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Joseph Balsamo. Tome IV - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome IV

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Et Lorenza souriait toujours; et, tout en souriant, elle r�pondait aux paroles par d�ardentes caresses.

� Et cependant, murmura-t-elle comme si elle e�t vu au cr�ne de son amant chaque pens�e qui agitait les fibres de ce cerveau inquiet, et cependant tu doutes encore, Acharat. Tu doutes, comme tu l�as dit, que je puisse franchir le cercle de notre amour, tu doutes que je puisse voir � distance; mais tu te consoles en disant que, si je ne vois pas, elle verra, elle.

� Qui, elle?

� La femme blonde: veux-tu que je te dise son nom?

� Oui.

� Attends� Andr�e.

� Oui, c�est cela. Oui, tu lis dans ma pens�e; oui, une derni�re crainte me trouble. Vois-tu toujours � travers l�espace, l�espace f�t-il coup� par des obstacles mat�riels?

� Essaye.

� Donne-moi la main, Lorenza.

La jeune femme saisit passionn�ment la main de Balsamo.

� Peux-tu me suivre?

� Partout.

� Viens.

Et Balsamo sortant, par la pens�e, de la rue Saint-Claude, entra�na la pens�e de Lorenza avec lui.

� O� sommes-nous? demanda-t-il � Lorenza.

� Nous sommes sur une montagne, r�pondit la jeune femme.

� Oui, c�est cela, dit Balsamo en tressaillant de joie; mais que vois-tu?

� Devant moi? � gauche, ou � droite?

� Devant toi.

� Je vois une vaste vall�e avec une for�t d�un c�t�, une ville de l�autre, et une rivi�re qui les s�pare et va se perdre � l�horizon, en longeant la muraille d�un grand ch�teau.

� C�est cela, Lorenza. Cette for�t, c�est celle du V�sinet; cette ville, c�est Saint-Germain; ce ch�teau, c�est le ch�teau de Maisons. Entrons, entrons dans le pavillon qui est derri�re nous.

� Entrons.

� Que vois-tu?

� Ah! d�abord, dans l�antichambre, un petit n�gre bizarrement v�tu et mangeant des drag�es.

� Zamore, c�est cela. Entrons, entrons.

� Un salon vide, avec un splendide ameublement; des dessus de porte repr�sentant des d�esses et des Amours.

� Le salon est vide?

� Oui.

� Entrons, entrons toujours.

� Ah! nous sommes dans un adorable boudoir de satin bleu, broch� de fleurs aux couleurs naturelles.

� Est-il vide aussi?

� Non, une femme est couch�e sur un sofa.

� Quelle est cette femme?

� Attends.

� Ne te semble-t-il pas l�avoir d�j� vue?

� Oui, ici; c�est madame la comtesse du Barry.

� C�est cela, Lorenza, c�est cela; tu me rendras fou. Que fait cette femme?

� Elle pense � toi, Balsamo.

� � moi?

� Oui.

� Tu peux donc lire dans sa pens�e?

� Oui; car, je le r�p�te, elle pense � toi.

� Et � quel propos?

� Tu lui as fait une promesse.

� Oui; laquelle?

� Tu lui as promis cette eau de beaut� que V�nus, pour se venger de Sapho, avait donn�e � Phaon.

� C�est cela, c�est bien cela. Et que fait-elle tout en pensant?

� Elle prend une d�cision.

� Laquelle?

� Attends; elle �tend sa main vers sa sonnette; elle sonne; une autre jeune femme entre.

� Brune? blonde?

� Brune.

� Grande? petite?

� Petite.

� C�est sa s�ur. �coute ce qu�elle va dire.

� Elle veut qu�on mette les chevaux � la voiture.

� Pour aller o�?

� Pour venir ici.

� Tu en es s�re?

� Elle en donne l�ordre. Tiens, on ob�it; je vois les chevaux, le carrosse; dans deux heures, elle sera ici.

Balsamo tomba � genoux.

� Oh! s��cria-t-il, si dans deux heures elle est effectivement ici, je n�aurai plus rien � vous demander, mon Dieu, que d�avoir piti� de mon bonheur.

� Pauvre ami, dit-elle, tu craignais donc?

� Oui, oui.

� Et que pouvais-tu craindre? L�amour, qui compl�te l�existence physique, agrandit aussi l�existence morale. L�amour, comme toute passion g�n�reuse, rapproche de Dieu, et de Dieu vient toute lumi�re.

� Lorenza, Lorenza, tu me rendras fou de joie.

Et Balsamo laissa tomber sa t�te sur les genoux de la jeune femme.

Balsamo attendait une nouvelle preuve pour �tre compl�tement heureux.

Cette preuve, c��tait l�arriv�e de madame du Barry.

Ces deux heures d�attente furent courtes; la mesure du temps avait compl�tement disparu pour Balsamo.

