Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
Andr�e baissa les yeux, et Philippe, lui prenant la main:
� M. le baron a raison, dit-il, vous �tes bien tout ce qu�il dit, Andr�e, et nulle ne sera plus digne que vous d�entrer � Versailles.
� Mais je serai s�par�e de vous, r�pliqua Andr�e.
� Pas du tout, pas du tout, interrompit le baron; Versailles est grand, ma ch�re.
� Oui, mais Trianon est petit, riposta Andr�e, fi�re et peu maniable lorsqu�on s�obstinait avec elle.
� Trianon sera toujours assez grand pour fournir une chambre � M. de Taverney. Un homme comme moi se loge toujours, ajouta-t-il avec une modestie qui signifiait: sait toujours se loger.
Andr�e, peu rassur�e par cette proximit� de son p�re, se tourna vers Philippe.
� Ma s�ur, dit celui-ci, vous ne ferez sans doute pas partie de ce qu�on appelle la cour. Au lieu de vous mettre dans un couvent o� elle payerait votre dot, madame la dauphine, qui a bien voulu vous distinguer, vous tiendra pr�s d�elle avec un emploi quelconque. Aujourd�hui, l��tiquette n�est pas impitoyable comme au temps de Louis XIV; il y a fusion et divisibilit� dans les charges. Vous pourrez servir � la dauphine de lectrice ou de dame de compagnie; elle dessinera avec vous, elle vous tiendra toujours pr�s d�elle; on ne vous verra jamais, c�est possible; mais vous ne rel�verez pas moins de sa protection imm�diate, et, comme telle, vous inspirerez beaucoup d�envie. Voil� ce que vous craignez, n�est-ce pas?
� Oui, mon fr�re.
� � la bonne heure, dit le baron; mais ne nous affligeons pas pour si peu qu�un ou deux envieux� R�tablissez-vous donc bien vite, Andr�e, et j�aurai le plaisir de vous conduire � Trianon moi-m�me. � C�est l�ordre de madame la dauphine.
� C�est bien; j�irai, mon p�re.
� � propos, continua le baron, vous �tes en argent, Philippe?
� Si vous en avez besoin, monsieur, r�pliqua le jeune homme, je n�en aurais pas assez pour vous en offrir; mais, si vous me faites une offre, au contraire, je puis vous r�pondre qu�il m�en reste assez pour moi.
� C�est vrai, tu es philosophe, toi, dit le baron en ricanant. Et toi, Andr�e, es-tu philosophe aussi, et ne demandes-tu rien, ou as-tu besoin de quelque chose?
� Je craindrais de vous g�ner, mon p�re.
� Oh! nous ne sommes plus � Taverney, ici. Le roi m�a fait remettre cinq cents louis� � compte, a dit Sa Majest�. Songe � tes toilettes, Andr�e.
� Merci, mon p�re, r�pliqua la jeune fille joyeuse.
� L�, l�! dit le baron, voil� les extr�mes. Tout � l�heure, elle ne voulait rien; maintenant, elle ruinerait un empereur de Chine. Oh! mais n�importe, demande; les belles robes t�iront bien, Andr�e.
L�-dessus, et apr�s un baiser tr�s tendre, le baron ouvrit la porte d�une chambre qui s�parait la sienne de celle de sa fille, et disparut en disant:
� Cette damn�e Nicole, qui n�est point l� pour m��clairer!
� Voulez-vous que je la sonne, mon p�re?
� Non, j�ai La Brie, qui dort sur quelque fauteuil; bonsoir, mes enfants.
Philippe s��tait lev� de son c�t�.
� Bonsoir aussi, mon fr�re, fit Andr�e, je suis bris�e de fatigue. Voil� la premi�re fois que je parle autant depuis mon accident. Bonsoir, cher Philippe.
Et elle donna sa main au jeune homme, qui la baisa fraternellement, mais en m�lant � cette fraternit� une sorte de respect qu�il avait toujours eu pour sa s�ur, et qui partit en effleurant dans le corridor la porti�re derri�re laquelle �tait cach� Gilbert.
� Voulez-vous que j�appelle Nicole? dit-il � son tour en s��loignant.
� Non, non, cria Andr�e, je me d�ferai seule. Adieu, Philippe.
Chapitre 74. Ce qu�avait pr�vu Gilbert
Andr�e, rest�e seule, se souleva sur sa chaise, et un frisson passa dans tout le corps de Gilbert.
La jeune fille �tait debout; de ses mains blanches comme l�alb�tre, elle d�tachait une � une les �pingles de sa coiffure, tandis que le l�ger peignoir qui la couvrait, glissant de ses �paules, d�couvrait son cou si pur et si gracieux, sa poitrine encore palpitante, et ses bras qui, nonchalamment arrondis sur sa t�te, for�aient la cambrure de ses reins au profit d�une gorge exquise fr�missant sous la batiste.
