Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Лингвистика » À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité
À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité

Электронная книга - «À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité». Краткое содержание книги:

Pendant des années, Alain Rey a enchanté les matins de France Inter avec son mot du jour. Aujourd'hui il nous offre une sélection de ses chroniques écrites entre 2000 et 2005, quatre cents mots qui vont de « Racaille et Voyou » à « Victime », de « Torride » à « Mammouth », de « Tempête » à « Abracadabrantesque »…
Le plus souvent un mot lié à l'actualité sert de prétexte pour une chronique érudite et parfois espiègle. Tout en en rappelant la valeur exacte, les origines du mot choisi, l'étymologiste se livre à l'exercice ou il excelle : rattacher la langue de tous les jours au patrimoine culturel, réduire les contresens, combattre les à-peu-près et les préjugés, pour mieux rendre compte des réalités.
Cette sélection, ou Alain Rey a choisi de garder les mots les plus significatifs en les agrémentant parfois d'un petit commentaire pour les restituer dans l'actualité, est aussi l'occasion de se retourner sur les cinq premières années du XXIe siècle.
1 ... 73 74 75 76 77 78 79 80 81 ... 124
Перейти на страницу:
1er octobre 2003

Bouddhisme

En partie grâce à la personnalité exceptionnelle de Tenzin Gyatso, plus connu par son titre de dalaï-lama, le bouddhisme est devenu une des lumières spirituelles les plus fascinantes de l’histoire des croyances religieuses. Le dalaï-lama actuel est en même temps chef spirituel et chef d’État en exil. La perception des valeurs bouddhistes en Occident fut tardive. C’est ce que révèlent les mots. En français, c’est au milieu du XVIIIe siècle que les mots buddha, bouddiste (alors écrit sans h) et bouddhisme (budsdoïsme, d’abord) apparaissent. Or, la doctrine de Buddha est apparue il y a vingt-cinq siècles, à une époque extraordinaire où les grands philosophes grecs ainsi que Confucius illuminaient la conscience humaine — là, je deviens lyrique ! Celui qu’on appela « l’Éveillé, l’Illuminé », ce que signifie le mot buddha, qui vient du verbe budh’, « éveiller », « faire percevoir et connaître la vérité », n’est pas considéré comme un dieu, n’est pas non plus un prophète : c’est un homme, un homme de naissance noble, appelé Siddhârta Gautama, qui devint ascète et prédicateur, après avoir reçu la révélation du caractère douloureux et transitoire de la condition humaine. L’Inde du Nord, à cette époque, était brahmaniste. On croyait à l’enfermement de l’être humain dans un cycle de vies successives, animales ou humaines, basses ou élevées selon la rémunération des actes. L’acte, c’est le karman. Échapper à ce cycle, pour le vrai sage, revient à échapper aux enjeux matériels, à renoncer aux richesses, à se tourner vers l’essentiel : la paix, la justice, la méditation. Gautama devenu le sage, l’éclairé, le connaissant, l’Éveillé, se fit ascète, fondateur de monastère, prêchant l’extinction totale des passions, le nirvana.

A l’inverse de la plupart des religions, qui promettent une vie éternelle après la mort, qui nient donc la mort matérielle, le bouddhisme veut libérer l’être vivant du cycle des renaissances. Le Bouddha revendique un néant apaisant.

Après la mort de l’ascète du clan Sakya auquel appartenait Gautama, ce pourquoi on l’appelle aussi Sâkyamuni, le bouddhisme devint une religion, avec ses rites, ses cultes, ses hiérarchies ; il se répandit en Asie, mais disparut de l’Inde. Au Tibet, le moine bouddhiste se nomme lama, de ma, « homme », et lab (écrit avec un b qui ne se prononce pas), « supérieur ». Dans dalaï-lama, dalaï est un mot mongol et ce titre, qui signifie « océan », fut conféré au lama Sonam Gatsyo par le khan mongol, au XVIe siècle. Aujourd’hui, les deux formes les plus connues de bouddhisme, en Occident, sont le zen japonais, héritier de la secte chinoise Chan, et le bouddhisme tibétain, grâce à un dalaï-lama apôtre de la non-violence, ennemi des vieux et jeunes démons qui nous harcèlent : la guerre, l’argent, la bêtise, l’ignorance, le racisme, démons sans cesse renaissants, et dont nous ne parvenons pas à nous libérer.

15 octobre 2003

Délégation

Est-ce une délégation de paroles — ou une représentation — qui fait qu’un chef national, M. Chirac, Jacques, parle pour un autre, Schröder, Gerhardt, dans les débats sur les institutions européennes ? Cela ne veut pas dire que Jacques Chirac soit une délégation à lui seul.

