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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Il est vrai qu�il d�noncerait Nicole, qu�il ferait chasser Nicole; mais � quoi cela servirait-il? Gilbert aurait fait le mal sans profit, par pure vengeance. Gilbert n��tait pas si faible d�esprit que cela, qu�il se sent�t satisfait quand il serait veng�; la vengeance sans utilit� �tait pour lui plus qu�une mauvaise action: c��tait une sottise.

Lorsque Nicole fut pr�s de la porte de sortie o� l�attendait Gilbert, celui-ci sortit donc tout � coup de l�ombre o� il �tait cach� et apparut � la jeune fille dans un rayon de lumi�re produit par la clart� de la lune passant � travers les vitres.

Nicole allait crier, mais elle prit Gilbert pour un autre, et, apr�s un premier mouvement d�effroi:

� Oh! c�est vous, dit-elle, quelle imprudence!

� Oui, c�est moi, r�pliqua tout bas Gilbert; seulement ne criez pas plus pour moi que vous ne l�eussiez fait pour un autre.

Cette fois, Nicole reconnut son interlocuteur.

� Gilbert! s��cria-t-elle, mon Dieu!

� Je vous avais pri�e de ne pas crier, dit froidement le jeune homme.

� Mais que faites-vous ici, monsieur? brusqua Nicole dans sa col�re.

� Allons, dit Gilbert avec la m�me tranquillit�, voil� que vous m�avez appel� imprudent tout � l�heure, et que vous �tes maintenant plus imprudente que moi.

� Oui, en effet, dit Nicole, je suis bien bonne de vous demander ce que vous faites ici.

� Qu�y fais-je donc?

� Vous y venez voir mademoiselle Andr�e.

� Mademoiselle Andr�e? dit Gilbert avec sa m�me tranquillit�.

� Oui, dont vous �tes amoureux, mais qui, par bonheur, ne vous aime pas.

� Vraiment?

� Seulement, prenez garde, monsieur Gilbert, continua Nicole d�un ton de menace.

� Que je prenne garde?

� Oui.

� � quoi?

� Prenez garde que je ne vous d�nonce.

� Toi, Nicole?

� Oui, moi, et que je vous fasse chasser.

� Essaye, dit Gilbert en souriant.

� Tu m�en d�fies?

� Positivement.

� Qu�arrivera-t-il donc si je dis � mademoiselle, � M. Philippe, � M. le baron, que je t�ai rencontr� ici?

� Il arrivera comme tu l�as dit, non pas qu�on me chassera � je suis, Dieu merci, tout chass� � mais qu�on me traquera comme une b�te fauve. Seulement, celle que l�on chassera, ce sera Nicole.

� Comment, Nicole?

� Certainement, Nicole � Nicole � qui l�on jette des pierres par-dessus les murs.

� Prenez garde, monsieur Gilbert, dit Nicole d�un ton de menace, on a trouv� dans vos mains, sur la place Louis XV, un fragment de la robe de mademoiselle.

� Vous croyez?

� C�est M. Philippe qui l�a dit � son p�re. Il ne se doute de rien encore; mais, en l�aidant, peut-�tre finira-t-il par se douter.

� Et qui l�aidera?

� Moi, donc.

� Prenez garde, Nicole, on pourrait se douter aussi qu�en faisant semblant d��tendre les dentelles, vous ramassez les pierres qu�on vous jette par-dessus les murailles.

� Ce n�est pas vrai! s��cria Nicole.

Puis, revenant sur sa d�n�gation:

� D�ailleurs, continua-t-elle, ce n�est pas un crime de recevoir des billets, ce n�est pas un crime comme de s�introduire ici, tandis que mademoiselle se d�shabille� Ah! que direz-vous � cela, monsieur Gilbert?

� Je dirai, mademoiselle Nicole, que c�est aussi un crime, pour une sage jeune fille comme vous �tes, de glisser des clefs sous les petites portes des jardins.

Nicole frissonna.

� Je dirai, continua Gilbert, que si j�ai commis, moi, connu de M. de Taverney, de M. Philippe, de mademoiselle Andr�e, le crime de m�introduire chez elle, ne pouvant r�sister � l�inqui�tude que m�inspirait la sant� de mes anciens ma�tres, et surtout celle de mademoiselle Andr�e, que j�ai tent� de sauver l�-bas, si bien tent�, qu�il m�est rest�, comme vous l�avouez vous-m�me, un fragment de sa robe dans la main; je dirai que, si j�ai commis ce crime bien pardonnable de m�introduire ici, vous avez commis, vous, le crime impardonnable d�introduire un �tranger dans la maison de vos ma�tres, et d�aller retrouver cet �tranger dans la serre, o� vous avez pass� une heure avec lui.

