jamais eu besoin de la paix? Vous �tes bien heureux!� Le fait est que madame de Choiseul est un mod�le.
Le duc, offens� de la comparaison, fron�a le sourcil.
� Votre Majest�, dit-il, est d�un caract�re trop ferme et d�un caract�re trop heureux pour m�ler aux affaires d��tat ce que vous daignez appeler les affaires de m�nage.
� Choiseul, il faut que je vous conte cela: c�est fort dr�le. Vous savez qu�on vous craint beaucoup par l�?
� C�est-�-dire qu�on me hait, sire.
� Si vous le voulez. Eh bien, cette folle de comtesse ne m�a-t-elle pas pos� cette alternative: de l�envoyer � la Bastille ou de vous remercier de vos services.
� Eh bien, sire?
� Eh bien, duc, vous m�avouerez qu�il eut �t� trop malheureux de perdre le coup d��il que Versailles offrait ce matin. Depuis hier, je m�amuse � voir courir les estafettes sur les routes, � voir s�allonger ou se rapetisser les visages� Cotillon III est reine de France depuis hier. C�est on ne peut plus r�jouissant.
� Mais la fin, sire?
� La fin, mon cher duc, dit Louis XV redevenu s�rieux, la fin sera toujours la m�me. Vous me connaissez, j�ai l�air de c�der et je ne c�de jamais. Laissez les femmes d�vorer le petit g�teau de miel que je leur jetterai de temps en temps, comme on faisait � Cerb�re; mais nous, vivons tranquillement, imperturbablement, �ternellement ensemble. Et, puisque nous en sommes aux �claircissements, gardez celui-ci pour vous: Quelque bruit qui coure, quelque lettre de moi que vous teniez� ne vous abstenez pas de venir � Versailles� Tant que je vous dirai ce que je vous dis, duc, nous serons bons amis.
Le roi tendit la main au ministre, qui s�inclina dessus sans reconnaissance comme sans rancune.
� Travaillons, si vous voulez, cher duc, maintenant.
� Aux ordres de Votre Majest�, r�pliqua Choiseul en ouvrant son portefeuille.
� Voyons, pour commencer, dites-moi quelques mots du feu d�artifice.
� ǒa �t� un grand d�sastre, sire.
� � qui la faute?
� � M. Bignon, pr�v�t des marchands.
� Le peuple a-t-il beaucoup cri�?
� Oh! beaucoup.
� Alors il fallait peut-�tre destituer ce M. Bignon.
� Le parlement, dont un des membres a failli �touffer dans la bagarre, avait pris l�affaire � c�ur; mais M. l�avocat g�n�ral S�guier a fait un fort �loquent discours pour prouver que ce malheur �tait l��uvre de la fatalit�. On a applaudi, et ce n�est plus rien � pr�sent.
� Tant mieux! Passons aux parlements, duc� Ah! voil� ce qu�on nous reproche.
� On me reproche, sire, de ne pas soutenir M. d�Aiguillon, contre M. de La Chalotais; mais qui me reproche cela? Les m�mes gens qui ont colport� avec des fus�es de joie la lettre de Votre Majest�. Songez donc, sire, que M. d�Aiguillon a outrepass� ses pouvoirs en Bretagne, que les j�suites �taient r�ellement exil�s, que M. de La Chalotais avait raison, que Votre Majest� elle-m�me a reconnu par acte public l�innocence de ce procureur g�n�ral. On ne peut cependant faire se d�dire ainsi le roi. Vis-�-vis de son ministre, c�est bien; mais vis-�-vis de son peuple!
� En attendant, les parlements se sentent forts.
� Ils le sont, en effet. Quoi! on les tance, on les emprisonne, on les vexe et on les d�clare innocents, et ils ne seraient pas forts! Je n�ai pas accus� M. d�Aiguillon d�avoir commenc� l�affaire La Chalotais, mais je ne lui pardonnerai jamais d�y avoir eu tort.
� Duc! duc! allons, le mal est fait; au rem�de� Comment brider ces insolents?�
� Que les intrigues de M. le chancelier cessent, que M. d�Aiguillon n�ait plus de soutien, et la col�re du parlement tombera.
� Mais j�aurai c�d�, duc!
� Votre Majest� est donc repr�sent�e par M. d�Aiguillon� et non par moi?
L�argument �tait rude, le roi le sentit.
� Vous savez, dit-il, que je n�aime pas � d�go�ter mes serviteurs, lors m�me qu�ils se sont tromp�s� Mais laissons cette affaire qui m�afflige et dont le temps fera justice� Parlons un peu de l�ext�rieur� On me dit que je vais avoir la guerre?
� Sire, si vous avez la guerre, ce sera une guerre loyale et n�cessaire.
� Avec les Anglais� diable!
� Votre Majest� craint-elle les Anglais, par hasard?
� Oh! sur mer�
� Que Votre Majest� soit en repos: M. le duc de Praslin, mon cousin, votre ministre de la marine, vous dira qu�il a soixante-quatre vaisseaux, sans ceux qui sont en chantier, plus des mat�riaux pour en construire douze autres en un an� Enfin, cinquante fr�gates de premi�re force, ce qui est une position respectable pour la guerre maritime. Quant � la guerre continentale, nous avons mieux que cela, nous avons Fontenoy.
� Fort bien; mais pourquoi aurais-je � combattre les Anglais, mon cher duc? Un gouvernement beaucoup moins habile que le v�tre, celui de l�abb� Dubois, a toujours �vit� la guerre avec l�Angleterre.
� Je le crois bien, sire! l�abb� Dubois recevait par mois six cent mille livres des Anglais.
� Oh! duc.
� J�ai la preuve, sire.
� Soit; mais o� voyez-vous des causes de guerre?
� L�Angleterre veut toutes les Indes: j�ai d� donner � vos officiers les ordres les plus s�v�res, les plus hostiles. La premi�re collision l�-bas donnera lieu � des r�clamations de l�Angleterre; mon avis formel est que nous n�y fassions pas droit. Il faut que le gouvernement de Votre Majest� soit respect� par la force, comme il l��tait gr�ce � la corruption.
� Eh! patientons; dans l�Inde, qui le saura? C�est si loin!
Le duc se mordit les l�vres.
� Il y a un casus belli plus rapproch� de nous, sire, dit-il.
� Encore! Quoi donc?
� Les Espagnols pr�tendent � la possession des �les Malouines et Falkland� Le port d�Egmont �tait occup� par les Anglais arbitrairement, les Espagnols les en ont chass�s de vive force; de l�, fureur de l�Angleterre: elle menace les Espagnols des derni�res extr�mit�s si on ne lui donne satisfaction.
� Eh bien, mais, si les Espagnols ont tort pourtant, laissez-les se d�m�ler.
� Sire, et le pacte de famille? Pourquoi avez-vous tenu � faire signer ce pacte, qui lie �troitement tous les Bourbons d�Europe et leur fait un rempart contre les entreprises de l�Angleterre?
Le roi baissa la t�te.
� Ne vous inqui�tez pas, sire, dit Choiseul; vous avez une arm�e formidable, une marine imposante, de l�argent. J�en sais trouver sans faire crier les peuples. Si nous avons la guerre, ce sera une cause de gloire pour le r�gne de Votre Majest�, et je projette des agrandissements dont on nous aura fourni le pr�texte et l�excuse.
� Alors, duc, alors la paix � l�int�rieur; n�ayons pas la guerre partout.