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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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� Comment, vous n�apercevez pas ce petit toit rustique?

� Non.

� Avec une girouette et des murs de paille blanche et rouge, une sorte de chalet?

� Oui, je crois, oui, une petite maisonnette neuve.

� Un kiosque, c�est cela.

� Eh bien?

� Eh bien, nous trouverons l� le modeste d�jeuner que je vous ai promis.

� Soit, dit Rousseau. Avez-vous faim, Gilbert?

Gilbert, qui �tait rest� indiff�rent � ce d�bat, et coupait machinalement des fleurs de bruy�re, r�pondit:

� Comme il vous sera agr�able, monsieur.

� Allons-y donc, s�il vous pla�t, fit M. de Jussieu; d�ailleurs, rien ne nous emp�che d�herboriser en route.

� Oh! votre neveu, dit Rousseau, est plus ardent naturaliste que vous. J�ai herboris� avec lui dans le bois de Montmorency. Nous �tions peu de monde. Il trouve bien, il cueille bien, il explique bien.

� �coutez donc, il est jeune, lui: il a son nom � faire.

� N�a-t-il pas le v�tre, qui est tout fait? Ah! confr�re, confr�re, vous herborisez en amateur.

� Allons, ne nous f�chons pas, mon philosophe; tenez, voyez le beau plantago nonanthos; en avez-vous comme cela dans votre Montmorency?

� Ma foi, non, dit Rousseau charm�; je l�ai cherch� en vain, sur la foi de Tournefort: magnifique en v�rit�.

� Ah! le charmant pavillon, dit Gilbert, qui �tait pass� de l�arri�re-garde � l�avant-garde.

� Gilbert a faim, r�pondit M. de Jussieu.

� Oh! monsieur, je vous demande pardon; j�attendrai sans impatience que vous soyez pr�t.

� D�autant plus qu�herboriser apr�s manger ne vaut rien pour la digestion, et puis l��il est lourd, le dos paresseux; herborisons donc encore quelques instants, dit Rousseau; mais comment nommez-vous ce pavillon?

� La Sourici�re, dit M. de Jussieu se souvenant du nom invent� par M. de Sartine.

� Quel singulier nom!

� Oh! vous savez, � la campagne, il n�y a que fantaisies.

� � qui sont cette terre, ce bois, ces beaux ombrages?

� Je ne sais trop.

� Vous connaissez le propri�taire, cependant, puisque vous allez y manger, dit Rousseau en dressant l�oreille avec un commencement de soup�on.

� Pas du tout� ou plut�t je connais ici tout le monde, les gardes-chasse, qui m�ont vu cent fois dans leurs taillis, et qui savent que me saluer, m�offrir un civet de li�vre ou un salmis de b�casses, c�est plaire � leur ma�tre; les gens de toutes les seigneuries voisines me laissent faire ici comme chez moi. Je ne sais trop si ce pavillon est � madame de Mirepoix, ou � madame d�Egmont, ou� ma foi, je ne sais plus� Mais le principal, mon cher philosophe, et votre avis sera le mien, je le pr�sume, c�est que nous y trouverons du pain, des fruits et du p�t�.

Le ton de bonhomie avec lequel M. de Jussieu pronon�a ces paroles dissipa les nuages qui d�j� s�entassaient sur le front de Rousseau. Le philosophe secoua ses pieds, se frotta les mains, et M. de Jussieu entra le premier dans le sentier moussu qui serpentait sous les ch�taigniers conduisant au petit ermitage.

Derri�re lui vint Rousseau, toujours glanant dans l�herbe.

Gilbert, qui avait repris son poste, fermait la marche, r�vant � Andr�e et aux moyens de la voir quand elle serait � Trianon.

Chapitre 76. La sourici�re � philosophes

Au sommet de la colline gravie assez p�niblement par les trois botanistes s��levait un de ces petits r�duits en bois rustique, aux colonnes noueuses, aux pignons aigus, aux fen�tres tapiss�es de lierre et de cl�matites, v�ritables importations de l�architecture anglaise, ou plut�t des jardiniers anglais, lesquels imitent la nature, ou, pour mieux dire, inventent une nature � eux, ce qui donne une certaine originalit� � leurs cr�ations mobili�res et � leurs inventions v�g�tales.

Les Anglais ont invent� les roses bleues, et leur plus grande ambition a toujours �t� l�antith�se de toutes les id�es re�ues: ils inventeront les lis noirs.

