À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité
- Автор: Rey Alain
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert Laffont
- ISBN: 978-2221112724
- Жанр: Лингвистика
Электронная книга - «À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité». Краткое содержание книги:
Le plus souvent un mot lié à l'actualité sert de prétexte pour une chronique érudite et parfois espiègle. Tout en en rappelant la valeur exacte, les origines du mot choisi, l'étymologiste se livre à l'exercice ou il excelle : rattacher la langue de tous les jours au patrimoine culturel, réduire les contresens, combattre les à-peu-près et les préjugés, pour mieux rendre compte des réalités.
Cette sélection, ou Alain Rey a choisi de garder les mots les plus significatifs en les agrémentant parfois d'un petit commentaire pour les restituer dans l'actualité, est aussi l'occasion de se retourner sur les cinq premières années du XXIe siècle.
Il ne s’agissait pas simplement d’une théorie des races, qui ne pourrait être que fictive, s’agissant de l’être humain, mais bien d’une prétention à classer ces êtres humains et d’une volonté politique agressive : rejeter un groupe humain et organiser la haine. Ce qu’on appelle racisme est en fait une phobie — crainte et haine — des différences et de tout étranger : xénophobie est détestable, mais a du sens. Racisme, on le sait aujourd’hui, n’a tout simplement pas de sens.
Cette absurde doctrine était préparée de longue date : par exemple, par l’ouvrage de Gobineau, par ailleurs remarquable écrivain, l’Essai sur l’inégalité des races humaines, paru en 1853. Ce n’est pas l’inégalité qui était en cause, car on sait bien que les êtres humains ne sont pas égaux, du fait de l’injustice de l’Histoire.
C’est l’idée de « race » qui ne collait pas. Alors que les premiers racistes reconnus comme tels — auparavant, certains l’étaient sans le dire — s’appuyaient sur les découvertes de Darwin, Darwin lui-même déconseillait de parler de « race ».
Race, en fait, est un mot méditerranéen (provençal, italien), apparenté à génération et venant du latin ratio au sens de « classement des êtres vivants : plantes et animaux ». Aucune idée de descendance, au début, à la différence de génération. Au Moyen Âge et jusqu’aux Temps modernes, la race est devenue une lignée, une descendance, une famille : avec une société aristocratique, le mot commence à impliquer une supériorité ou une infériorité, selon qu’on est de noble race ou non. L’idée « raciste », avant le mot, apparaît au XIXe siècle, quand on s’est servi de l’anthropologie pour défendre l’idée de la supériorité de la soi-disant « race aryenne », idée qui repose sur une double absurdité. Cette théorie perverse s’est développée en France et en Allemagne : il en est sorti ce que l’on sait, l’antisémitisme, autre création allemande, qui fut sinistrement exploitée en France, avec Maurras — l’un des premiers à employer le mot racisme — et l’abominable France juive de Drumont, habile manipulateur des frustrations et de la sottise. L’idée raciste a perverti le monde, développée qu’elle fut en forme de cercle vicieux jusqu’au crime organisé par le régime nazi. Le mot race n’y était pas pour grand-chose.