Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
Le roi mourra-t-il et madame du Barry n�est-elle qu�une courtisane ex�crable et honteuse?
Voil� pourquoi Versailles, � huit heures du soir, le 9 mai de l�ann�e 1774, pr�sentait un si curieux, un si int�ressant spectacle.
Sur la place d�Armes, devant le palais, quelques groupes s��taient form�s devant les grilles, groupes bienveillants et empress�s de savoir des nouvelles.
C��taient des bourgeois de Versailles ou de Paris, qui, avec toute la politesse imaginable, demandaient des nouvelles du roi aux gardes du corps qui arpentaient silencieusement la cour d�honneur, les mains derri�re le dos.
Peu � peu ces groupes se dispers�rent: les gens de Paris prirent place dans les pataches pour rentrer paisiblement chez eux; les gens de Versailles, s�rs d�avoir les nouvelles de premi�re main, rentr�rent �galement dans leurs maisons.
On ne vit plus dans la ville que les patrouilles du guet qui faisaient leur devoir un peu plus mollement que de coutume et ce monde gigantesque qu�on appelle le palais de Versailles s�ensevelit peu � peu dans la nuit et le silence, comme le monde un peu plus grand qui le contient.
� l�angle de la rue bord�e d�arbres qui fait face au palais, sur un banc de pierre et sous le feuillage d�j� touffu des marronniers, un homme d�un �ge avanc� �tait assis ce soir-l�, le visage tourn� vers le ch�teau, sa canne servant d�appui � ses deux mains, qui � leur tour servaient d�appui � sa t�te pensive et po�tique. C��tait pourtant un vieillard courb�, maladif, mais dont l��il lan�ait encore une flamme et dont la pens�e flamboyait plus ardente encore que les yeux.
Il s��tait ab�m� dans sa contemplation, dans ses soupirs, ne voyant pas, � l�extr�mit� de la place, un autre personnage qui, apr�s avoir regard� curieusement aux grilles et questionn� les gardes du corps, traversait diagonalement l�esplanade et venait droit au banc avec l�intention de s�y reposer.
Ce personnage �tait un homme jeune, aux pommettes saillantes, au front d�prim�, au nez aquilin, tortu, au sourire sardonique. Tout en marchant vers le banc de pierre, il ricanait, bien que seul, faisant �cho par ce rire � quelque secr�te pens�e.
� trois pas du banc, il aper�ut le vieillard et s��carta, tout en cherchant � le reconna�tre de son �il oblique; seulement, il craignait que son regard n�e�t �t� interpr�t�.
� Monsieur prend le frais? dit-il en se rapprochant par un mouvement brusque.
Le vieillard leva la t�te.
� Eh! s��cria le jeune homme, c�est mon illustre ma�tre.
� Et vous �tes mon jeune praticien, dit le vieillard.
� Voulez-vous me permettre de m�asseoir � vos c�t�s?
� Tr�s volontiers, monsieur.
Et le vieillard fit place au nouveau venu.
� Il para�t que le roi va mieux, dit le jeune homme. On se r�jouit.
Et il poussa un nouvel �clat de rire.
Le vieillard ne r�pondit pas.
� Toute la journ�e, continua le jeune homme, les carrosses ont roul� de Paris � Rueil et de Rueil � Versailles� La comtesse du Barry va �pouser le roi sit�t qu�il sera r�tabli.
Et il termina sa phrase par un �clat de rire plus bruyant que le premier.
Le vieillard ne r�pondit pas encore cette fois.
� Pardonnez-moi si je ris de la sorte, continua le jeune homme avec un mouvement plein d�irritation nerveuse; c�est qu�un bon Fran�ais, voyez vous, aime son roi, et mon roi se porte mieux.
� Ne plaisantez pas ainsi sur ce sujet, monsieur, dit doucement le vieillard; c�est toujours un malheur pour quelqu�un que la mort d�un homme, c�est souvent pour tous un grand malheur que la mort d�un roi.
� M�me la mort de Louis XV? interrompit le jeune homme avec ironie. Oh! mon cher ma�tre, vous! un si puissant philosophe, vous soutenez une th�se pareille!� Oh! je connais l��nergie et l�habilet� de vos paradoxes, mais je ne vous fais pas gr�ce de celui-l��
Le vieillard secoua la t�te.
