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Электронная книга - «Les yeux jaunes des crocodiles». Краткое содержание книги:

Deux soeurs. La quarantaine. Iris, belle, très belle, riche, élégante, parisienne. Autrefois étudiante brillante, elle s'est mariée, et sa vie se résume en un tourbillon vain. Iris s'ennuie, rêve de devenir une autre. Joséphine est une littéraire, historienne spécialisée dans l'étude du XIIe siècle. Beaucoup moins belle, beaucoup moins à l'aise dans la vie. Mariée, elle a deux filles, vit en banlieue et se bat pour tenir debout. Un jour, à un dîner, Iris prétend qu'elle écrit. Entraînée par son mensonge, elle persuade sa soeur d'écrire un livre qu'elle signera, elle. Abandonnée par son mari, acculée par les dettes, Joséphine se soumet. Elle est habituée : depuis qu'elles sont enfants, Iris la magnifique la domine. Le destin de chaque soeur va basculer.
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Quand Antoine avait proposé de prendre les filles pour les vacances de Pâques, elle avait hésité. Les laisser partir avec lui au Kenya sans autre chaperon que Mylène ne la rassurait pas. Et si les filles s’approchaient trop près des crocodiles ? Elle en avait parlé à Shirley qui avait lancé : « Je pourrais partir avec elles, j’emmènerais Gary… Je peux m’absenter deux semaines, il n’y a pas de cours au conservatoire et je n’ai pas de grosses commandes à livrer et puis j’adore les voyages et l’aventure ! Demande à Antoine s’il est d’accord. » Antoine avait dit oui. La veille, elle avait déposé les filles, Shirley et Gary à Roissy.

S’imposer des horaires. Ne pas laisser filer le temps. Manger entre deux chapitres. Boire beaucoup de café. Étaler ses livres et ses notes sur la table de la cuisine sans avoir peur de gêner. Et écrire, écrire…

D’abord planter le décor.

Je la mets où, mon histoire. Dans les brumes du Nord ou au soleil ?

Au soleil !

Un village dans le sud de la France, près de Montpellier. Au XIIe siècle. Il y a douze millions d’habitants en France et seulement un million huit cent mille en Angleterre. La France est partagée en deux : le royaume des Plantagenêts, avec à sa tête Henri II et Aliénor d’Aquitaine, et celui de Louis VII, le roi de France, père du futur Philippe Auguste. Le soc à reversoir de la charrue a remplacé le soc droit et les récoltes sont plus abondantes. Les moulins se substituent à la meule à bras. Les hommes sont mieux nourris, l’alimentation se diversifie et la mortalité infantile diminue. Le commerce se développe sur les marchés et dans les foires. L’argent circule et devient une valeur convoitée. Le juif, dans les bourgs, est toléré mais honni. Les chrétiens n’ayant pas le droit de prêter de l’argent avec intérêt, il fait office de banquier. C’est le plus souvent un usurier. Il est intéressé à la misère du peuple et on ne l’aime pas. Il doit porter l’étoile jaune.

Dans la haute société, la seule valeur de la femme est sa virginité qu’elle apporte le jour de son mariage. Le futur mari la considère comme un ventre à féconder. Des garçons. Il ne doit pas montrer son amour. Comme l’enseigne la loi de l’Église : celui qui aime sa femme avec trop d’ardeur est considéré comme coupable d’adultère. C’est pour cette raison que de nombreuses femmes rêvent de se retirer dans un couvent. Les couvents se multiplient aux XIe et XIIe siècles.

« L’œuvre d’enfantement est permise dans le mariage mais les voluptés à la manière des putains sont condamnées », dit le prêtre dans ses sermons. Très important, le curé ! Il fait la loi. Même le roi lui obéit. Une fille qui, sortant de chez elle sans escorte, est violée devient une « aubaine ». On la montre du doigt et elle ne peut plus se marier. Des bandes de garçons, des soldats sans chefs, des chevaliers sans château, sans maître, sans armée, écument les campagnes à la recherche d’un tendron à trousser ou de vieux à dévaliser. C’est une période de grande violence sociale.

Florine a compris tout cela. Elle ne veut pas faire partie de ces femmes qu’on conduit au mariage comme à l’abattoir. Bien que l’amour courtois commence à se répandre dans les ballades des troubadours, elle n’en entend guère parler dans son village. Quand on parle de mariage, on dit que le jeune chevalier veut « jouir et s’établir, une femme et une terre ». Elle refuse d’être un objet. Elle préfère se donner à Dieu.

