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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Philippe calcula le temps, et vit que sa sur avait d tre conduite directement de la rue des curies-du-Louvre la rue Coq-Hron, comme elle avait t conduite de la place Louis XV la rue des curies-du-Louvre; et, lui serrant cordialement la main, il lui dit dun son de voix libre et joyeux:

Merci, chre sur, merci; tous ces calculs correspondent au mien. Je me prsenterai chez la marquise de Savigny et je la remercierai moi-mme. Maintenant, un dernier mot dun intrt secondaire.

Dites.

Vous rappelez-vous avoir vu, au milieu de la catastrophe, quelque figure de connaissance?

Moi? Non.

Celle du petit Gilbert, par exemple?

En effet, dit Andre en sefforant de rappeler ses souvenirs; oui, au moment o nous fumes spars, il tait dix pas de moi.

Elle mavait vu, murmura Gilbert.

Cest quen vous cherchant, Andre, jai retrouv le pauvre enfant.

Parmi les morts? demanda Andre avec cette nuance bien accentue dintrt que les grands ont pour leur subalterne.

Non, il tait bless seulement; on la sauv, et jespre quil en rchappera.

Oh! tant mieux, dit Andre; et quavait-il?

La poitrine crase.

Oui, oui, contre la tienne, Andre, murmura Gilbert.

Mais, continua Philippe, ce quil y a dtrange, et ce qui fait que je vous parle de cet enfant, cest que jai retrouv dans sa main, raidie par la souffrance, un morceau de votre robe.

Tiens! cest trange, en effet.

Ne lavez-vous pas vu au dernier moment?

Au dernier moment, Philippe, jai vu tant de figures effrayantes de terreur et de souffrance, dgosme, damour, de piti, de cupidit, de cynisme, quil me semble avoir habit une anne en enfer; parmi toutes ces figures, qui mont fait leffet dune revue que je passais de tous les damns, il se peut que jaie vu celle de ce petit bonhomme, mais je ne me le rappelle point.

Cependant, ce morceau dtoffe arrach votre robe, et ctait bien votre robe, chre Andre, puisque jai vrifi le fait avec Nicole

En disant cette fille pour quelle cause vous linterrogiez? demanda Andre; car elle se rappelait cette singulire explication quelle avait eue Taverney avec sa femme de chambre, propos de ce mme Gilbert.

Oh! non. Enfin, ce morceau tait bien dans sa main: comment expliquez-vous cela?

Mon Dieu, rien de plus facile, dit Andre avec une tranquillit qui faisait un indicible contraste avec leffroyable battement du cur de Gilbert; sil tait prs de moi au moment o je me suis sentie souleve, pour ainsi dire, par le regard de cet homme, il se sera accroch moi pour profiter en mme temps que moi du secours qui marrivait, pareil en cela au noy qui se cramponne la ceinture du nageur.

Oh! fit Gilbert avec un sombre mpris pour cette pense de la jeune fille; oh! lignoble interprtation de mon dvouement! Comme ces gens de noblesse nous jugent, nous autres gens du peuple! Oh! M. Rousseau a bien raison: nous valons mieux queux; notre cur est plus pur et notre bras plus fort.

Et, comme il faisait un mouvement pour reprendre la conversation dAndre et de son frre, un moment carte par cet apart, il entendit un bruit derrire lui.

Mon Dieu! murmura-t-il, quelquun dans lantichambre.

Et Gilbert, entendant les pas se rapprocher du corridor, senfona dans le cabinet de toilette, laissant retomber la portire devant lui.

Eh bien, cette folle de Nicole nest donc point l? dit la voix du baron de Taverney, qui, effleurant Gilbert avec les basques de son habit, entra chez sa fille.

Elle est sans doute au jardin, dit Andre avec une tranquillit qui prouvait quelle navait aucun soupon de la prsence dun tiers; bonsoir, mon pre.

Philippe se leva respectueusement; le baron lui fit signe de rester o il tait, et, prenant un fauteuil, il sassit auprs de ses enfants.

