Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
Aussit�t cette volont� formul�e dans l�esprit de Balsamo, un courant magn�tique s��tait �tabli entre lui et la jeune femme, laquelle, ob�issant � l�ordre qu�elle recevait par intuition, s��tait lev�e et retir�e sans que personne s�oppos�t � son d�part.
M. de Sartine, le soir m�me, se mit au lit et se fit saigner; la r�volution avait �t� trop forte pour qu�il put la supporter impun�ment, et un quart d�heure de plus, assura le m�decin, il e�t succomb� � une attaque d�apoplexie.
Pendant ce temps, Balsamo avait reconduit la comtesse � son carrosse, et avait essay� de prendre cong� d�elle; mais elle n��tait pas femme � le quitter ainsi sans savoir, ou tout au moins sans chercher � savoir le mot de l��trange �v�nement qui venait de s�accomplir sous ses yeux.
Elle pria donc le comte de monter pr�s d�elle; le comte ob�it, et un piqueur emmena Dj�rid en main.
� Vous voyez, comte, si je suis loyale, dit-elle, et si, quand j�ai appel� quelqu�un mon ami, j�ai dit la parole avec la bouche ou avec le c�ur. J�allais retourner � Luciennes, o� le roi m�a dit qu�il devait venir me voir demain matin; mais votre lettre est venue et j�ai tout quitt� pour vous. Beaucoup se fussent �pouvant�s de ces mots de conspirations et de conspirateurs que M. de Sartine nous jetait au visage; mais je vous ai regard� avant que d�agir et j�ai fait selon vos v�ux.
� Madame, r�pondit Balsamo, vous avez pay� amplement le faible service que j�ai pu vous rendre; mais avec moi rien n�est perdu; je sais �tre reconnaissant, vous vous en apercevrez. Ne croyez pas cependant que je sois un coupable, un conspirateur, comme dit M. de Sartine. Ce cher magistrat avait re�u des mains de quelqu�un qui me trahit ce coffret plein de mes petits secrets chimiques, secrets, madame la comtesse, que je veux vous faire partager, pour que vous conserviez cette immortelle, cette splendide beaut�, cette �blouissante jeunesse. Or, voyant les chiffres de mes formules, le cher M. de Sartine a appel� � son aide la chancellerie, laquelle, pour ne pas se laisser prendre en d�faut, a interpr�t� mes chiffres � sa mani�re. Je crois vous l�avoir dit une fois, madame, le m�tier n�est pas encore affranchi de tous les p�rils qui l�entouraient au Moyen �ge; il n�y a que les esprits intelligents et jeunes comme le v�tre qui lui soient favorables. Bref, madame, vous m�avez sauv� d�un embarras; je vous en t�moigne et vous en prouverai ma reconnaissance.
� Mais que vous e�t-il donc fait si je ne fusse pas venue � votre secours?
� Il m�e�t, pour faire pi�ce au roi Fr�d�ric, que Sa Majest� d�teste, renferm� � Vincennes ou � la Bastille. J�en serais sorti, je le sais bien, gr�ce � mon proc�d� pour fondre la pierre sous le souffle; mais j�eusse perdu � cela mon coffret, qui renferme, j�ai eu l�honneur de vous le dire, beaucoup de curieuses et d�impayables formules, arrach�es par un heureux hasard de la science aux �ternelles t�n�bres.
� Ah! comte, vous me rassurez et me charmez tout � la fois. Vous me promettez donc un philtre pour rajeunir?
� Oui.
� Et quand me le donnerez-vous?
� Oh! nous ne sommes pas press�s. Vous me le demanderez dans vingt ans, belle comtesse. Maintenant, je pense que vous n�avez pas envie de redevenir enfant.
� Vous �tes un homme charmant, en v�rit�; mais une derni�re question et je vous laisse, car vous me semblez fort press�.
� Parlez, comtesse.
� Vous m�avez dit que quelqu�un vous avait trahi: est-ce un homme ou une femme?
� C�est une femme.
� Ah! ah! comte: de l�amour!
� H�las! oui, doubl� d�une jalousie qui va jusqu�� la rage, et qui produit les beaux effets que vous avez vus; voil� une femme qui, n�osant me donner un coup de couteau, parce qu�elle sait qu�on ne me tue pas, a voulu me faire enterrer dans une prison ou me ruiner.
� Comment, vous ruiner?
� Elle le croyait du moins.