Tout � coup la jeune femme tressaillit; elle tenait la main de Balsamo.

� Tu doutes, encore, dit-elle, et tu voudrais savoir o� elle est � ce moment?

� Oui, dit Balsamo, c�est vrai.

� Eh bien, elle suit le boulevard � grande course de chevaux, elle approche, elle entre dans la rue Saint-Claude, elle s�arr�te devant la porte, elle frappe.

La chambre o� tous deux �taient enferm�s �tait si retir�e, si sourde, que le bruit du marteau de cuivre n�arriva point jusqu�� la porte.

Mais Balsamo, dress� sur un genou, ne demeura pas moins �coutant.

Deux coups frapp�s par Fritz le firent bondir; deux coups, on se le rappelle, �taient le signal d�une visite importante.

� Oh! dit-il, c�est donc vrai!

� Va t�en assurer, Balsamo; mais reviens vite.

Balsamo s��lan�a vers la chemin�e.

� Laisse-moi te reconduire, dit Lorenza, jusqu�� la porte de l�escalier.

� Viens.

Tous deux repass�rent dans la chambre aux fourrures.

� Tu ne quitteras pas cette chambre? demanda Balsamo.

� Non, puisque je t�attends. Oh! sois tranquille, cette Lorenza qui t�aime n�est pas, tu le sais bien, la Lorenza que tu crains. D�ailleurs�

Elle s�arr�ta en souriant.

� Quoi? demanda Balsamo.

� Ne vois-tu donc pas dans mon �me comme je vois dans la tienne?

� H�las! non.

� D�ailleurs, ordonne-moi de dormir jusqu�� ton retour; ordonne-moi de rester immobile sur ce sofa, et je dormirai, et je resterai immobile.

� Eh bien, soit, ma Lorenza ch�rie, dors et attends-moi.

Lorenza, luttant d�j� contre le sommeil, colla dans un dernier baiser ses l�vres contre les l�vres de Balsamo, et s�en alla chancelante tomber � demi renvers�e sur le sofa, en murmurant:

� � bient�t, mon Balsamo, � bient�t, n�est-ce pas?

Balsamo la salua de la main; Lorenza dormait d�j�.

Mais si belle, si pure avec ses longs cheveux d�nou�s, sa bouche entrouverte, la rougeur f�brile de ses joues et ses yeux noy�s � mais si loin de ressembler � une femme, que Balsamo revint pr�s d�elle, lui prit la main, baisa ses bras et son cou, mais n�osa baiser ses l�vres.

Deux autres coups retentirent; la dame s�impatientait, ou Fritz craignait que son ma�tre n�e�t pas entendu.

Balsamo s��lan�a vers la porte.

Comme il la refermait derri�re lui, il crut entendre un second craquement pareil � celui qu�il avait d�j� entendu; il rouvrit la porte, regarda autour de lui et ne vit rien.

Rien que Lorenza couch�e et haletante sous le poids de son amour.

Balsamo ferma la porte et courut vers le salon sans inqui�tude, sans crainte, sans pressentiment, emportant le paradis dans son c�ur.

Balsamo se trompait: ce n��tait pas seulement l�amour qui oppressait la poitrine de Lorenza et faisait son souffle haletant.

C��tait une esp�ce de r�ve, qui semblait tenir � cette l�thargie dans laquelle elle �tait plong�e, l�thargie si voisine de la mort.

Lorenza r�vait, et, dans le hideux miroir des sinistres songes, il lui semblait voir au milieu de l�obscurit� qui commen�ait � tout assombrir, il lui semblait voir le plafond de ch�ne s�ouvrir circulairement, et quelque chose comme une grande rosace s�en d�tacher et descendre avec un mouvement �gal, lent, mesur�, accompagn� d�un sifflement lugubre; il lui semblait que l�air lui manquait peu � peu, comme si elle e�t �t� pr�s d��tre �touff�e sous la pression de ce cercle mouvant.

Il lui semblait enfin, sur cette esp�ce de trappe mobile, voir s�agiter quelque chose d�informe comme le Caliban de La Temp�te, un monstre � visage humain � un vieillard � dont les yeux et les bras seuls �taient vivants, et qui la regardait avec ses yeux effrayants, et qui tendait vers elle ses bras d�charn�s.

Et elle, la pauvre enfant, elle se tordait en vain sans pouvoir fuir, sans rien deviner du danger qui la mena�ait, sans rien sentir, sinon l��treinte de deux crampons vivants dont l�extr�mit� saisissait sa robe blanche, l�enlevait � son sofa et la transportait sur la trappe, qui remontait lentement, lentement vers le plafond, avec ce grincement lugubre du fer glissant contre le fer, et un rire hideux, strident, qui s��chappait de la bouche hideuse de ce monstre � face humaine qui l�emportait vers le ciel, sans secousse et sans douleur.

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