Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
Gilbert voyait donc et entendait donc, comme nous avons dit, car, par cette porte ouverte, il pouvait saisir chaque mot de la conversation.
� De sorte, disait Philippe, au moment o� Gilbert s��tablissait derri�re un rideau flottant � la porte d�un cabinet de toilette, de sorte que tu respires plus librement, pauvre s�ur?
� Oui, plus librement, mais toujours avec une l�g�re douleur.
� Et les forces?
� Elles sont loin d��tre revenues; cependant, deux ou trois fois aujourd�hui, j�ai pu aller jusqu�� la fen�tre. La bonne chose que l�air! la belle chose que les fleurs! Il me semble qu�avec de l�air et des fleurs, on ne peut pas mourir.
� Mais, avec tout cela, vous vous sentez encore bien faible, n�est-ce pas, Andr�e?
� Oh! oui, car la secousse a �t� terrible! Aussi, je vous le r�p�te, continua la jeune fille en souriant et en secouant la t�te, je marche bien difficilement en m�appuyant aux meubles et aux lambris; sans soutiens, mes jambes plient, il me semble toujours que je vais tomber.
� Allons, allons, courage, Andr�e; ce bon air et ces belles fleurs, dont vous parliez tout � l�heure, vous remettront; et, dans huit jours, vous serez capable de rendre visite � madame la dauphine, qui s�informe si bienveillamment de vous, m�a-t-on dit.
� Oui, je l�esp�re, Philippe; car madame la dauphine, en effet, para�t bonne pour moi.
Et Andr�e, se renversant en arri�re, appuya sa main sur sa poitrine et ferma ses beaux yeux.
Gilbert fit un pas en avant, les bras �tendus.
� Vous souffrez, ma s�ur? demanda Philippe en lui prenant la main.
� Oui, des spasmes; et puis, parfois, le sang me monte aux tempes et les assi�ge; quelquefois aussi j�ai des �blouissements et le c�ur me manque.
� Oh! dit Philippe r�veur, ce n�est pas �tonnant; vous avez subi une si terrible �preuve, et vous avez �t� sauv�e si miraculeusement.
� Miraculeusement, c�est le mot, mon fr�re.
� Mais, � propos de ce salut miraculeux, Andr�e, continua Philippe en se rapprochant de sa s�ur, pour donner plus d�importance � la question, savez vous que je n�ai encore pu causer avec vous de cette catastrophe?
Andr�e rougit et sembla �prouver un malaise.
Philippe ne remarqua point ou ne parut point remarquer cette rougeur.
� Je croyais cependant, dit la jeune fille, que mon retour avait �t� accompagn� de tous les �claircissements que vous pouviez d�sirer; mon p�re, lui, m�a dit avoir �t� tr�s satisfait.
� Sans doute, ch�re Andr�e, et cet homme a mis une d�licatesse extr�me dans toute cette affaire, � ce qu�il m�a sembl� du moins; cependant plusieurs points de son r�cit m�ont paru, non pas suspects, mais obscurs, c�est le mot.
� Comment cela, et que voulez-vous dire, mon fr�re? demanda Andr�e avec une candeur toute virginale.
� Oui, sans doute.
� Expliquez-vous.
� Ainsi, par exemple, poursuivit Philippe, il y a un point que je n�avais pas d�abord examin�, et qui, depuis, s�est pr�sent� � moi tr�s �trange.
� Lequel? demanda Andr�e.
� C�est, dit Philippe, la fa�on m�me dont vous avez �t� sauv�e. Racontez moi cela, Andr�e.
La jeune fille parut faire un effort sur elle-m�me.
� Oh! Philippe, dit-elle, j�ai presque oubli�, tant j�ai eu peur.
� N�importe! ma bonne Andr�e, dis-moi tout ce dont tu te souviens.
� Mon Dieu! vous le savez, mon fr�re, nous f�mes s�par�s � vingt pas � peu pr�s du Garde-meubles. Je vous vis entra�n� vers le jardin des Tuileries, tandis que j��tais entra�n�e, moi, vers la rue Royale. Un instant je pus vous distinguer encore, faisant d�inutiles efforts pour me rejoindre. Je vous tendais les bras, je criais: �Philippe! Philippe!� quand tout � coup je fus envelopp�e comme par un tourbillon, soulev�e, emport�e du c�t� des grilles. Je sentais le flot qui m�entra�nait vers la muraille, o� il allait se briser; j�entendais les cris de ceux qu�on broyait contre ces grilles; je comprenais que mon tour allait arriver d��tre �cras�e, an�antie; je pouvais presque calculer le nombre de secondes que j�avais encore � vivre, quand, � demi-morte, � demi-folle, en levant les bras et les yeux au ciel, dans une derni�re pri�re, je vis briller le regard d�un homme qui dominait toute cette foule, comme si cette foule lui ob�issait.
� Et cet homme �tait le baron Joseph Balsamo, n�est-ce pas?
