Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Лингвистика » À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité
À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité

Электронная книга - «À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité». Краткое содержание книги:

Pendant des années, Alain Rey a enchanté les matins de France Inter avec son mot du jour. Aujourd'hui il nous offre une sélection de ses chroniques écrites entre 2000 et 2005, quatre cents mots qui vont de « Racaille et Voyou » à « Victime », de « Torride » à « Mammouth », de « Tempête » à « Abracadabrantesque »…
Le plus souvent un mot lié à l'actualité sert de prétexte pour une chronique érudite et parfois espiègle. Tout en en rappelant la valeur exacte, les origines du mot choisi, l'étymologiste se livre à l'exercice ou il excelle : rattacher la langue de tous les jours au patrimoine culturel, réduire les contresens, combattre les à-peu-près et les préjugés, pour mieux rendre compte des réalités.
Cette sélection, ou Alain Rey a choisi de garder les mots les plus significatifs en les agrémentant parfois d'un petit commentaire pour les restituer dans l'actualité, est aussi l'occasion de se retourner sur les cinq premières années du XXIe siècle.
1 ... 75 76 77 78 79 80 81 82 83 ... 124
Перейти на страницу:

Qu’on y fasse ou non la foire — par hommage à l’étymologie —, les jours fériés, on y tient. On nous répète qu’un lundi férié rendu au travail rapporterait 1,9 milliard d’euros. Ça paraît énorme, mais les savants économistes affirment que ce n’est pas grand-chose.

Ce lundi racheté au symbole religieux, et surtout, soyons francs, au loisir, pour fonctionner dans une économie budgétaire, ça ressemble à une privatisation, mais le profit tiré devant aller à la bonne cause du grand âge abandonné, et de la tragique dépendance, on se retient de critiquer. Derrière la polémique, d’ailleurs, c’est l’indécision de cette décision, redevenue hypothèse, qui nous interpelle. C’est aussi l’équilibre travail-loisir qui est en cause. « Hypothèse de travail », a dit Jean-Pierre Raffarin ; en gros paresseux, nous aurions adoré une hypothèse de loisir. Le TT, « temps de travail », s’est orné d’un R, « réduction ». Réduire la réduction aurait l’avantage d’épargner les symboles festifs et le jour lunaire. Cela permettrait de dire : « je vais en RTT », ce qui voudrait dire : en « rétablissement du temps de travail ».

29 octobre 2003

Populisme

Les mots politiques en — isme ont du mal à ne pas dériver. Il est arrivé que le communisme devienne dictature, que le socialisme ne soit pas assez social, que le libéralisme n’ait plus rien à voir avec la liberté, surtout quand il est ultra, et que le mondialisme vise à dominer le monde. Une mésaventure analogue est arrivée au populisme. Le mot est apparu en littérature, à propos des écrivains qui voulaient décrire la vie du peuple. Peuple, mot ambigu, car populus, en latin, s’il s’opposait à senatus, « les gens du pouvoir », s’opposait aussi à plebs, « la plèbe », avant de s’en rapprocher.

Déjà l’adjectif populaire n’était pas des plus explicites, mais le populisme, quand il ne concerne plus la littérature mais la politique, était voué à séduire le peuple électeur, et souvent à l’abuser, à le trahir. De même, par rapport au peuple, démos en grec, deux attitudes sont possibles : la démocratie, qui prétend lui donner le pouvoir, la démagogie, qui cherche à le conduire, à le mener, de préférence par le bout du nez. Démagogie et populisme, même combat.

Dans les attitudes et dans la communication politiques, il y a une dose de populisme, c’est-à-dire de manipulation de l’électeur. Mais en démocratie, il y a une sanction, les élections libres, qui reflètent la pluralité des opinions — alors que les tyrannies pratiquent l’élection-bidon à 99 %. Il y a du populisme à droite comme à gauche : l’un énervé, rogneux, malheureux, nationaliste et frontal, l’autre plus guilleret, qui donne dans l’indignation facile. Un point commun, beaucoup d’affectivité et d’irresponsabilité, la sous-estimation des difficultés, une tendance à l’utopie. Ça peut séduire, mais dans cet univers impitoyable, le populisme, plus révolté que révolutionnaire, aboutit à bloquer les évolutions et les réformes nécessaires. En bon français, ça s’appelle — excusez-moi si je parle comme le sénateur Charasse — foutre la merde. Qu’en dit le bon peuple ?

