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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Bient�t, en effet, tout disparut � ses yeux, le baron, Philippe, Nicole, Beausire, et il ne vit plus, sur le fond de son souvenir, qu�Andr�e � demi nue, les bras arrondis au-dessus de sa t�te, et d�tachant les �pingles de ses cheveux.

Chapitre 75. Les herboriseurs

Les �v�nements que nous venons de raconter s��taient pass�s le vendredi soir; c��tait donc le surlendemain que devait avoir lieu dans le bois de Luciennes cette promenade dont Rousseau se faisait une si grande f�te.

Gilbert, indiff�rent � tout depuis qu�il avait appris le prochain d�part d�Andr�e pour Trianon, Gilbert avait pass� la journ�e tout enti�re appuy� au rebord de sa lucarne. Pendant cette journ�e, la fen�tre d�Andr�e �tait rest�e ouverte, et une fois ou deux la jeune fille s�en �tait approch�e faible et p�lie pour prendre l�air, et il avait sembl� � Gilbert, en la voyant, qu�il n�e�t pas demand� au ciel autre chose que de savoir Andr�e destin�e � habiter �ternellement ce pavillon, d�avoir pour toute sa vie une place � cette mansarde, et deux fois par jour d�entrevoir la jeune fille comme il l�avait entrevue.

Ce dimanche tant appel� arriva enfin. D�s la veille, Rousseau avait fait ses pr�paratifs; ses souliers soigneusement cir�s, l�habit gris, chaud et l�ger tout ensemble, avaient �t� tir�s de l�armoire au grand d�sespoir de Th�r�se, qui pr�tendait qu�une blouse ou un sarrau de toile �taient bien suffisants pour un pareil m�tier; mais Rousseau, sans rien r�pondre, avait fait � sa guise; non seulement son costume, mais encore celui de Gilbert avait �t� revu avec le plus grand soin, et il s��tait m�me augment� de bas irr�prochables et de souliers neufs, dont Rousseau lui avait fait une surprise.

La toilette de l�herbier aussi �tait fra�che; Rousseau n�avait pas oubli� sa collection de mousses destin�e � jouer un r�le.

Rousseau, impatient comme un enfant, se mit plus de vingt fois � la fen�tre pour savoir si telle ou telle voiture qui roulait n��tait pas le carrosse de M. de Jussieu. Enfin, il aper�ut une caisse bien vernie, des chevaux richement harnach�s, un vaste cocher poudr� stationnant devant sa porte. Il courut aussit�t dire � Th�r�se:

� Le voici! le voici!

Et � Gilbert:

� Vite, Gilbert, vite! Le carrosse nous attend.

� Eh bien! dit aigrement Th�r�se, puisque vous aimez tant � rouler en voiture, pourquoi n�avez-vous travaill� pour en avoir une, comme M. de Voltaire?

� Allons donc! grommela Rousseau.

� Dame! vous dites toujours que vous avez autant de talent que lui.

� Je ne dis pas cela, entendez-vous! cria Rousseau f�ch� � la m�nag�re; je dis� je ne dis rien!

Et toute sa joie s�envola, comme cela arrivait chaque fois que ce nom ennemi retentissait � son oreille.

Heureusement, M. de Jussieu entra.

Il �tait pommad�, poudr�, frais comme le printemps; un admirable habit de gros satin des Indes � c�tes, couleur gris de lin, une veste de taffetas lilas clair, des bas de soie blancs d�une finesse extr�me et des boucles d�or poli composaient son accoutrement.

En entrant chez Rousseau, il emplit la chambre d�un parfum vari� que Th�r�se respira sans dissimuler son admiration.

� Que vous voil� beau! dit Rousseau en regardant obligeamment Th�r�se et en comparant des yeux sa modeste toilette et son �quipage volumineux de botaniste avec la toilette si �l�gante de M. de Jussieu.

� Mais non, j�ai peur de la chaleur, dit l��l�gant botaniste.

� Et l�humidit� des bois! Vos bas de soie, si nous herborisons dans les marais�

� Oh! que non; nous choisirons nos endroits.

� Et les mousses aquatiques, nous les abandonnerons donc pour aujourd�hui?

� Ne nous inqui�tons pas de cela, cher confr�re.

� On dirait que vous allez au bal, et chez des dames.

� Pourquoi ne pas faire honneur d�un bas de soie � dame Nature? r�pliqua M. de Jussieu un peu embarrass�; n�est-ce pas une ma�tresse qui vaut la peine qu�on se mette en frais pour elle?