Florine commençait à exister. Joséphine la voyait physiquement. Grande, blonde, bien faite de sa personne, une blancheur de neige, le cou long et délié, les yeux verts en amande, bordés de cils noirs, un front haut et bombé, un teint admirable, la bouche dessinée et rose, les joues vermeilles, les mèches blondes relevées dans un bandeau brodé, tombant en cascade sur son visage. Entre autres perfections, elle a des mains d’ivoire, des mains longues, douces, aux doigts fuselés comme des cierges et terminés par des ongles brillants. Des mains d’aristocrate.

Pas comme les miennes, se dit Joséphine en jetant un œil navré sur ses ongles envahis de petites peaux.

Ses parents sont des nobles ruinés qui vivent dans une maison bourgeoise qui prend l’eau et le vent. Ils rêvent de retrouver leur splendeur passée en mariant leur fille unique. Ils appartiennent au monde de la campagne et du bourg. Ils vivent du maigre revenu de leurs terres. Ils n’ont plus qu’un cheval, une carriole, un bœuf, des chèvres et des moutons. Mais les armoiries de leur blason, reproduites sur une grande tapisserie, ornent le mur de la salle commune où ils se rassemblent lors des veillées.

L’histoire commence lors d’une veillée…

Une veillée, dans un petit bourg d’Aquitaine, au XIIe siècle.

Il faudra que j’invente un nom pour le bourg. Le soir, on se reçoit entre gens de la même famille ou entre voisins. Un soir donc, alors que les grands-parents, les enfants, les petits-enfants, les cousins et les cousines sont rassemblés, on apprend que le comte de Castelnau est revenu d’une croisade. Guillaume Longue Épée est un noble vaillant, riche et beau.

Là, je fais le portrait de Guillaume…

Sa chevelure d’or flamboie au soleil et ses soldats le repèrent dans les batailles à sa crinière déployée tel un étendard. Le roi l’a remarqué et lui a donné des terres que Guillaume a ajoutées à son comté. Il possède un très beau château que sa mère, veuve, a gardé en son absence, des terres étendues et fertiles. Il cherche à se marier et chacun se perd en conjectures sur l’identité de la future comtesse. C’est ce soir-là que Florine compte annoncer à ses parents qu’elle a choisi d’obéir à la règle de saint Benoît et d’entrer au couvent.

Je commence donc par la veillée. Florine cherche l’occasion de parler à sa mère. Non, à son père… C’est le père qui est important.

On les voit écosser les pois, gratter les bettes, ravauder les vêtements, nettoyer, raccommoder, chacun s’occupe à des tâches utiles tout en causant. On rumine le quotidien, les derniers scandales du bourg (les hommes accusés de bigamie, une fermière qui a fait disparaître son nouveau-né, le curé qui tourne autour des filles…), on se gausse, on soupire, on parle des moutons, du blé, du bœuf qui a la fièvre, de la laine à carder, de la vigne et des semences à acheter ; puis la conversation passe aux sujets éternels : les bâtisses à retaper, les enfants à marier, les impôts trop nombreux, les naissances trop rapprochées, ces enfants qui « ne font que manger »…

Je mets alors l’accent sur la mère de Florine. Une femme avide, sèche de cœur, intéressée, et le père plutôt bonhomme et bon mais dominé par sa femme.

Florine essaie d’attirer l’attention de son père et de se placer dans la conversation. En vain. Les enfants n’ont pas le droit de parler si on ne les y encourage pas. Florine doit faire la révérence quand elle s’adresse à ses parents. Alors elle se tait et guette le moment où elle pourra parler. Une vieille tante maugrée et affirme qu’il ne faut pas parler de choses futiles mais de choses magnifiques. Florine lève les yeux sur elle avec l’espoir qu’elle va parler de Dieu et qu’elle pourra alors s’exprimer. Hélas ! personne n’écoute la vieille tante et Florine reste silencieuse. Enfin, le maître des lieux, celui que tout le monde est tenu de respecter, s’adresse à sa fille et lui demande de lui apporter sa pipe.

Comme quand j’étais petite ! C’est moi qui tendais sa pipe à mon père. Maman lui interdisait de fumer à la maison. Il allait fumer sur le balcon et je le suivais. Il me montrait les étoiles et m’apprenait leurs noms…

Le père de Florine fume à la maison ; c’est Florine qui lui bourre sa bouffarde. Elle en profite pour lui annoncer son projet. Sa mère entend et se récrie. Il n’en est pas question : elle épousera le comte de Castelnau !

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