� Comte, je fais arr�ter, dit la comtesse en riant. Est-ce donc au vif-argent qui court dans vos veines que vous devez cette immortalit� qui fait qu�on vous d�nonce au lieu de vous tuer? Faut-il que je vous descende ici ou que je vous reconduise chez vous?
� Non, madame; ce serait trop de bont� � vous que de vous d�ranger pour moi de votre chemin. J�ai l� mon cheval Dj�rid.
� Ah! ce merveilleux animal qui d�passe, dit-on, le vent � la course?
� Je vois qu�il vous pla�t, madame.
� C�est un magnifique coursier, en effet.
� Permettez-moi de vous l�offrir, � cette condition que vous le monterez seule.
� Oh! non, merci; je ne monte pas � cheval, ou du moins j�y monte fort timidement. Votre intention a donc pour moi tout le m�rite du pr�sent. Adieu, cher comte, n�oubliez pas, dans dix ans, mon philtre r�g�n�rateur.
� J�ai dit vingt ans.
� Comte, vous connaissez le proverbe: �J�aime mieux tenir�� Et m�me, si vous pouvez me le donner dans cinq ans� On ne sait pas ce qui peut arriver.
� Quand il vous plaira, comtesse. Ne savez-vous pas que je suis tout � vous?
� Un dernier mot, comte.
� J��coute, madame.
� Il faut que je vous aie en bien grande confiance pour vous l�adresser.
Balsamo, qui avait d�j� mis pied � terre, surmonta son impatience et se rapprocha de la comtesse.
� On dit partout, continua madame du Barry, que le roi a du go�t pour cette petite Taverney.
� Ah! madame, dit Balsamo, est-ce possible?
� Un go�t fort vif, � ce qu�on pr�tend. Il faut que vous me le disiez: si cela est vrai, comte, ne me m�nagez pas; comte, traitez-moi en amie, je vous en conjure; comte, dites-moi la v�rit�.
� Madame, r�pliqua Balsamo, je ferai plus; je vous garantis, moi, que jamais mademoiselle Andr�e ne sera la ma�tresse du roi.
� Et pourquoi cela, comte? s��cria madame du Barry.
� Parce que je ne le veux pas, dit Balsamo.
� Oh! fit madame du Barry, incr�dule.
� Vous doutez?
� N�est-ce point permis?
� Ne doutez jamais de la science, madame. Vous m�avez cru quand j�ai dit oui; quand je dis non, croyez-moi.
� Mais enfin vous avez donc des moyens�?
Elle s�arr�ta en souriant.
� Achevez.
� Des moyens capables d�annihiler la volont� du roi ou de combattre ses caprices?
Balsamo sourit.
� Je cr�e des sympathies, dit-il.
� Oui, je sais cela.
� Vous y croyez m�me.
� J�y crois.
� Eh bien, je cr�erai de m�me des r�pugnances, et, au besoin, des impossibilit�s. Ainsi tranquillisez-vous, comtesse, je veille.
Balsamo r�pandait tous ces lambeaux de phrases avec un �garement que madame du Barry n�e�t pas pris, comme elle le prit, pour de la divination, si elle eut connu toute la soif fi�vreuse qu�avait Balsamo de retrouver Lorenza au plus vite.
� Allons, dit-elle, d�cid�ment, comte, vous �tes non seulement mon proph�te de bonheur, mais encore mon ange gardien. Comte, faites-y bien attention, je vous d�fendrai, d�fendez-moi. Alliance! alliance!
� C�est fait, madame, r�pliqua Balsamo.
Et il baisa encore une fois la main de la comtesse.
Puis, refermant la porti�re du carrosse, que la comtesse avait fait arr�ter aux Champs-�lys�es, il monta sur son cheval, qui hennit de joie, et disparut bient�t dans l�ombre de la nuit.
� � Luciennes! cria madame du Barry consol�e.
Balsamo, cette fois, fit entendre un l�ger sifflement, pressa l�g�rement les genoux et enleva Dj�rid, qui partit au galop.
Cinq minutes apr�s, il �tait dans le vestibule de la rue Saint-Claude, regardant Fritz.
� Eh bien? demanda-t-il avec anxi�t�.
� Oui, ma�tre, r�pondit le domestique, qui avait l�habitude de lire dans son regard.
� Elle est rentr�e?
� Elle est l�-haut.
� Dans quelle chambre?
� Dans la chambre aux fourrures.
� Dans quel �tat?
� Oh! bien fatigu�e; elle courait si rapidement que, moi qui la vis venir de loin, parce que je la guettais, je n�eus pas m�me le temps de courir au devant d�elle.