Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
Et il �treignit d�un tendre regard le regard amoureux de Lorenza, tout en abaissant lentement une main sur sa t�te.
En ce moment, Lorenza, qui semblait lire dans la pens�e de Balsamo comme dans un livre ouvert, poussa un long soupir, se souleva doucement et, avec la gracieuse lenteur du sommeil, vint attacher ses deux bras blancs et doux aux �paules de Balsamo, qui sentit son haleine parfum�e � deux doigts de ses l�vres.
� Oh! non, non! s��cria Balsamo en passant sa main sur son front br�lant et sur ses yeux �blouis; non, cette vie enivrante conduirait au d�lire; non, je ne pourrais r�sister toujours, et avec ce d�mon tentateur, avec cette sir�ne, la gloire, la puissance, l�immortalit� m��chapperaient. Non, non, elle se r�veillera, je le veux, il le faut.
�perdu, hors de lui, Balsamo repoussa vivement Lorenza, qui se d�tacha de lui et, comme un voile flottant comme une ombre, comme un flocon de neige, alla tomber sur le sofa.
La coquette la plus raffin�e n�e�t pas choisi, pour s�offrir aux regards de son amant, une pose plus enivrante.
Balsamo eut encore la force de faire quelques pas en s��loignant; mais, comme Orph�e, il se retourna; comme Orph�e, il fut perdu!
� Oh! si je la r�veille, pensa-t-il, la lutte va recommencer; si je la r�veille, elle se tuera, ou me tuera moi-m�me, ou me forcera de la tuer.
�Ab�me! Ab�me!
�Oui, la destin�e de cette femme est �crite, il me semble la lire en caract�res de feu: mort! amour!� Lorenza! Lorenza! tu es pr�destin�e � aimer et � mourir. Lorenza! Lorenza! je tiens ta vie et ton amour entre mes mains!�
Pour toute r�ponse, l�enchanteresse se souleva, marcha droit � Balsamo, tomba � ses pieds, et le regarda de ses yeux noy�s dans le sommeil et dans la volupt�; elle prit une de ses mains qu�elle appuya sur son c�ur.
� Mort! dit-elle tout bas, de ses l�vres humides et brillantes comme le corail qui sort de la mer, mort, mais amour!
Balsamo fit deux pas en arri�re, la t�te renvers�e, la main sur ses yeux.
Lorenza, haletante, le suivit sur ses genoux.
� Mort! r�p�ta-t-elle de sa voix enivrante, mais amour! amour! amour!
Balsamo ne put r�sister plus longtemps; un nuage de flamme l�enveloppa.
� Oh! dit-il, c�en est trop; aussi longtemps qu�un �tre humain peut lutter, je l�ai fait; d�mon ou ange de l�avenir, qui que tu sois, tu dois �tre content: j�ai sacrifi� assez longtemps � l��go�sme et � l�orgueil toutes les passions g�n�reuses qui bouillonnent en moi. Oh! non, non, je n�ai pas le droit de me r�volter ainsi contre le seul sentiment humain qui fermente au fond de mon c�ur. J�aime cette femme, je l�aime, et cet amour passionn� fait contre elle plus que ne ferait la haine la plus terrible. Cet amour lui donne la mort; oh! l�che, oh! fou f�roce que je suis; je ne sais pas m�me composer avec mes d�sirs. Quoi! lorsque je m�appr�terai � para�tre devant Dieu; moi, le trompeur, moi, le faux proph�te, lorsque je d�pouillerai mon manteau d�artifice et d�hypocrisie devant le souverain juge, je n�aurai pas une seule action g�n�reuse � m�avouer, pas un seul bonheur dont le souvenir vienne me consoler au milieu des souffrances �ternelles!
�Oh! non, non, Lorenza, je sais bien qu�en t�aimant je perds l�avenir; je sais bien que mon ange r�v�lateur va remonter aux cieux d�s que la femme descendra dans mes bras.
�Mais tu le veux, Lorenza, tu le veux!
� Mon bien-aim�! soupira-t-elle.
� Alors, tu acceptes cette vie factice, au lieu de la vie r�elle?
� Je la demande � deux genoux, je prie, je supplie; cette vie, c�est l�amour, c�est le bonheur.
� Et elle te suffira, une fois ma femme? car je t�aime ardemment, vois-tu.
� Oh! je le sais, je le sais, puisque je lis dans ton c�ur.
� Et jamais tu ne m�accuseras, ni devant les hommes ni devant Dieu, d�avoir surpris ta volont�, d�avoir tromp� ton c�ur?
� Jamais, jamais! oh! devant les hommes, devant Dieu, au contraire, je te remercierai de m�avoir donn� l�amour, le seul bien, la seule perle, le seul diamant de ce monde.