Rousseau n�insista pas; du moment que M. de Jussieu invoquait la nature, il �tait d�avis lui-m�me qu�on ne pouvait jamais lui faire trop d�honneur.

Quant � Gilbert, malgr� son sto�cisme, il regardait M. de Jussieu avec un �il d�envie. Depuis qu�il avait vu tant de jeunes �l�gants rehausser encore avec la toilette les avantages naturels dont ils �taient dou�s, il avait compris la frivole utilit� de l��l�gance, et il se disait tout bas que ce satin, cette batiste, ces dentelles, donneraient bien du charme � sa jeunesse, et que, sans aucun doute, au lieu d��tre v�tu comme il l��tait, s�il �tait v�tu comme M. de Jussieu et qu�il rencontr�t Andr�e, Andr�e le regarderait.

On partit au grand trot de deux bons chevaux danois. Une heure apr�s le d�part, les botanistes descendaient � Bougival et coupaient vers la gauche par le chemin des Ch�taigniers.

Cette promenade, merveilleusement belle aujourd�hui, �tait � cette �poque d�une beaut� au moins �gale, car la partie du coteau que s�appr�taient � parcourir nos explorateurs, bois�e d�j� sous Louis XIV, avait �t� l�objet de soins constants depuis le go�t du souverain pour Marly.

Les ch�taigniers aux rugueuses �corces, aux branches gigantesques, aux formes fantastiques, qui tant�t imitent dans leurs noueuses circonvolutions le serpent s�enroulant autour du tronc, tant�t le taureau renvers� sur l��tal du boucher et vomissant un sang noir, le pommier charg� de mousse, et les noyers, colosses dont le feuillage passe, en juin, du vert jaune au vert bleu; cette solitude, cette asp�rit� pittoresque du terrain qui monte sous l�ombre des vieux arbres jusqu�� dessiner une vive ar�te sur le bleu mat du ciel; toute cette nature puissante, gracieuse et m�lancolique plongeait Rousseau dans un ravissement inexprimable.

Quant � Gilbert, calme mais sombre, toute sa vie �tait dans cette seule pens�e:

� Andr�e quitte le pavillon du jardin et va � Trianon.

Sur le point culminant de ce coteau que gravissaient � pied les trois botanistes, on voyait s��lever le pavillon carr� de Luciennes.

La vue de ce pavillon, d�o� il avait fui, changea le cours des id�es de Gilbert pour le ramener � des souvenirs peu agr�ables, mais dans lesquels n�entrait aucune crainte. En effet, il marchait le dernier, voyait devant lui deux protecteurs, et se sentait bien appuy�; il regarda donc Luciennes comme un naufrag� voit, du port, le banc de sable sur lequel se brisa son navire.

Rousseau, sa petite b�che � la main, commen�ait � regarder sur le sol; M. de Jussieu aussi; seulement, le premier cherchait des plantes, le second t�chait de garantir ses bas de l�humidit�.

� L�admirable lepopodium! dit Rousseau.

� Charmant, r�pliqua M. de Jussieu; mais passons, voulez-vous?

� Ah! la lyrimachia fenella! Elle est bonne � prendre, voyez.

� Prenez-la si cela vous fait plaisir.

� Ah ��! mais nous n�herborisons donc pas?

� Si fait, si fait� Mais je crois que, sur le plateau l�-bas, nous trouverons mieux.

� Comme il vous plaira� Allons donc.

� Quelle heure est-il? demanda M. de Jussieu. Dans ma pr�cipitation � m�habiller, j�ai oubli� ma montre.

Rousseau tira de son gousset une grosse montre d�argent.

� Neuf heures, dit-il.

� Si nous nous reposions un peu? voulez-vous? demanda M. de Jussieu.

� Oh! que vous marchez mal, dit Rousseau. Voil� ce que c�est que d�herboriser en souliers fins et en bas de soie.

� J�ai peut-�tre faim, voyez-vous.

� Eh bien, alors, d�jeunons� Le village est � un quart de lieue.

� Non pas, s�il vous pla�t.

� Comment, non pas? Avez-vous donc � d�jeuner dans votre voiture?

� Voyez-vous l�-bas, dans ce bouquet de bois? fit M. de Jussieu en �tendant la main vers le point de l�horizon qu�il voulait d�signer.

Rousseau se hissa sur la pointe du pied, et mit sa main sur ses yeux en guise de visi�re.

� Je ne vois rien, dit-il.

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