� Et, d�ailleurs, ajouta le jeune homme, pourquoi penser � la mort du roi? Qui en parle? Le roi a la petite v�role, nous savons tous ce que c�est; il a pr�s de lui Bordeu et La Martini�re, qui sont d�habiles gens� Je parie bien que Louis le Bien-Aim� en r�chappera, mon cher ma�tre; seulement, cette fois, le peuple fran�ais ne s��touffe pas dans les �glises � faire des neuvaines comme du temps de la premi�re maladie� �coutez donc, tout s�use.
� Silence! dit le vieillard en tressaillant, silence! car, je vous le dis, vous parlez d�un homme sur qui Dieu �tend son doigt en ce moment�
Le jeune homme, surpris de ce langage �trange, regarda de c�t� son interlocuteur, dont les yeux ne quittaient pas la fa�ade du ch�teau.
� Vous savez donc des nouvelles plus positives? demanda-t-il.
� Regardez, dit le vieillard en montrant du doigt une des fen�tres du palais; que voyez-vous l�-bas?
� Une fen�tre �clair�e� Est-ce cela?
� Oui� mais comment �clair�e?
� Par une bougie plac�e dans une petite lanterne.
� Pr�cis�ment.
� Eh bien?
� Eh bien, jeune homme, savez-vous ce que repr�sente la flamme de cette bougie?
� Non, monsieur.
� Elle repr�sente la vie du roi.
Le jeune homme regarda plus fixement le vieillard, comme pour s�assurer qu�il jouissait de toute sa raison.
� Un de mes amis, M. de Jussieu, continua le vieillard, a plac� l� cette bougie, qui br�lera tant que le roi vivra.
� C�est un signal, alors?
� Un signal que le successeur de Louis XV couve des yeux l�-bas, derri�re quelque rideau. Ce signal, qui avertit les ambitieux du moment o� commencera leur r�gne, avertit un pauvre philosophe comme moi du moment o� Dieu souffle sur un si�cle et sur une existence.
Le jeune homme tressaillit � son tour et se rapprocha sur le banc de son interlocuteur.
� Oh! dit le vieillard, regardez bien cette nuit, jeune homme; voyez ce qu�elle renferme de nuages et de temp�tes� L�aurore qui lui succ�dera, je la verrai sans doute, car je ne suis pas assez vieux pour ne pas voir le jour de demain. Mais un r�gne va peut-�tre commencer, que vous verrez jusqu�� la fin, vous, et qui renferme, comme cette nuit� des myst�res que, moi, je ne verrai pas� Il n�est donc pas sans int�r�t pour mon regard, le feu de cette bougie tremblotante dont je viens de vous expliquer le sens.
� C�est vrai, murmura le jeune homme, c�est vrai, mon ma�tre.
� Louis XIV, continua le vieillard, a r�gn� soixante-treize ans; combien Louis XV r�gnera-t-il?
� Ah! s��cria le jeune homme en montrant du doigt la fen�tre qui venait tout � coup de s�ensevelir dans l�obscurit�.
� Le roi est mort! dit le vieillard en se levant avec une sorte d�effroi.
Et tous deux gard�rent le silence pendant quelques minutes.
Tout � coup, un carrosse attel� de huit chevaux partit au galop de la cour du palais. Deux piqueurs le pr�c�daient, tenant chacun une torche � la main. Dans le carrosse �taient le dauphin, Marie-Antoinette et Madame Elisabeth, s�ur du roi. La lumi�re des flambeaux �clairait sinistrement leurs visages p�les. Le carrosse vint passer pr�s des deux hommes, � dix pas du banc.
� Vive le roi Louis XVI! Vive la reine! cria le jeune homme d�une voix stridente, comme s�il insultait cette majest� nouvelle au lieu de la saluer.
Le dauphin salua; la reine montra son visage triste et s�v�re. Le carrosse disparut.
� Mon cher monsieur Rousseau, dit alors le jeune homme, voil� madame du Barry veuve.
� Demain, elle sera exil�e, dit le vieillard. Adieu, monsieur Marat