30 octobre 2003

Éradiquer

Le ministre de l’Intérieur, après un voyage éclair en Corse, manifeste un optimisme relatif, et relativement surprenant. Il dénonce la dérive maffieuse d’une partie des nationalistes insulaires, à quoi certains répliquent en parlant d’un affairisme continental. Derrière les bombes, des chèques ; derrière les revendications au nom du peuple corse, des intérêts d’argent, dit Nicolas Sarkozy.

Le ministre réagit, et sa réaction tient en un mot : éradiquer. C’est un verbe tout nouveau, tout beau, tiré d’un nom qui, lui, est ancien, éradication. Mot du latin chrétien, et donc béni d’avance, composé de radix, radicis, « la racine ».

Chacun le sait, lorsqu’on déracine une plante, un arbre, on les condamne à mort. C’est bien « extermination » que signifiait au Moyen Âge éradication. De ce point de départ terrible, l’éradication a pris un visage humain en s’appliquant aux maladies épidémiques, qui se répandent comme les mauvaises herbes. À partir de cette mesure salvatrice, on se mit à éradiquer à tour de bras.

L’eradicator est devenu la version bienfaitrice et humanitaire du terminator, lequel, on le sait aujourd’hui, est promis aux plus hautes dignités[55]. Dès lors, on comprend que les hommes politiques, devant les contagions qui frappent nos sociétés, en Corse comme ailleurs, préfèrent le verbe savant éradiquer au banal déraciner, qui dit la même chose. Cette chose n’est pas aisée : il s’agit de trouver la radix, qui peut être un innocent radis, mais aussi ce qui fait pousser les plantes vénéneuses. La racine est en général cachée sous la terre. Le secret, les pratiques cachées, la fameuse omerta, il faut les découvrir avant de pouvoir tirer la plante maléfique de manière à l’arracher. Éradiquer se prétend définitif, peut-être parce qu’il évoque l’adjectif radical ; un rêve pour les personnalités actives et pour le volontarisme gouvernemental. Devant un des maux qui nous accablent, on entend le pouvoir soupirer, style Cyrano : « morbleu, il eût fallu que je l’éradiquasse ».

31 octobre 2003

Emploi

Le contraire du chômage — ce mot qui désignait le repos des moissonneurs pendant la forte chaleur, cauma en latin, mais qui a très mal tourné —, c’est l’emploi.

Ce dérivé du verbe employer, qui apparaît au Moyen Âge, a subi une longue évolution. Employer, à l’origine, c’est prendre une chose ou une personne pour la mettre dans une action, autrement dit, « utiliser ». On emploie son temps, son argent, un mot, pour une activité ; et on emploie quelqu’un pour faire quelque chose. C’est vague et général ; ce n’est pas généreux, ni désintéressé. Pas étonnant, car employer vient du latin im-plicare, « plier dedans, impliquer ». Lorsqu’on est employé, qu’on a un emploi, on serait comme plié, emballé, entortillé dans une opération. Après quelques siècles d’emploi des choses et d’emploi du temps, l’emploi des personnes pour un travail s’est imposé, mais d’abord, déjà sous Henri IV et Louis XIII, à propos du personnel de l’État. Voilà pourquoi, peut-être, l’employé travaille dans un bureau et pas dans une usine. Cependant, avant le XXe siècle, « l’emploi » n’est pas une valeur positive absolue ; on parle d’« emploi à une activité » ; c’est une affectation, un rôle social, et l’emploi d’un comédien dans un rôle fait qu’on peut dire : il a (ou non) la gueule de l’emploi.

вернуться

55

Allusion à peine perfide à l’élection de l’acteur Schwarzenegger au poste de gouverneur de l’État de Californie.

1 ... 75 76 77 78 79 80 81 82 83 ... 124
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)