Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
Philippe calcula le temps, et vit que sa s�ur avait d� �tre conduite directement de la rue des �curies-du-Louvre � la rue Coq-H�ron, comme elle avait �t� conduite de la place Louis XV � la rue des �curies-du-Louvre; et, lui serrant cordialement la main, il lui dit d�un son de voix libre et joyeux:
� Merci, ch�re s�ur, merci; tous ces calculs correspondent au mien. Je me pr�senterai chez la marquise de Savigny et je la remercierai moi-m�me. Maintenant, un dernier mot d�un int�r�t secondaire.
� Dites.
� Vous rappelez-vous avoir vu, au milieu de la catastrophe, quelque figure de connaissance?
� Moi? Non.
� Celle du petit Gilbert, par exemple?
� En effet, dit Andr�e en s�effor�ant de rappeler ses souvenirs; oui, au moment o� nous fumes s�par�s, il �tait � dix pas de moi.
� Elle m�avait vu, murmura Gilbert.
� C�est qu�en vous cherchant, Andr�e, j�ai retrouv� le pauvre enfant.
� Parmi les morts? demanda Andr�e avec cette nuance bien accentu�e d�int�r�t que les grands ont pour leur subalterne.
� Non, il �tait bless� seulement; on l�a sauv�, et j�esp�re qu�il en r�chappera.
� Oh! tant mieux, dit Andr�e; et qu�avait-il?
� La poitrine �cras�e.
� Oui, oui, contre la tienne, Andr�e, murmura Gilbert.
� Mais, continua Philippe, ce qu�il y a d��trange, et ce qui fait que je vous parle de cet enfant, c�est que j�ai retrouv� dans sa main, raidie par la souffrance, un morceau de votre robe.
� Tiens! c�est �trange, en effet.
� Ne l�avez-vous pas vu au dernier moment?
� Au dernier moment, Philippe, j�ai vu tant de figures effrayantes de terreur et de souffrance, d��go�sme, d�amour, de piti�, de cupidit�, de cynisme, qu�il me semble avoir habit� une ann�e en enfer; parmi toutes ces figures, qui m�ont fait l�effet d�une revue que je passais de tous les damn�s, il se peut que j�aie vu celle de ce petit bonhomme, mais je ne me le rappelle point.
� Cependant, ce morceau d��toffe arrach� � votre robe, et c��tait bien � votre robe, ch�re Andr�e, puisque j�ai v�rifi� le fait avec Nicole�
� En disant � cette fille pour quelle cause vous l�interrogiez? demanda Andr�e; car elle se rappelait cette singuli�re explication qu�elle avait eue � Taverney avec sa femme de chambre, � propos de ce m�me Gilbert.
� Oh! non. Enfin, ce morceau �tait bien dans sa main: comment expliquez-vous cela?
� Mon Dieu, rien de plus facile, dit Andr�e avec une tranquillit� qui faisait un indicible contraste avec l�effroyable battement du c�ur de Gilbert; s�il �tait pr�s de moi au moment o� je me suis sentie soulev�e, pour ainsi dire, par le regard de cet homme, il se sera accroch� � moi pour profiter en m�me temps que moi du secours qui m�arrivait, pareil en cela au noy� qui se cramponne � la ceinture du nageur.
� Oh! fit Gilbert avec un sombre m�pris pour cette pens�e de la jeune fille; oh! l�ignoble interpr�tation de mon d�vouement! Comme ces gens de noblesse nous jugent, nous autres gens du peuple! Oh! M. Rousseau a bien raison: nous valons mieux qu�eux; notre c�ur est plus pur et notre bras plus fort.
Et, comme il faisait un mouvement pour reprendre la conversation d�Andr�e et de son fr�re, un moment �cart�e par cet apart�, il entendit un bruit derri�re lui.
� Mon Dieu! murmura-t-il, quelqu�un dans l�antichambre.
Et Gilbert, entendant les pas se rapprocher du corridor, s�enfon�a dans le cabinet de toilette, laissant retomber la porti�re devant lui.
� Eh bien, cette folle de Nicole n�est donc point l�? dit la voix du baron de Taverney, qui, effleurant Gilbert avec les basques de son habit, entra chez sa fille.
� Elle est sans doute au jardin, dit Andr�e avec une tranquillit� qui prouvait qu�elle n�avait aucun soup�on de la pr�sence d�un tiers; bonsoir, mon p�re.
Philippe se leva respectueusement; le baron lui fit signe de rester o� il �tait, et, prenant un fauteuil, il s�assit aupr�s de ses enfants.