� Jamais tu ne regretteras tes ailes, pauvre colombe? car, sache-le bien, tu n�iras plus d�sormais dans les espaces radieux chercher pour moi, pr�s de J�hovah, le rayon de lumi�re qu�il mettait autrefois au front de ses proph�tes. Quand je voudrai savoir l�avenir, quand je voudrai commander aux hommes, h�las! h�las! ta voix ne me r�pondra plus. J�avais en toi � la fois la femme aim�e et le g�nie auxiliaire; je n�aurai plus que l�un des deux, et encore�
� Ah! tu doutes, tu doutes! s��cria Lorenza; je vois le doute comme une tache noire sur ton c�ur.
� Tu m�aimeras toujours, Lorenza?
� Toujours, toujours!
Balsamo passa sa main sur son front.
� Eh bien, soit, dit-il. D�ailleurs�
Il resta un instant enseveli dans sa pens�e.
� D�ailleurs, ai-je donc absolument besoin de celle-ci? continua-t-il. Est-elle seule au monde? Non, non; tandis que celle-ci me fera heureux, l�autre continuera de me faire riche et puissant. Andr�e est aussi pr�destin�e, aussi voyante que toi. Andr�e est jeune, pure, vierge, et je n�aime pas Andr�e; et cependant, pendant son sommeil, Andr�e m�est soumise comme toi; j�ai dans Andr�e une victime toute pr�te pour te remplacer et pour moi celle-l�, pour moi, c�est l��me vile du m�decin, et qui peut servir aux exp�riences; elle vole aussi loin, plus loin que toi, peut-�tre, dans les ombres de l�inconnu. Andr�e! Andr�e! je te prends pour ma royaut�. Lorenza, viens dans mes bras; je te garde pour mon amante et pour ma ma�tresse. Avec Andr�e je suis puissant; avec Lorenza je suis heureux. � partir de cette heure seulement, ma vie est compl�te et, moins l�immortalit�, j�ai r�alis� le r�ve d�Althotas; moins l�immortalit�, je suis l��gal des dieux!
Et, relevant Lorenza, il ouvrit sa poitrine haletante contre laquelle Lorenza vint s�enlacer aussi �troitement que s�enlace le lierre au ch�ne.
Chapitre 129. Amour
Une autre vie avait commenc� pour Balsamo, vie inconnue jusqu�alors � cette existence active, troubl�e, multiple. Depuis trois jours, pour lui plus de col�res, plus d�appr�hensions, plus de jalousies; depuis trois jours, il n�avait plus ou� parler de politique, de conspirations, ni de conspirateurs. Aupr�s de Lorenza, qu�il n�avait point quitt�e un seul instant, il avait oubli� le monde entier. Cet amour �trange, inou�, qui planait en quelque sorte au-dessus de l�humanit�, cet amour plein d�ivresse et de myst�re, cet amour de fant�me � car il ne pouvait se dissimuler que, d�un mot, il changerait sa douce amante en une ennemie implacable �, cet amour arrach� � la haine, gr�ce � un caprice inexplicable de la nature ou de la science, jetait Balsamo dans une f�licit� qui tenait tout � la fois de la stupeur et du d�lire.
Plus d�une fois, dans ces trois journ�es, se r�veillant des torpeurs opiac�es de l�amour, Balsamo regardait sa compagne, toujours souriante, toujours extatique; car d�sormais, dans l�existence qu�il venait de lui cr�er, il la reposait de sa vie factice avec l�extase, sommeil �galement menteur; et, quand il la voyait calme, douce, heureuse, l�appelant des noms les plus tendres et r�vant tout haut sa myst�rieuse volupt�, plus d�une fois il se demanda si Dieu ne s��tait point irrit� contre le titan moderne qui avait essay� de lui ravir ses secrets; s�il n�avait pas envoy� � Lorenza l�id�e de l�abuser par un mensonge, afin d�endormir sa vigilance et, cette vigilance une fois endormie, pour fuir et ne repara�tre que pareille � l�Eum�nide vengeresse.
Dans ces moments-l�, Balsamo doutait de cette science, re�ue par tradition de l�antiquit�, mais dont il n�avait pour preuve que des exemples.
Cependant, bient�t cette perp�tuelle flamme, bient�t cette soif de caresses le rassuraient.
� Si Lorenza avait dissimul�, se disait-il, si elle avait l�intention de me fuir, elle chercherait les occasions de m��loigner, elle trouverait des motifs de solitude; mais, loin de cela, ce sont toujours ses bras qui m�enferment comme une cha�ne inextricable; c�est toujours son regard br�lant qui me dit: �Ne t�en va pas�; c�est toujours sa douce voix qui me dit: �Reste.