Gilbert, � genoux, haletant, ivre, sentait le sang battre furieusement son front et son c�ur. Des flots embras�s circulaient dans ses art�res, un nuage de flammes descendait sur sa vue, un murmure inconnu et f�brile bourdonnait � ses oreilles; il touchait � ce moment d��garement farouche qui pr�cipite les hommes dans le gouffre de la folie. Il allait franchir le seuil de la chambre d�Andr�e en criant:
� Oh! oui, tu es belle, tu es belle! mais ne sois pas si fi�re de ta beaut�, car tu me la dois, car je t�ai sauv� la vie!
Tout � coup, un n�ud de la ceinture embarrassa Andr�e; elle s�irrita, frappa du pied, s�assit tout en d�sordre sur un lit de repos, comme si le l�ger obstacle qu�elle venait de rencontrer avait suffi pour briser ses forces, et, se penchant � demi nue vers le cordon de la sonnette, elle lui imprima une impatiente secousse.
Ce bruit rappela Gilbert � la raison. � Nicole avait laiss� la porte ouverte pour entendre. Nicole allait venir.
Adieu le r�ve, adieu le bonheur; plus rien qu�une image, plus rien qu�un souvenir �ternellement br�lant dans l�imagination, �ternellement pr�sent au fond du c�ur.
Gilbert voulut s��lancer hors du pavillon; mais le baron, entrant, avait attir� � lui les portes du corridor. Gilbert, qui ignorait cet obstacle, fut quelques secondes � les ouvrir.
Au moment o� il entrait dans la chambre de Nicole, Nicole arrivait. Le jeune homme entendit craquer sous ses pas le sable du jardin. Il n�eut que le temps de s�effacer dans l�ombre pour laisser passer la jeune fille, qui traversa l�antichambre apr�s en avoir ferm� la porte, et s��lan�a dans le corridor l�g�re comme un oiseau.
Gilbert gagna l�antichambre et essaya de sortir.
Mais Nicole, tout en accourant et en criant: �Me voil�, me voil�, mademoiselle! je ferme la porte!� Nicole fermait la porte effectivement, et non seulement la fermait � double tour, mais encore, dans son trouble, mettait la clef dans sa poche.
Gilbert essaya donc inutilement de rouvrir la porte: il eut recours aux fen�tres. Les fen�tres �taient grill�es; au bout de cinq minutes d�investigations, Gilbert comprit qu�il lui �tait impossible de sortir.
Le jeune homme se tapit dans un coin, arm� de cette r�solution bien arr�t�e de se faire ouvrir la porte par Nicole.
Quant � celle-ci, apr�s avoir donn� � son absence ce pr�texte plausible d�avoir �t� fermer les ch�ssis de la serre, de peur que l�air de la nuit ne f�t mal aux fleurs de mademoiselle, elle acheva de d�shabiller Andr�e et de la mettre au lit.
Il y avait bien dans la voix de Nicole un fr�missement, il y avait bien dans ses mains une agitation, il y avait bien dans son service un empressement qui n��taient pas ordinaires et qui d�non�aient un reste d��motion; mais Andr�e, du ciel placide o� planaient ses id�es, regardait rarement sur la terre et, quand elle y regardait, les �tres inf�rieurs apparaissaient comme des atomes � ses yeux.
Elle ne s�aper�ut donc de rien.
Gilbert bouillait d�impatience depuis que la retraite lui �tait ferm�e. Il n�aspirait plus qu�� la libert�.
Andr�e cong�dia Nicole apr�s une courte causerie dans laquelle Nicole d�ploya toute la c�linerie d�une soubrette qui a des remords.
Elle borda la couverture de sa ma�tresse, baissa la lampe, sucra dans le gobelet d�argent la boisson ti�die sur la veilleuse d�alb�tre, souhaita de sa plus douce voix un gracieux bonsoir � sa ma�tresse, et sortit de la chambre sur la pointe du pied.
En sortant, elle ferma la porte vitr�e.
Puis, tout en chantonnant pour faire croire � la tranquillit� de son esprit, elle traversa sa chambre et s�avan�a vers la porte du jardin.
Gilbert comprit l�intention de Nicole, et un instant il se demanda si, au lieu de se faire reconna�tre, il ne sortirait point par surprise, profitant du moment o� la porte serait entrouverte pour fuir; mais alors il serait vu sans �tre reconnu; il serait pris pour un voleur, Nicole crierait au secours, il n�aurait pas le temps de regagner sa corde, et, la regagn�t-il, il serait vu dans sa fuite a�rienne, ce qui d�noncerait sa retraite et ferait scandale, scandale qui ne pouvait manquer d��tre grand chez des gens aussi mal intentionn�s que l��taient les Taverney pour le pauvre Gilbert.