Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
� En v�rit�!
� Oh! j�en ai �t� effray�; elle est entr�e ici comme une temp�te; elle a mont� l�escalier sans prendre haleine, et tout � coup, en entrant dans la chambre, elle est tomb�e sur la peau du grand lion noir. Vous la trouverez l�.
Balsamo monta pr�cipitamment et trouva, en effet, Lorenza qui se d�battait sans force contre les premi�res convulsions d�une crise nerveuse. Il y avait trop longtemps que le fluide pesait sur elle et la for�ait � des actes violents. Elle souffrait, elle g�missait; on e�t dit qu�une montagne pesait sur sa poitrine, et que, des deux mains, elle tentait de l��carter.
Balsamo la regarda un instant d�un �il �tincelant de col�re, et, l�enlevant entre ses bras, l�emporta dans sa chambre, dont la porte myst�rieuse se referma sur lui.
Chapitre 127. L��lixir de vie
On sait dans quelles dispositions Balsamo venait de rentrer dans la chambre de Lorenza.
Il s�appr�tait donc � la r�veiller pour lui faire les reproches qui couvaient en sa sourde col�re, et il �tait bien d�cid� � la punir selon les conseils de cette col�re, lorsqu�une triple secousse du plafond l�avertit qu�Althotas avait guett� sa rentr�e et voulait lui parler.
Cependant Balsamo attendit encore; il esp�rait ou s��tre tromp�, ou que le signal n��tait qu�accidentel, lorsque l�impatient vieillard r�it�ra son appel coup sur coup; de sorte que Balsamo, craignant sans doute, soit qu�il ne descend�t comme cela lui �tait arriv� quelquefois, soit que Lorenza, r�veill�e par une influence contraire � la sienne, ne pr�t connaissance de quelque nouvelle particularit� non moins dangereuse pour lui que ses secrets politiques; de sorte que Balsamo, disons-nous, apr�s avoir, si l�on peut s�exprimer ainsi, charg� Lorenza d�une nouvelle couche de fluide, sortit pour se rendre pr�s d�Althotas.
Il �tait temps qu�il arriv�t; la trappe �tait d�j� � moiti� chemin du plafond. Althotas avait quitt� son fauteuil roulant et se montrait accroupi sur cette partie mobile du plancher qui s��levait et descendait.
Il vit sortir Balsamo de la chambre de Lorenza.
Ainsi accroupi, le vieillard �tait � la fois terrible et hideux � voir.
Sa blanche figure � dans quelques parties de cette figure qui semblaient vivantes encore � s��tait empourpr�e du feu de la col�re; ses mains, effil�es et noueuses comme celles d�un squelette de main humaine, tremblotaient en cliquetant; ses yeux caves semblaient vaciller dans leur orbite profonde et, dans une langue inconnue m�me de son �l�ve, il prof�rait contre lui les invectives les plus violentes.
Sorti de son fauteuil pour faire jouer le ressort, il semblait ne vivre et ne se mouvoir qu�� l�aide de ses deux longs bras, gr�les et arrondis comme ceux de l�araign�e; et, sortant, comme nous l�avons dit, de sa chambre inaccessible � tous, except� � Balsamo, il �tait en train de se transporter dans la chambre inf�rieure.
Pour que ce faible vieillard, si paresseux, e�t quitt� son fauteuil, intelligente machine qui lui �pargnait toute fatigue; pour qu�il e�t consenti � accomplir un de ces actes de la vie vulgaire; pour qu�il se f�t donn� le souci et la fatigue d�op�rer un pareil changement dans ses habitudes, il fallait qu�une extraordinaire surexcitation l�e�t fait sortir de sa vie contemplative et forc� de rentrer dans la vie r�elle.
Balsamo, surpris en quelque sorte en flagrant d�lit, s�en montra d�abord �tonn�, puis inquiet.
� Ah! s��cria Althotas, te voil�, fain�ant! te voil�, l�che, qui abandonnes ton ma�tre!
Balsamo, selon son habitude lorsqu�il parlait au vieillard, appela toute sa patience � son aide:
� Mais, r�pliqua-t-il tout doucement, il me semble, mon ami, que vous venez seulement d�appeler.
� Ton ami! s��cria Althotas, ton ami! vile cr�ature humaine! Je crois que tu me parles, � moi, la langue de tes semblables. Ami pour toi, je le crois bien. Plus qu�ami, p�re, p�re qui t�a nourri, qui t�a �lev�, instruit, enrichi. Mais ami pour moi, oh! non! car tu m�as d�laiss�, car tu m�affames, car tu m�assassines.
� Voyons, ma�tre; vous vous troublez la bile, vous vous aigrissez le sang, vous vous rendez malade.
