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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Gilbert voyait donc et entendait donc, comme nous avons dit, car, par cette porte ouverte, il pouvait saisir chaque mot de la conversation.

� De sorte, disait Philippe, au moment o� Gilbert s��tablissait derri�re un rideau flottant � la porte d�un cabinet de toilette, de sorte que tu respires plus librement, pauvre s�ur?

� Oui, plus librement, mais toujours avec une l�g�re douleur.

� Et les forces?

� Elles sont loin d��tre revenues; cependant, deux ou trois fois aujourd�hui, j�ai pu aller jusqu�� la fen�tre. La bonne chose que l�air! la belle chose que les fleurs! Il me semble qu�avec de l�air et des fleurs, on ne peut pas mourir.

� Mais, avec tout cela, vous vous sentez encore bien faible, n�est-ce pas, Andr�e?

� Oh! oui, car la secousse a �t� terrible! Aussi, je vous le r�p�te, continua la jeune fille en souriant et en secouant la t�te, je marche bien difficilement en m�appuyant aux meubles et aux lambris; sans soutiens, mes jambes plient, il me semble toujours que je vais tomber.

� Allons, allons, courage, Andr�e; ce bon air et ces belles fleurs, dont vous parliez tout � l�heure, vous remettront; et, dans huit jours, vous serez capable de rendre visite � madame la dauphine, qui s�informe si bienveillamment de vous, m�a-t-on dit.

� Oui, je l�esp�re, Philippe; car madame la dauphine, en effet, para�t bonne pour moi.

Et Andr�e, se renversant en arri�re, appuya sa main sur sa poitrine et ferma ses beaux yeux.

Gilbert fit un pas en avant, les bras �tendus.

� Vous souffrez, ma s�ur? demanda Philippe en lui prenant la main.

� Oui, des spasmes; et puis, parfois, le sang me monte aux tempes et les assi�ge; quelquefois aussi j�ai des �blouissements et le c�ur me manque.

� Oh! dit Philippe r�veur, ce n�est pas �tonnant; vous avez subi une si terrible �preuve, et vous avez �t� sauv�e si miraculeusement.

� Miraculeusement, c�est le mot, mon fr�re.

� Mais, � propos de ce salut miraculeux, Andr�e, continua Philippe en se rapprochant de sa s�ur, pour donner plus d�importance � la question, savez vous que je n�ai encore pu causer avec vous de cette catastrophe?

Andr�e rougit et sembla �prouver un malaise.

Philippe ne remarqua point ou ne parut point remarquer cette rougeur.

� Je croyais cependant, dit la jeune fille, que mon retour avait �t� accompagn� de tous les �claircissements que vous pouviez d�sirer; mon p�re, lui, m�a dit avoir �t� tr�s satisfait.

� Sans doute, ch�re Andr�e, et cet homme a mis une d�licatesse extr�me dans toute cette affaire, � ce qu�il m�a sembl� du moins; cependant plusieurs points de son r�cit m�ont paru, non pas suspects, mais obscurs, c�est le mot.

� Comment cela, et que voulez-vous dire, mon fr�re? demanda Andr�e avec une candeur toute virginale.

� Oui, sans doute.

� Expliquez-vous.

� Ainsi, par exemple, poursuivit Philippe, il y a un point que je n�avais pas d�abord examin�, et qui, depuis, s�est pr�sent� � moi tr�s �trange.

� Lequel? demanda Andr�e.

� C�est, dit Philippe, la fa�on m�me dont vous avez �t� sauv�e. Racontez moi cela, Andr�e.

La jeune fille parut faire un effort sur elle-m�me.

� Oh! Philippe, dit-elle, j�ai presque oubli�, tant j�ai eu peur.

� N�importe! ma bonne Andr�e, dis-moi tout ce dont tu te souviens.

� Mon Dieu! vous le savez, mon fr�re, nous f�mes s�par�s � vingt pas � peu pr�s du Garde-meubles. Je vous vis entra�n� vers le jardin des Tuileries, tandis que j��tais entra�n�e, moi, vers la rue Royale. Un instant je pus vous distinguer encore, faisant d�inutiles efforts pour me rejoindre. Je vous tendais les bras, je criais: �Philippe! Philippe!� quand tout � coup je fus envelopp�e comme par un tourbillon, soulev�e, emport�e du c�t� des grilles. Je sentais le flot qui m�entra�nait vers la muraille, o� il allait se briser; j�entendais les cris de ceux qu�on broyait contre ces grilles; je comprenais que mon tour allait arriver d��tre �cras�e, an�antie; je pouvais presque calculer le nombre de secondes que j�avais encore � vivre, quand, � demi-morte, � demi-folle, en levant les bras et les yeux au ciel, dans une derni�re pri�re, je vis briller le regard d�un homme qui dominait toute cette foule, comme si cette foule lui ob�issait.

� Et cet homme �tait le baron Joseph Balsamo, n�est-ce pas?

