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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Andr�e baissa les yeux, et Philippe, lui prenant la main:

� M. le baron a raison, dit-il, vous �tes bien tout ce qu�il dit, Andr�e, et nulle ne sera plus digne que vous d�entrer � Versailles.

� Mais je serai s�par�e de vous, r�pliqua Andr�e.

� Pas du tout, pas du tout, interrompit le baron; Versailles est grand, ma ch�re.

� Oui, mais Trianon est petit, riposta Andr�e, fi�re et peu maniable lorsqu�on s�obstinait avec elle.

� Trianon sera toujours assez grand pour fournir une chambre � M. de Taverney. Un homme comme moi se loge toujours, ajouta-t-il avec une modestie qui signifiait: sait toujours se loger.

Andr�e, peu rassur�e par cette proximit� de son p�re, se tourna vers Philippe.

� Ma s�ur, dit celui-ci, vous ne ferez sans doute pas partie de ce qu�on appelle la cour. Au lieu de vous mettre dans un couvent o� elle payerait votre dot, madame la dauphine, qui a bien voulu vous distinguer, vous tiendra pr�s d�elle avec un emploi quelconque. Aujourd�hui, l��tiquette n�est pas impitoyable comme au temps de Louis XIV; il y a fusion et divisibilit� dans les charges. Vous pourrez servir � la dauphine de lectrice ou de dame de compagnie; elle dessinera avec vous, elle vous tiendra toujours pr�s d�elle; on ne vous verra jamais, c�est possible; mais vous ne rel�verez pas moins de sa protection imm�diate, et, comme telle, vous inspirerez beaucoup d�envie. Voil� ce que vous craignez, n�est-ce pas?

� Oui, mon fr�re.

� � la bonne heure, dit le baron; mais ne nous affligeons pas pour si peu qu�un ou deux envieux� R�tablissez-vous donc bien vite, Andr�e, et j�aurai le plaisir de vous conduire � Trianon moi-m�me. � C�est l�ordre de madame la dauphine.

� C�est bien; j�irai, mon p�re.

� � propos, continua le baron, vous �tes en argent, Philippe?

� Si vous en avez besoin, monsieur, r�pliqua le jeune homme, je n�en aurais pas assez pour vous en offrir; mais, si vous me faites une offre, au contraire, je puis vous r�pondre qu�il m�en reste assez pour moi.

� C�est vrai, tu es philosophe, toi, dit le baron en ricanant. Et toi, Andr�e, es-tu philosophe aussi, et ne demandes-tu rien, ou as-tu besoin de quelque chose?

� Je craindrais de vous g�ner, mon p�re.

� Oh! nous ne sommes plus � Taverney, ici. Le roi m�a fait remettre cinq cents louis� � compte, a dit Sa Majest�. Songe � tes toilettes, Andr�e.

� Merci, mon p�re, r�pliqua la jeune fille joyeuse.

� L�, l�! dit le baron, voil� les extr�mes. Tout � l�heure, elle ne voulait rien; maintenant, elle ruinerait un empereur de Chine. Oh! mais n�importe, demande; les belles robes t�iront bien, Andr�e.

L�-dessus, et apr�s un baiser tr�s tendre, le baron ouvrit la porte d�une chambre qui s�parait la sienne de celle de sa fille, et disparut en disant:

� Cette damn�e Nicole, qui n�est point l� pour m��clairer!

� Voulez-vous que je la sonne, mon p�re?

� Non, j�ai La Brie, qui dort sur quelque fauteuil; bonsoir, mes enfants.

Philippe s��tait lev� de son c�t�.

� Bonsoir aussi, mon fr�re, fit Andr�e, je suis bris�e de fatigue. Voil� la premi�re fois que je parle autant depuis mon accident. Bonsoir, cher Philippe.

Et elle donna sa main au jeune homme, qui la baisa fraternellement, mais en m�lant � cette fraternit� une sorte de respect qu�il avait toujours eu pour sa s�ur, et qui partit en effleurant dans le corridor la porti�re derri�re laquelle �tait cach� Gilbert.

� Voulez-vous que j�appelle Nicole? dit-il � son tour en s��loignant.

� Non, non, cria Andr�e, je me d�ferai seule. Adieu, Philippe.

Chapitre 74. Ce qu�avait pr�vu Gilbert

Andr�e, rest�e seule, se souleva sur sa chaise, et un frisson passa dans tout le corps de Gilbert.

La jeune fille �tait debout; de ses mains blanches comme l�alb�tre, elle d�tachait une � une les �pingles de sa coiffure, tandis que le l�ger peignoir qui la couvrait, glissant de ses �paules, d�couvrait son cou si pur et si gracieux, sa poitrine encore palpitante, et ses bras qui, nonchalamment arrondis sur sa t�te, for�aient la cambrure de ses reins au profit d�une gorge exquise fr�missant sous la batiste.