� Gilbert! Gilbert!

� Ah! voil� ce que c�est que la vertu � celle de mademoiselle Nicole, veux-je dire. � Ah! vous trouvez mauvais que je sois dans votre chambre, mademoiselle Nicole, tandis que�

� Monsieur Gilbert!

� Dites donc � mademoiselle que je suis amoureux d�elle, maintenant; moi, je dirai que j��tais amoureux de vous, et elle me croira, car vous avez eu la b�tise de le lui dire vous-m�me, l�-bas, � Taverney.

� Gilbert, mon ami!

� Et l�on vous chassera, Nicole; et, au lieu d�aller � Trianon, pr�s de la dauphine, avec mademoiselle, au lieu de faire la coquette avec de beaux seigneurs et de riches gentilshommes, comme vous ne manquerez pas de le faire si vous restez dans la maison: au lieu de cela, vous irez rejoindre votre amant, M. de Beausire, un exempt, un soldat. Ah! la belle chute, en v�rit�, et que l�ambition de mademoiselle Nicole l�aura men�e loin. Nicole, la ma�tresse d�un garde fran�aise!

Et Gilbert se mit � chanter en �clatant de rire:

Dans les gardes fran�aises J�avais un amoureux!

� Par piti�, monsieur Gilbert, dit Nicole, ne me regardez pas ainsi. Votre regard est m�chant, il reluit dans les t�n�bres. Par piti�, ne riez pas non plus, votre rire me fait peur.

� Alors, dit Gilbert d�un ton de voix imp�ratif, ouvrez-moi la porte, Nicole, et plus un seul mot de tout cela.

Nicole ouvrit la porte avec un tremblement nerveux si violent, que l�on pouvait voir ses �paules s�agiter et sa t�te remuer comme celle d�une vieille.

Gilbert sortit tranquillement le premier, et, voyant que la jeune fille le guidait vers la porte de sortie:

� Non, dit-il, non; vous avez vos moyens pour faire entrer les gens ici; moi, j�ai mes moyens pour en sortir. Allez dans la serre, allez retrouver ce cher M. de Beausire, qui doit vous attendre avec impatience, et demeurez avec lui dix minutes de plus que vous ne deviez le faire. J�accorde cette r�compense � votre discr�tion.

� Dix minutes, et pourquoi dix minutes? demanda Nicole toute tremblante.

� Parce qu�il me faut ces dix minutes pour dispara�tre; allez, mademoiselle Nicole, allez donc; et, pareille � la femme de Loth, dont je vous ai racont� l�histoire � Taverney, quand vous me donniez des rendez-vous dans les meules de foin, n�allez pas vous retourner, car il vous arriverait pis que d��tre chang�e en statue de sel. Allez, belle voluptueuse, allez maintenant; je n�ai pas autre chose � vous dire.

Nicole, subjugu�e, �pouvant�e, terrass�e par cet aplomb de Gilbert, qui tenait dans ses mains tout son avenir, regagna t�te baiss�e la serre, o� effectivement l�attendait, dans une grande anxi�t�, l�exempt Beausire.

De son c�t�, Gilbert, en prenant les m�mes pr�cautions pour ne pas �tre vu, regagna sa muraille et sa corde, s�aida du cep de vigne et du treillage, atteignit le plomb du premier �tage de l�escalier, et grimpa lestement jusqu�� sa mansarde.

Le bonheur voulut qu�il ne rencontr�t personne dans son ascension; les voisines �taient d�j� couch�es et Th�r�se �tait encore � table.

Gilbert �tait trop exalt� par la victoire qu�il venait de remporter sur Nicole pour avoir peur de tr�bucher sur la goutti�re. Au contraire, il se sentait la puissance de marcher comme la Fortune sur un rasoir affil�, ce rasoir e�t-il une lieue de long.

Andr�e �tait au bout du chemin.

Il regagna donc sa lucarne, ferma la fen�tre et d�chira le billet, auquel personne n�avait touch�.

Puis il s��tendit d�licieusement sur son lit.

Une demi-heure apr�s, Th�r�se tint parole, et vint � travers la porte lui demander comment il se portait.

Gilbert r�pondit par un remerciement, entrem�l� des b�illements d�un homme qui se meurt de sommeil. Il avait h�te de se retrouver seul, bien seul, dans l�obscurit� et le silence, pour se rassasier de ses pens�es, pour analyser avec le c�ur, avec l�esprit, avec tout son �tre les pens�es ineffables de cette d�vorante journ�e.

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