� Oui, le m�me que j�avais d�j� vu � Taverney; le m�me qui, l�-bas, m�avait d�j� frapp�e d�une si �trange terreur; cet homme enfin qui semble cacher en lui quelque chose de surnaturel; cet homme qui a fascin� mes yeux avec ses yeux, mon oreille avec sa voix; cet homme qui a fait frissonner tout mon �tre avec le seul contact de son doigt sur mon �paule.

� Continuez, continuez, Andr�e, dit Philippe en assombrissant son visage et sa voix.

� Eh bien! cet homme m�apparut planant sur cette catastrophe comme si les douleurs humaines ne pouvaient l�atteindre. Je lus dans ses yeux qu�il voulait me sauver, qu�il le pouvait; alors, quelque chose d�extraordinaire se passa en moi; toute bris�e, toute impuissante, toute morte que j��tais d�j�, je me sentis soulev�e au-devant de cet homme, comme si quelque force inconnue, myst�rieuse, invincible, m�enlevait jusqu�� lui. Je sentais comme des bras qui se raidissaient pour me pousser hors de ce gouffre de chair p�trie o� r�laient tant de malheureux, et me rendre � l�air, � la vie. Oh! vois-tu, Philippe, continua Andr�e avec une esp�ce d�exaltation, c��tait, j�en suis s�re, le regard de cet homme qui m�attirait ainsi.

�J�atteignis sa main et je fus sauv�e.

� H�las! murmura Gilbert, elle n�a vu que lui, et moi, moi qui mourais � ses pieds, elle ne m�a pas vu!

Il essuya son front ruisselant de sueur.

� Voil� donc comment la chose s�est pass�e? demanda Philippe.

� Oui, jusqu�au moment o� je me sentis hors de danger; alors, soit que toute ma vie se f�t concentr�e dans ce dernier effort que j�avais fait, soit qu�effectivement la terreur que j�avais ressentie d�pass�t la mesure de mes forces, je m��vanouis.

� Et � quelle heure pensez-vous que cet �vanouissement eut lieu?

� Dix minutes apr�s vous avoir quitt�, mon fr�re.

� C�est cela, poursuivit Philippe, il �tait minuit � peu pr�s. Comment alors n��tes-vous revenue ici qu�� trois heures? Pardonnez-moi un interrogatoire qui peut vous para�tre ridicule, ch�re Andr�e, mais qui pour moi a sa raison.

� Merci, Philippe, dit Andr�e en serrant la main de son fr�re, merci. Il y a trois jours, je n�eusse pas encore pu vous r�pondre, mais aujourd�hui � cela va vous para�tre �trange, ce que je vous dis � aujourd�hui, ma vue int�rieure est plus forte; il me semble qu�une volont� qui commande � la mienne me dit de me souvenir, et je me souviens.

� Dites alors, dites, ch�re Andr�e, car j�attends avec impatience. Cet homme vous enleva donc dans ses bras?

� Dans ses bras? dit Andr�e en rougissant. Je ne me rappelle pas bien. Tout ce que je sais, c�est qu�il me tira de la foule; mais le toucher de sa main me causa le m�me effet qu�� Taverney, et � peine m�eut-il touch�e, que je m��vanouis de nouveau, ou plut�t je me rendormis, car l��vanouissement a des pr�ludes douloureux, et, cette fois, je ne ressentis que les bienfaisantes impressions du sommeil.

� En v�rit�, Andr�e, tout ce que vous me dites l� me semble si �trange, que, si c��tait un autre que vous qui me racont�t de pareilles choses, je n�y croirais point. N�importe, achevez, continua-t-il avec une voix plus alt�r�e qu�il ne voulait le laisser para�tre.

Quant � Gilbert, il d�vorait chaque parole d�Andr�e, lui qui savait que, jusque-l� du moins, chaque parole �tait vraie.

� Je repris mes sens, continua la jeune fille, et je me r�veillai dans un salon richement meubl�. Une femme de chambre et une dame �taient � mes c�t�s, mais ne paraissaient nullement inqui�tes; car, � mon r�veil, je vis des figures bienveillamment souriantes.

� Savez-vous quelle heure il �tait, Andr�e?

� La demie sonnait apr�s minuit.

� Oh! fit le jeune homme en respirant librement, c�est bien; continuez, Andr�e, continuez.

� Je remerciai les femmes des soins qu�elles me prodiguaient; mais, sachant votre inqui�tude, je les priai de me faire reconduire � l�instant m�me; elles me dirent alors que le baron �tait retourn� sur le th��tre de la catastrophe pour porter de nouveaux secours aux bless�s, mais qu�il allait revenir avec une voiture, et qu�il me reconduirait lui-m�me � votre h�tel. En effet, vers deux heures, j�entendis rouler une voiture dans la rue, puis un fr�missement pareil � ceux que j�avais d�j� �prouv�s � l�approche de cet homme me reprit; je tombai vacillante, �tourdie sur un sofa; la porte s�ouvrit; je pus, au milieu de mon �vanouissement, reconna�tre encore celui qui m�avait sauv�e, puis je perdis connaissance une seconde fois. C�est alors qu�on m�aura descendue, mise dans le fiacre et ramen�e ici. Voil� tout ce dont je me souviens, mon fr�re.

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