Ce pavillon, assez spacieux pour contenir une table et six chaises, �tait carrel� en briques sur champ. Ces briques �taient rev�tues d�une natte. Quant aux murs, ils �taient faits de petites mosa�ques de cailloux choisis sur la berge de la rivi�re et de coquillages ultra-s�quaniens; car les gr�ves de Bougival et de Port-Marly n��talent pas aux regards du promeneur l�oursin, la coquille de Saint-Jacques ou les conques nacr�es et ros�es, qu�il faut aller chercher � Harfleur, � Dieppe ou sur les r�cifs de Sainte-Adresse.

Le plafond �tait en relief. Des pommes de pin, des souches d�une physionomie �trange, imitant les plus hideux profils de faunes ou d�animaux sauvages, semblaient suspendues sur la t�te des visiteurs; en outre, on voyait, par des vitres de couleur, suivant que l�on regardait par un verre violet, rouge ou bleu, ici la plaine ou le bois du V�sinet teint�s comme par un ciel d�orage, l� resplendissante sous la br�lante haleine d�un soleil d�ao�t, plus haut froids et ternes comme par une gel�e de d�cembre. Il ne s�agissait que de choisir sa vitre, c�est-�-dire son go�t, et de regarder.

Ce spectacle divertit beaucoup Gilbert, et il observa par tous les losanges le riche bassin qui se d�ploie aux regards du haut de la colline de Luciennes et au milieu duquel serpente la Seine.

Un spectacle cependant assez int�ressant aussi, du moins M. de Jussieu le jugeait-il de la sorte, c��tait le charmant d�jeuner servi sur la table de bois rocailleux au milieu du pavillon.

La cr�me exquise de Marly, les beaux abricots et les prunes de Luciennes, les cr�pinettes et les saucisses de Nanterre, fumantes sur un plat de porcelaine, sans qu�on e�t vu un seul domestique les apporter; les fraises toutes riantes dans un charmant panier tapiss� de feuilles de vigne, et, � c�t� d�un beurre �blouissant de fra�cheur, le gros pain bis du villageois et le pain de gruau dor�, cher � l�estomac blas� de l�habitant des villes: voil� ce qui fit jeter un petit cri d�admiration � Rousseau, philosophe s�il en fut, mais gourmet na�f, parce qu�il avait l�app�tit aussi vif que le go�t modeste.

� Quelle folie! dit-il � M. de Jussieu, le pain et les fruits, voil� ce qu�il nous fallait, et encore eussions-nous d�, en vrais botanistes et en laborieux explorateurs, manger le pain et croquer les prunes, sans cesser de fouiller dans les touffes et de creuser les foss�s. Vous rappelez-vous, Gilbert, mon d�jeuner de Plessis-Piquet, le v�tre?

� Oui, monsieur: ce pain et ces cerises qui me parurent si d�licieux.

� Pr�cis�ment.

� � la bonne heure, voil� comme d�jeunent de vrais amants de la nature�

� Mon cher ma�tre, interrompit M. de Jussieu si vous me reprochez la prodigalit�, vous avez tort; jamais plus modeste service�

� Oh! s��cria le philosophe, vous d�pr�ciez votre table, seigneur Lucullus.

� La mienne? Non pas! dit Jussieu.

� Chez qui donc sommes-nous, alors? reprit Rousseau avec un sourire qui t�moignait � la fois de sa contrainte et de sa bonne humeur� chez des lutins?

� Ou des f�es! dit en se levant M. de Jussieu, avec un regard perdu vers la porte du pavillon.

� Des f�es! s��cria Rousseau avec gaiet�; alors b�nies soient-elles pour leur hospitalit�. J�ai faim: mangeons, Gilbert.

Et il se coupa une tranche fort respectable de pain bis, passant le pain et le couteau � son �l�ve.

Puis, tout en mordant au milieu de la mie compacte, il choisit une couple de prunes sur l�assiette.

Gilbert h�sitait.

� Allez! allez! dit Rousseau; les f�es s�offenseraient de votre retenue et croiraient que vous trouvez leur festin incomplet.

� Ou indigne de vous, messieurs, articula une voix argentine � l�entr�e du pavillon, o� se pr�sent�rent, bras dessus, bras dessous, deux femmes fra�ches et belles, qui, le sourire sur les l�vres, faisaient signe � M. de Jussieu de mod�rer ses salutations.

Rousseau se retourna, tenant de la main droite le pain �chancr� et de la gauche une prune entam�e; il vit ces deux d�esses, ou du moins elles lui parurent telles par la jeunesse et la beaut�; il les vit et demeura stup�fait, saluant et chancelant.

� Oh! madame la comtesse, dit M. de Jussieu, vous ici! L�aimable surprise!

� Bonjour, cher botaniste, dit l�une des dames avec une familiarit� et une gr�ce toutes royales.

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