Электронная книга - «À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité». Краткое содержание книги:
Pendant des années, Alain Rey a enchanté les matins de France Inter avec son mot du jour. Aujourd'hui il nous offre une sélection de ses chroniques écrites entre 2000 et 2005, quatre cents mots qui vont de « Racaille et Voyou » à « Victime », de « Torride » à « Mammouth », de « Tempête » à « Abracadabrantesque »… Le plus souvent un mot lié à l'actualité sert de prétexte pour une chronique érudite et parfois espiègle. Tout en en rappelant la valeur exacte, les origines du mot choisi, l'étymologiste se livre à l'exercice ou il excelle : rattacher la langue de tous les jours au patrimoine culturel, réduire les contresens, combattre les à-peu-près et les préjugés, pour mieux rendre compte des réalités. Cette sélection, ou Alain Rey a choisi de garder les mots les plus significatifs en les agrémentant parfois d'un petit commentaire pour les restituer dans l'actualité, est aussi l'occasion de se retourner sur les cinq premières années du XXIe siècle.
Puis, sous Louis XIV, on voit apparaître un hôpital « pour les malades », à côté de l’hôpital des orphelins, de l’« Hôpital général », qui était une sorte d’asile. En France, l’hôpital médicalisé conduit le mot vers la recherche de la santé ; il devient établissement public, et non plus religieux, après la Révolution.
La mission médicale se déploie, lorsqu’on veut en faire profiter le peuple entier sans l’obliger à débourser des sommes de plus en plus énormes. À mesure que les techniques médicales et chirurgicales s’enrichissent, l’hôpital s’appauvrit, évidemment. Mais, si l’on écoute le murmure de l’Histoire, le mot hôpital rappelle qu’il n’existe que par l’idée d’hospitalité. L’hôpital doit, devrait rester hospitalier. En fait, un CHU, centre « hospitalo-universitaire », se décrit comme « universellement hospitalier ». C’est beaucoup demander, d’autant plus qu’en France l’hôpital relève de l’Assistance publique. Car l’hôpital, on lui demande, non seulement d’abriter, de soigner, d’opérer, mais d’« assister » le public, tous les enfants, les ados, les jeunes, les adultes, les vieillards, et la vie s’allonge.
À surfer sur les mots, on fait donc d’étranges rencontres : l’hospital est cousin de l’hostel, mais aussi de l’hostilité. Avis au pouvoir : l’hôte, le malade, le patient de plus en plus patient est tout sauf un ennemi.
28 novembre 2003
Route et feuille de route
L’idée d’itinéraire imposé à des militaires pour accomplir une mission est rendue en français par feuille de route. Ce qui compte, dans cette affaire, ce n’est pas la feuille, c’est la route, qu’on l’indique sur une carte — on dit road map en anglais — ou qu’on permette de la parcourir par un bon de voyage.
On a voulu donner un air organisé, pensé, militaire à l’idée de chemin à parcourir. L’expression feuille de route est ancienne, pour désigner un billet gratuit pour militaires, mais son emploi figuré ne s’est imposé que récemment, à propos de la recherche du chemin à suivre pour arriver à la paix dans le conflit israélo-palestinien, chemin que l’on a refusé de suivre ou qu’on a perdu.
La route, c’est une variété de voie, et on sait qu’il y a des voies de garage. Or, ce qui a donné le mot français route, comme l’anglais road, c’est une expression latine assez délicate à expliquer. On a dit via rupta, « la voie rompue », puis, en Gaule, rupta, d’où route. Pourquoi rompue ? Soit parce que, pour faire une vraie route, il faut casser et concasser des pierres, soit, plus simplement, parce que cette voie devait être « ouverte » dans la campagne et les forêts.
Ouvrir la voie, c’est donc ce que dit le mot « route ». Mais la trop fameuse « feuille de route » signée par de nombreux pays, notamment les États-Unis, a perdu ses pouvoirs, parce qu’elle ne mène nulle part. La route est, par nature, le contraire d’un mot que Voltaire trouvait fort vulgaire, le cul-de-sac. À la fois espace matériel, qu’il faut construire, revêtir, entretenir et que chacun peut parcourir, et façon de franchir un espace, de gagner un autre lieu, la route est d’abord un chemin, une voie, parfois l’espace, puisqu’il y a des routes aériennes.
À Genève[58], on cherche la route vers la paix, et on oublie la feuille, avec sa fausse route. Que cette route soit étroite, difficile, tous en sont conscients ; que l’itinéraire précis soit inconnu, aussi ; mais le but est clair : la paix. Reste à convaincre que la paix est possible : le refus d’une telle initiative, c’est le choix du désespoir. Initiative exprime le début — initium — ; c’est l’idée d’un départ et c’est encore l’idée de la voie ouverte, de la route. Ouvrir la route pour une destination, la paix, c’est tout de même mieux que s’entretuer en barrant les routes.
1er décembre 2003
Informatique
Le monde est entré dans l’ère de l’informatique et des réseaux, personne n’en doute plus. Cette révolution est partie des États-Unis, et, pour une fois, la langue française a réagi, non seulement contre trop de franglais, mais aussi et surtout pour penser plus juste et plus clair. La langue anglaise n’a pas l’équivalent du mot « informatique » : on dit computer science, « science de la machine à calcul », et data processing, « traitement de données ».
Le mot informatique a été créé il y a quarante ans par Philippe Dreyfus ; il croise information et la finale de mots comme mathématique. Ce n’est pas le calcul, comme dans computing, qui est mis en avant, ni même la mise en mémoire et la gestion de « données » — data —, mais le fond du problème, c’est-à-dire l’information — toujours dégradable en communication et en contrôle —, n’oublions pas que cybernétique veut dire « gouvernance ». Or, informer, c’est mettre en forme des éléments du réel pour les transmettre ; la mise en forme, dans un réel effroyablement compliqué, ça commence par une mise en ordre. Ce que dit notre ordinateur.
En revanche, dans Internet, formé du préfixe latin de la relation, de la communication, inter, et de net, « réseau », et dans Web, « la Toile », la langue anglaise jouait sur une bonne métaphore. À nous de dire la Toile, plutôt que le Web, sans oublier que les réseaux ont quelque chose de fermé, d’inquiétant, de policier ou de criminel… Ne disons pas que c’est la même chose !
Avec les mots informatique, ordinateur, logiciel (qui est certes plus logique que le bizarre software) et autres mots en — ciel, faits pour rêver, notre chère vieille langue a fait preuve d’une intelligence qui n’est pas artificielle.
Mise en ordre des données du réel, mise en forme et en logique de l’information pour communiquer à la vitesse de la lumière, voilà ce qu’on arrive à dire en trois ou quatre mots.
Cette intelligence des mots, voilà une petite compensation à l’envahissement de l’argent et du pouvoir des pays riches — qui s’exprime surtout en anglais.
10 décembre 2003
Stigmatiser
Les débats nécessaires sur la pluralité culturelle et religieuse en France suscitent tout un paquet-cadeau de mots soudainement diffusés : exemple, ostensible ou discrimination. En voici un autre, réapparu dans la bouche et sous la plume d’autorités religieuses : stigmatiser. On a en effet soupçonné, je pense à tort, certains points du rapport du médiateur de la République de stigmatiser, par exemple, l’islam.
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58
Où se tenait une rencontre de bonnes volontés pacifistes sur la question israélo-palestinienne.