Eh! mes enfants, dit le baron, il y a bien loin de la rue Coq-Hron Versailles, lorsquau lieu de sy rendre dans une bonne voiture de la cour, on na quune patache trane par un cheval. Enfin, jai vu madame la dauphine, toujours.

Ah! fit Andre, vous arrivez donc de Versailles, mon pre?

Oui, la princesse avait eu la bont de me faire mander, ayant su laccident arriv ma fille.

Andre va beaucoup mieux, mon pre, dit Philippe.

Je le sais bien, et je lai dit Son Altesse royale, qui ma bien voulu promettre quaussitt lentier rtablissement de ta sur, elle lappellerait prs delle au Petit Trianon, quelle a choisi dcidment pour rsidence, et quelle soccupe de faire disposer son got.

Moi, moi la cour? dit Andre timidement.

Ce ne sera pas la cour, ma fille: madame la dauphine a des gots sdentaires; M. le dauphin lui-mme dteste lclat et le bruit. On vivra en famille Trianon; seulement, de lhumeur que je connais Son Altesse madame la dauphine, ces petites assembles de famille pourraient bien finir par tre mieux que des lits de justice ou des tats gnraux. La princesse a du caractre, et M. le dauphin est profond, ce quon dit.

Oui, oui, ce sera toujours la cour, ne vous y trompez pas, ma sur, dit Philippe tristement.

La cour! se dit Gilbert avec une rage et un dsespoir concentrs; la cour, cest--dire un sommet o je ne puis atteindre, un abme o je ne puis me prcipiter; plus dAndre! perdue pour moi, perdue!

Nous navons, rpliqua Andre son pre, ni la fortune qui permet dhabiter ce sjour, ni lducation qui est ncessaire celui qui lhabite. Moi, pauvre fille, que ferais-je au milieu de ces dames si brillantes dont jai entrevu une seule fois la splendeur qui blouit, dont jai jug lesprit si futile, mais si tincelant! Hlas! mon frre, que nous sommes obscurs pour aller au milieu de toutes ces lumires!

Le baron frona le sourcil.

Encore ces sottises, dit-il. Je ne comprends vraiment pas le soin que prennent toujours les miens de rabaisser tout ce qui vient de moi ou qui me touche! Obscurs! en vrit, vous tes folle, mademoiselle; obscure! Une Taverney-Maison-Rouge, obscure! Eh! qui brillera, je vous prie, si ce nest vous? La fortune Pardieu! les fortunes de cour, on sait ce que cest; le soleil de la couronne les pompe, le soleil les fait refleurir; cest le grand va-et-vient de la nature. Je me suis ruin, cest bien; je redeviendrai riche, voil tout. Le roi na-t-il plus dargent offrir ses serviteurs? et croyez-vous que je rougirai dun rgiment quon donnera au fils an de ma race; dune dot quon vous donnera, Andre; dun apanage quon me rendra, moi, ou dun beau contrat de rentes que je trouverai sous ma serviette en dnant au petit couvert? Non, non, les sots ont des prjugs Je nen ai pas Dailleurs, cest mon bien, je le reprends: ne vous faites donc pas de scrupules, mademoiselle. Il reste un dernier point dbattre: votre ducation, dont vous parliez tout lheure. Mais, mademoiselle, souvenez-vous que nulle fille de cour nest leve comme vous; il y a plus: vous avez, ct de lducation des jeunes filles de noblesse, linstruction solide des filles de robe ou de finance; vous tes musicienne; vous dessinez des paysages avec des moutons et des vaches que Berghem ne renierait pas; or, madame la dauphine raffole des moutons, des vaches et de Berghem. Il y a de la beaut chez vous, le roi ne manquera pas de sen apercevoir. Il y a de la conversation, ce sera pour M. le comte dArtois ou M. de Provence. Vous serez donc non seulement bien vue, mais adore. Oui, oui, fit le baron en riant et en se frottant les mains avec une accentuation de rire si trange, que Philippe regarda son pre, ne croyant pas que ce rire partit dune bouche humaine. Adore! jai dit le mot.

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