Les yeux jaunes des crocodiles
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Les yeux jaunes des crocodiles». Краткое содержание книги:
Il avait emmené Zoé faire une promenade le long des étangs à crocodiles. Il voulait lui montrer où il travaillait, ce qu’il faisait. Qu’elle se dise qu’il était parti pour une bonne raison. Il se souvenait de la recommandation de Joséphine : « Donne du temps à Zoé, ne te laisse pas accaparer par Hortense. » Shirley, Gary et les filles étaient arrivés la veille, fatigués par le voyage, la chaleur, mais excités à l’idée de découvrir le Croco Park, la mer, la lagune, les récifs de corail. Shirley avait acheté un guide sur le Kenya et le leur avait lu dans l’avion. Ils avaient dîné sous la véranda. Mylène semblait heureuse d’avoir de la compagnie. Elle avait cuisiné toute la journée pour que le repas soit réussi. Et il l’était. Antoine s’était senti, pour la première fois depuis son installation au Kenya, heureux. Heureux d’avoir ses filles. Heureux de reconstituer une vie de famille. Mylène et Hortense semblaient très bien s’entendre. Hortense avait promis à Mylène de l’aider à vendre ses produits de beauté. « Alors je te maquillerai et tu seras une sorte de pub ambulante, mais fais attention à ne pas affoler les Chinois ! » Hortense avait eu une petite moue de dégoût, « ils sont trop petits, trop maigres, trop jaunes, moi j’aime les vrais hommes avec des muscles partout ! ». Antoine avait écouté, stupéfait par l’assurance de sa fille. Gary avait tâté ses biceps. Il en était à cinquante pompes, matin et soir. Encore un effort, le nain, et je te calculerai ! Shirley s’était renfrognée. Elle ne supportait pas qu’on traite son fils de nain.
Ce matin, Zoé était entrée dans leur chambre sans frapper. Il lui avait fait signe de ne pas faire de bruit et ils étaient partis tous les deux en promenade.
Ils marchaient en silence. Antoine montrait à Zoé les installations du parc. Lui apprenait le nom d’un arbre, d’un oiseau. Il avait pris soin de mettre de la crème solaire à Zoé et lui avait donné un grand chapeau pour la protéger du soleil. Elle chassa une mouche de la main et soupira.
— Papa, tu vas rester longtemps ici ?
— Je ne sais pas encore.
— Quand tu auras tué tous les crocodiles, que tu les auras mis en boîte ou que tu en auras fait des sacs, tu pourras partir, non ?
— Il y en aura d’autres. Ils vont faire des petits…
— Et les petits, tu les tueras aussi ?
— Je serai bien obligé…
— Même les bébés ?
— J’attendrai qu’ils grandissent… Ou je n’attendrai pas, si je trouve un autre travail.
— Je préférerais que tu n’attendes pas. C’est grand à quel âge, un crocodile ?
— À douze ans…
— Alors tu n’attends pas ! Hein, papa ?
— À douze ans, il prend un territoire et une femelle.
— C’est un peu comme nous, alors.
— Un peu, c’est vrai. La maman crocodile pond une cinquantaine d’œufs et puis elle reste pendant trois mois à couver ses œufs. Plus la température du nid est haute, plus elle aura des crocodiles mâles. Ça, c’est pas comme nous.
— Alors, elle aura cinquante bébés !
— Non, parce qu’il y en a qui vont mourir dans l’œuf et d’autres qui seront mangés par des prédateurs. Les mangoustes, les serpents, les aigrettes. Ils guettent les absences de la mère et viennent fouiller le nid.
— Et quand ils sont nés ?
— La maman croco les prend dans sa gueule très délicatement et les met à l’eau. Elle va rester avec eux pendant des mois, voire un à deux ans, pour les protéger mais ils se débrouillent tout seuls pour manger.
— Ça lui fait beaucoup d’enfants à s’occuper !
— Quatre-vingt-dix-neuf pour cent des bébés crocodiles meurent en bas âge. C’est la loi de la nature…
— Et la maman, elle a de la peine ?
— Elle sait que c’est comme ça… elle se bat pour les survivants.
— Elle doit avoir de la peine quand même. Elle a l’air d’être une bonne maman. Elle se donne beaucoup de mal. C’est comme maman, elle se donne beaucoup de mal pour nous. Elle travaille beaucoup…
— Tu as raison, Zoé, ta maman est formidable.