Gilbert, � genoux, haletant, ivre, sentait le sang battre furieusement son front et son c�ur. Des flots embras�s circulaient dans ses art�res, un nuage de flammes descendait sur sa vue, un murmure inconnu et f�brile bourdonnait � ses oreilles; il touchait � ce moment d��garement farouche qui pr�cipite les hommes dans le gouffre de la folie. Il allait franchir le seuil de la chambre d�Andr�e en criant:

� Oh! oui, tu es belle, tu es belle! mais ne sois pas si fi�re de ta beaut�, car tu me la dois, car je t�ai sauv� la vie!

Tout � coup, un n�ud de la ceinture embarrassa Andr�e; elle s�irrita, frappa du pied, s�assit tout en d�sordre sur un lit de repos, comme si le l�ger obstacle qu�elle venait de rencontrer avait suffi pour briser ses forces, et, se penchant � demi nue vers le cordon de la sonnette, elle lui imprima une impatiente secousse.

Ce bruit rappela Gilbert � la raison. � Nicole avait laiss� la porte ouverte pour entendre. Nicole allait venir.

Adieu le r�ve, adieu le bonheur; plus rien qu�une image, plus rien qu�un souvenir �ternellement br�lant dans l�imagination, �ternellement pr�sent au fond du c�ur.

Gilbert voulut s��lancer hors du pavillon; mais le baron, entrant, avait attir� � lui les portes du corridor. Gilbert, qui ignorait cet obstacle, fut quelques secondes � les ouvrir.

Au moment o� il entrait dans la chambre de Nicole, Nicole arrivait. Le jeune homme entendit craquer sous ses pas le sable du jardin. Il n�eut que le temps de s�effacer dans l�ombre pour laisser passer la jeune fille, qui traversa l�antichambre apr�s en avoir ferm� la porte, et s��lan�a dans le corridor l�g�re comme un oiseau.

Gilbert gagna l�antichambre et essaya de sortir.

Mais Nicole, tout en accourant et en criant: �Me voil�, me voil�, mademoiselle! je ferme la porte!� Nicole fermait la porte effectivement, et non seulement la fermait � double tour, mais encore, dans son trouble, mettait la clef dans sa poche.

Gilbert essaya donc inutilement de rouvrir la porte: il eut recours aux fen�tres. Les fen�tres �taient grill�es; au bout de cinq minutes d�investigations, Gilbert comprit qu�il lui �tait impossible de sortir.

Le jeune homme se tapit dans un coin, arm� de cette r�solution bien arr�t�e de se faire ouvrir la porte par Nicole.

Quant � celle-ci, apr�s avoir donn� � son absence ce pr�texte plausible d�avoir �t� fermer les ch�ssis de la serre, de peur que l�air de la nuit ne f�t mal aux fleurs de mademoiselle, elle acheva de d�shabiller Andr�e et de la mettre au lit.

Il y avait bien dans la voix de Nicole un fr�missement, il y avait bien dans ses mains une agitation, il y avait bien dans son service un empressement qui n��taient pas ordinaires et qui d�non�aient un reste d��motion; mais Andr�e, du ciel placide o� planaient ses id�es, regardait rarement sur la terre et, quand elle y regardait, les �tres inf�rieurs apparaissaient comme des atomes � ses yeux.

Elle ne s�aper�ut donc de rien.

Gilbert bouillait d�impatience depuis que la retraite lui �tait ferm�e. Il n�aspirait plus qu�� la libert�.

Andr�e cong�dia Nicole apr�s une courte causerie dans laquelle Nicole d�ploya toute la c�linerie d�une soubrette qui a des remords.

Elle borda la couverture de sa ma�tresse, baissa la lampe, sucra dans le gobelet d�argent la boisson ti�die sur la veilleuse d�alb�tre, souhaita de sa plus douce voix un gracieux bonsoir � sa ma�tresse, et sortit de la chambre sur la pointe du pied.

En sortant, elle ferma la porte vitr�e.

Puis, tout en chantonnant pour faire croire � la tranquillit� de son esprit, elle traversa sa chambre et s�avan�a vers la porte du jardin.

Gilbert comprit l�intention de Nicole, et un instant il se demanda si, au lieu de se faire reconna�tre, il ne sortirait point par surprise, profitant du moment o� la porte serait entrouverte pour fuir; mais alors il serait vu sans �tre reconnu; il serait pris pour un voleur, Nicole crierait au secours, il n�aurait pas le temps de regagner sa corde, et, la regagn�t-il, il serait vu dans sa fuite a�rienne, ce qui d�noncerait sa retraite et ferait scandale, scandale qui ne pouvait manquer d��tre grand chez des gens aussi mal intentionn�s que l��taient les Taverney pour le pauvre Gilbert.

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