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Joseph Balsamo. Tome IV - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome IV

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Chapitre 130. Le philtre

Comme l�avait pr�dit Lorenza, c��tait madame du Barry qui venait de frapper � la porte.

La belle courtisane avait �t� introduite dans le salon. Elle attendait Balsamo en feuilletant ce livre curieux de la mort, grav� � Mayence, et dont les planches, dessin�es avec un art merveilleux, montrent la mort pr�sidant � toutes les actions de la vie de l�homme, l�attendant � la porte du bal o� il vient de serrer la main de la femme qu�il aime, l�attirant au fond de l�eau dans laquelle il se baigne, ou se cachant dans le canon du fusil qu�il emporte � la chasse.

Madame du Barry en �tait � la planche qui repr�sente une belle femme se fardant et se mirant, lorsque Balsamo poussa la porte et vint la saluer avec le sourire du bonheur �panoui sur tout son visage.

� Pardonnez-moi, madame, de vous avoir fait attendre, mais j�avais mal calcul� la distance ou je connaissais mal la vitesse de vos chevaux, je vous croyais encore � la place Louis XV.

� Comment cela? demanda la comtesse; vous saviez donc que j�arrivais?

� Oui, madame; il y a deux heures � peu pr�s que je vous ai vue dans votre boudoir de satin bleu, donnant des ordres pour qu�on m�t les chevaux � la voiture.

� Et vous dites que j��tais dans mon boudoir de satin bleu?

� Broch� de fleurs aux couleurs naturelles. Oui, comtesse, couch�e sur un sofa. Une bienheureuse id�e vous est alors pass�e par la t�te; vous vous �tes dit: �Allons voir le comte de F�nix.� Vous avez sonn� alors.

� Et qui est entr�?

� Votre s�ur, comtesse. Est-ce cela? Vous l�avez pri�e de transmettre vos ordres, qui aussit�t ont �t� ex�cut�s.

� En v�rit�, comte, vous �tes sorcier! Est-ce que vous regardez comme cela dans mon boudoir � tous les instants du jour? C�est qu�il faudrait me pr�venir, entendez-vous bien!

� Oh! soyez tranquille, comtesse, je ne regarde que par les portes ouvertes.

� Et, en regardant par les portes ouvertes, vous avez vu que je pensais � vous?

� Certes, et � bonne intention m�me.

� Oh! vous avez raison, cher comte; j�ai pour vous les meilleures intentions du monde; mais avouez que vous m�ritez plus que des intentions, vous si bon, si utile; vous qui paraissez destin� � jouer dans ma vie le r�le de tuteur, c�est-�-dire le r�le le plus difficile que je connaisse.

� En v�rit�, madame, vous me rendez bien heureux; j�ai donc pu vous �tre de quelque utilit�?

� Comment!� vous �tes devin, et vous ne devinez pas?

� Laissez-moi au moins le m�rite d��tre modeste.

� Soit, mon cher comte; je vais, en cons�quence, vous parler d�abord de ce que j�ai fait pour vous.

� Je ne le souffrirai pas, madame; parlons de vous, au contraire, je vous en supplie.

� Eh bien, mon cher comte, commencez par me pr�ter cette pierre qui rend invisible; car il m�a sembl� reconna�tre dans mon voyage, si rapide qu�il f�t, un des grisons de M. de Richelieu.

� Et ce grison, madame?�

� Suivait ma voiture avec un coureur.

� Que pensez-vous de cette circonstance, et dans quel but le duc vous faisait-il suivre?

� Dans le but de me jouer quelque m�chant tour de sa fa�on. Si modeste que vous soyez, monsieur le comte de F�nix, croyez que Dieu vous a dou� d�assez d�avantages personnels pour rendre un roi jaloux� de mes visites chez vous, ou de vos visites chez moi.

� M. de Richelieu, madame, r�pondit Balsamo, ne peut �tre dangereux pour vous en aucune rencontre.

� Mais il l��tait, cher comte, il l��tait cependant avant l��v�nement.

Balsamo comprit qu�il y avait l� un secret que Lorenza ne lui avait point encore r�v�l�. Il ne se hasarda point, en cons�quence, sur le terrain de l�inconnu, et se contenta de r�pondre par un sourire.

� Il l��tait, r�p�ta la comtesse, et j�ai failli �tre la victime de la trame la mieux ourdie, dans laquelle vous �tiez pour quelque chose, comte.

� Moi! dans une trame contre vous? Jamais, madame!

� N��tait-ce donc pas vous qui aviez donn� � M. de Richelieu le philtre?