� Eh! mes enfants, dit le baron, il y a bien loin de la rue Coq-H�ron � Versailles, lorsqu�au lieu de s�y rendre dans une bonne voiture de la cour, on n�a qu�une patache tra�n�e par un cheval. Enfin, j�ai vu madame la dauphine, toujours.
� Ah! fit Andr�e, vous arrivez donc de Versailles, mon p�re?
� Oui, la princesse avait eu la bont� de me faire mander, ayant su l�accident arriv� � ma fille.
� Andr�e va beaucoup mieux, mon p�re, dit Philippe.
� Je le sais bien, et je l�ai dit � Son Altesse royale, qui m�a bien voulu promettre qu�aussit�t l�entier r�tablissement de ta s�ur, elle l�appellerait pr�s d�elle au Petit Trianon, qu�elle a choisi d�cid�ment pour r�sidence, et qu�elle s�occupe de faire disposer � son go�t.
� Moi, moi � la cour? dit Andr�e timidement.
� Ce ne sera pas la cour, ma fille: madame la dauphine a des go�ts s�dentaires; M. le dauphin lui-m�me d�teste l��clat et le bruit. On vivra en famille � Trianon; seulement, de l�humeur que je connais Son Altesse madame la dauphine, ces petites assembl�es de famille pourraient bien finir par �tre mieux que des lits de justice ou des �tats g�n�raux. La princesse a du caract�re, et M. le dauphin est profond, � ce qu�on dit.
� Oui, oui, ce sera toujours la cour, ne vous y trompez pas, ma s�ur, dit Philippe tristement.
� La cour! se dit Gilbert avec une rage et un d�sespoir concentr�s; la cour, c�est-�-dire un sommet o� je ne puis atteindre, un ab�me o� je ne puis me pr�cipiter; plus d�Andr�e! perdue pour moi, perdue!
� Nous n�avons, r�pliqua Andr�e � son p�re, ni la fortune qui permet d�habiter ce s�jour, ni l��ducation qui est n�cessaire � celui qui l�habite. Moi, pauvre fille, que ferais-je au milieu de ces dames si brillantes dont j�ai entrevu une seule fois la splendeur qui �blouit, dont j�ai jug� l�esprit si futile, mais si �tincelant! H�las! mon fr�re, que nous sommes obscurs pour aller au milieu de toutes ces lumi�res!�
Le baron fron�a le sourcil.
� Encore ces sottises, dit-il. Je ne comprends vraiment pas le soin que prennent toujours les miens de rabaisser tout ce qui vient de moi ou qui me touche! Obscurs! en v�rit�, vous �tes folle, mademoiselle; obscure! Une Taverney-Maison-Rouge, obscure! Eh! qui brillera, je vous prie, si ce n�est vous?� La fortune� Pardieu! les fortunes de cour, on sait ce que c�est; le soleil de la couronne les pompe, le soleil les fait refleurir; c�est le grand va-et-vient de la nature. Je me suis ruin�, c�est bien; je redeviendrai riche, voil� tout. Le roi n�a-t-il plus d�argent � offrir � ses serviteurs? et croyez-vous que je rougirai d�un r�giment qu�on donnera au fils a�n� de ma race; d�une dot qu�on vous donnera, Andr�e; d�un apanage qu�on me rendra, � moi, ou d�un beau contrat de rentes que je trouverai sous ma serviette en d�nant au petit couvert?� Non, non, les sots ont des pr�jug�s� Je n�en ai pas� D�ailleurs, c�est mon bien, je le reprends: ne vous faites donc pas de scrupules, mademoiselle. Il reste un dernier point � d�battre: votre �ducation, dont vous parliez tout � l�heure. Mais, mademoiselle, souvenez-vous que nulle fille de cour n�est �lev�e comme vous; il y a plus: vous avez, � c�t� de l��ducation des jeunes filles de noblesse, l�instruction solide des filles de robe ou de finance; vous �tes musicienne; vous dessinez des paysages avec des moutons et des vaches que Berghem ne renierait pas; or, madame la dauphine raffole des moutons, des vaches et de Berghem. Il y a de la beaut� chez vous, le roi ne manquera pas de s�en apercevoir. Il y a de la conversation, ce sera pour M. le comte d�Artois ou M. de Provence. Vous serez donc non seulement bien vue�, mais ador�e. Oui, oui, fit le baron en riant et en se frottant les mains avec une accentuation de rire si �trange, que Philippe regarda son p�re, ne croyant pas que ce rire partit d�une bouche humaine. � Ador�e! j�ai dit le mot.