— Alors pourquoi tu es parti ?
Elle s’était arrêtée, avait relevé un bord de son chapeau et le regardait avec sérieux.
— Ça, c’est un problème de grande personne. Quand on est petit, on croit que la vie est simple, logique et quand on grandit, on s’aperçoit que c’est plus compliqué… j’aime infiniment ta maman, mais…
Il ne savait plus quoi dire. Il se posait la même question que Zoé : pourquoi était-il parti ? Après avoir raccompagné les filles, l’autre soir, il serait bien resté avec Joséphine. Il se serait glissé dans le lit, se serait endormi et la vie aurait recommencé, rassurante, douce.
— Ce doit être compliqué si même toi tu sais pas… Moi, je voudrais jamais devenir une grande personne ! C’est que des embêtements. Peut-être que je peux grandir et pas devenir une grande personne…
— Tout le problème est là, chérie : apprendre à devenir une grande et bonne personne. On met des années à apprendre et, parfois, on n’apprend pas… Ou on comprend trop tard qu’on a fait une bêtise.
— Quand tu dors avec Mylène, tu dors tout habillé ?
Antoine sursauta. Il ne s’attendait pas à cette question. Il reprit la main de sa fille, mais elle se dégagea et répéta sa question.
— Pourquoi tu me demandes ça ? C’est important ?
— Tu fais l’amour avec Mylène ?
Il bredouilla :
— Enfin, Zoé, ça ne te regarde pas !
— Si ! Si tu fais l’amour avec elle, tu vas avoir plein de petits bébés et moi, je veux pas…
Il s’accroupit, la prit dans ses bras et lui murmura tout doucement :
— Je ne veux pas d’autres enfants qu’Hortense et toi.
— Tu me le promets ?
— Je te le promets… Vous êtes mes deux amours de filles et vous remplissez tout mon cœur.
— Alors tu dors tout habillé !
Il ne se résolut pas à mentir ; il décida de changer de sujet de conversation.
— Tu n’as pas faim ? Tu n’as pas envie d’un bon gros déjeuner avec des œufs, du jambon, des tartines et de la confiture ?
Elle ne répondit pas.
— On va rentrer… D’accord ?
Elle hocha la tête. Prit un air soucieux. Sembla réfléchir un instant. Antoine l’observa, craignant une autre question déroutante.
— C’est Mylène qui fait le pain, ici. Il est délicieux, parfois un peu trop cuit mais…
— Alexandre, lui aussi, il se fait du souci pour ses parents. À un moment, ils dormaient plus ensemble et Alexandre m’a dit qu’ils faisaient plus du tout l’amour !
— Et comment il le savait ?
Elle gloussa et lança un coup d’œil à son père qui signifiait tu me prends pour un bébé ou quoi ?
— Parce qu’il n’entendait plus de bruit dans leur chambre ! C’est comme ça qu’on sait.
Antoine se fit la réflexion qu’il allait devoir faire attention pendant que les filles étaient là.
— Et ça l’inquiétait ?
— Oui parce que après les parents, ils divorcent…
— Pas toujours, Zoé. Pas toujours… Maman et moi, on n’est pas encore divorcés.
Il s’arrêta net. Il valait mieux changer de sujet pour éviter d’autres questions embarrassantes.
— Oui, mais ça revient au même… Vous dormez plus ensemble.
— Tu la trouves jolie, ta chambre, ici ?
Elle fit la moue et répondit « oui, ça va, ça peut aller ».
Ils revinrent vers la maison en silence. Antoine reprit la main de Zoé dans la sienne et elle le laissa faire.
Ils passèrent l’après-midi à la plage. Sans Mylène qui ouvrait sa boutique à seize heures. Antoine eut un choc quand Hortense laissa tomber son tee-shirt et son paréo : elle avait un corps de femme. De longues jambes, une taille cambrée, des belles fesses rondes, un petit ventre doux, musclé, deux seins bien pleins que le maillot de bain avait du mal à contenir. Un corps et un port de femme. La manière dont elle releva ses longs cheveux et les attacha, dont elle enduisit ses cuisses, ses épaules, son cou de crème le troubla. Il détourna les yeux et chercha sur la plage s’il y avait des hommes qui la reluquaient. Il fut soulagé de s’apercevoir qu’ils étaient presque seuls, à part quelques enfants qui jouaient dans les vagues. Shirley s’aperçut de son trouble et constata :