Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
�� midi, le roi allait mieux, prenait un bouillon et mangeait une aile de perdrix, et le soir�
La comtesse s�arr�ta, regardant Balsamo avec ce sourire qui n�appartenait qu�� elle.
� Et le soir? r�p�ta Balsamo.
� Eh bien, le soir, r�p�ta madame du Barry, Sa Majest�, qui sans doute ne voulait pas rester � Trianon apr�s sa terreur de la veille, le soir, Sa Majest� venait me trouver � Luciennes, o�, cher comte, je m�aper�us, ma foi, que M. de Richelieu �tait presque aussi grand sorcier que vous.
La figure triomphante de la comtesse, son geste plein de gr�ce et de coquetterie achev�rent sa pens�e et rassur�rent compl�tement Balsamo � l�endroit de la puissance qu�exer�ait encore la favorite sur le roi.
� Alors, dit-il, vous �tes contente de moi, madame?
� Enthousiasm�e, je vous jure, comte; car vous m�avez, en me parlant des impossibilit�s que vous aviez cr��es, dit l�exacte v�rit�.
Et elle lui tendit en preuve de remerciement, cette main si blanche, si douce, si parfum�e, qui n��tait pas fra�che comme celle de Lorenza, mais dont la ti�deur avait aussi son �loquence.
� Et maintenant, � vous, comte, dit-elle.
Balsamo s�inclina en homme pr�t � �couter.
� Si vous m�avez pr�serv�e d�un grand danger, continua madame du Barry, je crois vous avoir sauv� � mon tour d�un p�ril qui n��tait pas mince.
� Moi, dit Balsamo, cachant son �motion, je n�ai point besoin de cela pour vous �tre reconnaissant; cependant veuillez me dire�
� Oui, le coffret en question.
� Eh bien, madame?
� Il contenait bien des chiffres que M. de Sartine a fait traduire � tous ses commis; tous ont sign� leur traduction faite en particulier, et toutes les traductions ont donn� le m�me r�sultat. De sorte que M. de Sartine est arriv� ce matin � Versailles, tandis que j�y �tais, porteur de toutes ces traductions et du dictionnaire des chiffres diplomatiques.
� Ah! ah! Et qu�a dit le roi?
� Le roi a paru surpris d�abord, puis effray�. On est facilement �cout� de Sa Majest� lorsqu�on lui parle danger. Depuis le coup de canif de Damiens, il est un mot qui r�ussit � tout le monde aupr�s de Louis XV, c�est: �Prenez garde!�
� Ainsi M. de Sartine m�a accus� de complot?
� D�abord, M. de Sartine a essay� de me faire sortir; mais je m�y suis refus�e, d�clarant que, comme personne n��tait plus attach� que moi au roi, personne n�avait le droit de me faire sortir lorsqu�on lui parlait danger. M. de Sartine insistait; mais j�ai r�sist�, et le roi a dit en souriant et me regardant d�une certaine fa�on � laquelle je me connais:
�� Laissez-la, Sartine, je n�ai rien � lui refuser aujourd�hui.�
�Alors, vous comprenez, comte, moi �tant l�, M. de Sartine, qui se souvenait de notre adieu si nettement formul�, M. de Sartine a craint de me d�plaire en vous chargeant, il s�est rejet� sur les mauvais vouloirs du roi de Prusse � l��gard de la France, sur les dispositions des esprits � s�aider du surnaturel pour faciliter la marche de leur r�bellion. Il a accus� en un mot beaucoup de gens, prouvant toujours, ses chiffres � la main, que ces gens �taient coupables.
� Coupables de quoi?
� De quoi?� Comte, dois-je dire le secret de l��tat?
� Qui est notre secret, madame. Oh! vous ne risquez rien! J�ai int�r�t, ce me semble, � ne point parler.
� Oui, comte, je le sais, grand int�r�t. M. de Sartine a donc voulu prouver qu�une secte nombreuse, puissante, form�e d�adeptes courageux, adroits, r�solus, minaient sourdement le respect d� � Sa Majest� royale, r�pandant certains bruits sur le roi.
� Quels bruits?
� Disant, par exemple, que Sa Majest� �tait accus�e d�affamer son peuple.
� Ce � quoi le roi a r�pondu?
� Comme le roi r�pond toujours, par une plaisanterie.
Balsamo respira.
� Et cette plaisanterie, demanda-t-il, quelle est-elle?
�� Puisqu�on m�accuse d�affamer mon peuple, a-t-il dit, il n�y a qu�une seule r�ponse � faire � cette accusation: nourrissons-le.
�� Comment cela, sire? a dit M. de Sartine.
