Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
Chapitre 130. Le philtre
Comme l�avait pr�dit Lorenza, c��tait madame du Barry qui venait de frapper � la porte.
La belle courtisane avait �t� introduite dans le salon. Elle attendait Balsamo en feuilletant ce livre curieux de la mort, grav� � Mayence, et dont les planches, dessin�es avec un art merveilleux, montrent la mort pr�sidant � toutes les actions de la vie de l�homme, l�attendant � la porte du bal o� il vient de serrer la main de la femme qu�il aime, l�attirant au fond de l�eau dans laquelle il se baigne, ou se cachant dans le canon du fusil qu�il emporte � la chasse.
Madame du Barry en �tait � la planche qui repr�sente une belle femme se fardant et se mirant, lorsque Balsamo poussa la porte et vint la saluer avec le sourire du bonheur �panoui sur tout son visage.
� Pardonnez-moi, madame, de vous avoir fait attendre, mais j�avais mal calcul� la distance ou je connaissais mal la vitesse de vos chevaux, je vous croyais encore � la place Louis XV.
� Comment cela? demanda la comtesse; vous saviez donc que j�arrivais?
� Oui, madame; il y a deux heures � peu pr�s que je vous ai vue dans votre boudoir de satin bleu, donnant des ordres pour qu�on m�t les chevaux � la voiture.
� Et vous dites que j��tais dans mon boudoir de satin bleu?
� Broch� de fleurs aux couleurs naturelles. Oui, comtesse, couch�e sur un sofa. Une bienheureuse id�e vous est alors pass�e par la t�te; vous vous �tes dit: �Allons voir le comte de F�nix.� Vous avez sonn� alors.
� Et qui est entr�?
� Votre s�ur, comtesse. Est-ce cela? Vous l�avez pri�e de transmettre vos ordres, qui aussit�t ont �t� ex�cut�s.
� En v�rit�, comte, vous �tes sorcier! Est-ce que vous regardez comme cela dans mon boudoir � tous les instants du jour? C�est qu�il faudrait me pr�venir, entendez-vous bien!
� Oh! soyez tranquille, comtesse, je ne regarde que par les portes ouvertes.
� Et, en regardant par les portes ouvertes, vous avez vu que je pensais � vous?
� Certes, et � bonne intention m�me.
� Oh! vous avez raison, cher comte; j�ai pour vous les meilleures intentions du monde; mais avouez que vous m�ritez plus que des intentions, vous si bon, si utile; vous qui paraissez destin� � jouer dans ma vie le r�le de tuteur, c�est-�-dire le r�le le plus difficile que je connaisse.
� En v�rit�, madame, vous me rendez bien heureux; j�ai donc pu vous �tre de quelque utilit�?
� Comment!� vous �tes devin, et vous ne devinez pas?
� Laissez-moi au moins le m�rite d��tre modeste.
� Soit, mon cher comte; je vais, en cons�quence, vous parler d�abord de ce que j�ai fait pour vous.
� Je ne le souffrirai pas, madame; parlons de vous, au contraire, je vous en supplie.
� Eh bien, mon cher comte, commencez par me pr�ter cette pierre qui rend invisible; car il m�a sembl� reconna�tre dans mon voyage, si rapide qu�il f�t, un des grisons de M. de Richelieu.
� Et ce grison, madame?�
� Suivait ma voiture avec un coureur.
� Que pensez-vous de cette circonstance, et dans quel but le duc vous faisait-il suivre?
� Dans le but de me jouer quelque m�chant tour de sa fa�on. Si modeste que vous soyez, monsieur le comte de F�nix, croyez que Dieu vous a dou� d�assez d�avantages personnels pour rendre un roi jaloux� de mes visites chez vous, ou de vos visites chez moi.
� M. de Richelieu, madame, r�pondit Balsamo, ne peut �tre dangereux pour vous en aucune rencontre.
� Mais il l��tait, cher comte, il l��tait cependant avant l��v�nement.
Balsamo comprit qu�il y avait l� un secret que Lorenza ne lui avait point encore r�v�l�. Il ne se hasarda point, en cons�quence, sur le terrain de l�inconnu, et se contenta de r�pondre par un sourire.
� Il l��tait, r�p�ta la comtesse, et j�ai failli �tre la victime de la trame la mieux ourdie, dans laquelle vous �tiez pour quelque chose, comte.
� Moi! dans une trame contre vous? Jamais, madame!
� N��tait-ce donc pas vous qui aviez donn� � M. de Richelieu le philtre?