� Quel philtre?

� Un philtre qui fait aimer �perdument.

� Non, madame; ces philtres-l�, M. de Richelieu les compose lui-m�me, car il en conna�t d�s longtemps la recette; je ne lui ai remis, moi, qu�un simple narcotique.

� Ah! vraiment?

� Sur l�honneur.

� Et M. le duc, attendez donc, M. le duc est venu vous demander ce narcotique, quel jour? Rappelez-vous bien la date, monsieur, c�est important.

� Madame, ce fut samedi dernier. La veille du jour o� j�eus l�honneur de vous adresser par Fritz ce petit billet qui vous priait de venir me retrouver chez M. de Sartine.

� La veille de ce jour, s��cria la comtesse, la veille du jour o� le roi fut vu se rendant chez la petite Taverney? Oh! tout m�est expliqu� maintenant.

� Alors, si tout vous est expliqu�, vous voyez que je n�y suis que pour le narcotique.

� Oui, c�est le narcotique qui nous a sauv�s.

Balsamo attendit cette fois, il ignorait tout.

� Je suis heureux, madame, r�pondit-il, de vous �tre bon � quelque chose, m�me sans intention.

� Oh! vous m��tes excellent toujours. Mais vous pouvez plus encore pour moi que vous n�avez fait jusqu�� pr�sent. Oh! docteur, j�ai �t� bien malade, politiquement parlant, et, � l�heure qu�il est, c�est � peine si je crois � ma convalescence.

� Madame, dit Balsamo, le docteur, puisque docteur il y a, demande toujours des d�tails sur la maladie qu�il a � traiter. Veuillez me donner les d�tails les plus exacts sur ce que vous avez �prouv�, et, s�il est possible, n�oubliez aucun sympt�me.

� Rien de plus simple, cher docteur, ou cher sorcier, comme vous voudrez. La veille du jour o� ce narcotique fut employ�, Sa Majest� avait refus� de m�accompagner � Luciennes. Elle �tait rest�e, sous pr�texte de fatigue, � Trianon, cette menteuse Majest�, et cela pour souper, je l�ai su depuis, entre le duc de Richelieu et le baron de Taverney.

� Ah! ah!

� Vous comprenez, � votre tour. Ce fut pendant ce souper que le philtre d�amour fut vers� au roi. Il en tenait d�j� pour mademoiselle Andr�e; on savait qu�il ne me verrait pas le lendemain. C��tait donc � l�endroit de cette petite qu�il devait op�rer.

� Eh bien?

� Eh bien, il op�ra, voil� tout.

� Qu�est-il arriv� alors?

� Voil� ce qui est difficile � savoir positivement. Des gens bien inform�s ont vu Sa Majest� se dirigeant vers les communs, c�est-�-dire vers l�appartement de mademoiselle Andr�e.

� Je sais o� elle demeure; mais ensuite?

� Ah! ensuite, peste! comme vous y allez, comte! On ne suit pas sans danger un roi qui se cache.

� Mais enfin?

� Enfin, tout ce que je puis vous dire, c�est que Sa Majest�, par une affreuse nuit d�orage, revint � Trianon, p�le, tremblante, et avec une fi�vre qui tenait du d�lire.

� Et vous croyez, demanda Balsamo en souriant, que ce n��tait pas de l�orage seulement que le roi avait eu peur?

� Non; car le valet de chambre l�entendit s��crier plusieurs fois: �Morte! morte! morte!�

� Oh! fit Balsamo.

� C��tait le narcotique, continua madame du Barry; rien ne fait peur au roi comme les morts, et, apr�s les morts, comme l�image de la mort. Il a trouv� mademoiselle de Taverney endormie d�un sommeil �trange, il l�aura crue morte.

� Oui, oui, morte en effet, dit Balsamo, qui se rappelait avoir fui sans r�veiller Andr�e, morte ou du moins pr�sentant toutes les apparences de la mort. C�est cela! c�est cela! Apr�s, madame, apr�s?

� Nul ne sut donc ce qui se passa dans cette nuit, ou plut�t dans le commencement de cette nuit. � sa rentr�e chez lui seulement, le roi fut pris d�une fi�vre violente et de tressaillements nerveux qui ne se pass�rent que le lendemain, lorsque madame la dauphine eut l�id�e de faire ouvrir chez le roi, et de montrer � Sa Majest� un beau soleil �clairant des figures riantes. Alors toutes ces visions inconnues disparurent avec la nuit qui les avait enfant�es.

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