� Oui, le m�me que j�avais d�j� vu � Taverney; le m�me qui, l�-bas, m�avait d�j� frapp�e d�une si �trange terreur; cet homme enfin qui semble cacher en lui quelque chose de surnaturel; cet homme qui a fascin� mes yeux avec ses yeux, mon oreille avec sa voix; cet homme qui a fait frissonner tout mon �tre avec le seul contact de son doigt sur mon �paule.
� Continuez, continuez, Andr�e, dit Philippe en assombrissant son visage et sa voix.
� Eh bien! cet homme m�apparut planant sur cette catastrophe comme si les douleurs humaines ne pouvaient l�atteindre. Je lus dans ses yeux qu�il voulait me sauver, qu�il le pouvait; alors, quelque chose d�extraordinaire se passa en moi; toute bris�e, toute impuissante, toute morte que j��tais d�j�, je me sentis soulev�e au-devant de cet homme, comme si quelque force inconnue, myst�rieuse, invincible, m�enlevait jusqu�� lui. Je sentais comme des bras qui se raidissaient pour me pousser hors de ce gouffre de chair p�trie o� r�laient tant de malheureux, et me rendre � l�air, � la vie. Oh! vois-tu, Philippe, continua Andr�e avec une esp�ce d�exaltation, c��tait, j�en suis s�re, le regard de cet homme qui m�attirait ainsi.
�J�atteignis sa main et je fus sauv�e.
� H�las! murmura Gilbert, elle n�a vu que lui, et moi, moi qui mourais � ses pieds, elle ne m�a pas vu!
Il essuya son front ruisselant de sueur.
� Voil� donc comment la chose s�est pass�e? demanda Philippe.
� Oui, jusqu�au moment o� je me sentis hors de danger; alors, soit que toute ma vie se f�t concentr�e dans ce dernier effort que j�avais fait, soit qu�effectivement la terreur que j�avais ressentie d�pass�t la mesure de mes forces, je m��vanouis.
� Et � quelle heure pensez-vous que cet �vanouissement eut lieu?
� Dix minutes apr�s vous avoir quitt�, mon fr�re.
� C�est cela, poursuivit Philippe, il �tait minuit � peu pr�s. Comment alors n��tes-vous revenue ici qu�� trois heures? Pardonnez-moi un interrogatoire qui peut vous para�tre ridicule, ch�re Andr�e, mais qui pour moi a sa raison.
� Merci, Philippe, dit Andr�e en serrant la main de son fr�re, merci. Il y a trois jours, je n�eusse pas encore pu vous r�pondre, mais aujourd�hui � cela va vous para�tre �trange, ce que je vous dis � aujourd�hui, ma vue int�rieure est plus forte; il me semble qu�une volont� qui commande � la mienne me dit de me souvenir, et je me souviens.
� Dites alors, dites, ch�re Andr�e, car j�attends avec impatience. Cet homme vous enleva donc dans ses bras?
� Dans ses bras? dit Andr�e en rougissant. Je ne me rappelle pas bien. Tout ce que je sais, c�est qu�il me tira de la foule; mais le toucher de sa main me causa le m�me effet qu�� Taverney, et � peine m�eut-il touch�e, que je m��vanouis de nouveau, ou plut�t je me rendormis, car l��vanouissement a des pr�ludes douloureux, et, cette fois, je ne ressentis que les bienfaisantes impressions du sommeil.
� En v�rit�, Andr�e, tout ce que vous me dites l� me semble si �trange, que, si c��tait un autre que vous qui me racont�t de pareilles choses, je n�y croirais point. N�importe, achevez, continua-t-il avec une voix plus alt�r�e qu�il ne voulait le laisser para�tre.
Quant � Gilbert, il d�vorait chaque parole d�Andr�e, lui qui savait que, jusque-l� du moins, chaque parole �tait vraie.
� Je repris mes sens, continua la jeune fille, et je me r�veillai dans un salon richement meubl�. Une femme de chambre et une dame �taient � mes c�t�s, mais ne paraissaient nullement inqui�tes; car, � mon r�veil, je vis des figures bienveillamment souriantes.
� Savez-vous quelle heure il �tait, Andr�e?
� La demie sonnait apr�s minuit.
� Oh! fit le jeune homme en respirant librement, c�est bien; continuez, Andr�e, continuez.
� Je remerciai les femmes des soins qu�elles me prodiguaient; mais, sachant votre inqui�tude, je les priai de me faire reconduire � l�instant m�me; elles me dirent alors que le baron �tait retourn� sur le th��tre de la catastrophe pour porter de nouveaux secours aux bless�s, mais qu�il allait revenir avec une voiture, et qu�il me reconduirait lui-m�me � votre h�tel. En effet, vers deux heures, j�entendis rouler une voiture dans la rue, puis un fr�missement pareil � ceux que j�avais d�j� �prouv�s � l�approche de cet homme me reprit; je tombai vacillante, �tourdie sur un sofa; la porte s�ouvrit; je pus, au milieu de mon �vanouissement, reconna�tre encore celui qui m�avait sauv�e, puis je perdis connaissance une seconde fois. C�est alors qu�on m�aura descendue, mise dans le fiacre et ramen�e ici. Voil� tout ce dont je me souviens, mon fr�re.