Représenter, c’est assez clair, c’est « rendre présent », comme un acteur qui présente la parole et la pensée d’un personnage absent. Hors du spectacle — mais est-ce bien hors du spectacle ? — , c’est l’idée du latin mandatum, qui est une « mission par un remplaçant », à l’origine sans idée de contrat. Aujourd’hui, le mandat suppose un pouvoir transféré pour un objet et un temps déterminés. Le chancelier allemand n’a pas élu Jacques Chirac pour le représenter. C’est donc bien, semble-t-il, d’une délégation qu’il s’agit.

Alors, déléguer ? Du latin, encore, de-legare, et legare est dérivé de lex, legis, « la loi », avec l’idée de transmettre légalement. Par exemple, on lègue sa fortune à des héritiers.

Mais Gerhardt Schröder, selon toute apparence, n’a pas légué ses biens, dont j’ignore absolument la nature et l’importance, à Jacques Chirac, qui n’en a peut-être pas besoin. Non, ce legs est tout à fait désintéressé : c’est la voix et l’opinion, non seulement d’un chef politique, mais d’un État-nation, qui sont importantes dans le cadre de l’Union européenne, et confiées à un autre État, représenté par son chef. Horreur absolue pour les souverainistes : pour eux, la souveraineté ne se lègue ni ne se délègue — sauf du peuple à ses élus, des compatriotes (heu…) —, elle ne se confie pas. Mieux vaut cacophonie, au moins polyphonie, que voix unique. À quand, on se le demande, un Jacques Schröder, pour équilibrer le Gerhardt Chirac ? À quand un Tony Berlusconi, un José Maria[53] Blair ? Car confiance suppose réciprocité. Vu le nombre d’États de l’Union, pas encore tout à fait unis, l’exercice de ce genre de délégation pourrait devenir complexe. Mais qu’importe : parler d’une seule voix est l’idéal d’une véritable union. Merci, Gerhardt Chirac, de nous faire rêver.

17 octobre 2003

C’est un thème passionnant, mais qui ne va pas sans ambiguïté et arrière-pensées : c’est un principe républicain que personne ne conteste directement, mais qu’on peut contourner, un principe de neutralité et de séparation entre les croyances religieuses et la société civile, un principe qui n’est pas négociable, c’est le président qui l’a dit : vous l’avez compris, c’est la laïcité.

Mme Boutin, Christine, prénom prédestiné, l’interprète comme le respect de toutes les croyances, du moment qu’elles sont véhiculées par une religion — car on suppose qu’elle n’y inclut pas le Temple solaire et les autres délires sectaires —, alors que beaucoup, dont je suis, y voient un sursaut de la raison humaniste contre toute définition surnaturelle, irrationnelle et imposée du monde et de l’homme.

L’adjectif laïque, calqué du latin laïcus, date du Moyen Âge, mais la laïcité s’identifie à la IIIe République : la loi du 28 mars 1882 impose à l’enseignement public d’écarter tout présupposé dogmatique.

Selon la loi française, les croyances religieuses doivent rester personnelles et ne pas être imposées ou simplement supposées de manière publique, comme le faisait l’enseignement religieux, qui était chrétien et catholique, en France. Cela dit, la laïcité n’est pas seulement une affaire d’enseignement : toute la société dite civile est concernée. L’école laïque ne suffit pas à créer l’État laïque. Respecter les religions, mais toutes, pas une seule, inventer un espace public neutre, séparé des Églises, tel était et tel devrait être la laïcité républicaine. Étroit rapport entre deux principes, l’autre étant res publica, « la chose publique, commune, sociale » dans les institutions de l’État. Laïc, du grec laikos, de laos, « le peuple ». L’opposé de la laïcité, ce n’est pas l’ensemble des religions, c’est le cléricalisme. Car laïc s’oppose à clerc et à clérical, et non à religieux. La laïcité fut d’abord une lutte contre le pouvoir politique du clergé : d’où l’anticléricalisme. L’anticléricalisme est moribond, mais c’est parce que le cléricalisme militant a presque disparu, ici. En revanche, la laïcité ne s’oppose plus à l’influence exclusive du catholicisme, mais à toute propagande religieuse, surtout quand elle est intolérante. Le respect de la religion suppose la neutralité religieuse ; le respect de la pensée libre et, pourquoi pas, rationnelle et athée, c’est la république de ceux qui croient au ciel et de ceux qui n’y croient pas, à égalité. Parole de poète[54].

вернуться

53

Prénom de el señor Aznar, alors Premier ministre de l’Espagne.

вернуться

54

Louis Aragon.

1 ... 73 74 75 76 77 78 79 80 81 ... 124
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)