� Quel philtre?
� Un philtre qui fait aimer �perdument.
� Non, madame; ces philtres-l�, M. de Richelieu les compose lui-m�me, car il en conna�t d�s longtemps la recette; je ne lui ai remis, moi, qu�un simple narcotique.
� Ah! vraiment?
� Sur l�honneur.
� Et M. le duc, attendez donc, M. le duc est venu vous demander ce narcotique, quel jour? Rappelez-vous bien la date, monsieur, c�est important.
� Madame, ce fut samedi dernier. La veille du jour o� j�eus l�honneur de vous adresser par Fritz ce petit billet qui vous priait de venir me retrouver chez M. de Sartine.
� La veille de ce jour, s��cria la comtesse, la veille du jour o� le roi fut vu se rendant chez la petite Taverney? Oh! tout m�est expliqu� maintenant.
� Alors, si tout vous est expliqu�, vous voyez que je n�y suis que pour le narcotique.
� Oui, c�est le narcotique qui nous a sauv�s.
Balsamo attendit cette fois, il ignorait tout.
� Je suis heureux, madame, r�pondit-il, de vous �tre bon � quelque chose, m�me sans intention.
� Oh! vous m��tes excellent toujours. Mais vous pouvez plus encore pour moi que vous n�avez fait jusqu�� pr�sent. Oh! docteur, j�ai �t� bien malade, politiquement parlant, et, � l�heure qu�il est, c�est � peine si je crois � ma convalescence.
� Madame, dit Balsamo, le docteur, puisque docteur il y a, demande toujours des d�tails sur la maladie qu�il a � traiter. Veuillez me donner les d�tails les plus exacts sur ce que vous avez �prouv�, et, s�il est possible, n�oubliez aucun sympt�me.
� Rien de plus simple, cher docteur, ou cher sorcier, comme vous voudrez. La veille du jour o� ce narcotique fut employ�, Sa Majest� avait refus� de m�accompagner � Luciennes. Elle �tait rest�e, sous pr�texte de fatigue, � Trianon, cette menteuse Majest�, et cela pour souper, je l�ai su depuis, entre le duc de Richelieu et le baron de Taverney.
� Ah! ah!
� Vous comprenez, � votre tour. Ce fut pendant ce souper que le philtre d�amour fut vers� au roi. Il en tenait d�j� pour mademoiselle Andr�e; on savait qu�il ne me verrait pas le lendemain. C��tait donc � l�endroit de cette petite qu�il devait op�rer.
� Eh bien?
� Eh bien, il op�ra, voil� tout.
� Qu�est-il arriv� alors?
� Voil� ce qui est difficile � savoir positivement. Des gens bien inform�s ont vu Sa Majest� se dirigeant vers les communs, c�est-�-dire vers l�appartement de mademoiselle Andr�e.
� Je sais o� elle demeure; mais ensuite?
� Ah! ensuite, peste! comme vous y allez, comte! On ne suit pas sans danger un roi qui se cache.
� Mais enfin?
� Enfin, tout ce que je puis vous dire, c�est que Sa Majest�, par une affreuse nuit d�orage, revint � Trianon, p�le, tremblante, et avec une fi�vre qui tenait du d�lire.
� Et vous croyez, demanda Balsamo en souriant, que ce n��tait pas de l�orage seulement que le roi avait eu peur?
� Non; car le valet de chambre l�entendit s��crier plusieurs fois: �Morte! morte! morte!�
� Oh! fit Balsamo.
� C��tait le narcotique, continua madame du Barry; rien ne fait peur au roi comme les morts, et, apr�s les morts, comme l�image de la mort. Il a trouv� mademoiselle de Taverney endormie d�un sommeil �trange, il l�aura crue morte.
� Oui, oui, morte en effet, dit Balsamo, qui se rappelait avoir fui sans r�veiller Andr�e, morte ou du moins pr�sentant toutes les apparences de la mort. C�est cela! c�est cela! Apr�s, madame, apr�s?
� Nul ne sut donc ce qui se passa dans cette nuit, ou plut�t dans le commencement de cette nuit. � sa rentr�e chez lui seulement, le roi fut pris d�une fi�vre violente et de tressaillements nerveux qui ne se pass�rent que le lendemain, lorsque madame la dauphine eut l�id�e de faire ouvrir chez le roi, et de montrer � Sa Majest� un beau soleil �clairant des figures riantes. Alors toutes ces visions inconnues disparurent avec la nuit qui les avait enfant�es.