� Malade! d�rision! ai-je �t� malade jamais, sinon lorsque tu m�as fait participer, malgr� moi, � quelques-unes des mis�res de la sale condition humaine? Malade! as-tu oubli� que c�est moi qui gu�ris les autres?
� Enfin, ma�tre, repartit froidement Balsamo, me voici: ne perdons pas le temps en vain.
� Oui, je te conseille de me rappeler cela; le temps, le temps que tu me forces � �conomiser, moi pour qui cette �toffe mesur�e � chaque cr�ature ne devrait avoir ni fin ni limite; oui, mon temps se passe; oui, mon temps se perd; oui, mon temps, comme le temps des autres, tombe minute par minute dans l��ternit�, quand mon temps � moi devrait �tre l��ternit� elle-m�me!
� Allons, ma�tre, dit Balsamo avec une inalt�rable patience, tout en abaissant la trappe jusqu�� terre, tout en se pla�ant pr�s de lui et tout en faisant jouer le ressort qui le r�int�grait dans son appartement, allons, que vous faut-il? Parlez. Vous dites que je vous affame; mais est-ce que vous n��tes pas dans votre quarantaine de di�te absolue?
� Oui, oui, sans doute; l��uvre de r�g�n�ration est commenc�e depuis trente-deux jours.
� Alors, dites-moi, de quoi vous plaignez-vous? Je vois l� deux ou trois carafes d�eau de pluie, la seule que vous buviez.
� Sans doute; mais te figures-tu que je sois un ver � soie pour op�rer seul cette grande �uvre du rajeunissement et de la transformation? Te figures-tu que, n�ayant plus de forces, je pourrai composer seul mon �lixir de vie? Te figures-tu que, couch� sur le flanc, amolli par les boissons rafra�chissantes, ma seule nourriture, j�aurai l�esprit bien pr�sent, si tu ne m�y aides pas, pour faire, abandonn� � mes seules ressources, le minutieux travail de ma r�g�n�ration, dans lequel, tu le sais bien, malheureux, je dois �tre aid� et secouru par un ami?
� Je suis l�, ma�tre, je suis l�; voyons, r�pondez, dit Balsamo tout en r�installant presque malgr� lui le vieillard dans son fauteuil, comme il e�t fait d�un hideux enfant; voyons, r�pondez, vous n�avez pas manqu� d�eau distill�e, puisque, comme je vous le disais, j�en vois l� trois pleines carafes; cette eau a bien �t� recueillie au mois de mai, vous le savez; voil� vos biscuits d�orge et de s�same; je vous ai d�j� saign� deux fois sur trois et � chaque jour de d�cade, je vous ai moi-m�me administr� les gouttes blanches que vous avez prescrites.
� Oui, mais l��lixir! l��lixir n�est pas compos�; tu ne te rappelles pas cela, tu n�y �tais pas: c��tait ton p�re, ton p�re, plus fid�le que toi; mais, � ma derni�re cinquantaine, je composai l��lixir un mois d�avance. J�avais fait retraite sur le mont Ararat. Un juif me fournit pour son poids en argent un enfant chr�tien qui t�tait encore sa m�re; je le saignai selon le rite: je pris les trois derni�res gouttes de son sang art�riel, et en une heure, mon �lixir, auquel il ne manquait plus que cet ingr�dient, fut compos�; aussi ma r�g�n�ration de cinquantaine se passa-t-elle merveilleusement bien; mes cheveux et mes dents tomb�rent pendant les convulsions qui succ�d�rent � l�absorption de cet �lixir bienheureux; mais ils repouss�rent, les dents assez mal, je le sais, parce que je n�gligeai cette pr�caution d�introduire mon �lixir dans ma gorge avec un conduit d�or. Mais mes cheveux et mes ongles repouss�rent dans cette seconde jeunesse, et je me pris � revivre comme si j�avais quinze ans� Mais voil� que j�ai revieilli de nouveau, voil� que je touche au dernier terme; voil� que si l��lixir n�est pas pr�t, que s�il n�est pas renferm� dans cette bouteille, que si je ne donne pas tout soin � cette �uvre, la science d�un si�cle sera an�antie avec moi, et que ce secret admirable, sublime, que je tiens, sera perdu pour l�homme, qui touche en moi et par moi � la divinit�! Oh! si j�y manque, oh! si je me trompe, oh! si je faux, Acharat, c�est toi, toi qui en seras cause; et, prends-y garde, ma col�re sera terrible, terrible!
Et, en pronon�ant ces derniers mots qui firent jaillir comme une �tincelle livide de sa prunelle mourante, le vieillard tomba dans une petite convulsion � laquelle succ�da un violent acc�s de toux.