�� Je prends � mon compte la nourriture de tous ceux qui r�pandent ce bruit, et je leur offre, de plus, un logement dans mon ch�teau de la Bastille.�
Balsamo sentit un l�ger frisson courir dans ses veines, mais il demeura souriant.
� Ensuite? demanda-t-il.
� Ensuite, le roi sembla me consulter par un sourire.
�� Sire, lui dis-je alors, on ne me fera jamais croire que ces petits chiffres noirs que vous apporte M. de Sartine veulent dire que vous �tes un mauvais roi.
�Alors le lieutenant de police s�est r�cri�.
�� Pas plus, ai-je ajout�, qu�ils ne prouveront que vos commis sachent lire.�
� Et qu�a dit le roi, comtesse? demanda Balsamo.
� Que je pouvais avoir raison, mais que M. de Sartine n�avait pas tort.
� Eh bien, alors?
� Alors on a exp�di� beaucoup de lettres de cachet, parmi lesquelles j�ai vu clairement que M. de Sartine cherchait � en glisser une pour vous. Mais je n�ai point fl�chi et je l�ai arr�t� d�un seul mot.
�� Monsieur, lui ai-je dit tout haut et devant le roi, arr�tez tout Paris si bon vous semble, c�est votre �tat; mais qu�on ne s�avise pas de toucher � un seul de mes amis� sinon!�
�� Oh! oh! fit le roi, elle se f�che. Gare � vous, Sartine!
�� Mais, sire, l�int�r�t du royaume�
�� Oh! vous n��tes pas un Sully, lui ai-je dit rouge de col�re, et je ne suis pas une Gabrielle.
�� Madame, on veut assassiner le roi comme on a assassin� Henri IV.
�Pour le coup, le roi p�lit, trembla, passa la main sur son front.
�Je me crus vaincue.
�� Sire, dis-je, il faut laisser monsieur continuer; car ses commis ont sans doute aussi lu dans tous ces chiffres que je conspirais contre vous.
�Et je sortis.
�Dame! c��tait le lendemain du philtre, cher comte. Le roi pr�f�ra ma pr�sence � celle de M. de Sartine, et courut apr�s moi.
�� Ah! par gr�ce, comtesse, ne vous f�chez pas, dit-il.
�� Alors, chassez ce vilain homme, sire; il sent la prison.
�� Allons, Sartine, allez-vous-en, dit le roi en haussant les �paules.
�� Et je vous d�fends � l�avenir, non seulement de vous pr�senter chez moi, ajoutai-je, mais encore de me saluer.
�Pour le coup, notre magistrat perdit la t�te; il vint � moi, et me baisa humblement la main.
�� Eh bien, soit, dit-il, n�en parlons plus, belle dame; mais vous perdez l��tat. Votre prot�g�, puisque vous le voulez � toute force, sera respect� par mes agents.�
Balsamo parut plong� dans une r�verie profonde.
� Allons, dit la comtesse, voil� que vous ne me remerciez pas de vous avoir �pargn� la connaissance de la Bastille, ce qui e�t �t� injuste peut-�tre, mais n�en e�t pas �t� moins d�sagr�able.
Balsamo ne r�pondit rien; seulement, il tira de sa poche un flacon renfermant une liqueur vermeille comme du sang.
� Tenez, madame, dit-il, pour cette libert� que vous me donnez, je vous donne, moi, vingt ans de jeunesse de plus.
La comtesse glissa le flacon dans son corset et partit joyeuse et triomphante.
Balsamo demeura r�veur.
� Ils �taient sauv�s peut-�tre, se dit-il, sans la coquetterie d�une femme. Le petit pied de cette courtisane les pr�cipite au plus profond de l�ab�me. D�cid�ment, Dieu est avec nous!
Chapitre 131. Le sang
Madame du Barry n�avait pas encore vu la porte de la maison se refermer derri�re elle que Balsamo remontait l�escalier d�rob� et rentrait dans la chambre aux fourrures.
La conversation avec la comtesse avait �t� longue, et son empressement tenait � deux causes.
La premi�re, le d�sir de revoir Lorenza; la seconde, la crainte que la jeune femme ne f�t fatigu�e; car, dans la vie nouvelle qu�il venait de lui faire, il ne pouvait y avoir place pour l�ennui; fatigu�e en ce qu�elle pouvait passer, comme cela lui arrivait quelquefois, du sommeil magn�tique � l�extase.
Or, � l�extase succ�daient presque toujours des crises nerveuses qui brisaient Lorenza, si l�intervention du fluide r�parateur ne venait pas ramener un �quilibre satisfaisant entre les diverses fonctions de l�organisme.